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Isabelle Adjani

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Isabelle Adjani

Isabelle Adjani / Crédits : Agence Angeli

Biographie de Isabelle Adjani

Né(e) le : 27/06/1955

belle Adjani est un symbole, mais semble un peu prisonnière de son image.

Isabelle Adjani naît à Gennevilliers en 1955. Elle ne se destine pas au cinéma, voyant d'abord l'activité comme un amusement, un divertissement de vacances. Mais le sort en décide autrement. A seize ans elle apparaît d'abord dans Faustine et le bel été de Nina Companeez. Alors, la passion l'emporte. Elle se rejoint le cours Florent, se consacre au théâtre avec un tel feu qu'elle finit par intégrer l'auguste Comédie Française. Lorsque l'honorable maison veut la retenir, elle la quitte pour rejoindre Lino Ventura au cinéma, dans le rôle de l'ado turbulente de la Gifle en 1974. La jeune Isabelle fait preuve déjà d'une belle indépendance et remporte immédiatement le succès et les honneurs.

 

Passions furieuses

Une constante dans l'oeuvre d'Adjani (ses choix sont d'une telle cohérence qu'on peut employer le terme), c'est son excellence à dépeindre les tourments de personnages passionnés, tourmentés, exprimant des sentiments exacerbés, hystériques parfois. Cela commence en 1975 avec L'Histoire d'Adèle H de François Truffaut, où elle incarne la fille perturbée de Victor Hugo, poursuivant en Amérique un beau militaire, qui ne lui rend pas son affection et reste froid à ses emportements violents. Dès lors, Adjani devient une héroïne romantique et torturée (que l'on retrouvera jusqu'à Adolphe en 2002), l'incarnation parfaite d'une héroïne de roman en proie à des passions violentes et classiques.

Ainsi c'est presque logiquement qu'on lui confie le rôle, en 1979 d'Emily Brontë, dans Les Soeurs Brontë de Téchiné. Elle lui donne vie. Elle sait rendre les passions majuscules et fiévreuses. Même lorsqu'elle incarne Lucy Harker, la femme convoitée par Nosferatu, fantôme de la nuit et malgré l'ombre écrasante d'un classique absolu du cinéma de Murnau, elle lui confère une aura romantique dans la version de Werner Herzog. 

Insaisissable et éclectique

Elle connaîtra une escapade américaine intéressante et presque une pause en 1978 avec TheDriver, policier de Walter Hill. Mais on se souvient d'elle dans Le Locataire de Roman Polanski, où elle s'amusait déjà de son image, ne se laissait pas figer dans la fascination qu'elle suscitait déjà. Elle trouvait là un rôle extrêmement énigmatique, multiple, étrange et moderne (alors qu'elle avait jusque là un registre très classique). 

Elle continue de déjouer la facilité dans le traumatisant Possession de Zulawski. Elle y fait preuve d'une intensité inédite, unique sans doute, dans l'un de ces films qui vous laissent à terre, comme de grands souvenirs paradoxaux, teintés de malaise. Adjani va au bout de son rôle, de cette histoire d'amour excessive, démente, insoutenable parfois. C'est souvent ainsi qu'elle jouera des êtres extrêmes, quitte à se brûler parfois.

Elle déjoue les attentes à l'aube des années 80, avec une remarquable audace. Elle aborde un registre plus léger avec Clara et les chics types de Jacques Monnet, même si elle est toujours la belle tentatrice qui fascine, avec laquelle on voudrait s'enfuir. Elle retrouve un registre plus classique auprès de James Ivory dans Quartet, dans le Paris Bohème des années 20. 

A ce sommet de sa carrière et de sa popularité, elle varie surtout les plaisirs, notamment en 1982 dans Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau face à Yves Montand, qu'elle fait tourner en bourrique. Elle fait preuve de légèreté et d'un indéniable sens comique souvent occulté par sa dimension de grande tragédienne. Elle se joint par exemple à un charmant marivaudage L'année prochaine... si tout va bien de Jean Loup Hubert. Isabelle Adjani est également une grande actrice populaire.

 

Femme fatale

Adjani a longtemps distillé le mystère, c'est encore le cas sans doute. Par ses apparitions plus parcimonieuses que celles d'autres qui semblent squatter les plateaux télé, par ses engagements, ses éclats, sa volonté de demeurer secrète, elle est fascinante. Elle ne sort de sa réserve que pour réagir comme lorsque la rumeur devenait folle et qu'on la supposait malade du Sida ou pour s'engager avec force, contre le racisme notamment. Evidemment, les médias ne sont pas tendres avec ceux qui ne jouent pas leur jeu (Kubrick en a également fait les frais). 

D'une certaine manière, Adjani incite à se concentrer sur son art, sur cette prestance rare et ce charisme dont elle enrichit chaque rôle. Dans les années 80, on se souvient de l'obsession troublante qu'elle faisait naître dans le coeur d'un Michel Serrault endeuillé dans l'envoûtant et sombre Mortelle Randonnée de Claude Miller (scénarisé par Michel et Jacques Audiard) en 1983.

Dans l'Eté meurtrier, elle épouse une étrange vengeance, se faisant à la fois femme fatale et femme enfant, manipulant dans sa folie un jeune garagiste bienveillant (Alain Souchon, touchant de simplicité). A la fois totalement scandaleuse et instable, Adjani impressionne encore dans la peau d'un personnage tiraillé entre l'innocence la plus pure et les pulsions les plus noires. Puis, nouvelle éclipse. La belle revient en 1985 dans l'un des plus beaux films de Luc Besson, Subway, et son univers sous-terrain où fuit Christophe Lambert. On se souvient du visage de la grande Isabelle, sublime, ainsi que du clip du « Pull Marine » écrit par Gainsbourg pour elle, que Besson a également réalisé. 

Mais c'est véritablement en 1989 dans Camille Claudel de Bruno Nuytten qu'Adjani épouse un destin, le fait ressentir de toute sa passion dans ce qui est -à mon avis-, son plus grand rôle. Elle donne à voir l'innocence de la jeune fille, l'exaltation qu'elle exprime dans son art. Elle s'oppose à l'austérité de son frère Paul, surpassant parfois dans l'inspiration son maître et amant Rodin (campé par un Gérard Depardieu exemplaire). On voit son évolution en crescendo vers la folie et la déraison, comme si la flamme qui fait la grandeur de son art la brûlait vive. Camille aime trop fort comme Adèle H. Adjani exprime un peu de cette innocence fragile et inquiète qui était la sienne à la fin de l'Eté meurtrier. Il y a son regard, immense égaré et perdu, qui vous déchire le coeur au dernier plan. Grâce à l'engagement artistique total d'Adjani, le grand public connaissait cette sculptrice de génie, alors éclipsée par les ombres colossales de son mentor et de son frère.

Dépasser sa légende

Ensuite, la comédienne se fait plus rare. Après un long silence et un retour avorté avec une comédie décevante Toxic affair, en 1993, elle rencontre un rôle immense, celui de la Reine Margot, mis en scène par Patrice Chéreau. Il y a de la sensualité, de l'érotisme, de la passion, de la folie et même de la déviance dans ce personnage. Elle a des sentiments violents à une époque troublée. Seule une actrice comme Isabelle Adjani pouvait l'aborder et l'incarner totalement. Margot ne partage pas les pulsions homicides et le goût pour le complot de sa mère, Catherine de Médicis. Le rôle est un véritable tour de force et le film est la plus belle adaptation de Dumas au cinéma. On ressent l'intensité, la fureur et les convulsions de la Saint Barthélémy et ses contradictions dans le personnage même de Margot, dans son intimité.

Mais la fin des années 90 est inégale au cinéma pour Adjani, notamment dans le remake américain d'un classique de Clouzot, Diabolique, aux côtés de Sharon Stone en 1996. On espère un retour en 2002 avec la Repentie de Laetitia Masson. Elle reprend le rôle d'une amoureuse passionnée et maudite dans Adolphe de Benoit Jacquot, belle adaptation du roman de Benjamin Constant, où une femme se perd de réputation pour un jeune amant qui finit par se désintéresser d'elle.

Isabelle Adjani est un symbole, semble un peu prisonnière de son image. Elle s'en amuse en campant une actrice capricieuse dans Beau Voyage de Jean-Paul Rappeneau en 2003. Elle revient à ses premières amours théâtrales lorsqu'elle incarne La Dame aux camélias ou dans Figaro réalisé par Jacques Weber à la télévision.

 

Pourtant, avec la Journée de la jupe, on a le sentiment qu'elle retrouve enfin un rôle à sa hauteur, hors de son aura mythique, loin de ce registre classique auquel on la cantonnait un peu dernièrement, dans l'évidence de sa légende. 

Dans un premier extrait, avec une ironie acerbe et devant des élèves terrifiés qu'elle braque avec un flingue, elle dit avec un amusement à peine voilé « bon... On va pouvoir faire cours ». En même temps que l'on ressent la tension, on s'amuse de la finesse et de l'humour mordant qu'elle suggère dans cette réplique. On se dit que ça fait bien longtemps qu'on ne lui avait pas vues cette audace et cette espièglerie. Elle se glisse de nouveau dans le peau d'un personnage à bout, au coeur d'extrémités où elle a toujours su si bien s'aventurer. Ces retrouvailles avec une immense artiste ont tout pour nous réjouir.

 

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