Mikhaïl Gorbatchev

Par , le 29 juillet 2011 à 16h29 , mis à jour le 01 août 2011 à 11h20

Au pouvoir pendant seulement six ans, le dernier secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique est à l'origine de changements radicaux dans son pays et sur la scène internationale. Il est autant détesté par ses compatriotes qu'il est adulé par les Occidentaux.

Mikhaïl Gorbatchev Mikhaïl Gorbatchev, novembre 2009. © eTF1
  • Nom : Gorbatchev
  • Prénom : Mikhaïl

Biographie

"Glasnost" et "Perestroïka". Pour le monde occidental, le nom de Mikhaïl Gorbatchev reste étroitement associé à ces deux termes. "Transparence" pour le premier, "Restructuration" pour le second, ils correspondent aux deux grandes réformes sur lesquelles le secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique fonde sa politique quand il arrive au pouvoir en URSS.

En prenant les commandes du Kremlin en mars 1985 après la mort de Konstantin Tchernenko, Mikhaïl Gorbatchev est en effet conscient de la fragilité et du retard du pays dans tous les domaines -un an plus tard, la catastrophe de Tchernobyl en sera le symbole. Mikhaïl Gorbatchev est alors persuadé que seule une ouverture économique et sociale peut sauver le pays du désastre. Au plan international, la course aux armements face aux Etats-Unis coûte cher, trop cher. Selon lui, un apaisement permettra de réduire les dépenses. Pour pratiquer cet électrochoc, Mikhaïl Gorbatchev dispose d'un atout important : sa relative jeunesse. Ses 54 ans détonnent dans la gérontocratie du régime et lui confèrent un esprit plus perméable aux idées nouvelles que ses prédécesseurs.

"Nouveaux russes" et mafias

Au plan intérieur, il compte sur la base et le peuple pour amplifier les réformes. La plus spectaculaire : alors totalement dirigées par l'Etat, les entreprises sont en partie libérées pour promouvoir l'esprit de créativité de la population. Autres mesures phares : la levée de l'interdiction de la religion, l'ouverture d'un vrai débat sur les crimes de Staline et le retour des dissidents.

Mais cette thérapie de choc est un désastre. D'une part, les Russes, de plus en plus pauvres, subissent une inflation galopante et font leurs courses dans des magasins vides. De l'autre, ils découvrent les profiteurs du système, les "Nouveaux russes", qui font fortune au marché noir en fricotant avec les mafias. Très rapidement, la popularité de Mikhaïl Gorbatchev atteint les abysses.

Nobel de la Paix

Il tombe alors dans le piège classique des chefs d'Etat, délaissant les problèmes domestiques pour se consacrer aux règlements internationaux. Sur la scène mondiale, "Gorby", comme on le surnomme, est tout d'abord à l'origine de la fin de la Guerre Froide. Pour stopper la course aux armements et ses dépenses-Ronald Reagan a lancé sa croisade contre l'Empire du Mal et son programme "Guerre des Etoiles" en 1984-, il prône donc une politique d'apaisement qui se traduit par la signature de plusieurs traités de destruction de missiles intercontinentaux.

Plus globalement, c'est la doctrine même de l'hégémonie soviétique qu'il remet en cause. En 1988, il retire l'Armée Rouge du bourbier afghan. En 1989, il ne s'oppose pas à l'émancipation des Etats satellites de l'Europe de l'Est. "La vie sanctionne ceux qui sont en retard" lance-t-il ainsi à Erick Honecker, le dirigeant est-allemand, pendant l'été. En novembre, le mur de Berlin s'écroule, prélude à la réunification. En 1990, en pleine "Gorbymania", Mikhaïl Gorbatchev reçoit le prix Nobel de la Paix. Ce sera son chant du cygne.

Car Gorbatchev n'a pas mesuré les conséquences de la "Perestroïka" à l'intérieur même de l'URSS. Déçus du nouveau système comme de l'ancien, excédés par les inégalités, renforcés par la "désoviétisation" des pays de l'Est, les Soviétiques se rappellent qu'ils sont avant tout Arméniens, Géorgiens, Ukrainiens... Pour sauver l'URSS du nationalisme, le secrétaire général du PC reconnaît le droit à l'autodétermination des peuples et fait voter une nouvelle constitution, garantissant la souveraineté des quinze républiques. Approuvée par référendum en mars 1991, elle doit entrer en vigueur le 20 août.

Putsch

Mais le 19 août, les conservateurs nostalgiques prennent le pouvoir par un coup d'Etat. Mikhaïl Gorbatchev est "retenu" dans sa datcha en Crimée. Pendant ce temps, à Moscou, un homme, ancien ami devenu ennemi de "Gorby", s'illustre : Boris Eltsine, le président élu démocratiquement de la Fédération de Russie, s'oppose à l'armée et monte sur un char pour retourner les soldats. Le complot échoue. Mais il entraîne également Mikhaïl Gorbatchev dans sa chute. De retour à Moscou le 22, toujours aussi détesté, sans aucune autorité, il doit faire face à un Boris Eltsine au prestige considérable.

L'affrontement entre les deux hommes tournera vite à l'avantage d'Eltsine. Début décembre, ce dernier s'entend avec ses homologues russe et ukrainien pour proclamer la fin de l'URSS. Le 21, les quinze républiques créent la "Communauté des Etats Indépendants". Le 25 décembre, Gorbatchev, impuissant, n'a pas d'autre choix que de proclamer la fin de l'Union soviétique dans une allocution télévisée. Boris Eltsine, comme président russe et non soviétique, s'installe à sa place au Kremlin.

0,51% des voix en 1996

Les années qui suivent, Mikhaïl Gorbatchev profite de son aura internationale pour créer notamment une Fondation d'études politiques et économiques ou encore la Croix Verte Internationale, une association écologique. Il monnaye également sa notoriété avec Pizza Hut, puis Louis Vuitton, pour figurer dans des publicités et apparaît dans le film Si loin, si proche du cinéaste Win Wenders.

En 1996, candidat lui-même face à son adversaire, il ne recueille que... 0,51% des voix. Une confirmation que pour les Russes, la "Perestroïka" n'est qu'un "avion auquel on donnait l'ordre de décoller, mais sans lui dire où atterrir". Malgré tout, Mikhaïl Gorbatchev ne désarme pas tout à fait politiquement et tente de créer, sans succès, plusieurs partis dans les années 2000. Toujours mal-aimé à l'intérieur, il se tourne alors encore vers l'international, avec par exemple sa participation en 2009 au documentaire sur l'environnement Nous resterons sur Terre.

Par Fabrice Aubert le 29 juillet 2011 à 16:29
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