La première passion du jeune Alain n'est pas le cinéma mais la musique et plus particulièrement le jazz. Une musique qu'il découvre à la Libération grâce aux soldats américains installés dans sa ville de Meung-sur-Loire, près d'Orléans où il est né le 7 août 1943. Il se lance d'abord dans une carrière de batteur de jazz semi-pro puis décide d'étudier le cinéma à l'IDHEC. D'abord stagiaire pour Costa-Gavras sur le film Un homme de trop, il devient assistant-réalisateur pour Marcel Camus, José Giovanni et, notamment, Nadine Trintignant, devenue son épouse depuis.
Chef de file du film noir à la française
Son premier film France, société anonyme, une fable futuriste autour de la libéralisation des drogues, est un échec. Passionné par le cinéma américain, une passion qu'il doit à son père, le succès viendra avec Police Python 357 avec Yves Montand en 1975. Alain Corneau retrouvera l'acteur en 1977 dans La menace, avec Carole Laure, qu'il tourne pour moitié au Canada. Yves Montand incarnera encore pour lui un truand à la retraite qui reprend du service dans Le choix des armes en 1981 avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu. Il est reconnu par la profession comme le chef de file du film noir à la française.
"J'aime ce genre car au-delà de l'intrigue, du suspense, c'est une étude de caractères, de mœurs", confiait-il au Figaro en 2005. Un art qui atteindra son sommet en 1979 avec Série noire, où l'emblématique Patrick Dewaere joue un homme, un peu paumé, entraîné dans une sordide histoire de viol sur une mineure de 16 ans dont il confiera le rôle à Marie Trintignant.
Mais l'homme est éclectique et il va délaisser l'univers du polar pour tourner une fresque historique et romanesque dans le désert mauritanien Fort Saganne, en 1984. Une adaptation du roman éponyme de Louis Gardel. Là encore, Alain Corneau fera appel à Gérard Depardieu et Catherine Deneuve et à une jeune comédienne talentueuse, Sophie Marceau.
La consécration avec "Tous les matins du Monde"
Son goût pour les voyages l'amène à tourner Nocturne indien, l'histoire de Rossignol, joué par Jean-Hugues Anglade, parti en Inde sur les traces d'un ami disparu. Un voyage initiatique autour de la quête d'identité. Ce besoin de découverte, l'amène à adapter en 2002 le roman d'Amélie Nothomb Stupeurs et tremblements. "Comme pour l'Inde, plus j'allais au Japon, moins j'avais l'impression de comprendre... le livre d'Amélie m'a donné l'occasion de voyager vers le Japon, d'approcher un mystère ", explique-t-il au Nouvel Observateur à la sortie du film.
Son amour pour la musique explose en 1991 dans Tous les matins du monde. Une évocation de la jeunesse du musicien Marin Marais, violiste au XVIIe siècle avec Gérard Depardieu et Guillaume Depardieu dans le rôle du jeune et vieux Marin face à un Jean-Pierre Marielle sublime. C'est la consécration pour le réalisateur, le film sera récompensé par Sept Césars dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.
Avec Le Cousin, Alain Corneau revient à ses premières amours et retourne au polar en 1997 avec Alain Chabat, dans le rôle d'un flic qui entretien une relation particulière avec son indic Patrick Timsit. Il retrouvera ce dernier dans Le Prince du Pacifique une comédie pour les enfants qui rencontrera un accueil mitigé de la part du public. Quarante ans après Jean-Pierre Melville, le cinéaste adapte à son tour le roman de José Giovanni Le deuxième souffle avec Daniel Auteuil et Michel Blanc. Un échec commercial.
Son dernier film est un hommage à Alfred Hitchcock Crime d'amour, une histoire de rivalité entre une femme d'affaires impitoyable et sa jeune assistante sur fond de harcèlement moral. Le cinéaste confiait au Figaro "qu'il avait envie d'un crime presque parfait" et une envie de retourner au source comme dans Police Python 357 comment s'innocenter en s'accusant.
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