Sean Penn

Par Dominique LOEILLET, le 20 décembre 2010 à 19h20 , mis à jour le 17 août 2011 à 11h45

Rebelle et souvent teigneux, dans les films comme dans la vie, deux fois couronné par l'oscar du meilleur acteur, Sean Penn n'hésite pas à mettre sa notoriété au service des causes qui lui tiennent à coeur.

Sean Penn Sean Penn sur le tournage de Fair Game en avril 2009 © Abacapress.com
  • Nom : Penn
  • Prénom : Sean
  • Né(e) le : 17 août 1960 - à : Santa Monica
  • acteur, scénariste, réalisateur, américain

Biographie

Sean Penn  revendique cette rage "qui donne de l'énergie , la recherche de l'authenticité et la force de ne pas confondre le confort avec la vie", dans une interview à Paris-Match en 2008. Les racines de sa révolte plongent loin dans son enfance : la carrière cinématographique de son père, Leo Penn, acteur, scénariste et réalisateur, pilote héroïque pendant la Seconde guerre mondiale,  fut brisée par le maccarthisme.  Blacklisté pour avoir refusé de  dénoncer des collègues potentiellement "communistes", il se réfugia à la télévision et réalisa un grand nombre d'épisodes de séries (dont Kojak, Colombo, Starsky and Hutch).  Il épousa  Eileen Ryan, comédienne, qui interrompit provisoirement sa carrière pour élever leurs trois enfants.

Sean Penn affirme avoir eu une enfance très heureuse et très libre.  A Malibu, la famille habitait à côté de Martin SheenSean Penn, "dingue de surf", avait pour voisins et camarades de classe au lycée de Santa Monica,  Emilio Estevez et Charlie Sheen, avec qui il tourna de petits films en super 8.

L'enfant terrible d'Hollywood

En 1974, Sean Penn fait une première apparition à la télévision, en compagnie de sa mère, dans un épisode de La Petite Maison Dans La Prairie.  Plus tard, après avoir passé deux ans à étudier la comédie et la mise en scène au Repertory Theater de Los Angeles, il jouera dans quelques séries réalisées par son père.

En 1981, il fait ses débuts au cinéma dans Taps, de Harold Becker, dans le rôle d'un élève-officier, aux côtés de Tom Cruise.  Il enchaîne ensuite les rôles de "bad boy" et de surfeur talentueux.  Il peut déjà  se permettre de choisir ses rôles et privilégier certains réalisateurs, dont Louis Malle en 1984, pour Crackers, remake du Pigeon de Mario Monicelli.

En 1985, son mariage avec Madonna, alors au top de sa carrière, le transforme en célébrité mondiale.  La rencontre entre la "Material girl" et  la réincarnation de James Dean était une aubaine pour les médias.  La presse people se déchaîne, Sean Penn aussi.  Il multiplie les provocations, bagarres, cogne ou caillasse les paparazzi, en suspend même un par les pieds du haut du neuvième étage d'un immeuble de Macao, lors du tournage de Shanghai Surprise, avec Madonna.  Il est arrêté mais parvient à s'évader de prison et s'enfuir à Hongkong.

Lecteur de Montaigne

En moto, il fonce sur un photographe du Sun.  Il est plusieurs fois condamné et finit par passer 33 jours, en 1987, au pénitencier  du Los Angeles County.  Il prend le soin d'apporter les Essais de Montaigne : "Je les ai lus en deux jours. On ne répètera jamais assez combien la prison est un lieu propice à la concentration, vous lisez à la vitesse de la lumière. Montaigne était l'écrivain idéal pour conceptualiser ce qui m'arrivait".

Dans le portrait que lui consacre le journal  Le Monde en janvier 2008, intitulé Captif de ses lectures, Samuel Blumenfeld  souligne que Sean Penn, allergique au show-business hollywoodien, aime être entouré d'écrivains et d'artistes, de personnages hors-norme.  Il considère Charles Bukowski, le grand poète à l'alcoolisme revendiqué, comme son père spirituel et l'a fréquenté jusqu'à sa mort, en 1984.

La relation tapageuse avec Madonna se termine par un divorce en 1989.  Shanghai Surprise fut un flop retentissant mais Colors de Dennis Hopper, en 1988, sur la guerre des gangs à Los Angeles, est un succès.  Sean Penn partage l'affiche avec Robert Duval qui reconnaît avoir accepté le rôle pour la scène où  "je devais le cogner dans un vestiaire.  C'était le rêve de chaque Américain.  Je n'allais quand même pas passer à côté d'une occasion pareille."

Acteur agité, metteur en scène zen

En 1990, Sean Penn passe à la réalisation.  Inspiré par la chanson de Bruce Springsteen Highway patrolman et par une légende indienne sur les rites de passage dans l'âge adulte, The Indian Runner met en scène deux frères que tout oppose : l'un défend la loi et l'ordre, l'autre revient brisé et caractériel de la guerre du Vietnam. Le film obtient de Léopard d'or du Festival de Locarno. 

Artistiquement et politiquement, Sean Penn s'inscrit dans une lignée allant de John Cassavetes à Dennis Hopper, en passant par Jack Nicholson qu'il embauche dans ses deux films suivants, "rien que pour le plaisir de le voir jouer".  Il appellera d'ailleurs son second fils, né en 1993 de son union avec Robin Wright, Hopper Jack, en hommage à ses monstres sacrés.  The Crossing Guard et surtout The Pledge, confirment son talent de réalisateur.

Sean Penn déclare qu'il aimerait se consacrer totalement à la réalisation mais qu'il continue à faire l'acteur, "pour l'argent".  Il obtient des prix d'interprétation dans les plus grands festivals de cinéma du monde (Cannes, Venise et Berlin) et deux oscars : en 2003, pour son rôle dans Mystic River de Clint Eastwood et en 2009, pour le film de Gus Van Sant, Harvey Milk, retraçant la carrière fulgurante d'un politicien homosexuel américain assassiné en 1978.  Dans Libération, Gérard Lefort souligne la finesse de son jeu, "passée l'agréable surprise de le constater plausible en 'mili-tante'".

Bagdad Sean

Personnalité controversée, Sean Penn n'est pas venu chercher son Oscar en 2003.  Opposé à la guerre en Irak, il s'était rendu à Bagdad en décembre 2002 et offert une pleine page dans le New York Times pour critiquer la politique de George W. Bush et dénoncer "les preuves fictives et truquées de la présence d'armes de destruction massive".  Surnommé Bagdad Sean en référence à Hanoï Jane, le nom donné à Jane Fonda du temps où elle militait contre la guerre du Vietnam, il est souvent critiqué pour sa tendance à se prendre un peu trop au sérieux. 

Lors de l'ouragan Katrina, il se précipite en Louisiane pour tenter de porter secours aux populations, mais c'est lui qui manque de se noyer à bord d'un bateau qui prend l'eau. Les images de l'acteur en train d'écoper frénétiquement avec une tasse en plastique rouge, font le tour du monde.

Davantage apprécié en Europe, il est choisi pour présider le jury du Festival de Cannes en 2008.  Pour Thierry Frémaux, directeur général du festival, ce choix "était une évidence...  car Sean Penn incarne le cinéma indépendant américain ainsi qu'un certain visage de l'Amérique qu'on aime".  Le comédien-réalisateur s'engage alors à "faire tout le contraire de l'académie des Oscars, dont les palmarès relèvent d'un art consommé de la manipulation, d'un très bon marketing".

"Ce n'est pas le séisme qui tue, c'est la pauvreté"

En novembre 2010, Libération titre son reportage : Haïti, Sean Penn dans son meilleur rôle.  Arrivé quelques jours après le séisme, avec  une équipe de médecins, il fonde une ONG avec l'aide d'une riche amie philanthrope et prend la direction d'un camp de réfugiés de 55.000 personnes dans la banlieue de Port-au-Prince.  Il passe les six premiers mois sur place, à dormir sous la tente, ne s'autorisant que de rares absences, pour assurer la promotion de son dernier film, Fair Game, par exemple. 

Même l'armée américaine, avec laquelle il est contraint de collaborer pour des raisons logistiques, reconnaît "qu'il  fait du bon boulot, personne ne peut lui enlever ça".  Au journaliste qui lui demande si son engagement haïtien était  lié à son divorce d'avec Robin Wright ou à l'accident dont son fils a miraculeusement réchappé, Sean Penn refuse de répondre. "L'important, c'est d'essayer des solutions, simples et efficaces...  et je me concentre là-dessus".  Pour lui, "ce n'est pas le tremblement de terre qui tue les gens, c'est la pauvreté. La reconstruction doit se fait avec les Haïtiens".

Lors de la sortie de Into the Wild, en 2008, hymne à l'aventure et aux grands paysages américains, pour lequel il obtient de nombreuses récompenses, Sean Penn résume ainsi sa philosophie : "il y a de la poésie dans le mouvement et dans la quête.  Il n'y a que de la mort dans le statisme".

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Vidéo de Sean Penn sur Wat.tv

Par Dominique LOEILLET le 20 décembre 2010 à 19:20
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1 Commentaires

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  • zora63, le 22/12/2010 à 23h44

    Son film "Into the Wild" m'a fait comprendre la profondeur de pensée de Sean Penn, une belle âme.

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