Opposant pendant 26 ans, puis président durant deux mandats à la tête du Sénégal avant d'être battu au second tour de l'élection de mars 2012 par son ancien Premier ministre Macky Sall, Abdoulaye Wade aura été un dirigeant charismatique et très médiatique parcourant le monde... avant de devenir une source de tensions pour son propre pays. Le président qui symbolisait une alternance politique historique au Sénégal, celui qui avait réussi à mettre un terme à quarante ans de pouvoir du Parti socialiste, s'est ainsi vu reprocher après avoir été élu en 2000 et réélu en 2007, de n'avoir pas changé assez vite les choses malgré un activisme tous azimuts.
Crâne rasé, voix grave, silhouette haute et élégante, le vieux chef d'Etat n'en a pas moins brigué, sans succès, un troisième mandat après plusieurs modifications de la Constitution. Sa volonté de rester au pouvoir coûte que coûte a alimenté les tensions dans le pays. La validation de sa candidature le 27 janvier 2012 par le Conseil Constitutionnel a provoqué des violences dans le pays. Les partis d'opposition et organisations de la société civile rassemblés au sein du Mouvement du 23 juin (M23) ont décidé d'entrer en "résistance active". Un front anti-Wade qui aura finalement permis la victoire de Macky Sall, dont Wade avait été, en son temps, le mentor, et qui lui succède désormais à la tête du Sénégal.
Brillant, il engrange les diplômes
Abdoulaye Wade est né le 29 mais 1926 à Saint-Louis, l'ancienne capitale coloniale sur les rives du fleuve Sénégal. Ce fils de négociant, doué pour les études, obtient une bourse pour poursuivre sa scolarité en France, d'abord au prestigieux lycée Condorcet à Paris, puis à Besançon, Dijon et Grenoble. Il accumule les diplômes : en sciences économiques, droit public, et psychologie. C'est à Besançon qu'il rencontre sa future femme Viviane Vert, belle blonde aux yeux bleus, qui sera en quelque sorte le pilier de sa vie et de sa carrière.
De retour au Sénégal en 1960, année de l'indépendance, il enseigne à l'université de droit et ouvre un cabinet d'avocat. Devenu consultant international, il se lance en politique en créant en 1974 sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, le Parti démocratique sénégalais (PDS) d'inspiration libérale, qu'il présente alors comme un " parti de contribution " et non un parti d'opposition à une époque où le parti unique était roi.
"L'opposition non violente"
Cet ancien doyen de la faculté de droit de l'Université de Dakar, avocat à la Cour d'Appel entame une longue carrière d'opposant pour mettre un terme à la mainmise du Parti socialiste (PS) sur le pouvoir depuis l'indépendance. Celui qui se fait le héraut de "l'opposition non violente" se verra jeté en prison à plusieurs reprises par le président Abdou Diouf.
Délaissant un temps ses habits d'opposant, ce père de deux enfants, Karim et Sindiély, est nommé deux fois ministre en 1991 et 1995, dans un gouvernement "élargi " formé par le PS.
Il échoue quatre fois à l'élection présidentielle, dénonce des fraudes. Leader charismatique, véritable "bête politique" devenu le "Pape du Sopi" (changement en langue Wolof), il n'accèdera à la magistrature suprême qu'en 2000, symbolisant une alternance politique historique. Il promet d'immenses réformes. C'est un homme pressé. Il veut aller vite, trop vite soulignent ses détracteurs, qui mettent volontiers en avant son caractère brouillon.
Celui qui, à son arrivée au pouvoir avait soulevé un espoir fou, beaucoup promis, fait face quelques années plus tard à une désillusion certaine. "Gorgui" (le Vieux) comme l'appellent les Sénégalais, a certes lancé une ambitieuse politique de "grands chantiers" dans Dakar la capitale et ses environs : nouvel aéroport, nouveau port, amélioration des routes, mais rares sont ceux qui seront terminés.
Un bilan contrasté
Pour les Sénégalais les conditions de vie se sont durcies, le pouvoir d'achat s'est effondré et l'injustice sociale est devenue insupportable. On a même assisté, dans les derniers temps de l'ère Wade, à un recul des libertés individuelles : journalistes emprisonnés, manifestations réprimées, gardes à vue, convocations fréquentes devant les tribunaux. Et désormais, cette soif toujours non étanchée de changement trouve un nouvel espoir dans celui qui a déboulonné "le Vieux", Macky Sall.
Mais pour l'ancien Premier ministre comme pour son prédécesseur, les chantiers sont énormes et le risque de décevoir très réel. Car outre les problèmes économiques et sociaux, le Sénégal est toujours en proie à une guerre larvée en Casamance, qui dure depuis 1989. A son arrivée au pouvoir, le président Wade s'était engagé à résoudre en "cent jours" ce conflit indépendantiste. Il a fait de nombreuses victimes civiles et militaires, malgré plusieurs accords de paix entre Dakar et la rébellion, et n'est toujours pas réglé. Sur ce plan-là non plus, Wade n'aura pu présenter comme bilan aucune avancée significative.
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