Warren Beatty

Par Dominique LOEILLET, le 04 août 2011 à 16h23 , mis à jour le 04 octobre 2011 à 18h19

Warren Beatty reconnaît qu'il a eu de la chance : avec les femmes, avec le cinéma, mais moins avec la politique, l'autre grande source d'inspiration de sa vie et de sa carrière.

Mots-clés :
  • Nom : Beatty
  • Prénom : Warren
  • Né(e) le : 30 mars 1937 - à : Richmond, Virginie, USA
  • acteur, réalisateur, producteur, scénariste

Biographie

Selon Natalie Wood, "Warren engloutissait des femmes en quantité industrielle, mais il le faisait avec charme".  Parmi ses conquêtes les plus célèbres, figurent, outre Natalie Wood, Joan Collins, Jane Fonda, Faye Dunaway, Julie Christie, Diane Keaton, Madonna, et pour la France, Isabelle Adjani.  En 1991, il se marie pour la première fois de sa vie, avec la comédienne Annette Benning.  Ils auront quatre enfants.

Frère cadet de Shirley MacLaine, Warren grandit dans une famille d'enseignants.  Sa mère donne des cours d'art dramatique, son père, professeur de psychologie, finit par diriger un collège à Arlington, en Virginie.  Pianiste de bar, sportif, brillant footballeur dans l'équipe de son lycée, il refuse les bourses universitaires pour suivre l'exemple de la sœur, devenue étoile à Hollywood.

A l'instar de Marlon Brando et Robert De Niro, il s'inscrit à la célèbre école de formation des acteurs de Stella Adler, à New York. Il multiplie les apparitions dans des spectacles "off Broadway". En 1960, il est nommé aux Tony Awards, dans la catégorie "meilleur comédien" pour son rôle dans la pièce de William Inge, A Loss of Roses.  Elia Kazan le remarque et lui confie son premier rôle au cinéma  dans A Splendor in the Grass (La Fièvre dans le Sang), aux côtés de Natalie Wood. Le film fait un triomphe et lui vaut une nomination aux Golden Globe Awards.       

Digne héritier de James Dean.

Dans une interview qu'il accorda à l'Express en mars 2000, Warren Beatty déclarait : "J'ai été extrêmement privilégié car mon premier film, avec Kazan, a été un gros succès.  Après ça, j'ai assez peu tourné ; du coup, chaque film était considéré comme un come-back !"  Pourtant, il enchaîne les tournages avec des réalisateurs prestigieux, John Frankenheimer, Arthur Hiller, Robert Altman, notamment.

La consécration, tant publique que critique arrive en 1967 avec Bonnie and Clyde, dans lequel il est à la fois acteur et producteur. C'est lui qui achète les droits du scénario  et qui impose Arthur Penn comme réalisateur auprès la Warner. L'odyssée amorale du couple de braqueurs meurtriers dans l'Amérique des années 30, incarnés par la nouvelle coqueluche d'Hollywood et la pétulante Faye Dunaway, les torrents d'hémoglobine de la scène finale, marquent un tournant dans l'histoire du cinéma.

Le "Nouvel Hollywood", pendant de la Nouvelle vague en Europe, vient de naître, deux ans avant un autre film culte, Easy Rider, ouvrant ainsi la voie à la génération des Coppola, Scorsese, Spielberg et futur Tarentino.

Cinéaste gauchiste oscarisé
Pour Warren Beatty, "tout film est politique, délibérément ou par omission".  Proche de la gauche du Parti démocrate, conscient d'être "plus engagé que la plupart des gens de (s)a profession", il participe activement aux campagnes présidentielles depuis l'ère Kennedy.  Comme acteur, il accepte de jouer avec son image de séducteur hollywoodien.  En 1975, il produit le film de Hal Ashby, Shampoo, satire des années Nixon, dans lequel il incarne un coiffeur obsédé sexuel.  Enfant gâté du système, Warren Beatty profite de sa notoriété pour imposer  sa vision : en tant que scénariste, producteur, réalisateur il revendique son éthique d'auteur à part entière, et ne transige jamais sur le final cut.

En 1981, il obtient l'Oscar du meilleur réalisateur pour Reds, une fresque historique retraçant la courte vie du journaliste communiste américain John Reed  (interprété par Warren Beatty), témoin de la révolution russe, et de sa compagne féministe libertaire Louise Bryant (Diane Keaton).  Jack Nicholson y joue le rôle du dramaturge Eugene O'Neil.

Dans l'arène politique

Il continue de réaliser des films : Ishtar, en 1987, avec Isabelle Adjani, l'un des plus grands flops des années 80 ;  Dick Tracy, en 1990, adaptation d'une bande dessinée, sensée renouveler le genre, est un demi-échec.  Le tournage de Bulworth,  en 1998, manifeste contre la corruption du système politique américain, traité sous forme de comédie, est une épreuve de force.  Warren Beatty, qui en est à la fois le scénariste, le réalisateur et l'acteur principal, est en conflit avec la très droitière Fox de Rupert Murdoch.  Celle-ci parvient à saboter la sortie du film en le mettant en concurrence avec Godzilla

Comme le rappelait Beatty dans une interview à Libération en mars 2000, "si les patrons des studios veulent perdre de l'argent, c'est leur problème, mais c'est mon film préféré, je suis un Bulworth démocrate".  Il y incarne un sénateur grotesque et dépressif qui finit par prendre le parti des pauvres.  Warren Beatty se définit comme "gauchiste démocrate ou démocrate gauchiste, comme vous voudrez".

Un temps pressenti comme candidat à la primaire de 2000, il renonce car "la politique, c'est se dépouiller de la protection du cinéma et dire, sans subterfuge du sexe, de l'action ou du drame, ce que vous pensez être la vérité...  La politique, ça peut être drôle mais pas très longtemps, je préfère tourner Bulworth ou Reds que de me présenter aux élections".

Au terme de plus de cinquante ans de gloire hollywoodienne,  Warren Beatty est conscient de "l'immense privilège" d'appartenir à la communauté des gens de cinéma.  "Je suis tellement chanceux d'avoir été invité à la fête, et ce depuis si longtemps... "

Par Dominique LOEILLET le 04 août 2011 à 16:23
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