Une jeunesse dorée
Né en 1932, Edward Kennedy, dit "Ted", est le plus jeune des neufs enfants de Joseph et Rose Kennedy. D'origine irlandaise, ils sont tous deux membres éminents de la bonne société de Boston. C'est ainsi grâce à sa famille, plus qu'à ses notes, que Ted Kennedy doit son entrée à l'université de Harvard. Tête brûlée, il en sera provisoirement expulsé après avoir soudoyé un étudiant pour passer un examen à sa place. Ses multiples frasques lui valent le surnom de "Cadillac Eddy". Un temps volontaire pour la guerre de Corée, il finit par se faire pistonner par son père pour effectuer un service militaire de deux ans à Paris, dans les bureaux de l'armée américaine. De retour à Harvard, il obtient son diplôme en 1956. Il s'inscrit alors en droit à l'Université de Virginie et s'occupe de la campagne électorale de son frère John, réélu au Sénat en 1958. En 1959, il devient avocat au barreau du Massachussetts.
Un impressionnant bilan législatif
Lorsqu'il entre à la Maison-Blanche début 1961, John Fitzgerald Kennedy lui laisse son siège de sénateur du Massachussetts. Mais Ted est contraint d'attendre d'avoir l'âge légal de 30 ans pour prendre le relais du suppléant provisoire. Il est élu pour la première fois en 1962 -il sera constamment réélu jusqu'en 2004. Situé à la gauche du parti démocrate, il déploie un dynamisme et des talents de législateur salués unanimement par ses alliés comme par ses ennemis. Il défend ainsi le droit à la santé et l'éducation pour tous, un salaire minimum décent et une politique de l'immigration plus humaine. Ses aptitudes d'orateur sont reconnues de tous : à Boston, ses discours sont même retransmis dans les cafés, comme les matches de foot.
Marqué par le catholicisme de sa famille, il est longtemps opposé au droit à l'avortement. Mais en 1973, au moment de sa légalisation par la Cour Suprême, il change d'avis, Il sera aussi l'un des rares sénateurs partisan du mariage homosexuel. En politique étrangère, il est l'un des vingt-trois sénateurs démocrates à voter contre la guerre en Irak en 2002.
Une carrière politique sous le sceau de la tragédie
En 1964, Ted Kennedy est grièvement blessé dans un accident d'avion privé. Il en gardera des séquelles toute sa vie. En 1968, il est tenté de reprendre le flambeau de son frère Bobby, juste après son assassinat en pleine campagne des primaires pour le Maison-Blanche. Mais il n'a alors que 36 ans, soit un an de plus seulement que l'âge légal pour être candidat à l'investiture présidentielle du parti démocrate. Surtout, comme dernier survivant mâle de la fratrie, "Oncle Ted" privilégie son rôle de patriarche et élève comme les siens les enfants de ses deux frères assassinés.
En 1969, le "scandale Chappaquiddick", du nom d'une île près de Boston, entache durablement sa réputation. Sortant d'une soirée, il perd le contrôle de sa voiture sur un pont : le véhicule bascule dans la mer. S'il parvient à s'en extraire et à regagner la rive, sa passagère et secrétaire, Mary Jo Kopechne, meurt noyée. Il écope de deux mois de prison avec sursis car il ne prévient les autorités que le lendemain. Lorsqu'il se présente à l'investiture du parti démocrate contre le président sortant Jimmy Carter en 1980, il doit se rendre à l'évidence : l'opinion n'a pas oublié "Chappaquiddick". Ss adversaires républicains ne cessent quant à eux de fredonner la célèbre chanson de Simon et Garfunkel, Bridge Over Troubled Water. Bref, Ted Kennedy ne sera jamais président des Etats-Unis.
Transcendé par l'adversité
En vieux lutteur, malgré ses ennuis de santé récurrents, Ted Kennedy bravera jusqu'au bout les interdits de ses médecins et de sa famille pour soutenir ceux qui incarnaient le mieux sa vision généreuse de l'Amérique. Il gardera en effet une influence considérable au sein du parti démocrate et de l'opinion de gauche. Et ne sera jamais aussi bon que lorsqu'il fustigera la politique de George W. Bush en Irak ou lorsqu'il prendra parti pour Barack Obama contre Hillary Clinton en janvier 2008. "Le lion a rugi", résume alors un journaliste, en référence au surnom de Ted Kennedy, le "vieux lion du Sénat".
Sept mois plus tard, rien, même la tumeur cancéreuse au cerveau dont il est alors atteint, ne peut le « tenir éloigné de ce rassemblement spécial » qu'est la convention démocrate de Denver. Il y passe le flambeau à la nouvelle génération. Son vibrant discours renoue avec les grands idéaux du rêve américain et émeut aux larmes les participants. Le 20 janvier 2009, même s'il quittera les lieux sur une civière, il n'aurait également pour rien au monde raté l'investiture de Barack Obama, dont il suivra avec intérêt les premiers mois à la Maison-Blanche. Quelques jours avant sa mort, il proposait ainsi de modifier la loi de son Etat pour que le délai de carence entre son éventuel décès et l'élection de son successeur soit raccourci afin que ce successeur puisse voter la réforme de la Santé.
Le mardi 25 août 2009, les Etats-Unis ont donc perdu une personnalité politique hors norme, un bon vivant et un séducteur. Ils perdent surtout le dernier membre d'une dynastique politique. "Les Kennedy, c'est notre famille royale", disait une admiratrice de "Ted".
La carrière de Ted Kennedy en images :
Dominique LOEILLET, avec F.A.
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