
TITIEN, LE POUVOIR EN FACE
13 Septembre 2006 - 21 janvier 2007
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard - 75006 Paris
Informations: tel: 01 45 44 12 90 - Fax: 01 53 01 38 80
Réservations, tel: 08 92 684 694 (0,34 "/mn)
www.billet-coupe-file.com / www.fnac.com / www.ticketnet.fr
L e Sénat présente au musée du Luxembourg une exposition exceptionnelle des oeuvres de Tiziano Vecellio, dit Le Titien, le plus grand portraitiste de la Renaissance. Avec plus de 60 oeuvres venues de 14 pays, réunissant un ensemble extraordinaire de 35 portraits peints par Le Titien, cette exposition représente les principaux hommes de pouvoir de son temps, (Charles Quint, Philippe II, François Ier, doges, pape, cardinaux, ...) Ces puissants l'avaient choisi comme le plus grand des peintres, le peintre du pouvoir, et ces magnifiques portraits sont présentés entourés d'oeuvres de comparaison réalisées par des artistes tels que Rubens, Lorenzo Lotto, Parmigianino, Tintoret, Benvenutto Cellini, Giulio Romano, Paris Bordone...
L'exposition se concentre avant tout sur l'inépuisable thème du portrait chez Titien, en cherchant à découvrir les raisons d'un succès aussi éclatant que durable, qui fit du grand maître vénitien l'acteur essentiel de la scène artistique italienne et européenne au xvie siècle. Habité par une ambition et une détermination extrêmes, le peintre mit rapidement son talent au service des grands de ce monde, élargissant jusqu'à la démesure la sphère de ses influents commanditaires, jusqu'à atteindre les arcanes du pouvoir, alors aux mains de quelques personnages qui décidaient du sort de l'Europe et du monde.
On pourra, grâce à cette exposition, suivre les différentes étapes de la fulgurante ascension de Titien qui, en l'espace de quelques années, et après avoir officiellement reçu les plus prestigieuses récompenses de la République de Venise, gagna l'estime - également grâce à l'entregent de son ami l'Arétin - des plus grands princes italiens!: les Este, les Gonzague, les Della Rovere, les Farnèse. Pour eux, Titien peignit de superbes portraits qui immortalisent le caractère officiel de leur charge, même si le maître ne renonça jamais à son irrépressible penchant naturaliste car ses images dévoilent toujours le côté le plus humain du personnage, son caractère le plus intime, sa sensibilité.
Titien parvint à l'acmé de son succès lorsque l'empereur Charles Quint, qui en fit son portraitiste officiel, l'éleva au rang de premier peintre de la cour des Habsbourg, mécénat que poursuivit le fils du souverain, Philippe II, durant les années de maturité de l'artiste vénitien.
Parallèlement à cette production officielle, on note toutefois, au cours de l'évolution du langage titianesque, une autre propension du maître qui se penche avec plaisir sur les "!mouvements de l'âme!" de ses personnages dont il épie les attitudes et les sensations, en plongeant au coeur de leurs émotions les plus intimes. Ces effigies, ce sont celles de ses amis et des membres de sa famille, celles des littérateurs, des humanistes et des poètes de l'effervescent milieu culturel vénitien, dont Titien fut lui-même l'un des animateurs car son atelier situé aux Biri Grande était fort fréquenté. Naissent ainsi les portraits fortement caractérisés et "!vivants " de l'Arétin, de Pietro Bembo, d'Anselmi, pour ne citer que les plus connus. Parallèlement aux portraits de ces hommes illustres, Titien peint également celui de nombreux anonymes et aristocrates, souvent définis par un attribut particulier qui permet au peintre d'éveiller l'attention de l'observateur et de l'impliquer dans la scène. Un autre heureux expédient souvent adopté par Titien, consiste à figurer son modèle en pleine action, de manière à saisir une expression cachée, une réaction intime, un mouvement intérieur du psychisme.
Interprète intelligent et éclectique d'une époque qu'il a profondément vécue et incarnée, Titien élargit encore le champ de ses intérêts et se tourne vers une autre couche de la société non moins puissante que l'aristocratie!: la riche bourgeoisie des villes dont Lorenzo Lotto fut certes le meilleur interprète, même s'il n'est pas le seul, comme le montre l'exposition.
En dernier lieu, il ne pouvait manquer au sein du parcours de l'exposition, un espace consacré au séduisant univers féminin de Titien, univers que l'artiste aima et représenta passionnément!: en témoignent les fascinants portraits de Laura Dianti, de la Jeune fille de Capodimonte, de Judith - très intéressante version profane et sensuelle de l'héroïne biblique -, ou encore le portrait précieux et raffiné de la petite Clarice Strozzi.
Ainsi, la magnifique peinture de Titien constitue un extraordinaire reportage historique formé par les multiples images des plus illustres protagonistes (mais pas seulement) d'une très grande époque qui, si elle appartient au passé, n'en demeure pas moins vivante à travers les regards expressifs et les visages envoûtants de ses acteurs.
Ce sont donc des images du pouvoir, du savoir et de la séduction - notamment de Titien mais aussi de quelques-uns de ses contemporains - qui sont présentées au Musée du Luxembourg, grâce au commisaire de l'exposition Nicola Spinosa, directeur du pôle muséal napolitain : ceci grâce à une heureuse et fructueuse entente entre Naples et Paris, entre le musée du Luxembourg et celui de Capodimonte, où vient de s'achever une exposition soeur intitulée Tiziano e il ritratto di corte da Raffaello ai Carracci, grâce à la rigoureuse préparation scientifique des deux initiatives, à laquelle ont collaboré les spécialistes d'institutions italiennes et étrangères!; grâce à un solide travail d'organisation qui a vu oeuvrer ensemble, à l'instar d'une petite communauté européenne, Parisiens, Londoniens, Romains et Napolitains.
Commissariat de l'exposition
Nicola Spinosa, Surintendant des Musées de Naples
Tullia Carratù , responsable scientifique des expositions, Surintendance de Rome
Morena Costantini, responsable scientifique des expositions, Surintendance de Rome
Jennifer Fletcher, membre du conseil scientifique
Direction du Projet: Patrizia Nitti
Assistante: Carolina Vincenti
Biographie de Tiziano Vecellio, dit Le Titien
Pieve di Cadore, Belluno 1488 / 90 - Venise, 1576
"!Titien a connu la santé et la fortune comme aucun de ses pairs et il n'a reçu des cieux que faveurs et bonheur.!"
(Giorgio Vasari, La vie des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, liv. X, trad. A. Chastel, 1981-1987)
Titien représente l'apogée du Cinquecento vénitien. Il fut autant aimé qu'estimé par ses contemporains. Cette autorité ne sera jamais démentie à travers les siècles suivants.
Ce succès s'explique par l'immense qualité de son oeuvre et son caractère universel. Durant sa carrière longue et fortunée, il affronte la peinture historique et les sujets religieux!et excelle dans l'art du portrait. Au sein de la noblesse et du clergé, il côtoie des personnages exceptionnels qui deviendront ses commanditaires!: empereurs et doges, monarques et reines. Ce génie devient un mythe qui survit encore aujourd'hui grâce à la richesse inépuisable de son art.
Né en 1488 d'une famille noble de Cadore, Titien est envoyé très jeune à Venise pour étudier dans les ateliers les plus importants de l'époque. C'est dans celui de Gentile et Giovanni Bellini, qu'il rencontre Giorgione. Peu de temps après il exécute avec lui la décoration du Fondaco dei Tedeschi (1508), pourtant il se détache du maître grâce à la capacité novatrice de son langage naturaliste. L'hermétisme cultivé de son Concert champêtre (Louvre) appartient à cette période. En 1511, le jeune Titien est à Padoue où il réalise les fresques des trois Miracles de saint Antoine. Entre 1514 et 1515, il peint son chef-d'oeuvre - L'Amour sacré et l'Amour profane (aujourd'hui à Rome, galerie Borghèse)!-!et la célèbre Flore (Offices) qui représente l'idéal de la beauté de la Renaissance.
Titien innove également dans les sujets religieux. La célèbre Assomption de la Vierge (1516-18) de l'église de S. Maria Gloriosa dei Frari à Venise sera à l'origine de nombreuses commandes de la part du Clergé, dont la Pala Gozzi (Museo Civico d'Ancône), le Polyptique de la Résurrection (SS. Nazaro e Celso à Brescia) et le Retable Pesaro (S. Maria Gloriosa dei Frari à Venise).
Alors qu'il triomphe sur la scène artistique vénitienne, Titien s'impose dans les différentes cours européennes. Il reçoit d'importantes commandes des duchés de Ferrare, Mantoue et Urbin I. Il devient le portraitiste des familles d'Este, Gonzague et della Rovere.
Entre 1519 et 1524, dans le camerino (appartement privé) d'Alphonse Ier d'Este au château de Ferrare, Titien peint trois sujets mythologiques de grande élégance formelle!: l'Offrande à Vénus (Prado), la Bacchanale et Bacchus et Arianne (Londres).
Les portraits de Frédéric II Gonzaga, marquis de Mantoue (Prado), ceux de Francesco Maria della Rovere et d'Éléonore Gonzaga (Offices) sont d'admirables témoignages de cette époque. Guidobaldo della Rovere est tellement séduit par la belle "!femme nue!" qu'il voit dans l'atelier du peintre, qu'il fera tout son possible pour posséder la Vénus d'Urbin!: allégorie matrimoniale célébrant l'érotisme féminin.
À Bologne, entre 1529 et 1530, Titien exécute le premier Portrait de Charles Quint (Prado). L'empereur lui remet les décorations de l'ordre de Comte palatin et de Chevalier de l'Eperon d'or. En Europe, il est considéré comme le premier peintre de la cour des Habsbourg.
Durant les années suivantes, il semble se tourner vers le maniérisme!: Alphonse d'Avalos haranguant ses soldats (1541, Prado) en est un exemple. Dès cette époque, Titien se consacre pleinement aux portraits. Les résultats sont superbes!: Portrait de Paul III Farnèse (Capodimonte), le Jeune Anglais (Pitti), ou encore le Portrait du doge Andrea Gritti (Washington). En 1545, il est à Rome au service du pape Paul III Farnèse. Son travail de portraitiste est important, il le mène en introduisant tantôt une pointe d'introspection psychologique, c'est le cas du Portrait de Paul III Farnèse et de ses neveux (Capodimonte), tantôt un naturalisme sensuel et exubérant, comme dans la célèbre Danaé (Capodimonte).
Il revient à Venise en 1546 où il réalise le spectaculaire Portrait votif de la famille Vendramin (National Gallery). En 1548, il séjourne à la cour impériale et réalise le Portrait de Charles Quint à la bataille de Mühlberg (Prado)!et Charles Quint assis (Munich).
Après 1556, le monarque espagnol Philippe II devient son principal commanditaire. Titien explore désormais les thèmes religieux et mythologique (Vénus, Danaé et Diane). La Crucifixion d'Ancône (1558) est considérée comme la dernière oeuvre maniériste de Titien.
Il se libère alors de la rhétorique maniériste et s'engage dans cet impressionnisme magique aux contours flous; la couleur se dissout dans la lumière et la matière se décompose. C'est la Punition de Marsyas, le Tarquin et Lucrèce (Vienne), et l'Autoportrait dramatique de Berlin. Ces oeuvres tardives deviennent des méditations extrêmes sur le sens tragique de l'existence. Titien meurt le 27 août 1576 à Venise laissant derrière lui la Pietà inachevée du Musée de l'Académie.
Bibliographie indicative
- J.A. Crowe - G.B. Cavalcaselle, Titian: His Life and Times, London 1877
- G. Gronau, Tizian, Berlin 1900
- C. Ricketts, Titian, London 1910
- O. Fischel, Tizian, (Klassiker der Kunst), Stuttgart 1904
- B. Berenson, Italian pictures of the Renaissance, Oxford 1932
- W. Suida, Tizian, Zürich-Leipzig, 1933
- G. Fogolari (a cura di), Mostra di Tiziano. Catalogo delle opere, cat., Venezia 1935
- H. Tietze, Tizian; Leben und Werk, Wien 1936
- T. Hetzer, Tiziano Vecellio, in U. Thieme - F. Becker, Allgemeines Lexikon der Bildenden
- Künstler, XXIV, Leipzig 1940
- R. Pallucchini, Tiziano, Bologna 1953-54
- B. Berenson, Italian Pictures of the Renaissance. Venetian School, 2 vol., London 1957
- G.A. Dell'Acqua, Tiziano, Milano 1958
- F. Valcanover, Tutta la pittura di Tiziano, 2 vol., Milano 1960
- A Morassi, Tiziano Vecellio, in “Enciclopedia Universale dell'Arte”, XIV, Venezia- Roma 1966
- A. Ballarin, Tiziano, Firenze 1968
- R. Pallucchini, Tiziano, Firenze 1969
- E. Panofsky, Problems in Titian, mostly iconografic, New York - London 1969
- F. Valcanover, L'opera completa di Tiziano, Milano, 1969
- H.W. Wethey, The paintings of Titian. II The portraits, London 1971
- C. Gould, Titian as Portraitist, London 1976
- B. W. Meijer, Omaggio a Tiziano. Mostra di disegni, lettere e stampe di Tiziano e artisti nordici, cat., Firenze 1976
- K. Oberhuber, Disegni di Tiziano e della sua cerchia, cat., Vicenza 1976
- W. R. Rearick (a cura di), Tiziano e il disegno veneziano del suo tempo, cat., Firenze 1976
- D. Rosand, Titian, New York 1978
- A. Gentili, Da Tiziano a Tiziano. Mito e allegoria nella cultura veneziana del Cinquecento, Milano 1980
- C. Hope, Titian, London 1980
- Tiziano e Venezia, atti del convegno internazionale di studi (Venezia, 27 settembre-1 ottobre 1976), Vicenza 1980
- D. Arasse, Tiziano. Venere d'Urbino, Venezia 1986
- M.A. Chiari Moretto Wiel, Tiziano. Corpus dei disegni autografi, Milano 1989
- A. Gentili, Tiziano, Firenze 1990
- F. Valcanover, Tiziano, cat., Venezia - Washington 1990
- Le Siècle de Titien, L'âge d'or de la peinture à Venise, cat., Paris 1993
- D. H. Bodart, Tiziano e Federico II Gonzaga, Roma 1998
- M. Mancini, Tiziano e le corti d'Asburgo nei documenti degli archivi spagnoli, Venezia 1998
- F. Pedrocco, Tiziano, Milano 2000
- J. Pope-Hennessy, Tiziano, Milano 2004
- M. Falomir, Titian, Madrid 2003
- Titian, cat., London 2003
- Tiziano e il ritratto di corte da Raffaello ai Carracci, cat., Napoli 2006
Quelques Oeuvres...

Tiziano Vecellio, dit Le Titien ,
Portrait de Clarice Strozzi , 1542
huile sur toile, 115 x 98
Berlin, Staatliche Museen, Gemäldegalerie

Tiziano Vecellio, dit Le Titien ,
Portrait d'Isabella d'Este , 1534-36
huile sur toile, 102 x 64
Vienne, Kunsthistorisches Museum Hofjagd-und Rüstkammer

Tiziano Vecellio, dit Le Titien ,
Portrait de l'Aretin , 1545
huile sur toile, 96,7 x 77,6
Florence, Galleria Palatina di Palazzo Pitti

Atelier du Titien ,
La sultane rousse , circa 1550
huile sur toile, 96,5 x 76,2
Sarasota, The John and Mable Ringling Museum of Art, Bequest of John Ringling
Commissaires de l'exposition
NICOLA SPINOSA
Professeur de muséologie et d'histoire du collectionnisme à l'Institut Universitaire Suor Orsola Benincas, il est membre du Comité Scientifique du Musée du Luxembourg depuis 2000. Il a déjà collaboré pour l'exposition L'Aventure de Pont-Aven et Gauguin qui s'est déroulée en 2003 au Musée du Luxembourg, puis au Castel Sant'Elmo à Naples.
Historien d'art depuis 1969 à la Surintendance de Naples, il occupe le poste de Surintendant pour les biens artistiques et historiques de Naples entre les années 1984 et 2001, Depuis 2002, il est Surintendant des Musées de Naples. Dans ce cadre, il conduit la mise en place du nouveau parcours muséographique en organisant une nouvelle disposition pour certaines collections:
- les collections "historiques" de Capodimonte, qu'il a transformées, créant une nouvelle section d'art contemporain,
- les collections del Priore,
- les collections "images et mémoire" du musée de San Martino à Naples.
Il a participé également aux principales expositions de la Surintendance, parmi lesquelles:
- Civiltà del ‘700 a Napoli,
- La pittura napoletana da Caravaggio a Luca Giordano,
- Civiltà del ‘600 a Napoli,
- Bernardo Cavallino e il suo tempo,
- All'Ombra del Vesuvio. La veduta a Napoli dal ‘400 all'800,
- Jusepe de Ribera,
- Sulle ali dell'aquila bicipite. Le arti a Napoli al tempo del Viceregno austriaco,
- I Farnese. Arte e Collezionismo,
- Luca Giordano,
- Civiltà dell'800,
- Micco Spadaro,
- Gaspare Traversi,
- Pino Pascali,
- Caravaggio. L'ultimo tempo 1606-1610,
- Domenico Morelli,
- Velázquez a Capodimonte,
- Tiziano e il ritratto di corte.
En 2000, il est élevé au rang de Chevalier de la Légion d'honneur de la République Française.
TULLIA CARRATU
Après avoir obtenu son doctorat en 1985 avec une thèse sur les fresques du Pinturicchio de la bibliothèque Piccolomini du Dôme de Sienne, elle se spécialise en histoire de l'art médiéval et en art moderne en 1992 en étudiant la collection d'antiques du Pape Pie III Piccolomini.
En 1991, elle entre au Ministère des biens et affaires culturels, à la section "!expositions!", où elle devient responsable scientifique pour les grandes expositions italiennes et internationales. C'est dans le cadre de cette fonction qu'elle est amenée à collaborer avec le Musée du Luxembourg à partir de 2001. Elle participe ainsi aux expositions Raphaël, Grâce et Beauté (fin 2001, début 2002), Botticelli, de Laurent le Magnifique à Savonarole (fin 2003, début 2004) et Véronèse profane (fin 2004, début 2005).
Spécialiste en peinture italienne des XVe et XVIe siècles, elle a publié de nombreux essais, ainsi que les notices des catalogues qu'elle a suivis et coordonnés. Elle a également publié deux guides scientifiques sur Michel-Ange et Pietro da Cortona.
MORENA COSTANTINI
Docteur en histoire de l'art moderne, elle se spécialise dans ce domaine à l'université de Rome, et occupe plusieurs postes dans des Surintendances!: tout d'abord celle de Mantoue, en 1978, puis celle de Venise, puis de Rome en 1985 où elle travaille à la section "expositions" et y devient coordinateur scientifique pour les grandes expositions italiennes et internationales. Sa fonction lui a ainsi permis de collaborer avec le Musée du Luxembourg depuis 2001, contribuant ainsi aux expositions Raphaël, Grâce et Beauté (fin 2001, début 2002), Botticelli, de Laurent le Magnifique à Savonarole (fin 2003, début 2004) et Véronèse profane (fin 2004, début 2005).
Parallèlement, elle gère l'organisation générale de nombreuses autres expositions:
- en 2001 Caravaggio e i Giustiniani. Toccar con mano una collezione del Seicento qui a été présentée au Palazzo Giustiniani, siège du Sénat de la République Italienne,
- en 2002, une exposition itinérante présentant des dessins de Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël, à Tokyo, Matsumoto, Sapporo,
- en 2003, au Quirinal - siège de la Présidence de la République -, La Madonna Litta
- en 2004, l'exposition Van Dick!: Riflessi Italiani, présentée au Palazzo Reale de Milan.
Auteur de nombreux textes scientifiques dans les catalogues d'expositions, elle publie également des!"! hors série!" (Gallimard découverte) sur Botticelli et sur Véronèse.
La musique de l'exposition
Depuis l'exposition Raphaël, le Musée du Luxembourg a cherché à associer, au milieu des oeuvres, lors d'un concert exceptionnel gravé sur CD, la musique aux expositions.
Ce fut pour l'exposition Raphaël : Natalia Gutman, Eduard Wulfson, Yvietta Mattisson pour Bach, Mozart, Schubert, en partenariat avec la société Stradivarius et un concert exceptionnel du violoniste Kristof Barati.
Pour Modigliani : Isabelle Cals, accompagnée au piano par Antoine Palloc "!la musique au temps de Modigliani!" (Ravel, Fauré, Respighi...)
Pour Moi! Autoportraits du XXème siècle : Bartok et Ravel avec Severin Von Eckardstein (piano) et Kristof Barati (violon)
Pour Botticelli et Véronèse : deux disques de l'Ensemble des cours européennes de Gaël de Kerret.
Pour l'exposition Titien, le pouvoir en face, l'Ensemble des cours européennes s'associe à l'Ensemble de sacqueboutes Musicques de Joye pour offrir un programme autour du compositeur Andrea Gabrieli.
Le disque sera édité par sVo Art.
Le concert aura lieu sur invitation le 11 septembre. Contact!: y.marek@senat.fr
LES PORTRAITS DE TITIEN!ET D'ANDREA GABRIELI
En cette période de magnificence vénitienne, Tiziano Vecellio- un des tout premiers peintres professionnels au sens moderne du terme - consacre son temps à être l'ambassadeur de la force et de l'influence extérieure de la ville. Ce Titien connaît donc les intimes et les puissants qui veulent faire de leur vie un art et parcourt les cours européennes à cet effet. C'est dans ce contexte que prend place pour nous Andrea Gabrieli. Né à Venise à une date approximative (entre 1510 et 1533), il commence comme organiste à San Geremia, étudiant auprès du célèbre Adrien Willaert, puis on le retrouve au service du duc Albert V de Bavière mais revient à Venise pour tenter de gagner le poste de second organiste en 1553. C'est Claudio Merulo qui l'obtint. Mais notre Andrea profite du passage de Merulo comme 1er organiste pour prendre ce poste convoité. Il est vrai qu'il est déjà un compositeur renommé car les premières oeuvres éditées chez Gardano datent de 1554 et continueront à un rythme soutenu environ jusqu'en 1605.
Bien qu'ayant touché à la rigueur flamande (voir sa missa brevis), plusieurs nouveaux éléments guident notre écoute d' Andrea Gabrieli!:
La sensibilisation aux mouvements du son.
Dans une basilique comme Saint Marc , il y a une double tribune avec deux orgues qui permettent d'avoir un choeur en réponse de l'autre. Cette pratique liturgique fort ancienne sera développée par la création d'un grand choeur près de l'autel et un demi-choeur dans la galerie de l'orgue. L'effet en est heureux: il suggère que la musique trouve son écho à distance, symboliquement au fond de l'univers. On retrouva cette manière dans les grands motets du temps de louis XIV. Deus, qui beatum Marcum est écrit dans cette perspective pour la fête de Saint Marc, patron de Venise. Ce motet est un emblême de la liturgie civique vénitienne pour toute occasion d'Etat comme le couronnement d'un doge. Son écho aura certainement retenti dans la Basilique comme dans le coeur du Titien et comme dans le monde des vivants. Cela ne pouvait que contenter l'idée que les riches vénitiens se faisaient de leur ville, de l'écho de sa gloire dans le monde.
La pratique des espaces architecturaux dans l'écriture musicale:
L'accroissement du nombre de voix dans un seul choeur (de 5 à 8 voix) permet des effets de cori spezzati, des effets de dialogue en privilégiant une partie des voix, puis une autre sans que l'harmonie en soit troublée. C'est le cas d'I'vo piangendo pour lequel le choeur est soit à trois voix très réduites (sur les mots "indigne et sacrilège") soit à choeur grave puis aigu pour exprimer l'appel au secours, soit à 5 voix pleines pour exprimer le "roi du Ciel" etc...
C'est le cas aussi de Felici d'Adria, un portrait écrit en l'honneur de Charles de Carinthie qui est venu à Venise et de Alla bataglia:
Cette dernière éditée chez Gardano en 1587 pourrait suggérer un certain nombre de choses aux vénitiens!: elle représente la protection des intérêts de Venise à l'image de la bataille de Lépante gagnée par Don Juan d'Autriche en 1571 dont on sait qu'Andrea fut chargé d'organiser la fête. Elle fait aussi le miroir de l'immense peinture dans le palais des doges avant qu'il ne brûle en 1571 (un an après la mort du Titien). On y reconnaitra enfin une référence constante!: le modèle de cette oeuvre est bien la bataille de Marignan de Clément Janequin dont on retrouve des réminiscences dans de multiples oeuvres dont La Justa de Mateo Fletcha ou la Triaca Musicale du vénitien Giovanni Croce enregistré dans le CD consacré à Véronèse.
Andrea Gabrieli écrit aussi des oeuvres pour plusieurs choeurs qui donneront l'effet de puissance désiré . Cette polychoralité sera un miroir de la puissance de Venise et des hommes qui la dirige. Le Magnificat retenu ici est à trois choeurs dont l'un est tenu par les cuivres.
Ce qui amène au troisième point:
L'accroissement de la puissance du texte
Au développement des sacqueboutes et cornets, de ces instruments du souffle comme l'orgue ou la voix, est attaché un mythe, celui de la puissance de Dieu. Le Concile de Trente disait qu'il fallait chanter "! ac si tuba!" comme une trompette. Non qu'il fallait imiter la trompette, mais qu'il fallait chanter avec la force de celui qui dit Dieu. Ces choix d'instruments ne pouvaient que plaire aux hommes de pouvoir qu'a peint le Titien. Mais le compositeur qui s'était satisfait de l'opulence sonore ne dédaignera pas les formes légères étant en accord par là avec l'intimité de certains portraits du Titien. Il dolce sonno, écrit sur un poème du célèbre Lodovico Ariosto, est une de ces petites formes à trois voix. I'vo piangendo est un exemple du madrigalisme naissant, c'est-à-dire d'influence du mot italien sur la musique comme sur les mots "se lever", "tempête" etc.. Occhi sereni le fait sur la douceur, les soupirs et le sourire. Mais Due rose fresche ( y remarquer le madrigalisme du rire), écrit sur un poème de Pétrarque y mettant en scène son confident Senuccio del bene et sa célèbre Laura , est par sa complexité, annonciateur du madrigal de Cipriano de Rore (voir CD consacré à Veronese).
Gaël de KERRET
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