Guy Béart © TF1/LCIIl a toujours refusé d'être rangé dans les armoires du Patrimoine, et pourtant il est devenu un monument de la chanson française. Son ambition était de" devenir juste un anonyme du XXe siècle ", que ses chansons deviennent des classiques chantés par les générations futures.
Guy Béart, une voix doucement rauque qui égraine avec des mots choisis, des comptines qui disent leurs quatre vérités, des ritournelles populaires tendrement critiques, ironiques, ou à double sens. Plus de 300 titres, des succès à la pelle, des mélodies que l'on peut tous fredonner. L'auteur de L'Eau Vive, a fait de la chanson un art majeur.
A plus de 81 ans, il mène ces dernières années une vie solitaire dans sa grande demeure de Garches (Yvelines) achetée en 1967. Une maison de 1200 mètres carrés conçue par un architecte du Bauhaus, qui aurait appartenu à un diplomate autrichien fuyant les nazis. Il vit au milieu d'un mobilier hétéroclite, en compagnie de ses chats, entouré par capharnaüm incroyable, où s'entassent pêle-mêle ses souvenirs.
Un matheux qui pousse la chansonnette
Cartons d'archives, instruments de musique, dizaines de guitares, piles de livres, cassettes, CD, photos par milliers qui racontent son histoire familiale, ses amours, ses heures de gloire. Toute sa vie est là, concentrée, déposée en strates, tout a été gardé, même des objets d'enfance. Mais l'homme n'est pas pétrifié dans ses souvenirs, il reste connecté à la marche du monde, suivant de près son évolution, même si celle-ci lui déplaît.
Guy Béart est né au Caire en Egypte le 16 juillet 1930. Il grandit dans différents pays de la Méditerranée : Liban, Grèce, Italie, Nice. Sa famille s'installe en 1947 à Paris. Interne au lycée Henri IV, il fait Math sup, Math spé, puis l'Ecole nationale des Ponts et chaussées. Des études brillantes, qui ne l'empêchent pas d'apprendre à l'Ecole nationale de musique, le violon et la mandoline. En 1954 il travaille comme ingénieur dans un bureau d'études d'une grande entreprise, et, le soir chante pour les copains dans un bistrot du Quartier latin, La Colombe.
Jacques Canetti le découvre, le fait passer au Trois Baudets, où il partage l'affiche avec Mouloudji, Brel, Devos, Pierre Dac, Francis Blanche. En 1957, il sort son premier disque avec huit titres dont Chandernagor, Qu'on est bien, Le Quidam, Bal chez Temporel. Guy Béart a 27 ans, il est la révélation de l'année. Georges Brassens le soutient, Boris Vian chante dans les chœurs de ses chansons. Il écrit pour Juliette Gréco, Zizi Jeanmaire, Patachou, qui l'applaudissent. Les éloges pleuvent. Il est lancé.
"Il ne s'est jamais fui"
Il fait des rencontres prestigieuses, tisse des amitiés avec Aragon, Pierre Mac Orlan, Georges Pompidou dont il était l'un des chanteurs préféré, avec Jean Ferrat. Une relation qui sera critiquée et brouillera son image. Plus tard il fréquentera François Mitterrand, l'accompagne dans un voyage au Japon, au cours duquel il chantera devant l'empereur Hirohito. Sa carrière sera riche en rebonds, les modes se succédant l'ayant mis quelquefois à l'encan.
Mais, c'est sans oublier que l'homme aimait les femmes. Elles auront compté plus que tout dans sa vie. Dans une interview au Monde le 14 septembre 2003, il avoue avoir été "amoureux à en mourir sept à huit fois " : elles lui ont souvent inspiré des chansons, où il est question de passion, d'amour qui s'enfuit, de rupture. Les histoires d'amour finissent souvent mal. Il est père de deux filles, deux demi-sœurs, Eve, créatrice de bijoux et Emmanuelle Béart , la célèbre comédienne. Si l'actrice a tissé une relation complexe avec son père, elle est admirative devant son talent, son écriture pudique et raffinée : "c'est l'homme le plus intelligent que je connaisse", dit-elle, "il n'a jamais fui, ne s'est jamais fui ..." et elle ajoute : "... Mon père est ailleurs, barré, hors du cadre, avec en même temps une capacité dingue à être dans l'instant ". (Le Monde du 14/09/2003).
Eclats de voix avec Gainsbourg
Guy Béart se battra près de 20 ans contre deux cancers qui l'éloigneront de la scène artistique. Il connaîtra les vaches maigres, "avant la crise ". En 2010, il revient avec un CD de 12 titres, Le Meilleur des choses (Sony Music) qui sera bien accueilli par le public et la critique, dans lequel lui, le connecté, (internet, journaux, télé) jette un regard acerbe sur les dérives de la société actuelle.
On se souvient de l'engueulade avec Serge Gainsbourg sur les plateaux de l'émission Apostrophes en 1986. Ce dernier, bourré martelait que la chanson était un art mineur. En désaccord, une violente algarade va opposer les deux artistes. "Je respecte beaucoup la chanson, qui est pour moi la plus pure expression de l'âme humaine", explique-t-il au Nouvel Observateur le 23 décembre 2009. Avec quarante ans de carrière, Guy Béart aura tout sa vie porté haut l'"art majeur" de la chanson française.
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