"Mi Sueño" d'Ibrahim Ferrer

le 27 février 2007 à 10h56 , mis à jour le 14 mars 2007 à 11h04

Harmonia Mundi présente à titre posthume le dernier album d'Ibrahim Ferrer "Mi Sueño", sortie le 29 mars. Avec ce recueil de boléros, Ibrahim Ferrer a réalisé le rêve de sa vie...

Ibrahim Ferrer, Mi sueno, sortie le 29 marsIbrahim Ferrer, Mi sueno, sortie le 29 mars

"Mi Sueño", sortie le 29 mars

Forme romantique de la chanson cubaine, le boléro occupe une place toute spéciale dans le coeur des Cubains, et son rôle est primordial dans l'histoire de la musique cubaine moderne. Dans le patrimoine mondial des musiques populaires, l'importance du boléro se situe au même niveau que la tradition des grandes balades américaines, de Cole Porter aux frères Gershwin en passant par Jerome Kern et Irving Berlin.

Dès sa jeunesse, Ibrahim Ferrer est chanteur dans des big bands cubains, avec des répertoires qui sont toujours choisis par les directeurs des orchestres. Son talent lui permet de chanter tous les styles, mais il faudra attendre le succès du Buena Vista Social Club pour qu'il soit enfin reconnu comme le plus grand interprète de boléros de son temps.

En 2004, un projet discographique consacré à ce style spécifique est lancé, et un an plus tard Ibrahim Ferrer a l'occasion d'effectuer une tournée en petite formation pour faire entendre au monde entier les ballades romantiques qu'il aimait tant. Son ultime concert a lieu en France à Marciac en août 2005, quelques jours seulement avant sa mort. Le répertoire soigneusement choisi par Ibrahim Ferrer met en relief certaines des chansons-phares qui sont parmi les plus connues de Cuba, sans oublier quelques autres plus personnelles.

Et puis, on retrouve certains refrains qui ont fait de lui une star internationale. Plusieurs de ses vieux complices du Buena Vista Social Club l'accompagnent: Cachaíto López (contrebasse), Guajiro Mirabal (trompette), Manuel Galbán (guitare), Jesus "Aguaje" Ramos (trombone), Demetrio Muñiz (trombone), mais aussi de plus jeunes talents comme Roberto Fonseca (piano) qui occupe une place centrale dans le projet. Mi Sueño (Mon rêve) est le dernier album enregistré par Ibrahim Ferrer pour World Circuit. Avant de disparaître, le chanteur savait que son recueil de boléros allait paraître et cela le comblait de joie. Débordant de feeling et d'émotion, jamais, peut-être, un disque n'a aussi bien porté son nom.

Le chanteur cubain Ibrahim Ferrer est l'artiste le plus populaire de l'épopée du Buena Vista Social Club. Immédiatement reconnaissable sur la photo de couverture de l'album fondateur, il a ensuite été l'artiste fétiche du film de Wim Wenders qui a suivi la parution du disque, avant d'enregistrer deux disques sous son nom produits par Ry Cooder.

Et puis, il a tourné dans le monde entier, en parvenant à conquérir avec ses chansons et sa musique un public toujours de plus en plus large. Aujourd'hui, World Circuit est fier d'annoncer la sortie de son album posthume Mi Sueño (" Mon rêve "), un projet qu'il avait rêvé de réaliser depuis longtemps, et qui est dédié au boléro, ce genre romantique qui est certainement le plus touchant dans la galaxie des musiques cubaines. " Dans le passé, je n'ai jamais pu chanter des boléros... ", avouait Ibrahim Ferrer, en racontant qu'on lui répétait qu'il n'avait pas assez de voix et que son timbre n'était pas assez viril... Il ajoutait en souriant : " Merci donc à Buena Vista de m'avoir aidé à me frayer un chemin... C'est comme si un petit oiseau était venu frapper à ma porte pour me dire où je devais aller... ". Tout au long de sa carrière, Ibrahim Ferrer était surtout connu pour ses fulgurantes improvisations dans des morceaux afro-cubains très rythmiques. Curieusement, il n'était pas célèbre, et même à Cuba sa notoriété se limitait à un petit groupe d'aficionados et de musiciens.

Ce n'est qu'en 1996, à l'âge de 69 ans, qu'il a été poussé à sortir de sa retraite pour participer à l'album du Buena Vista Social Club... Sa version du boléro Dos Gardenias s'est tout de suite imposée comme l'un des moments forts du disque, en lui permettant du même coup de se faire connaître auprès du grand public. Mi Sueño est le fruit de sessions qui se sont déroulées dans un climat intime et chaleureux. Tout a commencé à La Havane il y a un peu plus de deux ans, en 2004, avec une petite formation que l'on peut sans hésiter qualifier de " all stars ", puisqu'on y trouve Manuel Galban à la guitare et Cachaïto Lopez à la basse, sans oublier bien sûr Roberto Fonseca qui non seulement tient le piano avec son talent habituel mais en plus signe les arrangements et assure la direction musicale de l'ensemble. Avec tendresse et passion, mais toujours avec un sens du swing inimitable, Ibrahim Ferrer a transformé ces chansons connues en des créations très personnelles.

Le résultat est là : un recueil de boléros irrésistible et rafraîchissant, à la fois traditionnel et étonnamment moderne, qui repose sur une interprétation sobre et inventive à la fois. Les musiciens, qui jouaient ensemble depuis des années, ont mis à profit leur expérience et leur sens de l'interaction. Quant à la complicité musicale qui s'est développée entre Roberto Fonseca et Ibrahim Ferrer, elle est l'armature du projet. Si Dos Almas et Deuda , avec leurs improvisations vocales, contiennent ces reflets de " modern jazz " qu'Ibrahim Ferrer affectionnait tout particulièrement, Cada noche un amor est plus proche de la tradition du boléro cubain.

Quant aux instrumentations, elles brillent par leur variété : Si te contara est basé sur un arrangement de cordes, Quiéreme mucho donne une place importante à la harpe, tandis que Uno et Copla Guajira recèlent de belles interventions de clarinettes. Et puis, les fans de feu Rubén Gonzáles seront ravis de l'entendre jouer sur le morceau Melodie de Rio qui est produit par Ry Cooder. Enfin, que dire de l'émotion qui se dégage du duo entre Ibrahim Ferrer et Omara Portuondo sur le standard Quizas Quizas... ?

Malheureusement, trois semaines avant la fin de l'enregistrement prévue en septembre 2005, et quelques jours seulement après un ultime concert à Marciac en août, Ibrahim Ferrer disparaît à 78 ans. Sur son lit de mort, il dicte une lettre, en demandant que l'album soit terminé. Grâce aux premières bandes de travail qui sont d'une excellente qualité, son souhait est exaucé. Pas de doute : au-delà de la concrétisation d'un rêve, Mi Sueño est un témoignage fidèle qui a été réalisé avec amour, et qui confirme qu' Ibrahim Ferrer restera l'un des grands ambassadeurs du boléro, sans doute le plus discret et le plus stylé à la fois.

D'ailleurs, laissons-lui le dernier mot, en méditant l'une de ses déclarations au début de l'enregistrement : " Il me reste une chose à vous dire : nous rêvons ensemble et nous continuerons de le faire. Si mes jours prenaient fin demain, je partirais satisfait d'avoir accompli mon désir : chanter le boléro. "


Ibrahim Ferrer Mi Sueño, CD World Circuit WCD 077, sortie le 29 mars 2007

le 27 février 2007 à 10:56
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