Margaret Thatcher est l'une des rares personnalités politiques à avoir donné son nom à une doctrine : le thatchérisme. Antiféministe, elle est pourant la première femme chef de gouvernement en Europe. Elle détient le record du plus long mandat de Premier ministre au Royaume-Uni depuis deux siècles. Surnommée la "Dame de Fer" par un journal soviétique en 1976, en raison de son anticommunisme viscéral et de son style autoritaire, cette fille d'épicier incarne l'ultralibéralisme dans les années 1980. Souverainiste, elle s'applique à renforcer la "relation spéciale" unissant le Royaume-Uni aux Etats-Unis au détriment de l'Europe. François Mitterrand, qui savait être cruel, disait d'elle : "elle a la bouche de Marilyn et les yeux de Caligula".
Née Margaret Hilda Roberts, le 13 octobre 1925 à Grantham, elle a toujours revendiqué les valeurs de la petite bourgeoisie de province dont elle est issue. "A force de travail et d'épargne", son père, petit épicier de quartier et membre du parti conservateur local, deviendra (brièvement) maire de sa ville. La famille fréquente l'église méthodiste, qui prône une morale intransigeante et la charité "au mérite". Margaret est la première de sa famille à être admise à l'université d'Oxford. Elle est boursière. De 1943 à 1947, elle fait des études de chimie et en 1946, elle devient présidente de l'association des étudiants conservateurs d'Oxford. Par son origine et ses valeurs, elle reste en marge du milieu universitaire britannique, majoritairement aisé et progressiste.
"Voleuse de lait"
De 1947 à 1950, elle travaille comme chimiste dans l'industrie, tout en se présentant à des élections locales. Après un premier échec dans un bastion travailliste, elle entreprend des études de droit et épouse un riche divorcé, Denis Thatcher, en 1951. En 1953, elle donne naissance à des jumeaux et obtient son diplôme d'avocate, spécialisée en droit fiscal.
Sa carrière politique démarre véritablement en 1959, quand elle remporte les élections législatives à Finchley et devient députée. Elle est élue à la chambre des Communes sans discontinuer, jusqu'en 1992. Elle est l'un des seuls députés conservateurs à voter pour la décriminalisation de l'homosexualité et le droit à l'avortement. Mais elle prend parti pour la peine de mort. Les Travaillistes étant au pouvoir, elle est shadow ministre de l'éducation dans le cabinet conservateur fantôme, à la veille des élections de 1970 qui verront les Conservateurs l'emporter.
Sans surprise, elle devient ministre de l'Education en 1970. Elle renforce la sélection et la spécialisation dans l'enseignement secondaire et crée un tollé en supprimant la distribution gratuite de lait dans les écoles primaires. L'opposition la stigmatise dans un slogan : "Thatcher, Thatcher, Milk Snatcher' ("Thatcher, Thatcher, piqueuse de lait !"). Après la défaite des Conservateurs en 1974, elle mène campagne en fustigeant le "centrisme" des dirigeants de son parti et prône une véritable politique de droite. A la surprise générale, elle prend la direction du parti conservateur en 1975.
Inflexible face à la grève
Le gouvernement travailliste est confronté à une situation économique et sociale difficile. Récession, hausse du chômage et des impôts, multiplication des conflits sociaux, contraignent le pays à se placer sous la tutelle du FMI. Le Royaume-Uni est alors considéré comme "l'homme malade de l'Europe". Margaret Thatcher préconise une thérapie de choc : déréglementation et "Etat minimal", privatisations, baisses des impôts, abandon des secteurs industriels déficitaires, limitation des prérogatives syndicales.
Le 3 mai 1979, le Parti conservateur remporte les législatives, Margaret Thatcher devient Premier ministre. Elle casse la dynamique collective du gouvernement en s'entourant d'un petit nombre de conseillers, plus influents que les ministres. Les onze années qu'elle passe au 10 Downing Street, vont profondément bouleverser le pays : les syndicats sont muselés, des pans entiers de l'économie sont privatisés, les services publics démantelés, le chômage augmente ainsi que la grogne sociale.
Inflexible, Margaret Thatcher conforte son image de dureté. En 1981, elle laisse mourir les prisonniers républicains irlandais en grève de la faim à la prison de Belfast, dont le célèbre Bobby Sands qui réclame avec neuf autres détenus le statut de prisonnier politique. En 1984, elle échappe de peu à un attentat de l'IRA. En juin 1982, la victoire de l'armée britannique aux Malouines, îlots distants de 14.000 kilomètres de Londres envahis par un dictateur argentin, fait vibrer la fibre nationaliste et oublier le coût social de la politique menée. Les Conservateurs remportent les élections générales en 1983.
Un pays transformé
L'année suivante, Margaret Thatcher obtient le "rabais britannique", une baisse du montant de la contribution au budget de l'Europe. En 1984-85, les mineurs en grève pendant presque un an, sont contraints d'abandonner leur mouvement. La Premier ministre ne cède rien, elle joue le pourrissement dans la violence. Son amitié avec Ronald Reagan, dont elle partage l'anticommunisme et le libéralisme économique, lui permet de renforcer la "relation spéciale" et de tenir tête au reste du monde. Tous deux s'attribuent la résolution pacifique de la guerre froide, grâce à la dissuasion nucléaire.
Margaret Thatcher démissionne le 20 novembre 1990, à la suite d'une série de faux pas. Elle ne parvient plus à masquer les divergences entre les membres de son gouvernement. L'usure du pouvoir, quelques scandales et surtout son projet de "Poll Tax", instituant une taxe d'habitation "par tête" qui provoque un véritable tollé, la mettent en minorité dans son propre parti. Elle laisse un pays profondément différent : les inégalités se sont creusées mais la classe moyenne s'est enrichie. Le secteur tertiaire s'est considérablement développé mais la vieille Angleterre industrielle se sent abandonnée.
En 1992, sur proposition de son successeur John Major, elle est nommée Pair du Royaume-Uni et siège à la Chambre des Lords. Elle se retire de la vie publique en 2002, après plusieurs attaques cérébrales, non sans avoir, quatre ans auparavant soutenu Augusto Pinochet, lors de l'hospitalisation du dictateur chilien à Londres. En 2008, sa fille annonce qu'elle souffre de démence sénile depuis sept ans.
Les années Thatcher ont inspiré de nombreux réalisateurs. Dernier en date, Phyllida Llyod qui retrace sa carrière pour son film The Iron Lady, avec Meryl Streep dans le rôle de la "Dame de fer". La sortie en France est prévue pour le 15 évrier 2012.
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