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Aung San Suu Kyi

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Aung San Suu Kyi, le 30/3/2012

Aung San Suu Kyi, le 30/3/2012 / Crédits : AFP

Biographie de Aung San Suu Kyi

Né(e) le : 19/06/1945 - Rangoun, BirmanieFemme politique birmane

Aung San Suu Kyi, principale opposante birmane, aura connu quatorze ans de détention et d'assignation à résidence avant sa victoire aux élections d'avril 2012. Elle était le seul lauréat du prix Nobel de la paix emprisonné au monde. Libre, elle joue enfin un rôle politique à sa mesure.

Elle force le respect. Elle force l'admiration. Sa vie, elle l'a offerte à son pays, sacrifiée sur l'autel de la liberté réclamée pour  son peuple. Un petit bout de femme, fine, fragile, mais au caractère de fer. Ses partisans la surnomment d'ailleurs "le Papillon de fer". Un papillon trop longtemps pris dans les filets de la junte birmane. Un papillon qui a déjà passé quatorze des vingt dernières années en détention. A part Nelson Mandela, c'est un record pour un dirigeant politique et surtout un prix Nobel de la paix. Et comme Nelson Mandela, elle aura su convertir ce passé de combat souterrain et de réclusion en victoire politique, en réussissant à conquérir un siège de députée lors d'élections partielles historiques, le 1er avril 2012.

Car malgré toutes ses années d'enfermement, Aung San Suu Kyi a gardé intacte cette aura exceptionnelle que peu de dirigeants d'opposition peuvent incarner. Durant la longue période de sa vie passée en résidence surveillée, ses rares apparitions devant sa maison de Rangoun auront à chaque fois été un évènement. Elle aura su rester le symbole de l'espoir démocratique, et donc  une puissante menace pour la junte birmane. Pour cette raison, accusée d'avoir enfreint les règles en hébergeant un Américain, au terme d'une parodie de procès, la junte l'a condamnée en 2009 à dix-huit mois supplémentaires d'assignation à résidence. L'objectif majeur : l'empêcher de participer aux élections de 2010.
 
Une icône longtemps sans liberté
 
Mais en voulant la faire taire, la junte birmane n'aura fait que renforcer l'image de la recluse de Rangoun, devenue une icône pour tout le pays. Lorsque le pouvoir militaire daignait l'autoriser, elle sortait sur le seuil de sa maison, située au 54 University Avenue, pour adresser au Birmans des messages d'espoir. La silhouette était délicate, le visage lisse et beau, les cheveux relevés en chignon, piqué de pétales d'orchidée. D'une voie douce, elle faisait des discours inspirés de Gandhi et de Nelson Mandela, son maître en dissidence, parlait de démocratie et répondait aux questions de ses partisans. En 2007, pendant la "révolution safran", bravant l'interdiction, elle était apparue le 22 septembre en larmes, les mains jointes en prière, juste le temps de dire son soutien aux moines bouddhistes qui manifestaient contre le pouvoir.
 
Née à Rangoun la capitale de la Birmanie le 19 juin 1945, Aung San Suu Kyi est la fille du général Aung San, héros de l'indépendance birmane, assassiné en 1947. Elle a été élevée dans les meilleures écoles du pays avant de poursuivre ses études à New Delhi, en Inde, où sa mère a été nommée ambassadrice en 1960. Elle suit ensuite au St. Hugh's College d'Oxford des études de philosophie, d'économie et de sciences politiques. Travaille à l'Ecole des études orientales de Londres, puis comme secrétaire des Nations Unies à New York. Elle épouse en 1972 Michael Aris, un anglais spécialiste des civilisations tibétaines. Elle partagera sa vie entre la Grande-Bretagne et le Bhoutan où ce dernier travaille, et donne naissance à deux enfants, Alexander en 1973 et Kim en 1977.
 
La non-violence de Gandhi
 
En 1988, Aung San Suu Kyi retourne vivre en Birmanie pour s'occuper de sa mère malade. Cette année là, le général Ne Win, à la tête de la junte militaire au pouvoir depuis 1962, est forcé à démissionner. Des troubles éclatent dans le pays, les manifestants réclament la démocratie, ils seront violemment réprimés. Une nouvelle junte militaire, dirigée par le général Saw Maung, prend le pouvoir. Aung San Suu Kyi,  fortement influencée par la philosophie non violente du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King, participe en septembre 1988 avec d'autres opposants, à la création de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND), dont elle deviendra présidente.

Son charisme et ses origines familiales prestigieuses font d'elle la figure de proue de l'opposition. Elle prend pour la première fois la parole en public, à la pagode Shwedagon devant 500.000  Birmans, invoque la figure paternelle. "Je ne pouvais pas en tant que filled'Aung San, rester indifférente à ce qui se passe aujourd'hui dans mon pays". Puis elle ajoute " cette crise nationale est un deuxième combat pour l'indépendance nationale ". C'est un moment clé qui l'impose comme leader politique.
 
Prix Nobel de la paix
 
Aung San Suu Kyi devient vite le symbole du désir populaire pour la liberté politique, elle est donc un danger. Le 20 juillet 1989, elle est arrêtée. Les militaires lui proposent la liberté à condition de quitter le pays. Elle refuse et sera assignée à résidence. Cela n'empêchera pas son parti d'emporter à 82%les élections générales en 1990.

Alors qu'elle s'apprête à occuper le poste de Premier ministre, la junte militaire refuse le résultat du scrutin, annule les élections et accentue la répression sur les opposants. La communauté internationale va condamner. Aung San Suu Kyi se verra décerner le prix Sakharov pour la liberté de pensée, et l'année suivante (1991), le prix Nobel de la paix qu'elle ne pourra recevoir -ce sont ses maris et ses enfants qui iront à Oslo.
 
Libérée de sa détention surveillée en 1995, les militaires cherchent à lui faire quitter le pays. Elle sait que si elle se rend en Grande-Bretagne pour voir ses enfants qui vivent avec leur père, elle ne pourra plus revenir. Là s'ouvre pour elle le début d'une longue série de sacrifices. Elle choisit de rester aux côtés de son peuple. En 1997, le gouvernement birman refuse un visa d'entrée à son mari qui souffre d'un cancer de la prostate. Elle ne le reverra plus. Il mourra deux ans plus tard. Elle n'a pas vu grandir ses deux fils, qu'elle n'a pas revus depuis 2000, et ne connait pas ses petits-fils. "D'autres Birmans souffrent plus que moi de ce régime", affirme-t-elle fréquemment pour justifier son terrible choix.

Parfois critiquée pour son intransigeance
 
Interdite d'activité politique, elle se retrouve enfermée à nouveau dans une maison d'arrêt de septembre 2000 à mai 2002. Libérée sous la pression des Nations unies, elle commence une tournée de meetings. Mais elle est à nouveau sous les verrous, après une embuscade meurtrière commanditée par la junte, contre son cortège en mai 2003.
 
Des années encore, la Dame de Rangoun, comme l'appellent avec respect les Birmans, devra vivre en résidence surveillée dans sa maison coloniale délabrée. Sa santé se détériore. Sans téléphone ni internet, tous ses moyens de communications sont surveillés, ainsi que ses éventuels visiteurs. Fervente bouddhiste, elle consacre ses journées à la méditation, à l'écriture et à la lecture de livres politiques et philosophiques. Elle ne possède qu'une radio et peut écouter la BBC et la Voix de l'Amérique. Aimant la musique, elle joue certains jours du piano.
 
Mais forte du soutien de l'Occident, Aung San Suu Kyi a toujours refusé le compromis. Ses appels aux sanctions économiques internationales et au boycott du tourisme ont été entendus, mais son intransigeance et son refus du dialogue quelquefois critiqués. Toutefois, la Dame de Rangoun est aujourd'hui la seule alternative politique crédible en cas de transition démocratique. Dans un pays si divisé, elle est la seule capable de faire l'unité autour d'elle. 

Enfin libre
 
Le 13 novembre 2010, libérée après plus de sept ans de privation de liberté, elle est réapparue frêle et altière silhouette au dessus des grilles de sa résidence décatie de Rangoun, rayonnante, mais sans marge de manœuvre. 
 
La dissolution de la junte en mars 2011 et l'arrivée au pouvoir d'anciens généraux réformateurs, décide la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dissoute par les miliaires, à se ré-enregistrer, et à présenter des candidats aux élections partielles d'avril 2012. Redevenue légale, elle brigue 44 des 45 sièges en jeu. Aung San Suu Kyi a quant à elle enfin l'occasion de conquérir un siège de députée.

Au cours d'une campagne électorale hyperactive, elle rencontre la société civile, fait des voyages en province, accorde des dizaines d'interviews. Et surtout, elle s'entretient dans la capitale Naypyidaw avec le président Thein Sein. Un adoubement officiel, venu du régime lui-même, une invitation à tourner la page d'une confrontation stérile, pour revenir au premier plan. La lauréate du prix Nobel de la paix attire les foules en délire, qui ont placé en elle un espoir immense. Grâce à sa victoire, avec plus de 80% des suffrages, elle entre au Parlement en espérant pouvoir changer les choses de l'intérieur et poursuivre les réformes.

A l'étranger

Fin mai-début juin, elle effectue un déplacement en Thaïlande. C'est son premier voyage à l'étranger depuis plus de 20 ans. Elle se rend ensuite en Suisse, début d'une tournée historique en Europe. Ovationnée à l'ONU, elle reçoit en Norvège, avec 21 ans de retard et avec beaucoup d'émotion son Prix Nobel de la Paix. L'Irlande, puis la Grande-Bretagne l'accueillent avec les honneurs. Elle s'adresse au Parlement britannique, rencontre le premier ministre David Cameron et le prince Charles. A Oxford, ville où elle a étudié, fondé sa famille et  a"étéheureuse " elle est faite docteur honoris causa.

 En France, l'îcone birmane doit rencontrer le président de la République François Hollande qui a déclaré " Aung San Suu Kyi a délivré la plus belle leçon qui soit pour la démocratie".

Sylviane Moukheiber

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