"Je suis composé d'eau. Personne ne peut s'en apercevoir parce qu'elle est contenue à l'intérieur. Mes amis sont composés d'eau eux aussi. Tous autant qu'ils sont. Notre problème, c'est que nous devons non seulement circuler sans être absorbés par le sol, mais également gagner notre vie". Ces premières phrases de Confessions d'un Barjo , roman classique et non de science-fiction, donnent une idée de l'humour féroce de Philip K. Dick et de sa démarche à la fois sociologique, scientifique et métaphysique.
Ecrivain prolifique, il publia 44 romans et 121 nouvelles. A sa mort, en 1982, une seule de ses œuvres était sur le point d'être portée à l'écran, Blade Runner adapté par Ridley Scott. Le succès du film relança l'intérêt des scénaristes et du public pour l'univers paranoïaque de Philip K Dick. Tous les trois ans en moyenne, le cinéma s'attaque à l'une de ses nouvelles ou l'un de ses romans, dont Steven Spielberg en 2002 avec Minority Report et au-delà des adaptations, son influence se fait sentir dans des films comme Matrix ou The Truman Show .
La sœur jumelle de Philip K. Dick meurt quelques semaines après leur naissance prématurée. La perte de son double l'affectera toute sa vie et influencera profondément sa vision, ou plutôt ses visions du monde et de la réalité. Il grandit à Berkeley, Californie, souffre de crises d'angoisse, se réfugie dans le dessin et la lecture. Il lit tout ce qu'il trouve : littérature, philosophie, traités de physique, la Bible et la Ghagavad Gita.
Une réputation de cinglé
A douze ans, l'adolescent découvre les magazines de science-fiction et publie des poèmes dans le journal de son lycée. Il n'a bientôt plus de doute sur sa vocation d'écrivain. Il entame des études de philosophie mais les sympathies communistes de sa seconde femme lui valent d'être renvoyé de Berkeley. Il travaille dans un magasin de disques la journée et écrit la nuit des nouvelles de science-fiction qu'il parvient à caser dans différentes revues. Son premier roman, Loterie solaire paraît en 1955. Suivront sept autres romans. Dick se fait un nom dans le milieu de la SF, ainsi qu'une réputation de cinglé.
Mariages, enfants, divorces, crises diverses, difficultés financières, drogue, amphétamines pour continuer à écrire le plus vite possible, contre-culture et radicalité forment la trame de son œuvre. Il travaille sur les failles temporelles, mêle les histoires parallèles, questionne l'existence de Dieu comme vision hallucinogène, décrit un monde contrôlé par les multinationales, peuplé d'androïdes, où la distinction entre l'humain et la machine, le réel et le virtuel est de plus en plus floue.
Très apprécié en Europe
En 1963, il obtient le prix Hugo - prix américain pour les œuvres de science-fiction - pour Le Maître du Château, roman uchronique où il imagine le monde tel qu'il serait si le nazisme et les puissances de l'Axe avaient triomphé. En 1969 paraît Ubik, l'une de ses œuvres majeures, à la fois une satire hilarante d'un monde totalement capitaliste, où tout est payant, même l'ouverture des portes, où ses anti-héros parviennent pourtant à se bricoler une survie, et une méditation sur la temporalité et la mort.
Dans les années 70, Philip K.Dick devient un auteur culte en Europe, en France particulièrement. Emmanuel Carrère lui consacre une biographie Je suis vivant et vous êtes morts dans laquelle il reprend le mode de narration hallucinatoire de son sujet. Philip K. Dick meurt d'un accident vasculaire cérébral à Santa-Ana, Californie, le 2 mars 1982, trois mois avant la sortie de Blade Runner au cinéma, qui lui vaudra enfin une célébrité mondiale et la reconnaissance internationale de son talent.
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