Personnage atypique à la voix rocailleuse, grande gueule mais toujours émouvant Richard Bohringer est parfois rejeté par une partie de la profession. "Je m'en fous. J'ai pas mauvais caractère. J'ai DU caractère", rétorque-t-il, reconnaissant toutefois avoir en lui "une tempête qui secoue trop fort ceux que j'aime et qui m'aiment".
Sa sensibilité à fleur de peau, Richard Bohringer la doit à une enfance blessée. Il naît le 16 janvier 1942 à Moulins, dans l'Allier. Son père, soldat dans la Werhmacht, repart en Allemagne après la guerre où sa mère le rejoint. Richard sera élevé par sa grand-mère dans la région parisienne. A l'âge de 6 ans, il est atteint de cécité pendant un an et demi puis immobilisé deux ans sur un lit d'hôpital pour une grave décalcification osseuse. Après une scolarité éphémère, qu'il arrêtera en sixième, il est embauché comme mécanicien dans un petit atelier de réparation de motos.
Déclaré mort
Adolescent, traînant près des studios de Billancourt, le jeune Bohringer devient le chauffeur de Peter O'Toole pendant le tournage de What's New Pussycat ? S'ensuivent quelques années de déambulations dans les boîtes de Saint-Germain-des-Prés où il découvre le jazz et le blues. Vince Taylor le remarque et l'embarque dans sa tournée. Au début des années 60 son nouveau QG est le Rock'n Roll Circus où il croise un habitué, Jim Morrison alors inconnu, avec qui il partagera quelques soirées arrosées.
La nuit, les rencontres, l'alcool, la drogue... En 1967, il est conduit aux urgences après une overdose d'héroïne. Ne parvenant pas à le réanimer, l'interne de service rédige son certificat de décès ; par la suite, il deviendra "son pote". A cette époque il écrit deux pièces de théâtre Zorglub et Les Girafes.
La saison des succès
En 1970, Richard Bohringer décide de se tourner vers le cinéma pour gagner sa vie et débute dans un premier film, La Maison, de Gerard Brach, suivi deux ans plus tard de L'Italien des Roses de Charles Matton. En 1981, Diva de Jean-Jacques Beinex le révèle au grand public. Puis J'ai Epousé une Ombre de Robin Davis (1983) et L'Addition de Denis Amar (1984) pour lequel il décroche le César du meilleur second rôle. Après Subway de Luc Besson (1985) et Péril en la Demeure, il obtient la consécration dans Le Grand Chemin de Jean-Loup Hubert (1987) qui lui vaut le César du meilleur acteur et avec qui il tournera deux autres films Après la Guerre et La Reine Blanche.
Richard Bohringer enchaîne les succès populaires Agent Trouble et Les Saisons du Plaisir de Jean-Pierre Mocky, Une Epoque Formidable de Gérard Jugnot (1991), L'Accompagnatrice de Claude Miller (1992) Tango de Patrice Leconte (1993) ou encore La Vérité si je Mens ! de Thomas Gilou (1997). Il tourne beaucoup dans les premiers films de jeunes réalisateurs mais accepte aussi des rôles plus exigeants tel Le Cuisinier, Le Voleur, Sa Femme et Son Amant de Peter Greenaway (1998), son unique expérience à l'étranger. Pour la télévision, il sera le héros de la série Un Homme en Colère sur TF1.
Sa force, sa fille
En 1988, il se lance dans l'écriture d'un premier roman, récit de ses errances de jeunesse. C'est beau une ville la nuit est un best-seller qui se vend à 1,5 million d'exemplaires. Le titre du livre deviendra celui d'une émission de radio hebdomadaire qu'il animera pendant sept ans sur Europe 2. Ensuite, il portera le texte sur scène, donnant une série de concerts accompagné par les musiciens de son groupe alternatif Aventures. Enfin, ultime déclinaison, il réalise l'adaptation du livre pour le cinéma en 2006.
Sa force et sa fierté, c'est aussi sa famille. Sa fille Romane Bohringer, comédienne, née en 1973 d'une mère franco-vietnamienne partie alors qu'elle n'a que neuf mois. Richard l'emmène partout avec lui dans sa période de galère, l'un veillant sur l'autre. "Sans elle, je ne serais pas là. Elle m'a sauvé tant de fois". Marié avec Astrid depuis 1986, il a trois autres enfants : Mathieu, Richard et Lou. Il est aussi le grand-père de Rose, fille de Romane. Autre passion, l'Afrique. En 2002, il obtient la nationalité sénégalaise, une évidence pour celui qui se qualifie de "griot blanc".
Traîne pas sous la pluie
Malade, Richard Bohringer annule la lecture du Neveu de Rameau de Diderot au Festival d'Avignon en juillet 2009. En avril de la même année, il avait évoqué ses problèmes de santé sur Europe1 : "J'ai chopé un truc assez grave, mortel même... Une forme d'hépatite C... On en guérit. Il faut s'armer. Il faut être costaud".
Costaud, il l'est puisqu'on le retrouve sur les planches début 2010 dans Traîne pas trop sous la pluie, texte largement autobiographique rédigé avec Bernard Giraudeau. Un roman du même titre doit sortir en septembre 2010.
Son site officiel : http://www.richardbohringer.com/
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