Hamid Karzaï

Par Sylviane MOUKHEIBER, le 18 août 2009 à 18h22 , mis à jour le 06 septembre 2009 à 15h34

Malgré un bilan mitigé en matière de sécurité et de lutte contre la corruption, le président afghan sortant est un candidat heureux à sa propre succession.

Hamid Karzaï Hamid Karzaï (14 août 2009) © Reuters
  • Nom : Karzaï
  • Prénom : Hamid
  • Né(e) le : 24 décembre 1957 - à : Karz, Afghanistan
  • Président de l'Afghanistan

Biographie

Son allure, élégante et raffinée, a frappé les esprits dès sa première apparition sur la scène internationale en 2001. L'homme au caftan vert et violet et à la toque d'astrakan a immédiatement séduit par sa politesse exquise et cette allure hors du commun pour un homme politique. Protégé et meilleur allié des Etats-Unis durant sept ans, Hamid Karzaï  est pourtant depuis plusieurs mois critiqué et accusé d'immobilisme par la nouvelle administration américaine. Barack Obama n'a pas mâché ses mots contre son incapacité à répondre aux besoins de la population.

Face à ce désamour certain avec Washington, le président sortant a choisi de jouer la carte du nationalisme afghan en prévision de la présidentielle d'août 2009. Il dénonce ainsi avec virulence les victimes civiles des bavures des forces militaires occidentales engagées contre l'insurrection des talibans. Il manœuvre en coulisses, multiplie les alliances politiques, mène des tractations avec les gouverneurs, chefs de clans et leaders communautaires. La stratégie a pour but d'élargir son réseau auprès des personnes d'influence et donc de s'assurer des soutiens nécessaires pour triompher de ses 40 rivaux à l'élection présidentielle.
 
L'ascension politique
 
Héritier d'une famille de pouvoir pachtoune du clan des Popalzaï, Hamid Karzaï est né le 24 décembre 1957 dans le village de Karz, près de Kandahar, la grande ville du sud, futur berceau des talibans. Pour fuir l'invasion soviétique, sa famille s'installe à Quetta, au Pakistan, en 1979. Il fait ses études en Inde où il devient diplômé en sciences politiques. Entre 1982 et 1992, il passe la majeure partie de son temps en exil, au Pakistan notamment où il enseigne l'anglais.
 
Hamid Karzaï rejoint la résistance en tant que responsable du département de l'information d'un petit parti de combattants pro-royaliste. Il est nommé vice-ministre des Affaires étrangères lorsque les moudjahiddin prennent Kaboul en 1992. Les membres de ce gouvernement, tous chefs de guerre, ne cessent de s'affronter, détruisant en partie la capitale. En 1994, il tente de persuader le commandant Massoud de remanier cette équipe déchirée par des rivalités. Mais celui-ci le soupçonne d'être un agent du Pakistan et le jette en prison. Il s'échappe grâce à la destruction fortuite des murs de sa geôle par une roquette.
 
Revenu à Kandahar, il collabore ensuite avec les talibans. Après la prise de Kaboul en 1996, il refuse néanmoins le poste de représentant des talibans à l'ONU proposé par le mollah Omar. Il rompt ensuite toute relation avec le régime après l'assassinat de son père au Pakistan le 14 juillet 1999, attentat attribué à la milice islamiste.
 
L'homme des Américains
 
Sur le plan international, Hamid Karzaï est repéré dès les années 1990 par Zalmay Khalizad, qui deviendra par la suite l'ambassadeur des Etats-Unis en Afghanistan. Sur ses conseils, le Département d'Etat américain décide de le promouvoir comme futur président. Rentré clandestinement dans le pays en octobre 2001, il est héliporté par les forces spéciales  dans un village perdu des montagnes de l'Uruzgan pour rassembler quelques tribus pashtounes contre les talibans. Après la chute des fondamentalistes, il est désigné président en décembre 2001 à la conférence de Bonn, chargé de constituer un gouvernement "intérimaire" protégé par les Occidentaux. Il sera confirmé en juin 2002 par une Loya Jirga (grand conseil tribal) et  remportera fin 2004 la première élection présidentielle au suffrage universel direct du pays avec 55,4% des voix dès le premier tour.  
 
Porteur d'espoir au début de son mandat, il va décevoir. Son horreur de l'affrontement l'entraîne souvent au compromis. Sa peur de déplaire et son indécision dans nombre de dossiers le rendent trop consensuel. On lui reproche son manque de vision, de solutions concrètes et sa faiblesse face aux chefs de guerre qui continuent de régner sur une grande partie du pays. Celui que l'on surnomme avec dérision "le maire de Kaboul, pour marquer les limites de son pouvoir, va laisser le commerce de l'opium devenir de plus en plus florissant, au point de saper les fondements de l'Etat dans plusieurs provinces.
 
La main tendue aux talibans
 
Résultat : malgré quelques succès, en matière de santé et d'éducation notamment, la population est exaspérée par l'échec des autorités face à l'insurrection des talibans, l'extrême violence qui règne dans un  pays en ruines, laminé par huit années de guerre et rongé par la corruption. Pourtant, Hamid Karzaï a bien l'intention de se succéder à lui-même. "Nous avons fait du chemin. Depuis sept ans, le pays a progressé sur la voie de la paix et de la fraternité. Si vous votez pour moi, je vous promets que votre vie s'améliorera", a-t-il ainsi garanti devant 15.000 partisans enthousiastes réunis au stade de Kaboul quelques jours avant le scrutin du 20 août 2009, pour clôturer une campagne électorale jugée morne et sans relief.
 
Sur le plan purement politique, il a changé de stratégie, appliquant une "diplomatie à l'afghane", avec des négociations tous azimuts. Dans la dernière ligne droite de la campagne électorale, il a ainsi annoncé qu'il tendait à nouveau la main aux talibans. Ce n'est certes pas la première fois. Et si ces avances trouvent un écho favorable auprès des plus modérés d'entre eux, les irréductibles maintiennent leurs exigences de départ des troupes étrangères d'Afghanistan. Quoi qu'il en soit, même si ce scénario de réconciliation nationale a la bénédiction des occidentaux, la route sera longue pour Hamid Karzaï et les négociations ardues avant d'envisager la réintégration des rebelles dans la société afghane.

Sylviane MOUKHEIBER

Par Sylviane MOUKHEIBER le 18 août 2009 à 18:22
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