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Angelina Jolie en guerre contre Hollywood

Par , le 09 janvier 2012 à 18h35 , mis à jour le 14 février 2012 à 11h25

Pour sa première fiction en tant que réalisatrice, Angelina Jolie aurait pu se contenter d'une bluette Hollywoodienne. Oubliez : Au pays du sang et du miel est tout sauf anodin : violent, passionnel et engagé, aux antipodes du glamour et de la démagogie. Qui l'eût cru ?

Au pays du sang et du miel de Angelina JolieAu pays du sang et du miel de Angelina Jolie © Metropolitan Filmexport

Alors que la guerre fait rage en Bosnie, Danijel et Ajla se retrouvent dans des camps opposés malgré ce qu'ils ont vécu. Danijel est un soldat serbe et Ajla une prisonnière bosniaque retenue dans le camp qu'il surveille. Pourtant, avant le conflit, l'un et l'autre partageaient d'autres sentiments. C'était une autre vie, avant que cet affrontement ethnique violent ne prenne leur futur en otage. A nouveau face à face, leur relation devient complexe, ambiguë, incertaine. La guerre a miné leur lien.


Au programme du premier long métrage d'Angelina Jolie réalisatrice : du sang (la guerre) et du miel (l'amour). Morale : «Faites l'amour, pas la guerre» ? Pas si simple. Si la salive appelle le miel, la bouche, elle, est pleine de cendre. Beaucoup risquent d'ironiser sur le choix extrêmement risqué d'aborder la guerre de Bosnie-Herzégovine comme un film d'action. Pourtant, il faut au moins reconnaître au coup d'essai de la star plusieurs atouts. Tout d'abord, le refus de la démagogie : l'actrice que l'on sait sensible aux causes humanitaires paraît totalement investie, porteuse d'une mission, convaincue à chaque plan de la nécessité de montrer l'horreur avec plus de sécheresse que d'apitoiement. Sa sincérité ne peut être remise en cause : pas d'angélisme, pas de pathos, pas de complaisance - même lorsqu'il s'agit de filmer des viols ou des orgies barbares -, et plus d'ambiguïté que de manichéisme. Surtout, elle renoue avec une tradition Hollywoodienne en vigueur depuis Casablanca (Michael Curtiz, 1942), développant une idylle contrariée dans un contexte délétère (ici, un gardien d'un camp de concentration et une prisonnière qu'il a fréquentée avant le conflit) et ose, disons-le carrément, fréquenter le terrain plus glissant des frasques SM de Portier de nuit (Liliana Cavani, 1974).


Pour son passage derrière la caméra, Angelina Jolie surprend donc : il aurait tellement été plus simple d'être déconnectée de la réalité, de multiplier les afféteries visuelles, de choisir un casting sexy et de le faire parler en anglais. Que nenni : l'Ambassadrice de bonne volonté du Haut Commissariat des Nations Unies s'est identifiée à l'héroïne, peintre passionnée et opaque en plein déni de soi, écartelée entre élans passionnels et aventures romanesques : «J'ai commencé à voyager il y a plusieurs années, je me suis rendue dans différents pays, et j'ai éprouvé des émotions violentes (...) Je ne m'attendais pas à faire un film, mais un jour je me suis dit que j'avais écrit des carnets de voyage et que, puisque mon domaine, c'est le cinéma, je pourrais peut-être écrire un projet sur lequel je méditerais, j'étudierais ce qui arrive aux êtres humains confrontés à la guerre, pour pouvoir mieux comprendre les gens qui se trouvent dans des situations d'après-guerre.» En dépit du bourbier sanguinolent des Balkans, elle ose un message d'espoir avec un premier et un dernier plan célébrant l'art comme force transcendante et le distinguant comme seule activité humaine qui élève indifféremment celui qui le produit comme celui qui le reçoit. De toute évidence, Jolie a été coachée par son binôme de Brad Pitt, que l'on sait bon producteur exécutif, notamment sur le scénario échappant par ailleurs au sempiternel débat politico-partisan. A l'arrivée, du cinéma classique loin d'être honteux qui, par-dessus tout, respecte les langues comme les valeurs culturelles et annonce la naissance d'une réalisatrice douée avec laquelle il faudra compter. La suite, vite !

Par Romain Le Vern le 09 janvier 2012 à 18:35
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11 Commentaires

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  • commenteur, le 22/02/2012 à 21h59

    Vous par contre, ne semblez pas libérée de votre féminisme intégriste.

  • yannickatl, le 22/02/2012 à 15h19

    Surtout que si Angela a ete influence par un homme, ce serait plutot son pere! Je n'aime pas l'actrice mais j'avoue que comme realisatrice, elle promet.

  • thlera, le 22/02/2012 à 15h05

    Et la paranoia ca s arrange?

  • sophie70000, le 22/02/2012 à 14h35

    Elle a du talent, elle l'a déjà démontré en tant qu'actrice.

  • ic1980, le 22/02/2012 à 12h32

    Lolyon si je me permets ces propos c'est justement parce que j'ai vécu ce conflit et connu l Ex Yougoslavie mieux que ne pourra jamais y parvenir une artiste américaine. Je ne juge pas le film mais la publicité faite au détriment de l'histoire, la vraie dont aucune fiction ne peut décrire la réalité

  • delamesuresvp, le 22/02/2012 à 12h27

    Pourquoi écrire qu'Angelina Jolie a dû être coachée par son mari? En tant que femme, ne peut-elle pas avoir seule produit un film digne d'intérêt ? Une femme a-t-elle besoin forcément d'un homme pour produire une oeuvre de qualité ? Je ne pensais pas qu'à notre époque soit disant libérée, on puisse encore écrire des commentaires aussi machistes.

  • liolyon, le 22/02/2012 à 11h55

    IC1980 d'après des gens ayant connu de très près cette guerre, et non au travers de leur télévision, Jolie a fait un film réaliste. regardez-le avant de critiquer.

  • moosehead25, le 22/02/2012 à 11h40

    Vous l'avez vu, Mr le rabat-joie professionnel ?

  • milyyy3367, le 22/02/2012 à 11h26

    J'aime beaucoup Angelina. Sa beauté extérieur est égale avec sa beauté intérieur. Elle a toujours démontré qu'elle était autre chose qu'une apparence.

  • ic1980, le 22/02/2012 à 11h07

    Cette pub pour le film du couple le plus glamour d'Hollywood dont la rebellion à l'encontre du système reste pour le moins suspecte commence à être lourde voire déplacée face à un sujet aussi grave que le conflit Yougoslave.Le film de Angélina Jolie est peut être bon mais ce n'est qu'une fiction loin de la réalité complexe, contrastée d'une guerre où la barbarie, le meurtre ont touché toutes les communautées impliquées.

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