
HOTEL RWANDA avec: Don Cheadle, Sophie Okonedo, Joaquin Phoenix et Nick Nolte Scénario : Keir Pearson & Terry George Consultant : Paul Rusesabagina Un film produit par A. Kitman Ho Terry George Durée : 2h00 |
Sortie du DVD : le 12 janvier 2006
L'HISTOIRE
Il y a dix ans, alors que le Rwanda sombrait dans la folie meurtrière, un homme fit la promesse de protéger sa famille... et finit par sauver plus de 1200 personnes.
HOTEL RWANDA raconte l'histoire vraie de Paul Rusesabagina, un simple directeur d'hôtel, qui avec courage et détermination, offrit un refuge à plus d'un millier d'innocents voués à une mort certaine.
Alors que le reste du monde fermait les yeux, lui leur ouvrit grand les bras...
QUELQUES MOTS DE TERRY GEORGE, REALISATEUR
" Il y a trois ans, Keir Pearson et moi étions assis à une table, à écouter Paul Rusesabagina nous raconter son histoire. Alors qu'il parlait, j'ai fait de mon mieux pour cacher deux émotions contradictoires : l'excitation et la peur. L'excitation, parce que l'histoire que j'entendais avait tout pour faire un film formidable - c'était un thriller politique passionnant, un film d'amour profondément émouvant, et surtout une histoire universelle, celle du triomphe d'un homme de bien sur le mal. Mais l'émotion prédominante était la peur. La peur de l'échec."
" Cette histoire devait être racontée. Elle plongerait les spectateurs, partout dans le monde, au cœur d'un événement dont, à notre grande honte à tous, nous ne savions rien. Mais plus encore, elle allait permettre aux gens de s'unir dans l'amour, la peur et le courage d'un homme qui aurait pu être n'importe lequel d'entre nous - si nous avions été capables d'avoir sa force humaniste. Si nous pouvions raconter fidèlement cette histoire, nous verrions alors un immense public, de Peoria à Pretoria, vibrer pour un véritable héros africain qui a combattu pour sauver des vies dans un enfer que personne n'aurait osé imaginer."
" HOTEL RWANDA a été un défi effrayant pour chacun de ceux qui s'y sont consacrés, mais ce même défi a motivé tous ceux qui y ont travaillé, depuis les fantastiques acteurs et notre équipe technique, jusqu'aux figurants qui se sont levés à l'aube dans les banlieues de Johannesburg, à Alexandra et Tembisi, pour nous rejoindre et nous aider à raconter cette bouleversante histoire. Je suis fier de chacun de ceux qui ont travaillé sur ce film, et je considère comme un honneur de pouvoir raconter l'histoire de Paul, Tatiana, de leur famille et du peuple du Rwanda. J'espère seulement avoir rendu justice à cet acte exceptionnel et admirable. "
Terry George
L'HISTOIRE
HOTEL RWANDA a été nommé aux Oscars 2005 du meilleur acteur (Don Cheadle), de la meilleure actrice dans un second rôle (Sophie Okonedo), et du meilleur scénario original (Keir Pearson et Terry George), ainsi qu'au Golden Globe du meilleur film dramatique. Il a obtenu de nombreux autres prix et citations.
UNE LUEUR DANS L'HORREUR
Le conflit rwandais des années 90 constitue l'un des chapitres les plus sanglants de l'Histoire africaine. Ce génocide a été d'autant plus tragique que la majeure partie du monde a choisi d'ignorer le conflit et le terrible destin du peuple rwandais. Même si des rapports occasionnels sur les " guerres tribales au Rwanda " ont été émis par les agences de presse internationales, le conflit dans toute son horreur, au lieu d'outrager le monde, n'a guère été évoqué que comme " un autre incident au tiers-monde " ne méritant pas d'attention particulière.
Sur une durée de 100 jours, presque un million de personnes ont été tuées. Les rues de la capitale, Kigali, charriaient des flots de sang, mais personne n'est venu à l'aide des Rwandais. Il n'y a eu aucune intervention internationale. Aucune force n'a été envoyée sur place, aucune coalition de volontaires n'a été organisée. Il n'y a pas eu d'aide extérieure pour le Rwanda. Les extrémistes Hutu ont abattu leurs voisins Tutsi et tous les Hutu modérés qui se trouvaient sur leur chemin, et le monde les a laissés faire.
Terry George explique : " Dix ans après, des politiciens du monde entier ont accompli un pèlerinage au Rwanda pour demander pardon aux survivants, et une fois de plus ces mêmes politiciens ont juré que " plus jamais ça ne se reproduirait ". Mais ça recommence, au Soudan, ou au Congo, ou dans n'importe quel endroit perdu où la vie ne vaut pas grand-chose. Des endroits où des hommes et des femmes comme Paul et Tatiana nous donnent honte au regard de leur dignité et leur bravoure. "
Les guerres ont toujours été propices à l'émergence de héros. Des actes de suprême héroïsme sont commis par des gens ordinaires. Le Rwanda n'a pas fait exception à la règle. Au cœur de l'horreur, de la violence et du chaos qui ont balayé le pays, Paul Rusesabagina a été l'un de ces nombreux héros. Un homme ordinaire qui, par amour et par compassion, a réussi à sauver la vie de 1268 personnes.
Depuis longtemps, Terry George voulait faire un film se déroulant en Afrique, mais c'est l'histoire de Paul Rusesabagina qui l'a finalement conduit sur ce continent. Il se souvient : " Lorsque mon coscénariste Keir Pearson m'a parlé du destin de cet homme, j'ai tout de suite voulu faire ce film. Je me suis rendu en Belgique pour y rencontrer Paul. J'ai découvert sa vie : comment il est devenu hôtelier, comment il a gravi les échelons dans les divers hôtels Sabena où il a travaillé, et comment il est arrivé à l'Hôtel des Mille Collines à Kigali. "
C'est avant tout le remarquable élément humain de l'histoire qui a touché le producteur Alex Ho. " Cette histoire m'a bouleversé, confie celui-ci, à la fois par ses éléments tragiques et par ce qu'a accompli cet homme. Un tel comportement vous redonne foi en la nature humaine. "
L'HOMME QUI SAUVE L'HONNEUR DES HOMMES
En janvier 2003, Terry George s'est rendu au Rwanda pour faire des recherches historiques et se familiariser avec le pays. " Je cherchais aussi des réponses, précise-t-il. Pourquoi ce génocide ? Pourquoi tant de gens ont-ils été assassinés si rapidement ? Je voulais aussi découvrir les gens de ce pays et prendre le temps d'écouter leur histoire. "
Terry George a été accompagné dans ce périple par Paul Rusesabagina. C'était la première fois que celui-ci revenait au Rwanda depuis les atrocités.
Au Rwanda, les deux hommes ont pu voyager, filmer les différents lieux et rencontrer nombre des gens qui ont trouvé refuge à l'Hôtel des Mille Collines, dont Odette Nyrimilimo, son mari Jean-Baptiste Gacacere, et plusieurs membres de la famille de Paul.
Terry George confie : " C'était un privilège unique de visiter le Rwanda avec Paul et de découvrir l'amour et l'admiration qu'il suscite chez les gens. Lorsque nous sommes allés à l'Hôtel des Mille Collines, nous avons rencontré les survivants - cuisiniers, personnels d'entretien... -, tous ces gens que Paul avait protégés."
La plupart des expériences de Terry George au Rwanda ont été positives et il a pu y puiser son inspiration auprès des gens rencontrés, mais rien n'aurait pu le préparer à ce qu'il a vécu en visitant l'un des sites du massacre. " C'était une ancienne université technique à Marambi, dans le sud du Rwanda, raconte le scénariste-réalisateur. J'ai découvert des enfilades de salles remplies des squelettes momifiés de certaines des 40 000 personnes qui ont été massacrées sur une période de quatre jours en avril 1994. En écoutant l'unique survivant de cette tuerie me raconter ces jours-là, j'ai eu le sentiment profond qu'il n'y avait rien de plus important dans ma vie que de faire ce film. "
Terry George s'est également intéressé à la politique du gouvernement extrémiste hutu, et à la façon dont sa station de radio, RTML, a attisé la haine contre les Tutsi. Les préjugés et la peur, nourris par les discours hostiles et violents diffusés sur cette radio, ont conduit des gens ordinaires à croire qu'il leur fallait massacrer leurs voisins pour préserver leur existence.
" Si je devais désigner le facteur qui a provoqué ce génocide, je dirais sans hésiter cette radio, explique le réalisateur. Nous la représentons dans le film comme un véritable personnage, omniprésent, parce que je voulais que l'on comprenne la puissance de sa propagande. "
En adaptant HOTEL RWANDA à l'écran, Terry George et Keir Pearson ont voulu que le film ne soit pas structuré comme un documentaire ni perçu comme tel, mais qu'il constitue plutôt une présentation des événements et des faits de la vie de Paul fondée sur les émotions. Ils souhaitaient ainsi donner au public une vue intime, perçue de l'intérieur, des événements qui se sont déroulés à l'hôtel.
Terry George souligne : " J'ai trouvé plus important de raconter une histoire centrée sur un personnage, sur son évolution aussi bien que sur ses forces. Nous avons particulièrement souligné les événements qui ont engendré son triomphe, sa capacité à surmonter des circonstances bouleversantes. C'est lorsque je me consacre à un projet qui ouvrira les yeux des gens, élèvera leur âme et je l'espère, leur donnera espoir et courage, que je me sens le mieux dans mon travail. "
HOTEL RWANDA est en grande partie une histoire profondément personnelle, qui se déroule presque exclusivement dans un seul bâtiment, l'hôtel, et montre les gens qui y vivent et les relations qu'ils entretiennent. Les cinéastes ont délibérément évité de mettre en avant l'horreur accablante du génocide lui-même.
Alex Ho précise : " Lorsque le film s'aventure à l'extérieur, dans Kigali, pendant le génocide, nous avons essayé de créer une atmosphère bizarre, surréaliste, pour donner au spectateur le sentiment de terreur psychologique du génocide sans se pencher de près sur les tueries. C'est un drame humain puissant, pas un film d'horreur, et nous pensons important que le public le plus large possible puisse le voir. "
LES ACTEURS
Le film repose sur le talent et le cœur de l'acteur qui incarne le personnage principal : Don Cheadle. Alex Ho souligne : " Don est l'un des meilleurs acteurs qui soient, et nous avons voulu dès le départ lui confier le rôle de Paul. "
" Lorsque ce projet a vu le jour, ajoute Terry George, son nom s'est tout de suite imposé. Je l'ai eu en tête dès le début. Quand j'ai proposé le projet à Hollywood, j'ai toujours mentionné son nom en premier. "
Le réalisateur poursuit : " Don Cheadle donne toujours des interprétations solides et profondément ressenties. C'est tout simplement l'un de mes acteurs préférés. Il a joué des personnages extrêmement différents, depuis ses prestations impressionnantes dans LE DIABLE EN ROBE BLEUE et BOOGIE NIGHTS, en passant par " The Rat Pack ", où il incarnait Sammy Davis Jr... C'est un acteur absolument fantastique.
" Travailler avec lui aussi étroitement m'a fait prendre conscience que ce film n'aurait jamais pu se faire sans lui. Don peut prendre une scène, vous en donner deux ou trois versions différentes, et toutes sont parfaites. Ensuite, vous pouvez avancer, passer à autre chose. Il était le premier sur le plateau. Il a utilisé tous les imprévus au profit de son personnage, jamais il n'a été déstabilisé par l'inattendu. Et il n'a jamais cessé de sourire. "
Sophie Okonedo interprète Tatiana. Terry George explique : " Alex Ho et moi avions vu Sophie Okonedo dans LOIN DE CHEZ EUX et nous avions trouvé qu'elle bondissait littéralement hors de l'écran. J'ai vu certains de ses autres films, et il est très vite devenu clair qu'elle et Don pouvaient produire l'alchimie nécessaire entre Paul et Tatiana. Nous avons voulu Sophie, et son interprétation nous donne entièrement raison ! "
Le réalisateur raconte : " Nous avons entendu dire que Nick Nolte était intéressé par le rôle du colonel Oliver. Cela a été une joie et une chance pour nous qu'il fasse partie de nos interprètes. "
Terry George considère Joaquin Phoenix comme un autre des grands acteurs actuels et a été ravi quand il a accepté de faire le film. " C'est l'un des rares comédiens qui ont la capacité de se fondre complètement dans un rôle, souligne-t-il. On ne sait jamais à quoi va ressembler son interprétation, mais il parvient toujours à nous fasciner ! "
" Nous avons eu une chance incroyable d'avoir ces formidables acteurs, conclut le réalisateur. Tous ceux à qui nous l'avons demandé ont désiré faire ce film avec nous. Et quand ils sont arrivés en Afrique du Sud, ils ont formé une véritable équipe et ont accompli le meilleur travail dont on puisse rêver. "
Pour en savoir plus sur les acteurs du film
CONNAITRE POUR INCARNER
C'est la passion de Terry George pour le projet qui a d'abord impressionné Don Cheadle et lui a donné envie de faire le film. Il se souvient : " Terry bouillait littéralement du désir de faire HOTEL RWANDA, de raconter une histoire qui selon lui, n'avait encore jamais vraiment été racontée. Il pensait que c'était l'occasion de mettre en lumière tout ce qui avait été soigneusement dissimulé, et j'ai eu moi aussi très envie d'y contribuer. "
Don Cheadle poursuit : " Terry a vécu avec ce projet pendant des années et cela l'a profondément influencé. Il était vital pour lui que nous racontions cette histoire avec le plus grand soin, que nous lui consacrions toute notre attention. Il s'est totalement investi dans le parcours émotionnel des personnages - c'est à mes yeux ce qui compte le plus dans un film. C'est aussi un scénariste brillant. Les choses devaient souvent évoluer selon les circonstances que nous rencontrions, alors on s'asseyait, on réfléchissait et on imaginait ensemble les changements nécessaires, leurs conséquences, comment ils allaient affecter ce qui avait déjà été tourné et ce qui allait l'être. C'était comme de créer ensemble un puzzle vivant, et c'était formidable de pouvoir travailler avec quelqu'un qui en soit capable. "
Don Cheadle ajoute : " Lire le scénario, découvrir l'histoire de Paul Rusesabagina et comment il a résisté aux obstacles les plus insurmontables m'a donné envie d'incarner cet homme. Envers et contre tout, Paul a conservé sa foi, sa réflexion et son cran, et il a organisé la survie de tous ceux qui sont venus à l'Hôtel des Mille Collines. C'est une aventure fantastique, un destin hors du commun. Il a commencé par se soucier du sort de sa famille, et il a fini par aider les autres. "
En effectuant ses recherches sur son rôle, Don Cheadle a été stupéfait par certains des articles qu'il a lus. " Etant donné le sujet, j'ai découvert des histoires horribles, tragiques. Mais il y avait aussi beaucoup de choses qui parlaient d'espoir et de persévérance, en des circonstances inimaginables. On se demande forcément ce qu'on ferait, nous, dans une telle situation : pourrait-on endurer l'impensable pour survivre ? On ne s'imagine tout simplement pas tout ce qu'ont vu et vécu ces gens. "
Le film est fondé sur des événements authentiques, et Don Cheadle a choisi de rester fidèle au scénario en toutes circonstances, en faisant confiance à l'âme et au cœur avec lesquels il a été écrit. " Notre objectif a toujours été de raconter cette histoire de la manière la plus passionnante et la plus cohérente possible, précise-t-il. Le scénario est remarquablement structuré quant à la nature de chaque personnage, à son parcours personnel, et à la progression narrative. Nous nous sommes efforcés d'y adhérer. Il était important pour nous tous d'être fidèles à cette histoire que nous avions envie de défendre, une histoire bouleversante, extraordinaire et tragique, terrible pour le monde dans lequel elle s'est déroulée comme par la manière dont elle s'est déroulée. On aurait pu éviter cette tragédie, si le reste du monde s'était impliqué. "
Sophie Okonedo raconte : " Quand j'ai lu le scénario, j'ai été saisie tout de suite. Il en dit long sur l'esprit humain, sur la manière de survivre dans une situation traumatisante, et il en dit long sur l'amour. C'est un lien très fort qui unit Tatiana et son mari Paul, alors qu'ils luttent désespérément pour protéger leur famille au sein de l'horreur qui grandit autour d'eux. "
Dans le film, lorsque l'on découvre Paul et Tatiana, leur vie semble parfaite. Tout ce à quoi ils ont travaillé porte ses fruits. Tatiana, ancienne infirmière, est à présent une mère de famille comblée, et Paul est devenu un gérant d'hôtel respecté.
" Tatiana est très fière de Paul, observe Sophie Okonedo. C'est un pilier de la communauté, et quand les gens ont besoin d'un conseil, ils viennent le trouver. Leur vie à tous deux paraît idéale. Et puis, alors que le génocide survient, Tatiana fait appel à sa force intérieure. Si on lui avait demandé au début des événements si elle pensait être à la hauteur, elle aurait dit non. Mais poussée à ses limites, elle se révèle incroyablement forte, et elle a des trésors de compassion. "
Ce qui a été le plus difficile pour Sophie Okonedo lors de ses recherches initiales a été de trouver des informations sur les gens ordinaires et sur la manière dont ils ont vécu le génocide. " J'ai lu énormément de choses, explique-t-elle, tout ce que j'ai pu trouver sur le Rwanda. Plus j'en apprenais sur le génocide, plus je voulais savoir comment une femme rwandaise banale, vivant normalement et s'occupant de ses enfants, pouvait réagir à une telle horreur. Lorsque j'ai rencontré Tatiana en Belgique, j'ai moins eu envie de lui poser des questions précises que de ressentir quel être humain elle était. "
Pour ses recherches, Sophie Okonedo s'est également rendue au Musée de l'Holocauste de Berlin.
Malgré les recherches considérables qu'elle a effectuées sur le personnage, Sophie Okonedo a abandonné nombre de ses notions préconçues sur la façon dont elle allait incarner Tatiana. " Peu à peu, mes réactions sont devenues instinctives. Je ne réfléchissais pas à ce que j'allais jouer, je ressentais, je vivais sur le moment. Pourtant, lorsque plus tard je me souviendrai de tout cela, je suis certaine de me dire que je n'aurais pas joué autrement si j'avais décortiqué précisément l'approche à adopter. J'aurais pris les mêmes décisions. "
Pour Joaquin Phoenix, qui joue Jack, pouvoir faire partie de ceux qui racontent cette histoire est un privilège.
" Ces événements sont une partie terrible et douloureuse de l'histoire du Rwanda, mais c'était cependant une chose qu'il fallait raconter. Malheureusement, la plupart des gens dans le monde, moi y compris, n'ont pas prêté attention à ce qui se passait à l'époque, nous n'étions pas conscients de la gravité de la situation. "
Pour préparer son rôle, Joaquin Phoenix a rencontré des journalistes et caméramen afin qu'ils lui fassent part de leur expérience. " J'ai rencontré trois personnes différentes, et cela m'a énormément apporté, confie-t-il. Cela a vraiment éclairé les événements différemment. Entendre ce qu'ils m'ont raconté a été très pénible, et je sais que ça a été dur pour eux de se souvenir et de témoigner, mais nous avons beaucoup appris de leur expérience. Ces caméramen ont couvert une trentaine de guerres, mais ils ont dit n'avoir jamais connu quelque chose qui ressemble au génocide rwandais. L'un d'eux m'a confié que plusieurs de ses amis et collègues avaient fait une dépression nerveuse après le Rwanda, et lui-même a pleuré souvent en me racontant ce qu'il avait vu et connu là-bas. Cela m'a aidé à prendre pleinement conscience de la gravité de ce qui s'est passé. "
Joaquin Phoenix admire énormément les cameramen qui ont couvert la guerre, mais après avoir entendu leur témoignage, il a trouvé l'idée de travailler sur le terrain accablante. " Je ne sais pas comment ils ont fait, tous autant qu'ils sont, avoue-t-il. Je ne crois pas qu'un seul d'entre eux s'en soit sorti indemne. L'un d'eux m'a dit " Ces images ne me quitteront jamais ", et voir son regard m'a persuadé que c'était la vérité. C'était une expérience bouleversante, puissante à un degré incroyable. "
Il confie : " Terry George était sans aucun doute la personne la plus adaptée pour raconter cette histoire. C'est un scénariste phénoménal. Il a un véritable don pour relater les vies et pour élever l'aspect le plus banal d'une existence. L'une de ses forces est sa capacité à rassembler des portions très différentes d'une histoire et de les " mouler " en un tout cohérent. Il est rare de trouver un scénariste qui puisse à ce point coller à la vérité et à l'honnêteté des personnages. Il s'investit totalement dans ce qu'il fait, et il écrit avec son cœur et son âme. "
C'est l'opportunité de travailler avec Terry George qui a attiré Nick Nolte sur HOTEL RWANDA. Il confie : " Terry a trouvé une façon unique de raconter l'histoire à travers Paul, le gérant de l'hôtel, et sa famille. Mon personnage, le colonel Oliver, est un mélange des différents officiers canadiens qui ont dirigé la mission de pacification des Nations Unies au Rwanda. Exactement comme ces officiers, le colonel Oliver découvre rapidement qu'il a les mains liées par des bureaucrates complètement indifférents au sein des Nations Unies et dans le monde. Ses relations avec Paul sont celles d'un homme qui veut communiquer, qui essaie de faire savoir à l'extérieur ce qui se passe dans le pays parce qu'il semble que le monde entier l'ignore. "
Les recherches de Nick Nolte l'ont conduit à l'Université de Princeton. " A Princeton, nous avons trouvé de nombreux enregistrements vidéo couvrant les événements du génocide, des documentaires de " Frontline " sur Channel 13, de " Panorama " sur la BBC, et de CBC au Canada. J'ai été particulièrement ému et choqué par les interventions du général Dellaire, le dirigeant canadien des forces des Nations Unies au Rwanda, tandis qu'il parlait du génocide au staff militaire et dans des universités. Il utilisait une machette et une pastèque pour illustrer la nature des tueries... "
ENTRETIEN AVEC PAUL RUSESABAGINA
Plus de dix ans après les événements, quel regard portez-vous sur tout cela ?
Ce qui me marque le plus, c'est le sentiment d'abandon de la part de la communauté internationale. Tout le monde a laissé faire. Les gens normaux n'étaient peut-être pas au courant mais les autorités, les Etats, les gouvernements, eux savaient ce qui se passait. Au-delà même de l'horreur du génocide, ce qui me choque encore aujourd'hui, c'est que ceux qui avaient le pouvoir de l'empêcher n'ont rien fait. Les institutions, les gouvernements ont failli à leur parole et à leur devoir.
Comment expliquez-vous que personne ne soit intervenu au moment où il le fallait ?
J'ignore la réponse précise à cette question, mais je crois que l'une des raisons, c'est que le Rwanda se trouve au centre de l'Afrique, dans un endroit plus ou moins oublié de tous. Quand la même chose s'est produite dans l'ancienne Yougoslavie, la communauté internationale est intervenue. C'est un exemple. Et puis il n'y pas de pétrole au Rwanda, rien qui vaille la peine que des grandes puissances économiques s'y risquent. A l'époque, on préférait parler du changement de régime en Afrique du Sud, un pays qui a toujours été une vraie locomotive économique.
Humainement, que vous a appris cette tragédie ?
Je sais aujourd'hui qu'un être humain peut être plus mauvais, plus méchant, plus féroce que la plus terrible des bêtes sauvages.
Dans ma vie de tous les jours, j'ai appris à me méfier de tout le monde. Je n'accorde plus ma confiance comme avant. Auparavant, je n'hésitais jamais à prendre un verre avec n'importe qui, même à payer des tournées à tout le monde. J'étais ainsi. Plus maintenant. Je pense que si vous-même aviez mon expérience, si vous aviez été à ma place, vous ne feriez pas autrement.
Pourtant, dans cette expérience, aussi terrible soit-elle, vous avez rencontré des gens bien ? Ne serait-ce que votre femme, qui a été un soutien exceptionnel ?
Oui, certainement, et je n'oublie pas qu'il y a de bonnes choses, des gens bien, mais comment les différencier ? Les gens que vous voyez passer dans la rue, même avec un beau costume, sont peut-être des monstres à l'intérieur. Ce monde est plein de loups déguisés en agneaux, il faut faire attention.
Pourquoi avez-vous finalement quitté le Rwanda ?
Je suis parti comme réfugié. En 1991, tout a été complètement rasé, on recommençait à zéro. Deux ans et demi plus tard, le même phénomène s'est produit. Il fallait tout oublier, tout laisser derrière. C'était très difficile. J'ai voulu repartir sur des bases plus solides. Je n'allais pas passer ma vie à recommencer de zéro.
Vous ne semblez pas vous considérer comme un héros. Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette situation ?
Non, je ne suis certainement pas un héros. J'ai fait ce que je devais faire face aux circonstances. Je me suis retrouvé devant le fait accompli, devant une foule de gens menacés de mort. Fallait-il rester les bras croisés ? Fallait-il fermer les yeux et fuir avec ma femme et mes enfants ? Franchement, il aurait été plus facile de ne m'occuper que de ma famille.
Pourtant, il n'y avait pas de courage là-dedans. Juste la réaction normale face à quelque chose d'inacceptable. Je n'ai rien fait de spécial. J'ai fait le travail d'un directeur. J'avais ma chemise bien repassée et je m'occupais du mieux que je pouvais d'une clientèle à part, c'est vrai.
Vous étiez comme un capitaine qui n'a pas quitté son navire ?
Exactement. Je crois que le fait de me cramponner à cette fonction, de me rattacher aux choses simples, normales de ma fonction, m'a aidé à résister à la pression. L'essentiel, c'était d'affronter les problèmes, d'éviter les dégâts.
Qu'avez-vous pensé quand on vous a proposé ce film ?
L'idée d'un film, d'un documentaire, a germé il y a bien longtemps. D'abord, en 1994, après la fin du génocide, tous les journalistes qui n'avaient pas pu expérimenter ce qui s'est passé au Rwanda sont venus voir, et tout le monde voulait découvrir ce qui s'était passé au Mille Collines. Ils ont demandé au personnel de l'hôtel, ils ont contacté beaucoup de rescapés, et tout le monde parlait de moi. Tous les articles parlaient du Mille Collines et du directeur de l'hôtel.
En 1996 sont arrivés les documentaristes. Ils m'ont contacté pour faire un documentaire sur moi, mais amer comme je l'étais, je ne voulais pas m'adresser à une si petite audience. Je voulais atteindre le plus grand nombre de gens possible. Vers 1998, les gens qui font les films de télévision sont venus, mais je n'étais pas vraiment convaincu, et ce n'est qu'à la fin 2001 que j'ai été en contact avec Terry George. Pour me convaincre, il m'a envoyé ses films. Je les ai regardés. Ensuite, Terry est venu me voir à Bruxelles, et je me suis dit que ce monsieur était la bonne personne pour porter cette histoire vers le plus grand nombre.
Votre envie, c'était de témoigner de ce qui s'était passé ?
Tout à fait, transmettre un message à une audience aussi large que possible. Pointer l'absence des superpuissances qui auraient pu éviter ce carnage. C'est surtout ce message que notre film veut faire passer à la communauté internationale. Nous disons : vous avez failli à vos devoirs, à vos obligations, à vos responsabilités. Ceci s'est passé au Rwanda, un million de gens ont été massacrés, et ceci se passe encore aujourd'hui au Darfour. J'y étais voilà deux semaines. Je suis allé voir de mes propres yeux, et j'ai reconnu les prémices de ce qui s'est passé au Rwanda en 91 et 94. C'est le début d'une tragédie. L'objectif est de rappeler le monde à ses responsabilités, que ces millions d'innocents ne soient pas morts pour rien. C'est le message.
Vous reconnaissez-vous dans le film qui a été fait ?
Le film est honnête, il est authentique à 90 %. Tout ce que vous voyez sur l'écran, c'est la réalité. Mais chaque chef, quand il prépare un mets, ajoute un peu de sel, de poivre et d'épices, pour rehausser le goût de son plat.
Don Cheadle est très fort, il a fait un travail formidable. Nous avons d'abord communiqué par téléphone et par e-mail, il voulait savoir qui j'étais, où j'étais né, que je lui parle de mes parents, des écoles que j'ai fréquentées, il voulait savoir ce que j'aime, la musique, la culture, très en détail. Et puis avant le tournage, à Johannesburg, on est resté ensemble une semaine pour se connaître. On parlait, il me posait des questions, je lui ai raconté tout ce qui s'est passé, de long en large. Il a même pris le même accent que moi pour mieux entrer dans son rôle. C'est quelqu'un qui peut se transformer, c'est un vrai caméléon, un grand acteur.
Vous êtes allé sur le tournage ?
Quand on a commencé le tournage à Johannesburg, je suis resté pendant deux semaines. Tout ce qui rappelle ces événements est forcément douloureux. Mais il le fallait pour faire passer le message. Et puis en parler, le travailler, constitue aussi une sorte de thérapie.
Le fait d'avoir rencontré des gens qui humainement sont avec vous sur le projet et défendent votre cause, vous a-t-il un peu guéri de votre terrible image des humains ?
Guérir, je ne crois pas que ce soit si facile. Mais changer, oui. Je suis en train de créer une fondation à mon nom pour aider ces pauvres orphelins, ces femmes qui ont été violées et ont eu des enfants non voulus. Ces enfants ont besoin d'étudier, certaines de ces femmes ont le sida, il faut les aider. Je voudrais rester utile à la société. Je n'oublie pas le Rwanda. Partout où je vais, je ne parle que de cela.
Pour en savoir plus sur les personnes à l'origine de ce film
UNE BREVE HISTOIRE DU RWANDA
L'histoire du Rwanda est longue et complexe, mais comme pour beaucoup de pays africains, il n'en existe que peu de traces. Le Rwanda n'existera en tant qu'entité définie qu'à la fin des années 1800. Avant cette époque, c'est une région aux frontières floues habitée principalement par deux groupes ethniques, les Hutu et les Tutsi.
Les Tutsi sont de riches propriétaires de terres et de bétail, arrivés dans la région au XIVe et au XVe siècle. Les Hutu habitent déjà la région et dépassent en nombre les Tutsi, mais la minorité Tutsi domine peu à peu les Hutu, finissant même par les diriger selon un système de monarchie féodale. Cette division ethnique continue à exister avec peu de tensions pendant plusieurs siècles.
En 1894, les premiers Occidentaux arrivent au Rwanda, et en 1899, sans résistance des habitants du lieu, les Allemands font du Rwanda un protectorat intégré à l'Afrique-Orientale allemande. Pendant la Première Guerre mondiale, en 1916, l'armée belge, basée au Zaïre, un pays voisin (actuellement la République Démocratique du Congo), prend le contrôle du Rwanda en obligeant l'Allemagne à se replier sur l'Urundi (le Burundi actuel). La prise de contrôle belge est renforcée après la guerre par la Société des Nations, qui octroie à la Belgique un mandat territorial commun sur le " Rwanda-Urundi ", qui regroupe le Rwanda actuel et le Burundi et est rattaché au Congo belge.
Pour gouverner ce nouveau territoire, les autorités belges utilisent la monarchie tutsi existante pour contrôler la situation, mais ce faisant, ils exacerbent les différences institutionnalisées entre les groupes ethniques. Les modalités de gouvernement belges et leur extrême préférence pour les Tutsi relèguent les Hutu en marge de la société, créant de fortes tensions dans le pays, qui s'enflamment brusquement après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 50, les Belges entament des réformes pour corriger ces problèmes et mettent en place un gouvernement démocratique, mais les traditionalistes tutsi résistent. Les Belges se retournent alors contre leurs anciens alliés, encourageant une rébellion hutu en 1959 qui chasse les Tutsi du pouvoir. Des élections sont organisées, qui ouvrent la voie à un gouvernement en majorité hutu, puis à l'indépendance du pays en 1962.
L'indépendance une fois proclamée, l'inefficacité et la corruption sont partout, et le Général Major Juvénal Habyarimana, un Hutu, organise un coup d'Etat militaire en 1973. Il prend le pouvoir, s'impose comme dictateur et interdit toute activité politique en dehors de celle de son propre parti. Il règne sur le pays avec une poigne de fer. En 1991, le Front patriotique rwandais, rassemblant les Tutsi exilés, tente des opérations d'invasion depuis l'Ouganda et déclenche une guerre civile. En échange des aides belge et française contre ces rebelles tutsi, le régime s'engage sur la voie de la démocratisation, avec une nouvelle Constitution restaurant le multipartisme. Les pourparlers de paix entre le gouvernement et les rebelles tutsi aboutissent aux Accords d'Arusha en 1994, qui garantissent des réformes démocratiques.
A leur retour de la signature des Accords, le 6 avril 1994, le Général Major Habyarimana et le Président du Burundi sont assassinés dans un attentat aérien organisé par des membres de leurs propres partis, qui accuseront les Tutsi. Ce même soir, une exécution organisée des officiels tutsi de haut rang et des Hutu modérés commence. Pendant les trois jours suivants, quasiment tout Tutsi de rang ou Hutu modéré au pouvoir est systématiquement exécuté. La violence ne s'arrête pas là. Des bandes d'une milice hutu organisée connue sous le nom de Interahamwe parcourent le pays, et les tueries se développent partout de façon exponentielle pendant les trois mois suivants. Rien ne vient les arrêter. Même alors que la Croix Rouge estime que des centaines de milliers de personnes ont été assassinées, principalement à la machette, les Nations Unies réduisent leurs forces de maintien de la paix sur place : elles passent de 2500 à 270 soldats. Le FPR finit par lancer une nouvelle offensive depuis l'Ouganda, prend le contrôle du pays et met fin au génocide en juillet 1994. La plupart des extrémistes hutu fuient vers le Zaïre.
Pendant ce génocide, près d'un million de personnes seront massacrées, et plus de trois millions fuiront vers d'autres pays, créant la pire crise de réfugiés que le monde ait connue. C'est à ce moment seulement que l'Occident réagit, et entame la plus vaste opération d'aide jamais organisée à l'époque, qui s'achèvera deux ans plus tard, en mars 1996. La France organise notamment de juin à août 1994 une opération humanitaire, " l'opération Turquoise ", qui porte assistance aux réfugiés qui fuient à l'intérieur ou vers le Zaïre.
Peu de temps après la fin des opérations d'aide, la guerre éclatera dans plusieurs pays voisins, poussant la presque totalité des réfugiés à revenir au Rwanda en 1997.
Après le génocide, un gouvernement d'unité nationale est constitué, et en 2000, Paul Kagamé, ancien leader du FPR, devient président provisoire. Kagamé est ensuite élu en termes réguliers à la suite des premières élections du pays, en 2003. Les Nations Unies créent le Tribunal Criminel International pour le Rwanda, qui juge les officiels hutu de haut niveau pour crimes contre l'Humanité, alors que les instances de direction locales ont recours aux conseils de tribus, les gacaca, pour sanctionner les 80 000 personnes que l'on estime avoir participé au génocide.
En 2003, les réformes et les programmes éducatifs sont en place. On y a supprimé toute référence à l'ethnicité. Les termes Hutu et Tutsi sont interdits, comme " tout comportement visant à diviser ". Le Fonds des Survivants Rwandais fondé par le gouvernement reçoit 5% des revenus du pays, et subventionne d'innombrables fonds de protection des veuves et des orphelins.
Même si le pays est en pleine croissance, il est encore convalescent. Le niveau de la population est encore sous les chiffres de 1994, et la nation doit faire face à des problèmes continuels, dont la corruption, les conflits avec les nations frontalières (notamment une longue guerre avec la République Démocratique du Congo) et l'un des pires taux de pauvreté de l'Afrique Sub-Saharienne.
Pour en savoir plus sur les dates historiques rwandaises
Quelques données sur le Rwanda
Un Film METROPOLITAN FILMEXPORT en association avec Lions Gate Entertainment un film United Artists une coproduction Royaume-Uni/Afrique du Sud/Italie en association avec: The Industrial Development Corporation of South Africa une production Miracle Pictures/Seamus en association avec Inside Track & Mikado Film un film de Terry George |
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