- Annie Girardot, une carrière impressionnante - 02 min 40 s
"Ce film a été difficile à faire émotionnellement. Il est parfois difficile à voir", témoignait le réalisateur Nicolas Baulieu, évoquant les difficultés de tournage, la fatigue et les pertes de mémoire de l'actrice, toujours lucide sur son état mental. Soutenue par les siens et principalement sa fille, Giulia, née de son union avec le comédien italien Renato Salvatori, Annie Girardot aura lutté jusqu'au bout contre cette maladie. L'actrice s'est éteinte un lundi 28 février 2011 à l'hôpital Lariboisière à Paris, à l'âge de 79 ans.
Premier prix de comédie
Annie Suzanne Girardot, née le 25 octobre 1931 à Paris (Xe), se découvre très vite la vocation. Après des études d'infirmière à Caen, inspirée par sa mère célibataire et sage-femme, elle change très rapidement d'orientation. Premier prix de comédie au Conservatoire d'art dramatique, en 1954, elle intègre la même année la troupe de la Comédie-Française et en demeure pensionnaire jusqu'en 1957.
Parallèlement, elle se produit dans divers cabarets de la Rive Gauche sous le pseudonyme d'Annie Girard et participe à des revues. Elle tourne son premier film en 1955, Treize à table d'André Hunebelle et enchaîne de grands succès, parmi lesquels : Rocco et ses frères de Luchino Visconti (1960) où elle rencontre son futur mari ; Le vice et la vertu de Christian Vadim (1963) ; Le mari de la femme à barbe de Marco Ferreri (1964) ; Vivre pour vivre de Claude Lelouch (1967) ; Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas... mais elle cause de Michel Audiard (1969). En 1965, elle a reçu le prix d'interprétation féminine au Festival de Venise pour Trois chambres à Manhattan de Marcel Carné.
Annie Girardot, c'est encore : Mourir d'aimer d'André Cayatte (1971) inspiré par l'affaire Gabrielle Russier, un professeur qui se donnera la mort après avoir été accusée de détournement de mineur. Ce rôle lui assure une reconnaissance internationale ; Docteur Françoise Gailland de Jean-Louis Bertucelli (1976) pour lequel elle obtient l'année suivante le César de la meilleure actrice ; La Zizanie de Claude Zidi (1977).
"Une bâtarde"
Dotée d'un fort tempérament, la comédienne décide de mener de front sa carrière et sa vie de famille. Dans les années 1960, elle partage son temps entre la France et l'Italie où elle élève sa fille Giulia aux côtés de son mari, Renato Salvatori. Elle revient s'installer en France au début des années 1970.
Dans les années 1980, des problèmes d'ordre privé l'éloignent des plateaux. Sa fille est arrêtée en Sardaigne pour détention de drogue et cet évènement la mine énormément. On ne la retrouve que dans quelques séries noires, dont : Une robe noire pour un tueur de José Giovanni (1980) ; Le cœur à l'envers de Franck Apprederis (1980) ; Liste noire d'Alain Bonnot (1985) ; Adieu blaireau de son compagnon Bob Decout (1988) et des films tournés en Italie mais non distribués en France. Elle est pourtant désignée actrice préférée des Français en 1983.
Annie Girardot publie son premier livre Paroles de femmes en 1984. Mais c'est en 1989, dans le livre Vivre d'aimer qu'elle s'épanche sincèrement sur son métier, ses drames personnels, sa vie, ses relations difficiles avec les hommes, elle qui n'a jamais connu son père, un homme marié qui a fait d'elle "une bâtarde" statut qu'elle revendique avec fierté. Son troisième ouvrage, sorti en 1993 Ma vie contre la tienne est dédié à sa mère.
"Je ne vous ai peut-être pas manqué..."
Sa carrière connaît des hauts et des bas. Partagée entre petites productions et comédies sans envergure puis films grand public. Ancienne actrice fétiche de Claude Lelouch, c'est grâce à lui qu'elle renouera avec le cinéma et la popularité quand il lui donne un petit rôle dans Il y a des jours et des lunes (1991), puis dans Les Misérables en 1995. Son interprétation de la mère Thénardier lui vaut un César du meilleur second rôle l'année suivante. "Je ne vous ai peut-être pas manqué, mais le cinéma français m'a manqué follement, éperdument, douloureusement et cette récompense montre que je ne suis pas encore tout à fait morte", confie-t-elle en larmes dans ce qui reste la plus belle déclaration d'amour du Festival.
Elle recommence alors à tourner des personnages très forts. Elle incarne le rôle de la mère castratrice d'Isabelle Huppert dans La pianiste de Michael Haneke (2001) pour lequel elle décroche le César du meilleur second rôle féminin. Elle retrouve ce même réalisateur pour le film Caché en 2005, puis tourne Boxes de Jane Birkin dans la foulée.
Un compliment de Cocteau
Annie Girardot, qui s'est imposée dans le cinéma a également connu de belles aventures à la télévision et, peut-être plus encore, au théâtre. En qualité de pensionnaire de la Comédie-Française, elle a joué les plus grands auteurs, Courteline, Paul Claudel, Shakespeare, Jules Romains, Prosper Mérimée, Jean Cocteau qui dira d'elle, après la représentation de La machine à écrire, qu'elle était "le plus beau tempérament dramatique d'après-guerre"
En 1974, elle joue Madame Marguerite, un monologue d'institutrice, tragicomique qu'elle reprendra dans les années 1990 et 2000 et qui lui vaudra un Molière de la meilleure comédienne de théâtre et un Molière d'honneur en 2002. En 1982, elle se lance dans un one woman show, en première mondiale au Canada, dans lequel elle chante et joue des extraits de ses différentes pièces. En 2001, elle joue le monologue Nuits dans les jardins d'Espagne d'Alan Bennett, reprise d'une pièce anglaise qu'elle avait créée au Festival de Limoux l'année précédente.
Décorée de la Légion d'honneur, Commandeur des Arts et des Lettres, artiste complète, elle officialise, en septembre 2006, par la voix de son avocat, qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Sa fille publie l'année suivante un livre La mémoire de ma mère, une déclaration d'amour à cette mère qui lui a tant manqué quand elle était plus jeune. Elle y révèle que l'actrice a dû intégrer un établissement spécialisé dans l'accueil des malades d'Alzheimer à Paris. Annie Girardot manquera au cinéma français. Elle nous manquera.
(*) Annie Girardot, ainsi va la vie
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