Crooner soul et jazzman funk, Al Jarreau a remporté sept Grammy awards au cours de ses quarante ans de carrière, dans trois catégories différentes, pop, jazz et R&B. Acrobate de la syllabe et du scat, le chanteur a épousé les tendances musicales des époques qu’il a traversées, sans jamais se renier. "Ma principale contribution à la musique aura été d’introduire la rythmique dans le registre vocal", disait-il en 2007, après avoir chanté dans l’opéra jazz Porgy and Bess, des standards incontournables comme Summertime.
Al Jarreau, dont le père était pasteur et la mère pianiste d’église, a commencé à chanter dès l’âge de quatre ans. Elève brillant, sportif accompli, il obtient une bourse pour étudier la psychologie à l’Université Ripon, du Wisconsin. Pendant ses études, il pratique la musique en amateur et chante dans un groupe nommé Les Indigos. Une fois diplômé, il se spécialiste dans la réinsertion professionnelle, s’installe à San Francisco, et parallèlement, commence à se produire dans de petits clubs de jazz.
Une voix élastique
En 1967, accompagné de son guitariste Julio Martinez, il devient la star d’un modeste club de Sausalito, le Gatsby’s. C’est alors qu’il décide de se lancer dans une carrière de musicien professionnel. Il déménage à Los Angeles et tourne dans les clubs de la Côte Ouest. Il participe aussi à des shows télévisés et à des spectacles d’improvisation, aux côtés de jeunes comédiens prometteurs comme Bette Midler et John Belushi. Il se met alors à écrire des chansons.
En 1975, Al Jarreau est repéré par des agents de la Warner, lors de son concert au Bla Bla Café, bar branché de Hollywood. Il signe un contrat chez Reprise Records, qui produit son premier album, We got by, acclamé par la critique. Mais le succès commercial ne viendra qu’avec This Time, son cinquième album, en 1980, et culminera avec Breaking Away en 1981. Entouré de musiciens célèbres, accompagné par le fameux guitariste de studio Jay Graydon, la fabuleuse voix plastique d’Al Jarreau excelle dans le smooth jazz, le son californien de l’époque.
Il enchaîne alors les albums, les musiques de films - dont la chanson Girls Know How dans Night Shift de Ron Howard – et bien entendu les concerts. Il est invité au festival de Montreux. Il participe au projet USA for Africa en 1985 et enregistre We are the World en compagnie des plus grandes stars américaines. C’est lui qui chante Moonlighting pour le générique de la célèbre série télévisée Clair de Lune.
Un charmeur professionnel
Certains lui reprochent alors de se galvauder dans la variété et la facilité, en cédant à la mode disco. Ses concerts continuent d’attirer les foules mais ses albums ne rencontrent plus le même succès, public ou critique. En 1994, dans Tenderness, Al Jarreau revient à ses premières amours, avec de nouvelles interprétations de ses propres chansons et des reprises de morceaux célèbres comme Mas Que Nada de Jorge Ben et Try A Little Tenderness d’Ottis Redding. Sa carrière se poursuit au rythme des tournées internationales et des compilations. En 2001, Hollywood lui fait graver une étoile sur le Walk of Fame en tant que "meilleur chanteur de sa génération". En 2008, Al Jarreau sacrifie à la tradition et enregistre un album de chansons de Noël.
Profondément humaniste, travailleur acharné sans jamais en avoir l’air, curieux, ouvert, passant d’un trio de jazz à un grand orchestre, flirtant avec la musique brésilienne, Al Jarreau enchante par sa grâce vocale, son humour et sa fantaisie.
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