Jean-Pierre Mocky

Par Véronique BUONOMANO , le 29 janvier 2010 à 16h11 , mis à jour le 04 octobre 2010 à 17h04

Le trublion du cinéma français, Jean-Pierre Mocky, a tourné plus de cinquante films. Le cinéaste provocateur n'a cessé de dénoncer les travers de la société à travers des films grinçants, voire drôles, à la limite de la fable.

Jean-Pierre Mocky Jean-Pierre Mocky reçu au Ministère de la Culture le 9 juillet 2008 © ABACAPRESS.COM
  • Nom : Mocky
  • Prénom : Jean-Pierre
  • Né(e) le : 06 juillet 1933 - à : Nice

Biographie

Marginal, "grande gueule", sanguin, Jean-Pierre Mocky  n'a vécu que pour le cinéma, prêt à jouer l'homme orchestre et le banquier pour boucler un film. Boulimique, il n'hésite pas à tourner deux, voire trois films par an.

Cette révolte et cette volonté de ne pas se plier aux codes viennent peut-être de son enfance. Jean-Pierre Mocky, Jean-Paul Adam Mokiejewski de son vrai nom, est né de d'une mère juive polonaise et d'un père, juif ukrainien, qui ont fuit la Russie après la révolution de 1917 et se sont installés à Nice. En 1940, par peur des persécutions contre les juifs, son père veut lui faire prendre un bateau pour l'Algérie pour qu'il parte chez un ami à lui. A sept ans, le garçon est trop jeune pour embarquer seul. Un ami de son père, employé à la mairie de Nice, change l'année de sa naissance : 1933 se transforme en 1929. Ce qui fera dire au réalisateur "qu'il est sans âge".

Les années succès

Adolescent, il rejoint Paris où il fait de petits boulots tout en suivant les cours  au conservatoire. Il change alors son prénom en Jean-Pierre pour ne pas porter le même prénom qu'un autre élève devenu célèbre  Jean-Paul Belmondo. Remarqué par Pierre Fresnay, il enchaîne des rôles au théâtre et au cinéma, notamment dans Orphée de Jean Cocteau en 1949.

Mais ce qui intéresse Jean-Pierre Mocky c'est la réalisation. En 1958, il adapte le livre d'Hervé Bazin  La tête contre les murs. Il veut le réaliser et en être l'acteur principal. Effrayé par sa jeunesse, les producteurs confient la mise en scène à Georges Franju. Nonobstant une critique favorable, le public ne sera pas au rendez-vous. Le succès viendra l'année suivante par Les Dragueurs, avec Charles Aznavour.

Anticlérical et provocateur, le cinéaste offre à Bourvil,  le rôle d'un bourgeois ruiné et oisif qui décide de monter une entreprise de pillage de troncs dans Un drôle de paroissien, avec entre autre, Francis Blanche en 1963. Acteurs-fétiche du cinéaste,  Jean-Pierre Mocky retrouvera les deux compères dans La cité de l'indicible peur (1964), La grande lessive (1968), une fable caustique contre les dangers de la télévision. Il réunira Francis Blanche et Bourvil une dernière fois dans L'Etalon en 1970. En 1982, il adapte un roman de Frédéric Dard Y a-t-il un Français dans la salle ?, avec Victor Lanoux et Jacques Dutronc.  Visionnaire, il réalise A mort l'arbitre, en 1983, une comédie dramatique sur la violence des stades avec Michel Serrault et Eddy Mitchell. Il "bouffe encore du curé" dans Le Miraculé en 1987 avec un duo hilarant Michel Serrault-Jean Poiré.  Il ose une perruque brune et cheveux courts pour Catherine Deneuve dans Agent Trouble où il retrouve encore une fois Michel Serrault. Il fera jouer l'acteur dans une douzaine de ses films. La même année il tourne Les saisons du plaisir.

Marié à 13 ans

Après les années 1990, le réalisateur se marginalise, la critique lui reproche de faire des films "bâclés". C'est vrai que Mocky tourne vite. "Je ne comprends pas les gens qui font des films en six mois. ...  J'ai toujours eu cette exigence de rapidité", se justifie-t-il dans une interview au Parisien. Toujours inspiré par l'actualité il réalise Vidange en 1998, un film sur les mises en examen qu'il produira seul , le film sera un échec. En 1999, il publie une tribune dans le quotidien Le Monde "Comment je suis devenu " Underground"" où il explique la difficulté de faire des films de société. Il écrit "On va dire que je suis parano, que mon film est merdique... Mais alors pourquoi parle-t-on tous les jours des films merdiques et les achète-t-on à la télévision ?". Certains de ses films ne passent qu'au Brady, la salle parisienne de cinéma qu'il a achetée en 94 et qu'il vendra en 2002. En 2003, soutenu par Jacques Villeret, il tourne Le Furet qui sera un petit succès. En 2008, il crée sa propre série télévisée pour la chaîne 13e rue, Myster Mocky présente. L'année d'après, il tourne son premier téléfilm pour France 2 Colère, tiré encore de l'actualité. Des victimes de drame de grand ampleur attendent d'être indemnisés.

Le cinéaste est boulimique, l'homme lui collectionne les conquêtes. La légende lui prête dix-sept enfants, il en avoue cinq déclarés et "quelques autres fruits de la libération des femmes qui ne voulaient pas de mari" à VSD en 2008.  A 13 ans, officiellement il en a 17, il se marie avec la fille d'un voisin enceinte de lui, une union qui ne durera que trois mois. Aujourd'hui, il partage la vie de l'ancienne Miss  France 1980 Patricia Barzyk.         

Par Véronique BUONOMANO le 29 janvier 2010 à 16:11
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