Claude Chabrol

le 12 septembre 2010 à 22h17 , mis à jour le 12 septembre 2010 à 22h37

Claude Chabrol, réalisateur français, croquait, à travers une oeuvre prolifique, les travers de la bourgeoisie de province avec la même gourmandise qu'il mettait à en savourer la cuisine.

Claude Chabrol Claude Chabrol (archives) © TF1/LCI
  • Nom : Chabrol
  • Prénom : Claude
  • Né(e) le : 24 juin 1930 - à : Paris
  • Décédé(e) le : 12 septembre 2010 (80 ans)
  • Réalisateur

Biographie

Le visage rond caché par de larges lunettes, qu'il abandonnera en 1995 après une opération de la cataracte, Claude Chabrol fut l'un des réalisateurs français les plus populaires, connu pour son humour noir et son goût de l'autodérision. Son oeuvre (environ 60 films pour le cinéma et une vingtaine pour la télévision) avait été couronnée par le Prix René Clair de l'Académie française en 2005 et le Grand prix 2010 des auteurs et compositeurs dramatiques.

Fumeur de pipes et de cigares, Claude Chabrol cachait, derrière une apparente bonhomie, un certain plaisir à montrer la cruauté. "A partir d'une certaine monstruosité, les gens préfèrent ne pas penser que c'est possible, c'est là que mon travail commence", déclarait-il sans se départir d'un sourire malicieux. Claude Chabrol s'était imposé comme une sorte de moraliste capable de transformer un simple fait divers en un conte féroce où se révélaient les aspects les plus sombres des hommes. "J'utilise le cadavre comme d'autres utilisent le gag", ajoutait celui qui a dressé un portrait particulièrement corrosif de la France des années 70.

Claude Chabrol était connu en outre pour son goût bien français pour la cuisine et il ne manquait jamais de placer des scènes de repas dans ses films. "Je ne comprends pas ceux qui se désintéressent des repas, ça les occupe tout de même deux fois par jour. Pour moi, c'est comme s'ils se désintéressaient de la vie", disait le cinéaste. "Le repas est un des rares moments où un être humain n'est pas tout à fait le même au début et à la fin", ajoutait celui qui avait participé en 2004 à Dijon au premier festival "Cinéma et Gastronomie". Claude Chabrol se faisait un point d'honneur à bien nourrir ses acteurs: "Avant le tournage, je fais un repas avec eux pour voir si je ne me suis pas trompé". A la fin, il régalait l'équipe de petits plats et de bons vins.

"Ce n'est pas mal de n'être sûr de rien"

Portraitiste acide de la bourgeoisie, Claude Chabrol était lui-même issu de la moyenne bourgeoisie française. Son père était pharmacien. Elève modèle - licencié en lettres et en droit (dans la même promotion que Jean-Marie Le Pen) - le jeune Claude Chabrol découragea pourtant ses parents, qui désiraient le voir reprendre l'officine paternelle, en quadruplant sa première année de pharmacie.

Passionné de cinéma, il devint finalement critique dans des revues spécialisées, avant son arrivée aux célèbres Cahiers du cinéma. Et c'est grâce à l'héritage de sa première femme - "Sa grand-mère avait eu la bonne idée de mourir pendant que j'écrivais le scénario", disait-il - qu'il eut l'argent nécessaire pour se lancer dans le cinéma, comme producteur d'abord puis comme réalisateur (Le Beau Serge, 1959) aux débuts de la Nouvelle Vague.

Ce boulimique de la pellicule devait alors considérer le cinéma comme un "hobby", tournant film sur film à la cadence moyenne d'un par an. Claude Chabrol signa de grands films (Que la bête meure, 1969 ; La femme infidèle, 1969 ; L'Enfer, 1994 ; La cérémonie, 1995 ; Merci pour le chocolat, 2000) mais aussi, selon sa propre expression, des "films alimentaires" comme Folies bourgeoises (1976), alternant films parisiens et films provinciaux où, selon lui, plus qu'à Paris, la nature humaine apparaît plus nettement.

Sur le plateau, Claude Chabrol se montrait jovial, donnait peu de directives aux acteurs, notamment à son actrice fétiche Isabelle Huppert, et aux techniciens avec lesquels il entretenait souvent des relations amicales après le tournage. "On peut très bien prendre les choses au sérieux sans les traiter avec sérieux", disait ce grand sceptique selon lequel "les certitudes font partie des malheurs de l'existence. Ce n'est pas mal de n'être sûr de rien". Claude Chabrol est mort le dimanche 12 septembre 2010 à l'âge de 80 ans.

le 12 septembre 2010 à 22:17
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