Abdelaziz Bouteflika

Par Sylviane MOUKHEIBER, le 08 avril 2009 à 16h29 , mis à jour le 09 avril 2009 à 09h08

Abdelaziz Bouteflika est un homme politique algérien. Il a été élu président en 1999 puis réelu en 2004. Il brigue un 3e mandat en avril 2009.

Abdelaziz Bouteflika Abdelaziz Bouteflika © Reuters
  • Nom : Bouteflika
  • Prénom : Abdelaziz
  • Né(e) le : 02 mars 1937 - à : Oujda (Maroc)
  • Homme politique agérien

Biographie

Après avoir fait modifier la Constitution par le Parlement fin 2008 pour supprimer la limitation à deux mandats présidentiels, le président algérien Abdelaziz Bouteflika devrait obtenir un troisième mandat présidentiel le 9 avril 2009.  Après de longues tractations, il avait en effet trouvé un consensus avec l'armée, qui maintient toujours son influence dans le choix du président de la République. En l'absence d'un autre candidat sérieux, et malgré un état de santé défaillant, le chef de l'Etat sortant restait de fait le meilleur atout pour les militaires.
 
Pendant la campagne électorale, Abdelaziz Bouteflika a promis de poursuivre sa politique de réconciliation nationale avec les islamistes et d'utiliser la manne financière des hydrocarbures pour  rénover les infrastructures du pays. Mais le bilan de ses dix ans à la tête de l'Etat est mitigé. La sécurité est certes bien revenue dans les régions. Mais socialement et économiquement, c'est un échec avec sa litanie de conflits sociaux, de chômage qui frôlerait les 35 %, d'opposition réprimée, sans oublier une liberté d'expression inexistante et médias sous contrôle.

 

Espoirs déçus
 
Pourtant, lorsqu'Abdelaziz Bouteflika est élu en 1999, son arrivée au pouvoir  soulève beaucoup d'espoir. Après un premier mandat aux résultats honorables, il sera ainsi réélu avec un score écrasant en 2004. Dans un pays où plus de 150.000 personnes ont été tuées depuis 1992 dans des violences impliquant des islamistes armés, son principal cheval de bataille est le retour à la paix. Il sera ainsi l'artisan de la réconciliation nationale, en organisant deux référendums. Le premier, sur la "Concorde civile" en 1999 a entraîné la reddition de milliers d'islamistes. Le second, en 2005, a permis l'adoption d'une "Charte pour la paix et la réconciliation", offrant le "pardon" aux islamistes encore dans le maquis en échange de leur reddition.
 
L'économie durement touchée par la décennie de violences, Abdelaziz Bouteflika va initier deux plans de relance  lancés depuis 2000, de plus de 150 milliards de dollars destinés à moderniser les infrastructures de base.
 
Ancien militaire, révolutionnaire, devenu diplomate
 
Cet autocrate patenté  a près d'un demi-siècle de carrière politique derrière lui. Son destin se confond avec celui de l'Algérie. Né le 2 mars 1937 à Oujda (Maroc) dans une famille originaire de Tlemcen, dans l'Ouest algérien, Abdelaziz Bouteflika s'engage en1956 dans l'armée de libération nationale (ALN) contre la présence française en Algérie. Il est le compagnon du colonel Houari Boumediene à l'état-major général au Maroc.
 
A l'indépendance, en 1962, il est élu député de Tlemcen à la Constituante avant d'être nommé ministre de la Jeunesse et de Sports sous la présidence d'Ahmed Ben Bella (1963-1965). En 1963, à seulement 26 ans, il devient ministre des Affaires étrangère, portefeuille qu'il conservera seize ans. En pleine période de la décolonisation, la diplomatie algérienne  va connaître une période flamboyante. L'Algérie révolutionnaire est le porte-drapeau du tiers-monde et Abdelaziz Bouteflika, dont les talents oratoires captivent, incarne cette diplomatie.
 
La chute, puis la traversée du désert
 
A la mort du président de la République Houari Boumediene en décembre 1978, Abdelaziz Bouteflika prononce son oraison funèbre Il est le favori pour la succession, mais il sera évincé au profit du général Chadli Benjedid. Le coup sera rude. Il est écarté du pouvoir, accusé par la Cour des comptes de détournements des fonds secrets. C'est la chute. Il est exclu en décembre 1981 du comité central du FLN.  
 
Dix ans de traversée du désert vont suivre. Il s'exile. On le verra à Paris, Genève, et Abou Dhabi, où il devient conseiller de Cheikh Zayed Ben Sultan Al Nahyan. En mars 1989, de retour en Algérie, il réintègre le comité central du FLN. En janvier 1994, en pleine guerre contre les maquisards, les militaires lui proposent de prendre le pouvoir. Il hésite, puis refuse in extremis. Il réclamait tous les pouvoirs, dit-on. Le général Liamine Zéroual le remplace.
 
Il est à nouveau candidat à la présidence en avril 1999, soutenu par l'armée et le Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique). Il se retrouve seul en lice, après le retrait la veille du scrutin, de ses six adversaires, qui soupçonnent des velléités de fraude. Choisit pour entériner le retour au bercail des maquisards, il tend la main aux islamistes armés qui appellent à l'arrêt des violences. Il doit aussi redorer l'image de l'Algérie à l'étranger. Après son élection, il  mènera tambour battant une entreprise de séduction internationale.
 
La maladie, l'incertitude
 
Orateur de talent, il s'exprime avec aisance en arabe littéraire et en français. Ses discours sont célèbres, il envoûte régulièrement es foules venues l'écouter religieusement. Ses colères sont aussi homériques. A l'aise dans l'Algérie profonde, il aime sillonner le pays malgré les risques. Le 6 septembre 2007, il échappe ainsi à un attentat-suicide qui fait 22 morts et plus de 100 blessés, revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
 
De petite taille dont il rit souvent, vêtu généralement de costumes bien coupés et d'une cravate qu'il ne quitte jamais même en pleine canicule. Ce bon vivant, amateur de cigares et de femmes, pliera néanmoins face à la maladie. Il est ainsi opéré  en 2005 à Paris « d'un ulcère hémorragique au niveau de l'estomac ». Un an plus tard, il annonce qu'il « s'en est  sorti de manière fabuleuse ». "Il faut cesser de parler de ma santé », prévient-il également.
 
Pourtant, l'incertitude demeure quant à sa capacité de mener jusqu'au bout un nouveau mandat. S'il a réussi à desserrer la tutelle de l'armée sur le pays, son pouvoir est devenu de plus en plus autoritaire après avoir réussi à cadenasser toute velléité d'opposition. Pendant ce temps, les islamistes radicaux gagnent du terrain, faisant leur lit de la pauvreté et du désespoir de la population.
 

Sylviane MOUKHEIBER

 

Par Sylviane MOUKHEIBER le 08 avril 2009 à 16:29
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