Jean-Paul Huchon

Par Dominique LOEILLET, le 03 février 2011 à 19h58 , mis à jour le 04 février 2011 à 17h45

Longtemps dans l'ombre d'hommes politiques plus célèbres que lui, Jean-Paul Huchon a surpris son monde en devenant président de la région Ile-de-France en 1998, puis en étant réélu à ce poste à deux reprises.

Jean-Paul Huchon Jean-Paul Huchon/archives © ABACA
  • Nom : Huchon
  • Prénom : Jean-Paul
  • Né(e) le : 29 juillet 1946 - à : Paris
  • Fonctionnaire, homme politique

Biographie

Enfant, Jean-Paul Huchon habitait dans le HLM Léon Blum du boulevard Masséna, dans le 13e arrondissement de Paris. Sa mère, ancienne lauréate junior de saut en hauteur, est devenue professeur de gymnastique. Son père, que la guerre empêcha de poursuivre des études plus brillantes, est instituteur puis directeur d'école.  Il lui arrive même d'avoir  son fils comme élève, "je ne souhaite pas cette épreuve à mon pire ennemi", s'exclamera plus tard Jean-Paul Huchon.

Perpétuel premier de la classe, il obtient une mention très bien au baccalauréat, qui lui permet d'accéder aux classes préparatoires du lycée Louis-le-Grand. Il supporte mal l'élitisme des grandes écoles. A Sciences-po, il souffre de la condescendance de certains de ses pairs, "qui lisent le Monde depuis le berceau" alors que ses parents se contentent de L'Aurore et du Parisien

Après mai 1968, militant au PSU, il présente le concours de l'ENA.  Reçu à la deuxième tentative, il intègre la promotion Thomas More avec "l'idée de faire de l'entrisme dans la haute administration pour servir le peuple".  A sa sortie de l'ENA, en 1971, il est affecté à la direction du Budget. Il y restera jusqu'en 1981.

L'ombre de Michel Rocard

Parallèlement, il suit Michel Rocard au PS. Il devient conseiller municipal puis premier adjoint à Conflans-Sainte-Honorine, la ville dont Rocard est le maire.  En 1981, il accompagne son mentor au ministère du Plan et de l'Aménagement du territoire.  En 1983, il est directeur de cabinet du ministre de l'Agriculture (Michel Rocard).  Puis, après un détour dans le privé lors du retour de la droite au gouvernement en 1986, il redevient directeur de cabinet de Michel Rocard, Premier ministre cette fois, en 1988, après la réélection de François Mitterrand. 

"Les Laurel et Hardy de la deuxième gauche" forment un tandem efficace : Rocard le nerveux, l'inventif a besoin de son homme-orchestre affable, arrondisseur d'angles et bon gestionnaire. En 1994, à la suite du cinglant échec du PS aux élections européennes, Michel Rocard se démet de son mandat de maire de Conflans-Sainte-Honorine et transmet le pouvoir à son premier adjoint, Jean-Paul Huchon. Celui-ci sera réélu maire de la ville lors des élections municipales de 1995.

Le candidat de Dominique Strauss-Kahn

L'éternelle "doublure" se libère progressivement de ses figures tutélaires : il rompt avec Michel Rocard en 1998, lors de la campagne des élections régionales, en déclarant dans Le Parisien que  "sa candidature serait paradoxale.  Où serait le renouvellement qu'illustre Lionel Jospin ?" et acquiert une image de traître chez certains caciques du PS

Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'Economie et porte-parole de la campagne, après un long suspense sur sa propre candidature, finit par l'introniser comme "le meilleur pour l'Ile-de-France".  La tête de liste PS a pour adversaire à droite Edouard Balladur qui un jour, lui avait dit "votre réputation n'est pas parvenue jusqu'à mes oreilles". Le 24 mars 1998, Jean-Paul Huchon devient le premier président de gauche de l'Ile-de-France.

La revanche de l'obscur

A la tête de la « gauche plurielle », il dispose d'une majorité relative face à la droite et au Front national. Fin tacticien, Jean-Paul Huchon déploie des trésors de diplomatie, élabore de subtils compromis, fait preuve de pragmatisme.  Lui qui se définit comme "libéral-social en économie et libertaire sur les mœurs", dont  les rondeurs lui valent les surnoms de Big Cat, l'Edredon ou le Polochon, sera réélu par deux fois. La liste PS-Europe-Ecologie-Front de gauche bat largement la liste de droite menée par Valérie Pécresse en 2010.

Jean-Paul Huchon connaît aussi des difficultés judiciaires.  En 2008, il est condamné pour prise illégale d'intérêts pour avoir poussé le conseil régional à contracter avec trois sociétés de communication où émargeait son épouse, intermittente du spectacle.  Mais la cour d'appel annule la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, car il n'y a ni préjudice pour la région ni enrichissement personnel.

Depuis décembre 2010, l'élection de Jean-Paul Huchon à la tête du conseil régional francilien est menacée d'invalidation. Saisi par un militant UMP, le Conseil d'Etat estime que les frais de la  campagne d'affichage sur les transports en Ile-de-France, en septembre 2009, auraient dû être intégrés au budget de campagne électorale.  Jean-Paul Huchon dénonce une sombre manœuvre politique.  Ses défenseurs jouent la montre, en saisissant le Conseil Constitutionnel qui devrait se prononcer en avril-mai 2011, laissant ainsi le temps au président de région de peaufiner l'accord sur le Grand Paris qu'il espère conclure avec le gouvernement. 

Lui-même n'entend pas se laisser faire : il évoque avec humour la longévité du "huchon", "un poisson de la famille des salmonidés, sédentaire et carnassier, combatif et rusé".

Par Dominique LOEILLET le 03 février 2011 à 19:58
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