Simone Veil

Par Sylviane MOUKHEIBER, le 29 mars 2011 à 20h07 , mis à jour le 19 août 2011 à 17h29

Marquée à jamais par sa déportation à Auschwitz, icône de la construction européenne, Simone Veil a réussi à devenir l'une des femmes politiques les plus populaires. Un destin hors du commun.

Simone Veil Simone Veil/image d'archives © ABACA
  • Nom : Veil
  • Prénom : Simone
  • Né(e) le : 13 juillet 1927 - à : Nice - France
  • Magistrate- Femme Politique

Biographie

Simone VeilSimone Veil/image d'archives © ABACA

Ce qui frappe d'abord, ce sont les yeux qui vous observent, clairs, intenses, profonds, comme s'ils vous pénétraient jusqu'au fond de l'âme. Avec les années, le visage s'est patiné, sculpté, mais le regard a gardé une lumière, une brillance, et une force intimidantes. Un océan, qui recèle dans ses profondeurs les mystères insondables, d'un parcours exceptionnel.

Simone Veil, une grande dame, dont la vie se confond avec les soubresauts du XXe siècle. Survivante des camps d'Auschwitz, combattante pour l'émancipation des femmes, grande figure de la construction européenne. "L'éternelle rebelle", aura su mettre la fougue de ses colères au service de glorieux combats. 

"C'est un destin que nous avons élu" à l'Académie française, déclare l'Immortel Jean-Marie Rouart. En 2008, Simone Veil, est la sixième femme de l'histoire de France à faire son entrée sous la Coupole à l'âge de 81 ans. Elle est devenue une icône qui force le respect, réussissant à être à la fois charismatique et populaire. Elle aura été de tous les combats de la liberté et de la démocratie.

Une enfance lumineuse...

L'enfance de Simone Jacob, née le 13 juillet 1927 dans une famille juive laïque, est heureuse et lumineuse à Nice. Elle est la benjamine d'une fratrie de quatre enfants. Son père est architecte, sa mère chimiste ne travaille pas. Elle reçoit une éducation stricte mais ouverte, on lui transmet surtout des valeurs morales. C'est une petite fille rebelle, qui ne craint pas d'afficher déjà un esprit contestataire, et de tenir tête à son père.  

"Lorsque je repense à ses années heureuses de l'avant-guerre, écrit-elle dans son livre de mémoires Ma vie qui a rencontré un immense succès (500.000 exemplaires vendus), j'éprouve une profonde nostalgie. Ce bonheur est difficile à restituer en mots... C'est le parfum envolé de l'enfance, d'autant plus douloureux à évoquer que la suite fut terrible".  

La déportation, l'horreur des camps

Au printemps 1944, les cinq membres de la famille Jacob sont arrêtés à Nice. Simone, sa mère et sa sœur Madeleine (alias Milou) sont transférées à Drancy puis envoyées à Auschwitz-Birkenau. André, le père et son frère Jean, en Lituanie. Denise, la troisième sœur, entrée dans la Résistance sera, elle aussi, par la suite, arrêtée et déportée à Ravensbrück et Mauthausen

Simone n'a que 16 ans et découvre la barbarie. "Vaille que vaille, nous nous faisions à l'effroyable ambiance qui régnait dans le camp, la pestilence des corps brûlés, la fumée qui obscurcissait le ciel en permanence, ... ce fut peut-être l'arrivée des Hongrois qui donna la véritable mesure du cauchemar dans lequel nous étions plongés. L'industrie du massacre atteignit alors des sommets : plus de quatre cent mille personnes furent exterminées en moins de trois mois... je voyais ces centaines de malheureux descendre du train, aussi démunis et hagards que nous, quelques semaines plus tôt. La plupart étaient directement envoyés à la chambre à gaz(...)".

Sauvée par sa jeunesse et sa beauté

"Tu es vraiment trop jolie pour mourir ici. Je vais faire quelque chose pour toi, en t'envoyant ailleurs". Un matin, la dure chef de camp prend pitié d'elle, et l'expédie avec sa mère et sa sœur d'abord à Mauthausen, où faute de place, on les entasse comme des bêtes dans des trains. Un voyage qui va durer une semaine, sans rien boire ni manger, traversant la Pologne, la Tchécoslovaquie et l'Allemagne, par moins vingt degrés, pour le camp de Bergen-Belsen, où sa mère, malade du typhus, mourra d'épuisement en janvier 1945.

Le 23 mai 1945, libérées avec sa sœur Milou elle revient à Paris, retrouve son autre sœur Denise, elle aussi rescapée du camp de Ravensbrück. Son père et son frère ne reviendront pas de Lituanie. Elle ne saura jamais ce qui s'est vraiment passé pour eux. "Je crois être une optimiste mais, depuis 1945, je suis dénuée d'illusions", dit un jour celle qui ne pratique pas la langue de bois.

Une nouvelle vie commence. L'année suivante, Simone Jacob épouse Antoine Veil, un futur énarque. Ils ont trois fils, Jean, Nicolas et Pierre-François. Devenue magistrate, elle rejoint en 1956 l'administration pénitentiaire. Sept ans durant, elle va se préoccuper du sort des prisonniers algériens et s'investit dans l'amélioration de la santé des détenus. Elle sera la première femme secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature. 

La bataille de l'avortement 

Elle entre en politique en1974. Valéry Giscard d'Estaing est élu président de la République, son Premier ministre, Jaques Chirac lui confie le ministère de la Santé. Elle devient la deuxième femme de l'histoire de France à diriger un ministère à part entière. Son combat pour faire adopter la loi - avec l'appui du Premier ministre et de la gauche, contre une partie de la droite - sur l'interruption volontaire de grossesse, fait d'elle pour longtemps la personnalité politique la plus populaire de France.

La bataille fut rude, elle le raconte dans son autobiographie : "Le texte du projet de loi, rapidement mis au point, a été déposé à l'Assemblée nationale pour examen en commission. C'est alors que les vraies difficultés ont commencé. Une partie de l'opinion, très minoritaire, mais d'une efficacité redoutable, s'est déchaînée. J'ai reçu des milliers de lettres au contenu souvent abominable, inouï. Pour l'essentiel, ce courrier émanait d'une extrême droite catholique et antisémite dont j'avais peine à imaginer que trente ans après la fin de la guerre, elle demeure aussi présente et active dans le pays (...) Plus nous nous rapprochions de l'échéance du débat, et plus les attaques se faisaient virulentes. Plusieurs fois en sortant de chez moi, j'ai vu des croix gammées sur les murs de l'immeuble". Elle sortira victorieuse et obtiendra la légalisation de l'avortement

Ministre de 1974 à 1979, Simone Veil devient le symbole de la féminisation de la vie politique, et restera une inlassable militante de la parité. Elle choisit de rester au gouvernement après de départ de Jacques Chirac qui sera remplacé par Raymond Barre. Elle restera fidèle à Giscard même si elle n'est pas toujours d'accord avec sa politique et le soutient à l'approche des élections de 1981.

Allure stricte, tailleur chanel, cheveux noués en un chignon classique, lui donnent un côté rassurant, maternel. Simone Veil est devenue en quelques années l'une des personnalités politiques préférées des français.

L'Europe, son autre combat

En 1979, elle est élue présidente du Parlement européen, jusqu'en 1982. "J'ai plaidé écrira Giscard, aidé par les Allemands, et Helmut Schmidt, pour que ce soit elle, ancienne déportée, qui soit la première présidente du Parlement européen." Elle devient le symbole de la réconciliation européenne et défendra avec acharnement la paix entre les peuples."Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle", assurait cette pionnière. De 1984 à 1989, elle en préside le groupe libéral, démocratique et réformateur.

Dans le gouvernement Balladur de 1993, elle devient ministre d'Etat, chargée des affaires sociales. De 1998 à 2007, elle siège au Conseil constitutionnel. L'Europe, étant l'une des causes qui lui sont les plus chères, et malgré le devoir de réserve, elle appelle en 2005 à voter "oui" à la Constitution européenne.

Sa dernière mission en date est la présidence de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Elle y défend la nécessité de transmettre aux générations futures, ce qu'était l'horreur des camps."Elle est l'incarnation de la résistance au mal qui a frappé si fort au siècle dernier, le témoin de cet enfer où 75000 juifs de France ont été déportés et seuls 2500 sont revenus", a rappelé l'académicien Jean d'Ormesson dans son discours de réception à l'Académie Française. La grande dame est devenue désormais "immortelle".

Par Sylviane MOUKHEIBER le 29 mars 2011 à 20:07
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