Claude Lévi-Strauss naît à Bruxelles en 1908 de parents juifs d'origine alsacienne. Il commence par étudier la philosophie et le droit. Il meurt le 3 novembre 2009 à l'age de 100 ans.
Nommé professeur de sociologie à l'université de Sao Paulo à 27 ans, il part pour le Brésil en 1934 où il conduit plusieurs expéditions ethnographiques à la rencontre des tribus primitives : les Indiens Bororos et les Caduveos du Mato Grosso puis les Indiens Nambikwaras en Amazonie.
Il est de retour à Paris en 1939. Mais face à la menace nazie il décide de se réfugier à New York en 1941. Il rencontre le grand linguiste Roman Jakobson auquel il emprunte la méthode structuraliste qu'il va appliquer à l'ensemble des faits humains, mettant l'accent sur la structure et non le sujet, sur le tout et non la partie : c'est l'organisation sociale qui façonne l'individu.
Il raconte son expérience brésilienne dans Tristes tropiques (1955) qui est un véritable succès. "Je hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m'apprête à raconter mes expéditions... Il n'y a plus rien à faire : la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait. L'humanité s'installe dans la monoculture." Et pourtant, lors d'un entretien il dira plus tard : "J'étais dans un état d'excitation intellectuelle intense. Je me sentais revivre les aventures des premiers voyageurs du XVIe siècle. Pour mon compte, je découvrais le Nouveau Monde. Tout me paraissait fabuleux : les paysages, les animaux, les plantes...".
Penseur de la parenté et des mythes
Ses livres majeurs sont Les Structures élémentaires de la parenté chez les peuples primitifs, Anthropologie structurale (1958). Dans Race et Histoire (1952) il affirme que l'on ne peut pas condamner l'esprit de progrès, mais son application aux sociétés qui, jusque-là, semblaient y avoir échappé.
En 1959, il revient à Paris et entre au Collège de France, où il exercera jusqu'à sa retraite en 1982.
Dans La Pensée sauvage (1962), il explique comment la pensée sauvage, et non la pensée des sauvages, est en chacun de nous et qu'elle est aussi complexe dans les sociétés sans écriture que dans les sociétés dites développées. Il montre l'impeccable logique qui régit la classification des plantes. Il détruit les prétentions scientifiques du racisme, critique l'arrogance du regard occidental sur les "sauvages" et dénonce l'uniformisation du monde. Enfin il publie les quatre volumes des Mythologiques entre 1964 et 1971.
En 1973, il est le premier ethnologue admis à l'Académie française. En 2008, pour son centenaire, il entre dans la prestigieuse collection de La Pléiade.
"La difficulté croissante de vivre ensemble..."
En 2005, lors d'un rare entretien, il disait "nous allons vers une civilisation à l'échelle mondiale. Où probablement apparaîtront des différences - il faut du moins l'espérer (...). Nous sommes dans un monde auquel je n'appartiens déjà plus. Celui que j'ai connu, celui que j'ai aimé, avait 1,5 milliard d'habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d'humains. Ce n'est plus le mien". Lévi-Strauss est aussi passionné par l'opéra, la civilisation japonaise et le bouddhisme. Selon Françoise Héritier (anthropologue) "il a totalement renouvelé nos manières de voir le monde... c'est un grand innovateur en anthropologie".
Sophie VIGNON
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