Nelson Mandela

Par , le 29 juillet 2011 à 14h54 , mis à jour le 01 août 2011 à 11h20

Premier président sud-africain noir après des années de prison, Nelson Mandela est le symbole de la lutte contre discrimination raciale, qu'il mène depuis plus de soixante ans.

Nelson Mandela Nelson Mandela, le 6 septembre 2007 © TF1-LCI
  • Nom : Mandela
  • Prénom : Nelson

Biographie

Pour deux générations, Nelson Mandela, c'est avant tout une photo : son portrait, en gros plan, pris avant son incarcération en 1962. Ensuite, pendant presque vingt-huit ans, plus aucune image n'est disponible. Il faut attendre le 11 février 1990 pour revoir celui qui est devenu entre-temps "le plus vieux prisonnier politique du monde". Sa sortie de "résidence surveillée" est diffusée en direct à la télévision en mondovision. On y découvre un homme évidemment changé, amaigri, les tempes grisonnantes, qui s'avance en souriant aux côtés de sa femme Winnie Mandela.

Comme une revanche, dans les années suivantes, Nelson Mandela est le protagoniste de plusieurs clichés également rentrés dans l'Histoire avec un grand H : en 1993, il obtient le Prix Nobel de la Paix avec Frederick de Klerk, l'homme avec qui il met fin à l'Apartheid en Afrique du Sud. En 1994, il est élu président du pays, devenu multiracial. En 1995, revêtu du maillot des Springboks, il remet, hilare, le trophée de la Coupe du monde de rugby au capitaine sud-africain. En coulisses, il s'est servi de cet événement pour tenter de rapprocher les Blancs et les Noirs par l'intermédiaire d'un sport essentiellement pratiqué par les premiers.

Le pacifisme avant la lutte armée

Mais ces photos, Nelson Mandela aurait préféré ne jamais y figurer. Elles sont en en effet les témoins de la lutte qu'il n'aurait jamais dû entamer : celle de l'égalité entre les Blancs et les Noirs en Afrique du Sud. En 1948, lorsque le Parti national (expression de la minorité blanche) arrive au pouvoir et met en place sa politique d'Apartheid, Nelson Rolihlahla Mandela, aussi appelé "Madiba" de son nom tribal, a tout juste trente ans. Et il est déjà une figure du combat contre la discrimination. Membre depuis 1944 du Congrès national africain (ANC), le parti de majorité noire, il est en effet l'un des premiers avocats noirs du pays. S'inspirant de Gandhi, il récuse la violence face à l'Apartheid et prône inlassablement la désobéissance civile pendant plus de dix ans. Il effectue malgré tout quelques courtes peines de prison.

La rupture intervient en 1960. Après le massacre de Sharpeville (soixante-neuf manifestants noirs tués par la police), l'état d'urgence est décrété. L'ANC est interdit. Une branche militaire "Umkhonto we Sizwe ("Lance de la Nation") est créée et Nelson Mandela abandonne la contestation pacifiste pour la lutte armée. Passé dans la clandestinité, il ne dort jamais deux fois de suite au même endroit et devient le roi du déguisement. Un jour, il déambule en simple paysan, le lendemain en chauffeur. Il y gagne rapidement un surnom, "Black Pimpernel" ("Mouron Noir").  En août 1962, il est néanmoins arrêté. Il transforme rapidement son procès, où il comparaît dans un habit traditionnel xhosa, en celui de la justice blanche. "Je déteste le racisme, car je le considère comme barbare, qu'il vienne d'un homme noir ou d'un homme blanc", clame-t-il au début de l'audience. Face à des juges partiaux, il est évidemment condamné et envoyé au bagne pour cinq ans. Il ne retrouvera en fait la liberté que vingt-huit ans plus tard.

"Seuls les hommes libres peuvent négocier"

En 1964, alors en prison, il endosse en effet la responsabilité des faits dans le "Procès de Rivonia" - une série d'attentats commis par huit membres de l'ANC. Il donne le maximum de publicité aux débats. La stratégie se révèle catastrophique. Tous les accusés sont condamnés à la perpétuité. Malgré son bannissement progressif de la communauté internationale en raison de l'Apartheid, le régime de Pretoria s'obstine pendant plus de deux décennies.  

Toujours intransigeant, Mandela refuse pour sa part les compromis. "Les prisonniers ne peuvent pas s'engager, seuls les hommes libres peuvent négocier", lance-t-il à ses geôliers. Nelson Mandela est alors interné sur l'île de Robben Island, au large du Cap. Son régime sera assoupli en 1984 avec son transfert à la prison de Poolsmooer puis à celle de Victor Verster. La lutte pour sa libération devient une affaire mondiale. Des concerts gigantesques, notamment au Stade de Wembley à Londres en 1988, sont organisés, le groupe Simple Minds lui dédie une chanson, Mandela day.

"Père de la Nation"

En 1986, Nelson Mandela s'entretient avec le ministre de la Justice. C'est le début d'un long processus qui aboutira donc le 11 février 1990. L'événement connaît un retentissement planétaire. Quelques minutes après sa sortie de prison, Mandela, libre, s'adresse à la foule. Son credo est toujours le même, "un pays uni", son slogan inchangé, "One man, one vote" ("un homme, un vote"). La suite est comme déjà écrite : malgré ses déboires conjugaux et les ennuis de Winnie avec la justice, il multiplie les voyages à l'étranger, où il est accueilli en star, abandonne la lutte armée, puis prend la tête de l'ANC. Et entame avec Frederick de Klerk, avocat de formation comme lui, le processus de normalisation en Afrique du Sud. En 1993, le Nobel de la Paix est décerné aux deux hommes.

En 1994, Nelson Mandela devient logiquement, à 76 ans, le premier président noir du pays "arc-en-ciel" après les premières élections libres et multiraciales. Le "Père de la Nation" inclut des Blancs dans son gouvernement et s'engage ensuite pour mettre en place ce qui lui tient le plus à cœur : une nouvelle constitution, abolissant toute discrimination. Ceci pourrait être l'apogée d'une vie déjà longue lorsque le vieil homme quitte le pouvoir en 1999.

Drames familiaux

Mais Nelson Mandela a une seconde lutte à mener : celle contre le sida. A 54 ans, son propre fils, Makgatho Mandela, est fauché par la maladie en 2005. Le mal est tabou en Afrique du Sud, dans toutes les couches de la population, et cette annonce publique fait l'effet d'un électrochoc. Qu'importe, Mandela n'a pas lutté toute sa vie contre les discriminations raciales pour tolérer d'autres exclusions pour ne pas mener ce dernier défi.

En 2010, un autre drame familial le frappe de plein fouet alors que l'Afrique du Sud vit un nouveau rendez-vous historique symbole de sa réconciliation en accueillant une nouvelle Coupe du monde, de football cette fois. Son arrière petite-fille, Zenani, 13 ans, est tuée par un chauffard au retour d'un concert organisé pour fêter l'événement, à la veille du match d'ouverture. Un mois plus tard, le 11 juillet, quelques jours avant ses 92 ans, et malgré sa santé fragile, il salue néanmoins les spectateurs juste avant la finale avant de rentrer chez lui pour suivre le match à la télévision.

"Pas un saint"                                                              

Quelques mois plus tard, ses mémoires, Conversations avec moi-même, préfacées par Barack Obama, sont en fait des documents tirés de ses archives personnelles (lettres envoyées, réflexions, carnets intimes, conversations enregistrées...) et reproduits dans leur version d'origine. Souvent adulé et rarement pointé du doigt, Nelson Mandela profite de l'occasion pour se livrer lui-même à l'exercice de l'autocritique. En 1993, le lecteur apprend ainsi qu'il se disait "horrifié" par la "pédanterie", l'"artificialité' et le "manque d'originalité" de certains de ses premiers écrits ou discours. 

Au fil des pages, "Madiba" laisse aussi transparaître le souci de rectifier "une fausse image" qu'il a "sans le vouloir" projetée dans le monde : celle d'un saint. "Je ne l'ai jamais été, même si l'on se réfère à la définition terre à terre selon laquelle un saint est un pécheur qui essaie de s'améliorer", écrit-il.

Par Fabrice Aubert le 29 juillet 2011 à 14:54
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