Mario Draghi est un banquier qui a gagné ses galons sur la scène internationale et sera désormais en première ligne face à la crise de la dette en Europe. Jusqu'alors gouverneur de la Banque d'Italie, il devrait s'inscrire dans la droite ligne du Français Jean-Claude Trichet à qui il succède, le 1er novembre, à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE). Il affiche en effet un attachement sans faille à la stabilité des prix et est opposé à toute solution pour la Grèce qui ressemblerait à un défaut de paiement. Il souhaite aussi des sanctions automatiques en cas de dérapage des finances publiques alors que la zone euro est secouée par une crise de la dette qu'il qualifie d'"épreuve la plus difficile depuis sa création".
Formé chez les jésuites, "Super Mario", comme il est parfois surnommé, est un homme réputé pour sa discrétion, son sérieux et sa détermination, qui goûte peu les mondanités romaines. Grand commis de l'Etat, économiste et banquier reconnu, il avait été choisi fin 2005 pour restaurer la crédibilité de la Banque d'Italie ruinée par son prédécesseur Antonio Fazio, impliqué dans un scandale bancaire.
Avec la crise, ce sportif au profil aquilin a gagné une stature internationale comme président respecté du Conseil de stabilité financière (CSF). Son CV a fait de lui le seul candidat jugé sérieux pour la BCE après l'abandon du patron de la Banque centrale allemande Axel Weber et lui a valu le soutien décisif de Paris puis de Berlin. Fin diplomate, il a su lancer une opération séduction à destination de l'Allemagne, réticente au départ à sa nomination parce qu'il vient d'un pays très endetté, en chantant les louanges du modèle allemand et en affichant son intransigeance face à l'inflation.
Un Italien de stature internationale à la tête de la BCE
Né à Rome le 3 septembre 1947, marié et père de deux enfants, Mario Draghi est diplômé en économie de l'Université de Rome et titulaire d'un doctorat du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Professeur d'économie dans différentes universités italiennes, il a représenté l'Italie à la Banque Mondiale de 1984 à 1990 avant de devenir en 1991 directeur général du Trésor italien, un poste qu'il occupera dix ans sous neuf gouvernements de gauche comme de droite. A ce titre, il sera l'homme orchestre des grandes privatisations menées de 1996 à 2001. Il rejoint ensuite en 2002 la direction de la banque américaine Goldman Sachs, ce qui lui permet de connaître de l'intérieur le monde de la finance anglo-saxonne.
Si Mario Draghi a toujours assuré y avoir agi "avec intégrité", cette expérience aurait pu constituer un obstacle à sa nomination à la BCE, la banque américaine, accusée notamment d'avoir maquillé les comptes de la Grèce, catalysant les critiques contre les excès de Wall Street.
En Italie, les analyses de Mario Draghi sont très respectées mais ses appels réguliers aux réformes pour éviter que la Péninsule ne sombre dans le déclin lui ont valu des relations tendues avec le ministre de l'Economie Giulio Tremonti, ce qui n'a toutefois pas empêché Rome d'en faire son champion et d'avancer très tôt les pions de sa candidature. Son nom avait même été évoqué l'an dernier par la presse pour prendre la tête d'un gouvernement "technique" alors que Silvio Berlusconi était en difficulté.
En tant que gouverneur de la Banque d'Italie, son action déterminée aura contribué, selon les analystes, à la solidité des banques italiennes qui se sont tenues à l'écart des produits financiers risqués et qu'il a su convaincre récemment de procéder à des recapitalisations.
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