C'est en été 1980 que le monde entier entend pour la première fois parler de Lech Walesa, simple électricien aux chantiers navals Lénine de Gdansk, en Pologne. Il prend la tête de la grande grève qui s'étend rapidement à travers le pays et obtient la légalisation du premier syndicat indépendant à l'Est, Solidarnosc.
Le 13 décembre 1981, le général Jarulzelski, chef de l'Etat, décrète la loi martiale : le syndicat est interdit, ses militants, emprisonnés. Lech Walesa est placé en résidence surveillée pendant onze mois. Sa femme Danuta fait le voyage à Oslo pour recevoir son Prix Nobel de la Paix en 1983, car il craint que le régime ne lui interdise de rentrer en Pologne. Lech Walesa continue néanmoins de diriger le syndicat Solidarnosc, dans la clandestinité, jusqu'aux nouvelles grandes grèves de 1988. Il négocie alors une nouvelle fois avec le pouvoir communiste la légalisation de son mouvement.
Un héros fatigant et un peuple fatigué
En 1990, la Pologne fait de Lech Walesa son premier président librement élu. Le tribun charismatique fait place au chef d'Etat autoritaire. Il se brouille avec ses anciens alliés : le divorce entre ouvriers et intellectuels est consommé. Au terme de son mandat, les Polonais sont fatigués de son populisme et des réformes économiques drastiques qui jettent des milliers de travailleurs à la rue.
A la stupéfaction du reste du monde, Lech Walesa perd l'élection présidentielle de 1995 contre son ennemi, l'ex-communiste Alexander Kwasniewski. Il se représente en 2000 et n'obtient que 1% des voix. L'ancien ouvrier, star internationale désavouée par ses compatriotes, devient alors conférencier et voyage à travers le monde. Amer au point de menacer de quitter la Pologne et de rendre son prix Nobel si la campagne de calomnies déclenchée par l'extrême-droite se poursuit, il déclare : "Moi, j'ai la satisfaction d'avoir gagné, le reste, je le laisse au procureur, à Dieu et à l'Histoire".
Dominique Loeillet
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