Défenseur des droits de l'homme et opposant historique à l'ancien régime de Ben Ali, Moncef Marzouki, élu lundi 12 décembre 2011 président de la République tunisienne -il a prêté serment le lendemain- est réputé pour son intransigeance et ses talents de tribun. Mais il est critiqué pour son alliance avec les islamistes. Son élection par l'Assemblée constituante à la magistrature suprême parachève des décennies d'engagement militant. "J'ai le formidable honneur de devenir premier président de la première République libre du monde arabe", a-t-il déclaré.
Visage brun taillé à la serpe, grosses lunettes qui font le délice des caricaturistes, Moncef Marzouki est le fondateur du Congrès pour la République (CPR), un parti de gauche nationaliste créé en 2001, dont il va devoir abandonner la présidence. Ce parti a réalisé le deuxième score aux élections du 23 octobre, validant la stratégie de Marzouki qui s'était rapproché dès l'été des islamistes d'Ennahda, vainqueurs du scrutin. L'homme est tranchant, ses phrases font souvent mouche. Salué par les uns comme "une personnalité intègre" au "parcours irréprochable", il est critiqué par d'autres qui lui reprochent d'être "le pion d'Ennahda" ou ne lui pardonnent pas de s'être déclaré candidat à la présidence de la République trois jours seulement après la fuite de Ben Ali, le 14 janvier 2011.
Exil en France
Né le 7 juillet 1945 à Grombalia, à 40 km au sud-est de Tunis, Moncef Marzouki est médecin de formation, spécialiste en neurologie et santé publique. Docteur en médecine de l'université de Strasbourg en 1973, il a été professeur de médecine à l'Université de Sousse de 1981 à 2000. Très engagé en faveur des droits de l'homme, il entre en 1980 à la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH), dont il deviendra président neuf ans plus tard, avant d'en être exclu en 1994, lorsque les partisans de Ben Ali reprennent le contrôle de l'organisation. Il présente une candidature de témoignage à la présidentielle de 1994, avant d'être emprisonné, privé de passeport. Après la création du CPR, il est contraint à l'exil et se réfugie en France, où il poursuit le combat contre le régime de Ben Ali. Il ne reviendra en Tunisie qu'après la révolution.
Au fil des ans, il s'est peu à peu écarté de ses compagnons de route défenseurs des droits de l'homme et autres opposants de gauche, qui lui reprochent de ne pas s'opposer frontalement aux islamistes. Si son positionnement de gauche n'a jamais varié, il s'est en revanche rapproché d'Ennahda, notamment sur la question de l'identité arabo-musulmane, qu'il a brandie haut et fort pendant la campagne pour les élections.
"Ennaha n'est pas le diable"
Quelques mois avant le scrutin, il fustigeait "la vieille gauche laïcarde et francophone, totalement déconnectée des vrais problèmes de la société tunisienne". Et au lendemain des élections, il réfutait les critiques de ceux qui l'accusent d'avoir "pactisé avec le diable" pour obtenir un fauteuil présidentiel : "Non non non, Ennahda n'est pas le diable (...) il ne faut pas les prendre pour les talibans de la Tunisie, c'est quand même une fraction modérée de l'islamisme", déclarait-il. Tout en soulignant qu'il y avait "des lignes rouges" sur lesquelles il ne transigerait pas : "les libertés publiques, les droits de l'homme, les droits de la femme, de l'enfant".
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