Au plus fort de la campagne électorale pour les législatives, au cours d'une visite à Ashkelon, le 3 février 2009 juste après la chute d'une roquette, Benjamin Netanyahu promet qu'il fera "tomber" le Hamas s'il devient Premier ministre. L'homme qui s'était opposé au retrait unilatéral de la bande de Gaza réalisé par Ariel Sharon en 2005 en démissionnant du gouvernement avait alors mis en garde contre le danger des tirs de roquettes qui atteindraient Ashdod et Ashkelon.
Pendant la guerre contre
Gaza de décembre 2008-janvier 2009, il n'a pas raté une occasion de rappeler qu'il avait déjà prédit les dangers de la création d'un "Hamastan" dans la région. "
C'est comme si Al-Qaïda avait une base soutenue par l'Iran près de la ville de New York. C'est plus ou moins ce que nous avons à Gaza. Nous avons le Hamas soutenu par l'Iran qui tire des roquettes sur la banlieue de Tel-Aviv", déclarait-il sur
CNN. "Ils veulent notre destruction... Avec le Hamas, la paix n'a aucune chance ». En martelant ses prises de position,
Benjamin Netanyahu aura su répondre aux craintes des Israéliens qui ont vu resurgir les problèmes de sécurité pendant la guerre de
Gaza, avant qu'ils ne deviennent leur principale préoccupation.
Un faucon ultralibéral Outre le faucon politique, le chef du
Likoud, le parti de droite, est aussi un chantre de l'ultra-libéralisme économique. Surnommé "Bibi", il a ainsi promis d'agir avec force sur un autre front : l'économie. La crise financière s'est en effet abattue sur le pays. Pour répondre à la récession brutale, il prône des recettes à la
Margaret Thatcher. Recettes qu'il avait déjà appliquées sans état d'âme par le passé lorsqu'il était Premier ministre entre 1996 et 1999 et ministre des Finances en 2003. Un souvenir douloureux pour beaucoup d'Israéliens en raison des mesures d'austérité et des coupes drastiques opérées dans les avantages sociaux, au point que certains l'avaient appelé le "faiseur de pauvres".
Avec les Palestiniens, le leader du
Likoud est un partisan de la ligne dure, soupçonné de vouloir geler les négociations. Conscient que la plus grande partie de ses concitoyens rejettent les concessions territoriales, il s'oppose au démantèlement par la force des colonies sauvages de
Cisjordanie et refuse toute partition de
Jérusalem. Pour lui, les Palestiniens ne peuvent prétendre qu'à une indépendance limitée et sous haute surveillance. Il leur propose donc une "paix économique", limitée à la
Cisjordanie aussi longtemps que
Gaza sera contrôlée par le
Hamas.
Première armes aux Etats-Unis Benjamin Netanyahu est né à
Tel-Aviv le 21 octobre 1949, dans une famille originaire de
Lituanie. Son père, Benzion Netanyahu, fut notamment le secrétaire de
Zeev Jabotinsky, chef de file des sionistes "révisionnistes" (doctrine radicale qui réclame pour l'Etat juif les frontières de l'
Israël biblique) et père spirituel de la droite israélienne qui donnera naissance au
Likoud. La famille s'installe dans les années 60 aux
Etats-Unis. "Bibi" suit des études d'architecture et de gestion au prestigieux
Massachusetts Institute of Technology (
MIT), d'où son anglais parfait et une aisance avec les médias.
Sa carrière démarre dans la diplomatie. En 1984, il est nommé Ambassadeur d'
Israël auprès de l'
Onu pendant quatre ans. Son entrée en politique commence en 1988 avec son élection comme député à la
Knesset. Son ascension sera météorique. Il deviendra tout d'abord ministre adjoint des Affaires Etrangères (1988-1990) et sera l'un des principaux négociateurs israéliens à la conférence de la paix au Proche-Orient de Madrid en 1991. Elu président du
Likoud en 1993, il devient ensuite Premier ministre de 1996 à 1999. Il est alors le plus jeune chef de gouvernement de l'histoire du pays et le premier à être né après la proclamation de l'indépendance.
Dégradation des relations avec l'Autorité Palestinienne L'arrivée d'un membre du
Likoud aux affaires a pour résultat une politique différente dans la gestion de la crise au Proche-Orient et du processus de paix avec les Palestiniens. Farouche opposant aux
accords d'Oslo de 1993, il est accroché au dogme sacro-saint d'Eretz
Israël (la terre d'
Israël aux frontières bibliques incluant la
Cisjordanie). Ce durcissement va provoquer une dégradation des relations avec l'
Autorité palestinienne.
Son échec électoral de 1999 face au travailliste
Ehud Barak est suivi de sérieux problèmes avec la justice. Son épouse Sarah, une ancienne hôtesse de l'air, fait notamment l'objet d'une enquête pour une affaire de corruption alors qu'il était au pouvoir. Faute de preuves, la justice renoncera finalement à inculper le couple.
Donne changée C'est
Ariel Sharon qui le fait revenir en 2002 en le nommant ministre des Affaires étrangères, puis ministre des Finances en 2003, chargé de relever l'économie israélienne. Une nouvelle fois, il mènera des réformes ultras-libérales tambour battant. Il démissionnera donc ensuite en 2005 pour marquer son opposition au plan de retrait israélien de
Gaza. En 2006, face au nouveau parti
Kadima, fondé par
Ariel Sharon en scission du
Likoud avant son accident cérébral, il subit une cuisante défaite aux législatives en ne terminant qu'à la 4
e place du scrutin. Mais petit à petit, il redressera la barre et redeviendra progressivement l'un des hommes politiques les plus populaires du pays.
Le 31 mars 2009,
Benjamin Netanyahu, après un mois de tractations, est officiellement intronisé Premier ministre par la
Knesset. Mais, sa première idée, celle de "l'union nationale", ne pourra pas voir le jour puisque
Kadima refuse d'y participer. Même s'il a réussi à rallier les travaillistes, Bibi" va donc devoir composer avec l'ultra-nationaliste
Avigdor Lieberman dans un cabinet très droitier, dont la paix ne sera pas la priorité. Or avec
Barack Obama au pouvoir aux
Etats-Unis, les cartes de la région sont bouleversées en profondeur. Le fidèle allié -et protecteur- américain sera moins enclin à accepter une politique basée sur la force.
Sylviane MOUKHEIBER