Jane Birkin est née à Londres le 14 décembre 1946, d'une mère célèbre, la comédienne Judy Campbell, et d'un père commandant dans la Royal Navy, David Birkin, héros de la seconde guerre mondiale. Sa marraine n'est autre que la fille de Winston Churchill, ami de la famille. Entre la maison de Chelsea et les vacances sur l'île de Wight, Jane passe une enfance bohème et sauvageonne, avec son frère aîné, Andrew Birkin, futur cinéaste, et sa petite sœur Linda. En 2009, dans son album Enfants d'hiver, le premier dont elle a eu "le culot" d'écrire toutes les paroles, elle laissera libre cours à sa nostalgie d'une famille merveilleuse et de son enfance très libre.
Swinging Jane
A 18 ans, en plein "swinging London", Jane Birkin fait ses débuts au cinéma dans la comédie pop The Knack de Richard Lester, aux côtés de deux autres jeunes actrices, Charlotte Rampling et Jacqueline Bisset. Puis elle apparaît dans une comédie musicale Passion Flower Hotel dont John Barry, son premier mari, a composé la musique. Leur fille Kate naît en 1967, l'année où le film de Michelangelo Antonioni, Blow up, reçoit la palme d'or au festival de Cannes. Blow up devient rapidement un film culte et Jane Birkin accroît sa notoriété grâce à une scène de "nudité frontale" largement commentée par la presse britannique.
Séparée de son mari, la jeune anglaise débarque sur le continent en 1968, sa fille sous le bras, pour jouer dans le film Slogan, de Pierre Grimblat. Elle partage l'affiche avec Serge Gainsbourg et ne tarde pas à partager sa vie. Un an plus tard, ils créent l'évènement discographique de la décennie : le duo initialement composé par Gainsbourg pour Brigitte Bardot, Je t'aime, moi non plus figure sur leur premier album commun. Le titre fait scandale, les radios censurent, le Vatican réagit... Le couple sulfureux Birkin-Gainsbourg devient une icône internationale. En 2007, Jane, qui a longtemps voulu se démarquer de cette image figée, confiait à Paris-Match, "je sais que le jour où je partirai les pieds devant, on passera sur toutes les télés Je t'aime moi non plus. Ce qui est bien, c'est que je connais déjà la musique de la fin, ce qui n'est pas donné à tout le monde !"
Un Pygmalion nommé Serge Gainsbourg
Pendant dix ans, le couple fait la une des médias. Les albums s'enchaînent, L'Histoire de Melody Nelson, Di Doo Dah, Serge entreprend de modeler la jeune anglaise susurrante à l'accent si charmant. Leur fille Charlotte naît en 1971. Au cinéma, Jane interprète principalement des rôles de grande bringue sympathique et gaffeuse, comme dans La Moutarde me monte au nez de Claude Zidi et devient une actrice bankable. En 1975, Serge Gainsbourg réalise Je t'aime moi non plus, le film, dans lequel il exploite l'androgynie de Jane. Nouveau scandale, mais échec critique et commercial. Birkin retrouve les studios d'enregistrement : Lolita go home et surtout Ex-fan des sixties, en 1978 séduisent un large public.
Le couple explose à la fin des années 70, Jane quitte Gainsbourg devenu Gainsbarre, en embarquant ses deux filles. Pour l'amour de Charlotte, ils restent liés et Serge compose alors pour Jane ses plus belles chansons. Baby alone in Babylone, Fuir le bonheur de peur qu'il se sauve, les Dessous chics, remportent un grand succès. "J'étais la face B de Serge, son côté féminin, son côté blessé", explique-t-elle.
Comédie et tragédie
Jane Birkin devient la compagne du cinéaste Jacques Doillon, leur fille Lou naît en 1982. Elle continue de tourner des comédies mais aborde aussi des rôles plus graves - dans La Pirate de Doillon, L'Amour par terre de Jacques Rivette, La Femme de ma vie de Régis Warnier.
La presse croit à une plaisanterie quand le Théâtre des Amandiers de Nanterre annonce, en 1985, Jane Birkin mise en scène par Patrice Chéreau dans La Fausse Suivante de Marivaux avec comme partenaire, Michel Piccoli. La "ravissante drôlesse", préoccupée par ses fautes de français, travaille avec des répétiteurs et parvient, sans abandonner son accent, à ne pas perdre le fil de la construction grammaticale des phrases et à incarner la "dimension de révolte" dans son rôle de comtesse abusée.
Liberté et engagement
Tout en continuant d'interpréter "le chanson de Serge", elle alterne théâtre, cinéma, concerts, participe à des manifestations antiracistes et humanitaires, paye de sa personne pour promouvoir des causes. Elle passe aussi derrière la caméra, réalise court-métrages et longs-métrages, revient au théâtre pour interpréter sa pièce Oh ! Pardon, tu dormais. En 2002, à l'occasion de la commémoration des 20 ans de l'abolition de la peine de mort, elle chante le répertoire de Gainsbourg accompagnée par des musiciens kabyles. Cette performance annonce son album Arabesque, qui sera disque d'or, et la tournée mondiale qui s'ensuivit. Jane revendique une "frénésie de travail" et de voyages depuis que ses enfants sont partis voler de leurs propres ailes. L'ancienne nymphette affirme avoir moins peur des rides que de perdre sa curiosité, et elle adore son rôle de grand-mère. Sa vie privée a tellement été exposée qu'elle relativise, "on parle toujours des hommes, des hommes de ma vie... Moi, c'est ma mère qui me manque !"









