"Les miss passent, moi je reste." Geneviève de Fontenay, haute silhouette noire et blanche, en impose et ne s'en laisse pas conter. Depuis plus de 40 ans, elle chaperonne ses Miss dans la France entière, de foires en galas, avec pour seul credo : rigueur, féminité et élégance.
Geneviève Mulmann naît le 30 août 1932 à Longwy en Meurthe-et-Moselle, dans une famille de dix enfants. Son père est ingénieur des mines dans les aciéries d'Hagondange, en Moselle. Après un bref passage par l'école hôtelière de Strasbourg, elle rejoint Paris à 17 ans pour y suivre une formation d'esthéticienne.
Miss élégance
En 1952, représentante en produits de beauté, elle se rend à Carnac pour l'élection de Miss Bretagne. L'organisateur de la soirée, un certain Louis Poirot, dit de Fontenay, la choisit pour participer au Jeu du modéliste amateur... qu'elle gagne. Elle retrouvera Louis Poirot quelque temps plus tard alors qu'elle est mannequin chez Balenciaga et ne quittera plus "le seul amour de sa vie".
Après un titre de Miss Elégance, puis de Miss Lorraine, Geneviève de Fontenay s'engage auprès de son compagnon dans l'aventure du Comité Miss France dont il est le président depuis 1947. Le couple aura deux fils, Xavier et Ludovic (décédé en 1984 à l'âge de 29 ans). Bien que n'ayant jamais été mariée à Louis, elle porte son nom qui n' est en réalité qu'un pseudonyme adopté pendant la Résistance. Fontenay, "comme la patate", précise-t-elle avec humour. A sa mort en 1981, Geneviève et son fils Xavier prennent les rênes du Comité.
La dame au chapeau
Cantonné à un public provincial, le concours Miss France va décoller en 1986. Le 31 décembre, Guy Lux anime la soirée du réveillon sur TF1 et craint une faible audience avec l'abbé Pierre pour seul invité. Il décide de retransmettre le concours et c'est un succès. La première miss France élue en direct à la télévision est Nathalie Marquay. L'évènement devient populaire, tout comme son organisatrice.
Geneviève de Fontenay fabrique ce personnage au franc-parler et à l'allure stricte. Tailleur style Chanel, talons réglementaires de 10 cm et surtout son fameux chapeau, qui porte le nom de "Fontenay". Le panama existe en deux versions, noir à ruban blanc et blanc à ruban noir, le galon est changé tous les cinq ans car "il n'y a que ça qui s'use".
Inusable, Geneviève de Fontenay l'est. Sillonnant le terroir avec sa caravane - "même les arbres me connaissent"-, voulant tout régenter, elle est célèbre aussi pour ses indignations. Gardienne du temple des Miss, Geneviève est intransigeante sur les principes et n'hésite pas à s'affronter avec certaines reines de beauté qui auraient dépassé les limites du règlement en posant pour des magazines dans des positions plus ou moins suggestives.
La guerre des Miss
Un bras de fer va l'opposer à Endemol qui avait racheté en 2002 les activités télévisuelles et commerciales de la société. En février 2010, Geneviève de Fontenay claque la porte et décide de créer son propre concours de beauté. La justice va trancher. Au mois de juin le tribunal de commerce lui interdit d'organiser une élection concurrente et lui ordonne de cesser de dénigrer Endemol et sa filiale la société Miss France. Contrainte au silence, elle décide néanmoins de faire appel.
Douairière ringarde ou dame patronesse pour certains, d'autres plus nostalgiques sont fascinés par sa personnalité fantasque et ses contradictions. Rigide avec la tradition, elle peut aussi afficher sa sympathie pour Arlette Laguiller ou Ségolène Royal. En 2002, elle a reçu la médaille du Mérite et du dévouement français, récompensant "le bien et la valeur".
Incontournable ou dépassée, Geneviève de Fontenay restera liée à l'histoire du célèbre concours. Dans un livre d'entretiens paru en 2005, elle affirme : "Je ne pourrai pas arrêter complètement. Mes miss, c'est ma vie, je ne sais rien faire d'autre."
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