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Roman Polanski

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Biographie de Roman Polanski

Né(e) le : 18/08/1933

La filmographie de Roman Polanski est unique et majeure, nourrie par une lucidité implacable.

Il naît à Paris le 18 août 1933, répondant au nom de Raymond Liebling. Trois ans plus tard, son père étant d'origine polonaise, la famille s'installe à Cracovie. Et il devient Roman Polanski. Mais l'époque est sombre. Bientôt lui et les siens subiront les persécutions dont sont victimes les juifs. Le jeune Roman vit dans le ghetto où il est témoin d'un cauchemar quotidien, mais aussi d'une situation dont l'absurdité ne lui échappera guère (comme on le voit au début de son chef d'oeuvre récent Le Pianiste). Il trouve refuge auprès d'une famille de la ville à qui son père le confie. Sa mère est déportée. On envoie le garçon loin du tumulte, à la campagne où il mènera une vie de ferme qu'il appréciera fort. 

Après la guerre, Roman, de retour à Cracovie auprès de son père, commence à oeuvrer pour se consacrer à sa carrière de comédien, sa première vocation, après une révélation qu'il a eue à 13 ans, lorsqu'il a réussi à captiver son auditoire en jouant un sketch. N'ayant brillé à l'école que par l'ennui qu'il y a éprouvé, il trouve enfin sa voie. Il commence au théâtre et rencontre le succès. Mais les résultats scolaires de l'adolescent laissent fortement à désirer. Il mène une vie plutôt chaotique à l'école, toujours sous la menace d'un bac que ses notes ne lui permettent pas d'obtenir et avec l'ombre de plus en plus menaçante du service militaire. Sa jeunesse est profondément marquée par un passage aux Beaux Arts d'où il sera également renvoyé. Il est sauvé par un « Deus ex machina », son ami cinéaste Andrej Wadja ayant un rôle pour lui dans son premier film. Il commence donc sa carrière comme comédien et apparaîtra d'ailleurs dans plusieurs unes de ses oeuvres de réalisateur. Libéré de son devoir civique par le statut miraculeux d'étudiant sur ses nouveaux papiers, il peut se consacrer pleinement à sa carrière. Il commence par réaliser des cours métrages.

C'est en 1962 qu'il réalise son premier long, Le Couteau dans l'eau. Répondant difficilement aux critères du cinéma polonais de l'époque (à vocation socialiste donc devant être porteur d'un message politique de rigueur pour être toléré), Polanski s'impose dès ce premier film. On retrouvera ce minimalisme parfaitement maîtrisé, cet art du huis clos jusque dans La jeune fille et la mort. Il part d'un canevas rachitique: un homme et une femme embarquent sur un bateau, avec leur voiture. Là, ils rencontrent un autre homme. A partir de là, le cinéaste installe son ambiance, celle d'un thriller tendu et psychologique, où les rapports entre les personnages évoluent jusqu'à une résolution paroxystique et un crescendo parfaitement mené et d'une sobriété exemplaire et efficace dans la forme. Les apparences sont trompeuses, les relations entre les êtres souvent malsaines et potentiellement dangereuses, les rivalités s'exacerbent dans un espace confiné, oppressant, où les vraies natures se révèlent. Tout est déjà là, on retrouvera ce genre de thèmes dans beaucoup de ses films ultérieurs.

Toujours dans cette ambiance de huis clos, et pouvant s'installer à Londres après que sa première oeuvre ait attiré l'attention, Polanski réalise Répulsion en 1965. A Londres, Caroline, une jeune femme tourmentée, vit avec sa soeur (plus équilibrée et insouciante qu'elle). Très proches, elles vivent dans l'harmonie. Mais bientôt sa soeur doit partir et laisse Caroline seule, en proie à ses démons. On peut y voir déjà la prémonition de Rosemary's baby. Mais il s'agit surtout d'une oeuvre magistrale sur la folie, la schizophrénie qui s'empare de l'héroïne (Catherine Deneuve, magnifique dans l'un de ses plus beaux rôles). Déjà renfrognée et mystérieuse, effarouchée par les hommes et ne s'équilibrant que grâce à la compagnie de sa soeur, elle va sombrer. Elle vit dans la hantise des hommes qu'elle voit comme des monstres et doit s'en protéger à tout prix. Elle s'emmure vivante dans son appartement solitaire pour se préserver de cette menace, dans une psychose totale. L'appartement, cadre anodin et quotidien devient sa prison, le lieu de sa terreur.

Cul de sac en 1966 reprend cela: l'irruption de l'inattendu dans un foyer d'abord rassurant. La production est plus importante, le tournage plus complexe, les ego plus compliqués à ménager sur le plateau. Un couple étrange et excentrique vivant dans un château est perturbé par l'arrivée d'un gangster qui vient trouver refuge chez eux. L'humour est noir, la forme virtuose, le ton malicieux et fantasque, annonçant la veine plus légère que l'on trouvera dans le Bal des Vampires ou l'ambiance de film Noir de Chinatown. De nouveau distingué par un Ours d'or à Berlin (son précédent film l'avait été par le même trophée mais en argent), la carrière du cinéaste prend une toute autre tournure. 

Le mélange des genres demeure une constante profonde du style de Polanski, à travers ses personnages pittoresques et son goût pour l'absurde, Cul de Sac et ses interprètes géniaux (Françoise Dorléac, Donald Peasance) en est sans doute le plus brillant exemple. Tout comme le sera l'irrévérencieux le Bal des vampires en 1968, où il s'amusait avec le cinéma d'horreur et son plus grand mythe, que l'on chassait grâce à de grandes gousses d'ail. Il y a un côté garnement chez Polanski qui éclatera à l'occasion (notamment dans son film Pirates, reprenant avec la même fantaisie l'un des grands poncifs du cinéma hollywoodiens). Il y a un érotisme léger également, grâce à la sensualité de Sharon Tate. L'ambiance gothique est cependant envoûtante, raffinée, riche de nombreux clins d'oeil à la grande culture. Le talent de Polanski se déploie ici, décomplexé, insolent, dans un conte parodique de nouveau assez brillant. Même s'il y a de l'ironie et même du rire, il y a aussi une ambiance oppressante diablement bien distillée, qui fait naître un frisson glauque et malsain. Cet équilibre est tenu jusqu'au bout, ambigu, sans que l'on sache s'il faut rire ou s'effrayer. L'incertitude est troublante, assez délectable.

Il pose ensuite sa caméra dans l'étrange Dakota Building en bordure de Central Park à New York (également célèbre pour être l'endroit où John Lennon fut tué). Le réalisateur raconte l'histoire d'une autre femme isolée dans son appartement, claquemurée dans sa terreur. C'est ainsi qu'on se souvient de Mia Farrow dans Rosemary's Baby en 1968. On croit d'abord à une fragilité psychologique de l'héroïne tant ses voisins et son époux ne semblent pas ressentir l'inquiétude qui finit par l'engloutir. Tous prennent soin d'elle avec un excès de déférence, une prévenance obséquieuse et inquiétante. Bientôt, l'aspect gothique de l'immeuble et de l'histoire prend des proportions tangibles. Rosemary engendre le démon. Polanski reprend la psychose et l'isolement de Répulsion et lui donne une manifestation beaucoup plus explicite et horrifique. Il connaît alors un grand succès.

Survient l'assassinat terrifiant de son épouse Sharon Tate dans leur demeure de Bel-Air en 1969, commis par le tristement célèbre Charles Manson et sa bande, Roman Polanski doit de nouveau faire face à l'innommable. Il s'enfonce dans la dépression. Son destin est unique car il a connu des épisodes absolument horribles. En 1971, il livre une version noire, violente et extrêmement sanglante du Macbeth de Shakespeare, son style est marqué par le drame qu'il a vécu. L'adaptation est assez fidèle et réussie. Il a cependant besoin d'aller dans la simplicité, dans la fantaisie et cela donne What? en 1973, fantaisie érotique et libérée, comme un hommage la liberté de moeurs des sixties et à leur innocence, avec comme héros le symbole de ces années là le grand Marcello Mastroianni. L'oeuvre est allègre et détendue. 

En 1974, Polanski réalise Chinatown, grand film Noir, dans un univers à la Dashiell Hammett, où joue d'ailleurs John Huston (réalisateur du Faucon Maltais). Jack Nicholson y incarne un privé classique, plongé dans une ambiance de complot assez malsaine et sous le charme d'une femme fatale, Faye Dunaway, dans la plus pure tradition du genre. Cette enquête tourne d'abord autour d'une affaire banale: une femme demande à Gittes, le héros, de filer son mari. Mais quand il retrouve le bonhomme mort, les choses se compliquent. Il se trouve pris dans un engrenage potentiellement fatal. Le film est un triomphe et demeure encore une référence. Il réalise ensuite le Locataire en France, avec Isabelle Adjani. Avec son co-scénariste habituel, Gérard Brach, ils adaptent un roman de Roland Topor. Le cinéaste est de nouveau dans un appartement, hanté par la souvenir de l'ancienne locataire (Isabelle Adjani) qui s'est suicidée. Il incarne un héros victime de voisins au comportement étrange. Du pur Polanski en somme: claustrophobe, ironique, psychologiquement tendu, troublant.

En 1977, Polanski est condamné aux Etats Unis pour le viol d'une mineure. L'impact direct sur sa carrière est qu'il doit quitter le pays pour échapper à la prison. Il s'installe en France, son pays de naissance. Il réalise son oeuvre la plus classique deux ans plus tard, Tess, avec la sublime Nastassja Kinski. Un fermier y découvrait que sa fille était de haut lignage et l'envoyait travailler au service de la famille dont elle était prétendûment descendante pour regagner sa juste place. Mais l'homme de ce noble foyer tente de la séduire, la viole et l'engrosse. Elle rencontre ensuite son grand amour qui ne supporte pas de ne pas être son premier amant. L'histoire est celle d'un grand roman, l'oeuvre est contemplative et lente, mais la vulnérabilité de la jeune fille, victime d'un sort contraire est très émouvante. Polanski a dit que c'est sans doute là son film le plus académique, c'est pour cela qu'il lui a valu tant d'honneurs. La bouleversante raison pour laquelle il l'a fait, c'est Sharon Tate (à qui l'oeuvre est dédiée), qui a lu ce livre de Thomas Hardy un peu avant sa mort, lui conseillant d'en faire un film. 

Avec Pirates, hommage aux films d'aventures d'antan qu'il attendait de monter de longue date, Polanski connaît l'échec en 1985. C'est un gouffre financier. L'accueil est désastreux, l'oeuvre est hors de son contrôle et il ne la porte guère dans son coeur. Il entame alors une série de films moins retentissants, pourtant tous marqués par son style. Seul Frantic en 1988 avec Harrison Ford dans une curieuse histoire de disparition aura un bon accueil public. Cet américain à Paris se perd dans un cauchemar après que sa femme ait été enlevée. Ford découvre dans sa quête la part d'ombre de la ville Lumière. Emmanuelle Seignier est sa guide énigmatique. Elle devient avec ce film la nouvelle égérie de Polanski. Elle formera le couple du troublant et sulfureux Lunes de Fiel avec Peter Coyote en 1992. Seignier est une beauté étrange et envoûtante, tentatrice, sensuelle et diabolique. Elle aura une aura plus démoniaque encore dans la Neuvième Porte en 1999, thriller bibliophile où Johnny Depp, merveilleux cynique, rencontre des érudits illuminés et satanistes, tout en tentant de reconstituer le message que Lucifer lui même aurait caché dans un livre rare et précieux. Elle est la diablesse protectrice de l'intrépide blasé. On retrouvait avec ce film le goût de Polanski pour le gothique, ainsi que son ironie devant le culte un peu absurde du surnaturel.

En 1994, La Jeune fille et la mort est plus troublant, reprend son esthétique du huis clos. Le film laisse une impression dérangeante, portée par ses deux interprètes Sigourney Weaver et Ben Kingsley. Dans une Amérique du sud au lendemain d'une dictature où l'on tente de juger les coupables, un homme se réfugie chez une femme après avoir qu'un pneu de sa voiture ait crevé. Mais elle reconnaît dans la voix de cet invité, le timbre du bourreau qui l'a torturée des années auparavant. Elle le séquestre alors et les rapports s'inversent. Voilà une oeuvre singulière, car les frontières habituelles entre le Bien et le Mal, les gentils et les méchants deviennent alors bien floues.

C'est avec Le Pianiste en 2002 qu'il trouve enfin le sujet qui lui permet de raconter son expérience du Ghetto. Mais il s'est toujours refusé à filmer son histoire. Pourtant, on retrouve dans sa peinture sans concession au début du film, certaines réalités que d'autres n'auraient pas forcément mises en avant avec tant d'éloquence. Il fait une peinture nuancée et terrible de ces temps obscurs, dénuée du sentimentalisme ou de la simplification que l'on a pu reprocher à bien d'autres films sur le sujet. Le sien est âpre et déchirant, suit l'odyssée terrifiante d'un homme raffiné réduit à l'état de bête traquée pour assurer sa survie (ce pianiste virtuose est magistralement interprété par Adrien Brody). Et toujours cette absence de manichéisme: il peut y avoir d'horribles individus parmi les juifs persécutés ou une main secourable dans la gueule du loup, comme celle de l'officier allemand qui cache le fugitif, émacié et sauvage, à la fin du film. Cette lucidité toujours tenue, qui ne cède pas à l'emportement ou à une dramatisation excessive, fait toute la force de cette grande oeuvre. Elle apparaît troublante également, car l'expérience vécue par le cinéaste dans sa prime jeunesse est proche. On ne peut s'empêcher de penser qu'il a pu être témoin de ces scènes là.

A la suite de cela, il réalise une très belle adaptation du chef d'oeuvre de Dickens, Oliver Twist, en 2005. Le film est plus classique dans la forme que l'illustration expressionniste qu'a pu en faire jadis David Lean. Il n'en demeure pas loin très fidèle au roman original, servi par une distribution exemplaire (Ben Kingsley est décidément impressionnant, même en Fagin, personnage risqué car caricatural). Le Londres des orphelins est sombre et misérable, ils mènent une enfance désenchantée, privée d'insouciance. Encore un héros dominé par l'instinct de survie auquel le monde s'oppose. On n'est pas si loin des grands thèmes qui occupent Polanski depuis longtemps: le bonheur est fragile -quand il existe- et toujours menacé, l'univers semble dominé par la névrose, à de rares exceptions prêts. La reconstitution est de nouveau fastueuse, mais le réalisateur n'y perd pas son âme et dépeint une humanité incroyablement tourmentée et sombre, à l'image du cauchemar enfantin créé par Dickens. Ce sujet littéraire a été suggéré par sa femme, Emmanuelle Seignier, pour lui permettre de passer à autre chose après l'aventure éprouvante qu'il avait dépeinte dans le Pianiste, comme un film pour ses enfants (avec toutefois ce soupçon de noirceur ironique qui fonde son art).

 

Ainsi c'est devant une oeuvre profondément intime que nous sommes lorsqu'on évoque Polanski, de même qu'elle est profondément éclectique. Il se situe toujours dans la zone complexe et intermédiaire entre le Bien et le Mal, suggérant tout au long de sa filmographie les gouffres, la noirceur, la complexité, l'absurdité de l'âme humaine. S'il est recherché et désiré, c'est avant tout parce que sa vie et ses réalisations sont d'une richesse rare. Sa filmographie est unique et majeure, nourrie par une lucidité implacable, une ironie constante, un humour noir qui a rendu ses créations fascinantes, troubles et sublimes, comme un fil toujours tendu entre l'ironie et la tragédie.

 

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