Jeanne Moreau, c'est tout d'abord une voix. Grave et rauque, elle sonne comme une marque de fabrique. A elle seule, cette voix est capable de tenir la vedette d'un long-métrage comme L'Amant, où Jeanne Moreau, narratrice, incarne Marguerite Duras. Mais Jeanne Moreau est bien plus que cela : "La meilleure actrice du monde", a dit tout simplement d'elle Orson Welles, pourtant avare en compliment.
S'il faut s'en convaincre, un coup d'œil aux distinctions reçues tout au long de sa carrière suffit : Prix d'interprétation féminine à Cannes, Lion d'or d'honneur au Festival de Venise, César de la meilleure actrice, César d'honneur, Oscar d'honneur, Ours d'or d'honneur au Festival de Berlin. Jeanne Moreau a en fait obtenu les prix les plus recherchés par tous les acteurs et actrices de cinéma.
Broche d'Académicienne
Et pourtant, résumer sa vie et son œuvre à cette seule liste est plus que réducteur. Son talent rayonne également sur la mise en scène, au cinéma comme au théâtre, et sur la chanson. Sa beauté a ainsi illuminé les créations de Pierre Cardin, dont elle fut à la fois l'amante et l'égérie. Ses prises de position en faveur de l'émancipation féminine lui confère aussi une aura particulière dans la société civile : elle s'est mariée deux fois, a signé le Manifeste des 343 femmes, surnommées "salopes", reconnaissant avoir avorté et a dénoncé les "crimes d'honneur".
Mais ce dont elle est peut-être la plus fière, c'est son intronisation à l'Académie des Beaux-Arts. En janvier 2001, elle est tout simplement la première femme à entrer sous la coupole de l'Institut de France à Paris. Habillée d'une longue veste brodée de feuilles d'olivier, elle porte pour l'occasion, non pas une épée comme le veut la coutume, mais une broche somptueuse, plus en adéquation avec sa féminité. Dans son discours, elle rend "hommage à ceux qui ont nourri (sa) passion" avant de conclure en récitant quelques alexandrins d'Iphigénie. "Grâce à cette scène, je fus reçue au Conservatoire en 1947, et grâce à elle, je suis ici", explique-elle à l'assistance.
Fille d'un barman français et d'une danseuse anglaise, elle n'a alors que 19 ans. La même année, elle joue au Festival d'Avignon, dont c'est la première édition. Un an plus tard, elle débute au cinéma. Après un passage par la Comédie française, elle suit Jean Vilar pour vivre la nouvelle expérience au Théâtre National Populaire.
Avec Louis Malle, Roger Vadim, François Truffaut...
C'est Louis Malle qui révèle ensuite son talent au grand jour avec Ascenseur pour l'échafaud en 1957 et Les Amants l'année suivante. En 1960, elle obtient la consécration sur la Croisette pour son rôle dans Moderato Cantabile de Peter Brook. En 1961, en pleine Nouvelle Vague, son apparence, son physique et sa personnalité rebelle font d'elle l'actrice parfaite pour interpréter Catherine dans Jules et Jim, la pièce maîtresse de François Truffaut - accessoirement, elle chante également le thème musical. Star parmi les stars, elle ne tourne qu'avec les plus grands, de Roger Vadim à Orson Welles, en passant par Luis Bunuel ou Joseph Losey. Tour à tour femme fatale, maîtresse provocante, séductrice mystérieuse, elle devient le symbole, voire l'icône, du féminisme qui se dégage des années 60.
Pendant la décennie 70, elle travaille essentiellement avec de jeunes réalisateurs (Bertrand Blier la confronte ainsi aux presque débutants Gérard Dépardieu et Patrick Dewaere dans Les Valseuses) et collabore à des projets plus inattendus, comme Souvenirs d'en France d'André Téchiné. Exilée à Beverly Hills en compagnie de son second mari, William Friedkin (le réalisateur de l'Exorciste), elle revient en France deux ans plus tard, le divorce prononcé.
Peinture, théâtre, chanson..
Passée derrière la caméra, elle prouve là-aussi son talent. En 1979, L'Adolescente, son second film, est ainsi nominé au Festival de Berlin. Toujours aussi attirée par les studios, elle tourne beaucoup dans les années 80 et 90 -plus de 110 films à son actif au total ! Mais elle trouve également le temps de remonter sur les planches, de se consacrer à musique ou de présenter des émissions sur la peinture à la télévision.
En 1992, elle décroche (enfin !) le César de la meilleure actrice pour son rôle dans La vieille qui marchait dans la mer. Et au crépuscule de sa carrière, elle est encore honorée successivement par les cinémas français, américain ainsi qu'au festival de Berlin en 2000. Lors de la soirée en son honneur, elle choisit d'y faire diffuser Mademoiselle. "C'est un film qu'on a considéré comme scandaleux", souligne-t-elle. "Je le trouve très beau et très risqué". Un film à son image.
En 2008, à l'occasion de ses quatre-vingts ans et de ses soixante ans passés sur le grand écran, elle reçoit un Super César d'honneur pour consacrer une carrière exceptionnelle. En 2011, à 83 ans, on la retrouve encore sur les planches d'Avignon pour le Condamné à mort, de Jean Genet, interprété avec Etienne Daho.
Retour MYTF1
Chargement en cours...
0 commentaire


Toutes les biographies




