"La Stasi avait tout prévu. Sauf les bougies et les prières". Christian Führer
C'est une révolution pacifique, sans bain de sang. Des centaines de milliers d'Allemands de l'Est défilent, bougies à la main, contre le régime. La scène se reproduit tous les lundis. Nous sommes en 1989, à l'automne. Le point de départ est la Nikolaikirche, l'église Saint-Nicolas de Leipzig ; l'initiateur, le pasteur Christian Führer. Le nombre de participants aux " prières pour la paix" ne va plus cesser de croître.
Marqué par l'échec du Printemps de Prague en 1968, juste après sa nomination à Leipzig, le pasteur Christian Führer inaugure ses "prières de la paix" dès le 20 septembre 1982. Il s'oppose alors à la course aux armes nucléaires et aux missiles de la Guerre Froide. Son église devient petit à petit un lieu de ralliement où l'on vient pour parler. Les privations sous la dictature communiste et le manque de liberté vont provoquer un mécontentement grandissant dans la population. Le navire commence à prendre l'eau et les citoyens de la RDA fuient passant par les pays voisins.
25 septembre, date clé
Arrive alors l'automne 1989 : "la Stasi (ndlr : la police secrète est-allemande ) avait tout prévu", se souvient Christian Führer. "Sauf les bougies et les prières". Le 25 septembre, après un service de prière pour la paix, plus de 7.000 personnes se retrouvent derrière le slogan "Pas de violence". Elles sortent de l'église une bougie à la main, en silence, marchant sur le Ring, dans la ville. Elles n'ont plus peur. Ces marcheurs pacifiques qui agacent le pouvoir. Ce dernier tente de faire pression sur le pasteur, il refuse de plier.
Le 9 octobre 1989, à l'issue de la prière, devant des membres de la Stasi infiltrés dans l'église, une manifestation se prépare. Ils seront cette fois 70.000 à défiler dans les rues de Leipzig, toujours une bougie à la main. On craint le pire. Quelques jours plus tôt, au cours des célébrations du 40ème anniversaire de la création de la RDA en présence de Mikhaïl Gorbatchev, les Berlinois ont crié " Gorbi, au secours !". 3.000 personnes avaient alors été arrêtées. Mais là, l'armée s'est préparée, la police est sur les dents, les hôpitaux mobilisés. Bref, on prévoit un bain de sang. Pour la première fois, les manifestants vont, avec un courage inouï, scander "Nous sommes le peuple !". Il n'y aura pas d'incident. "Un miracle de dimension biblique", confie Christian Führer. "On avait un incroyable sentiment de libération".
Le lundi suivant, ils seront 120.000 dans les rues de Leipzig, et ainsi de suite, toujours plus nombreux, jusqu'au 4 novembre où 1 million de personnes défilent à Berlin-Est, sans violence. Ce sera le plus grand rassemblement de protestation jamais tenu en RDA. Cinq jours plus tard, le 9 novembre, le Mur de Berlin tombe.
Autres causes
Devenu une légende après ces journées historiques, le pasteur Christian Führer, né à Leipzig le 5 mars 1943, est aujourd'hui à la retraite. Si le cheveu a blanchi, il a toujours la même coiffure en brosse, est vêtu de son éternelle veste en jean sans manche. Après la chute du Mur, il a continué ses "prières du lundi", mais pour d'autres causes. Toujours en quête de justice et de paix.
Sylviane Moukheiber
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