Ubu rouge, dictateur à la tête du dernier grand régime stalinien de la planète, Kim Jong-il aura dirigé d'une main de fer, de 1994 et jusqu'à sa mort le 17 décembre 2011, la Corée du Nord, fondée par son père Kim Il-sung. Paranoïaque, il agitait en permanence l'épouvantail nucléaire, devenu un instrument de chantage avec l'Occident. Son goût pour la provocation ne le faisant reculer devant rien, il affectionnait la pratique de la volte-face qui faisait rager les Etats-Unis.
Le "Soleil de la Nation", "Cher Leader" - son surnom officiel - faisait l'objet d'un véritable culte de la personnalité. Malgré une famine endémique, il était un dieu vivant pour les 22 millions de Coréens du Nord. Avec ses chaussures à semelles compensées pour rehausser son mètre cinquante, sa coiffure bouffante, amateur de bonne chère, de cognac et de vins fins, passionné de films hollywoodiens -plusieurs milliers en sa possession-, il collectionnait aussi les femmes et les belles voitures. Le mode de vie du tyran était une telle caricature, qu'il était devenu un protagoniste de la série américaine "Team America". "Mais il ne s'agit ni d'un illuminé ni de quelqu'un qui vit dans l'illusion", reconnaissait il y a peu Michael Breen, un de ses biographes, "il a démontré qu'il pouvait être très rusé".
Faux lieu de naissance
Héritier, élevé dans la nomenklatura communiste, son histoire s'inscrivit dans la légende coréenne. Selon la propagande officielle, lorsque Kim Jong-il avait vu le jour le 16 février 1942, une étoile et un double arc-en-ciel étaient apparus. La montagne où il serait né, le mont Paekdu, à la frontière chinoise, est sacrée. C'est là, dit-on, qu'est née la Corée. En réalité, Kim Jong-il avait vu le jour en Sibérie, en Russie, dans un camp d'entraînement des partisans communistes, d'où son père Kim-Il-sung avait dirigé la guerre de résistance contre l'envahisseur japonais jusqu'en 1945. Sa mère était morte alors qu'il n'avait que huit ans.
Après avoir décroché en 1964 un diplôme d'économie politique à l'université, il grimpa les échelons de la nomenklatura du Parti des Travailleurs de Corée (PTC) au pouvoir, et s'occupa notamment de propagande. A la tête des forces spéciales, il supervisa les activités clandestines : attentats, enlèvements, liquidations. Il commandita même le kidnapping d'un couple de stars du cinéma sud-coréen en 1978. Mis au service de sa passion, le cinéma, le metteur en scène Shin Sang-ok et sa femme furent contraints pendant cinq ans de réaliser des films de propagande avant de réussir à s'enfuir du pays. On lui attribue aussi un attentat à Rangoun en Birmanie en 1983 qui a fait 17 morts sud-coréens. Il est également accusé de la destruction en vol d'un avion Korean Airlines (KAL) en 1987 (115 morts), quelques mois avant les Jeux Olympiques de Séoul.
Chaud et froid nucléaire
En 1991, Kim Jong-il était nommé commandant suprême des forces armées nord-coréennes, position clé du régime. L'année suivante, son père Kim Il-sung faisait savoir publiquement que son fils était désormais chargé des affaires intérieures nord-coréennes. Trois ans après la mort de Kim Il-sung (1994), Kim Jong-il prit officiellement les rênes du PTC. Le pays était alors à l'agonie : une terrible famine sévissait. Elle devait tuer 2 à 3 millions de Nord-coréens. Kim Jong-il fut ainsi contraint de faire appel au Programme alimentaire mondial de l'Onu.
En échange de la livraison de pétrole et de nourriture, il s'engagea à ne développer que du nucléaire civil. Mensonges, car secrètement il enrichissait de l'uranium. Le "dirigeant bien-aimé", habile stratège, devait dès lors sans arrêt souffler le chaud et le froid à propos de son programme nucléaire. Longtemps soupçonné par ses opposants de vouloir doter son pays d'un missile capable d'atteindre les Etats-Unis, il reprit le dialogue avec Washington, avant de faire récemment marche arrière sur le démantèlement des équipements nucléaires, et d'expulser les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) du complexe nucléaire de Yongbyon.
La Corée du Nord sera désormais dirigée par un fils de Kim Jong-il. Mais pas par l'aîné Kim Jong-nam, flambeur, ni par le cadet Kim Jong-chul, fan de rock ; ce sera le troisième, Kim Jong-un, désigné par Kim Jong-il avant sa mort pour lui succéder.
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2009 2011 |
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