Omar Sharif, en 2006 © Abacapress.comActeur magnifique au regard sombre et au charme envoûtant, Omar Sharif restera pour toujours le prince des déserts de Lawrence d'Arabie ou bien encore le Docteur Jivago. Révélé par le cinéma hollywoodien des années 60, celui que la presse surnomme le Lion d'Arabie, est la première star arabe internationale. Après plus de 100 films, dont selon lui "pas mal de choses indignes pendant vingt-cinq ans", la Mostra de Venise lui décerne un Lion d'Or en 2003 pour l'ensemble de sa carrière. "Cela fait un demi-siècle que je suis acteur professionnel, le fait d'avoir survécu 50 ans dans ce milieu mérite un prix", déclare-t-il à cette occasion.
Encombré par une image de séducteur et de flambeur, Omar Sharif relativise son attirance pour les femmes et le jeu. S'il peut effectivement compter un certain nombre de conquêtes, il avoue "très peu d'aventures amoureuses". Quant au bridge et au poker, il assure s'y adonner par ennui et non par prédilection. C'est en enchaînant les tournages, chaque fois dans une ville inconnue, qu'il a commencé à fréquenter les casinos pour occuper ses soirées. Il dit mépriser l'argent mais revendique sa passion pour les courses et les chevaux. Il possède quelques trotteurs et garde toujours l'espoir de tomber sur un crack.
Nomade de luxe, Omar Sharif partage sa vie entre les palaces du Caire, de Paris et de Deauville. "Je suis très occidental de culture et très oriental de tempérament". Vivant en France depuis plus de quarante ans, il a préféré garder la nationalité égyptienne. Les Israéliens lui ont offert un passeport. Monaco aussi, mais il a refusé.
Converti à l'islam par amour
Omar Sharif, de son vrai nom Michel Chalhoub , naît le 10 avril 1932 à Alexandrie, en Egypte. Ses parents, chrétiens maronites, sont des commerçants fortunés d'origine syro-libanaise. Il fréquente le très chic Victoria College d'Alexandrie, puis un pensionnat anglais : sa mère le trouvant trop gros l'avait envoyé en Grande-Bretagne, pensant que l'on y mangeait mal. Diplômé de l'université du Caire en mathématiques et physique, parlant quatre langues, il travaille quelque temps dans l'entreprise de bois précieux de son père avant de partir pour la Royal Academy of Dramatic Art de Londres.
Il rencontre par hasard au Caire le réalisateur égyptien Youssef Chahine qui le fait débuter en 1954 dans "Ciel d'Enfer". Le film sera sélectionné au Festival de Cannes. Sa partenaire est une actrice célèbre, Faten Hamama, qu'il épouse la même année. Pour elle, il se convertit à l'islam et devient Omar Sharif. Ils ont un fils, Tarek, né en 1957. Le couple se retrouve à l'affiche de plusieurs films et acquiert une certaine notoriété dans le monde arabe.
Le temps des tentations
L' année 1962 marque un tournant dans sa vie. Le réalisateur britannique David Lean cherche un acteur arabe parlant anglais pour jouer le rôle du prince Ali dans Lawrence d'Arabie. Omar Sharif est sélectionné. Le film est un triomphe. Nominé aux Oscars, Omar Sharif entame une carrière internationale. Il signe un contrat avec la Columbia et s'installe à Hollywood.
D'un commun accord il se sépare de sa femme. "Je n'ai aimé qu'une seule fois dans ma vie... J'ai divorcé parce que j'étais devenu célèbre, que je vivais à l'étranger et que je rencontrais des femmes magnifiques. J'ai su que j'aurais du mal à ne pas succomber à la tentation. Je me suis dit qu'il valait mieux que je laisse ma femme à ce moment-là tant qu'elle était encore jeune et qu'elle pouvait refaire sa vie", confesse-t-il à Match en 2003.
Après le tournage de La chute de l'Empire Romain d'Anthony Mann, il retrouve David Lean en 1965 pour Docteur Jivago. Ce nouveau succès le propulse au rang de star mondiale. Il enchaîne alors des films avec les plus grands réalisateurs , comme La Nuit des Généraux d'Anatole Litvak, Mayerling de Terence Young avec Catherine Deneuve, Funny Girl de William Wyler avec Barbara Streisand , Les Cavaliers de John Frankenheimer, des œuvres désormais inscrites dans le patrimoine cinématographique , et d'autres plus populaires comme Le Casse d'Henri Verneuil. Mais vers la fin des années 70, sa carrière décline, il se fait plus rare sur les plateaux.
"Je me fous de l'image qu'on aura de moi"
C'est en 2004 qu'Omar Sharif renoue avec le succès. A 71 ans, il reçoit le César du meilleur acteur pour son interprétation du vieil épicier arabe dans le film de François Dupeyron Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran. "Je pense que c'est parce que toute ma vie j'ai passionnément aimé la France et les Français que la France et les Français me le rendent en me faisant cet honneur", déclare-t-il en recevant sa récompense.
Il continue à entasser les scenarios près de son lit et regarde sa carrière avec une certaine insatisfaction. Lors d'un entretien à L'Express en 2004, il affirmait : "Ce qui est important, c'est ce que je fais maintenant. Je me fous de l'image qu'on aura de moi à ma mort, puisque je ne serai plus là. Je me fous totalement de la postérité. Ce qui m'intéresse, c'est d'essayer de faire quelque chose de bien."
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