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It's a free world

le 04 janvier 2008 à 12h31, mis à jour le 07 janvier 2008 à 18:37

Uu film réalisé par Ken Loach, avec Kierston Wareing, Juliet Ellis et Leslaw Zurek Sortie le 2 janvier 2008.

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It's a free world, réalisé par Ken Loach, sortie dvd le 24 juilletIt's a free world, réalisé par Ken Loach, sortie dvd le 24 juillet

 

      
It's a free world, partenariat LCI
 

 

UN FILM RÉALISÉ PAR KEN LOACH

ÉCRIT PAR PAUL LAVERTY

PRODUIT PAR REBECCA O'BRIEN

AVEC

KIERSTON WAREING

JULIET ELLIS

LESLAW ZUREK

DURÉE : 1H33

SORTIE LE 2 JANVIER 2008

 

 

Synopsis

Angie n'a peut-être pas fait d'études, mais elle est jeune, énergique et ambitieuse.

Elle a connu des moments difficiles, mais cette fois, elle est bien décidée à avoir sa part du gâteau.

Avec sa colocataire Rose, Angie monte un cabinet de recrutement. Elle évolue désormais dans le monde nébuleux des agences pour l'emploi, des contremaîtres et des ouvriers
immigrés, au coeur du miracle économique anglo-saxon.


It's a free world, partenariat LCI
 

 

L'histoire de « IT'S A FREE WORLD ! »

PAR PAUL LAVERTY, SCÉNARISTE

« En parlant aux gens dans les hangars, les dépôts et les supermarchés, il devenait évident que le travail temporaire était au coeur de l'énorme métamorphose que connaît actuellement le monde du travail.

Cependant une tendance, aussi profonde soit-elle, ne suffit pas à faire une bonne histoire. Malgré le soin que j'avais mis à élaborer mes personnages, tout a volé en éclats un beau jour, lorsque Angie a fait son apparition dans mon imagination. J'étais attiré par son énergie, son ambition et sa vulnérabilité. Dans mon esprit, elle était pleine de contradictions et c'est excitant de se lancer dans l'écriture d'une histoire sans réellement savoir où va vous entraîner le personnage principal. Et puis Ken Loach m'a encouragé à suivre mon intuition. Angie pouvait être abominablement égoïste, mais ce trait de caractère était tempéré par une impétuosité, une générosité. Quelque part, elle était en prise avec notre époque. Suivre Angie avait aussi d'autres répercussions d'ampleur : cela signifiait que j'allais raconter l'histoire de son point de vue à elle et non de celui des centaines et des centaines d'ouvriers étrangers qui viennent au Royaume-Uni.

Où situer l'histoire d'Angie était une autre décision à prendre. Etant donné le désespoir de tous ces gens qui fuient la guerre ou le chômage et veulent à tout prix trouver du travail en Europe, il y a tout un monde de contremaîtres, de chefs d'équipe, de mafias impliqués dans la contrebande humaine. Certaines des histoires que l'on m'a racontées sont au-delà de l'incroyable. Au moment où j'écris ces lignes, un immigrant chinois doit payer 25 000 dollars pour être introduit en fraude en Grande-Bretagne. Il lui faudra des années et des années pour rembourser. Les possibilités d'histoires étaient nombreuses, mais je suppose que nous étions davantage intéressés par quelque chose qui se rapproche plus de la « norme » que par ces extrêmes. Le monde d'Angie est une sorte de zone frontière, elle passe « légèrement » dans l'illégalité, à la différence du monde violent des contremaîtres et des chefs d'équipe, de la violence physique des gangsters purs et durs. Mais cette version « légère » possède sa propre violence, que je trouve plus insidieuse parce que plus répandue et plus tolérée - ou du moins plus ignorée.

J'ai rencontré des ouvriers qui ont été escroqués et jetés à la rue - au sens littéral. Certains avaient travaillé sur un site, puis sur un autre, et un autre encore, et n'avaient jamais été payés. D'autres avaient été abusés : ils avaient travaillé dans des fermes pour un salaire de misère, bien inférieur au salaire minimum. D'autres encore avaient réchappé de blessures graves, et racontaient comment ils avaient failli connaître un sort terrible... Certaines de ces histoires étaient réellement tragiques dans un monde où les limites de la responsabilité n'existent plus depuis longtemps.

Un jeune Polonais a été coupé littéralement en deux avec une machine à enrouler les câbles. Un ouvrier portugais sans équipement de protection, qui dormait à l'arrière d'un camion, est tombé en élaguant un arbre et s'est cassé le dos. D'autres travaillent pendant des heures interminables, en prenant de gros risques. J'ai parlé à un journaliste d'investigation qui m'a raconté l'histoire d'un homme mort d'avoir trop travaillé, épuisé par des horaires en trois-huit continuels. Son travail consistait à apposer des logos d'entreprises sur des boîtes, parfois pendant 24 heures d'affilée. Si nous avions montré cela, on nous aurait accusés d'exagération. Après mes discussions avec un grand nombre d'ouvriers, j'ai eu la curieuse sensation que 150 ans de syndicalisme et de progrès social s'étaient brusquement évanouis en fumée.

Cette histoire aurait pu se dérouler dans n'importe quelle grande ville du Royaume-Uni, ou même d'Europe de l'Ouest, mais Londres a quelque chose de spécial. Son ampleur et sa mixité sont spectaculaires. Il était sans doute plus facile d'imaginer comment les liens qui relient les gens dans une petite communauté se brisent dans l'anonymat d'une mégapole. Combien de fois avons-nous entendu des politiciens et des économistes parler du « miracle anglo-saxon » ?

Newsweek a récemment publié un rapport sur les avantages de la main-d'oeuvre moins chère et plus disciplinée d'Europe de l'Est, et il est vrai que les « success stories » sont nombreuses. Oui, il y a une croissance de l'économie, mais combien d'hommes et de femmes sont brisés ? Personne ne regarde jamais sous les pierres, personne ne se penche sur les individus que recouvrent ces statistiques abstraites.

Mais peut-être est-ce possible pour un film, à une petite échelle, et j'ai pensé que le nôtre pourrait avoir une résonance spéciale si nous le situions à Londres.

Angie vit dans un monde totalement différent de celui de son père. Depuis dix ans, elle est passée sans arrêt d'un job à un autre, et elle commence à avoir peur de vieillir et de devenir pauvre, ce qui se comprend aisément. Elle est déterminée à ne pas finir comme son père. Il y a chez elle une franchise brutale que je ne peux m'empêcher d'admirer. Lorsque son amie Rose l'accuse de vivre sur le dos des ouvriers étrangers, elle le reconnaît, mais elle ajoute : « Nous le faisons tous. » Et elle a raison...

Il faut beaucoup de personnes comme Angie pour lubrifier la longue chaîne complexe de sous-traitance et de sous-sous-traitance qui nous permet d'acheter notre sandwich fraîchement préparé, notre poulet surgelé ou notre barquette de fraises. Une main-d'oeuvre invisible, exploitée, est impliquée dans chacun des aspects de notre vie. Peut-être avons-nous besoin du culot des Angies de ce monde pour faire le sale boulot à notre place et garder hors de notre vue les détails sordides de ce qui se passe dans les entrepôts, aux abords des grandes villes... »

 It's a free world, partenariat LCI It's a free world, partenariat LCI

 

NOTES DE PRODUCTION

Ken Loach s'attache toujours à dépeindre avec réalisme et sans concession la société britannique mais aussi et surtout la classe ouvrière. Après avoir évoqué le conflit anglo-irlandais des années vingt dans

LE VENT SE LEVE, il aborde à présent avec IT'S A FREE WORLD ! le sujet des ouvriers immigrés en Angleterre :

« L'origine de cette histoire remonte au documentaire que j'avais réalisé dans les années 90,

THE FLICKERING FLAME, sur les dockers de Liverpool qui luttaient pour leur emploi. La disparition de la sécurité de l'emploi des travailleurs et l'augmentation du nombre d'agences de recrutement sont des éléments très significatifs sur lesquels on ne communique pas. C'est pourtant un fait explicite de la manière dont la vie des gens a changé, et aussi le résultat d'une décision politique, qui peut être remise en question. Mais il n'y a pas d'opposition là-dessus : le New Labour comme les Tories ou les Libéraux, tous sont pour le marché. Ils sont tous d'accord, c'est cela qu'ils veulent. Cela s'appelle la modernisation, et c'est presque considéré comme une chose naturelle. Ce que je crois, moi, c'est que cela se produit parce que c'est l'intérêt d'une seule classe, et que l'on nous trompe en nous amenant à penser que c'est de cette manière que l'on doit vivre. Ce n'est pas vrai.

BREAD AND ROSES évoquait les immigrés mexicains à Los Angeles, et JUST A KISS les immigrés de la deuxième génération en Grande-Bretagne. THE NAVIGATORS parlait quant à lui d'un groupe d'ouvriers du rail luttant contre la privatisation.

Le scandale de l'exploitation des travailleurs immigrés en Grande-Bretagne est plus fort que jamais.

Ce glissement dans la manière dont on fait travailler les immigrés, l'existence qu'ils mènent, ce qui les pousse à venir chez nous... Toutes ces routes convergeaient vers ce nouveau film, IT'S A FREE WORLD !

Bien sûr, nous avons pensé aux histoires qui surgissent régulièrement dans les journaux, comme les ramasseurs de coque clandestins d'origine chinoise qui ont péri noyés dans la baie de Morecambe en 2004. Ces histoires réapparaissent régulièrement au fil des ans. Mais cette fois, nous avons pensé qu'il serait intéressant de se pencher sur l'attitude et l'état d'esprit des gens qui sont de l'autre côté, les exploiteurs. Faire un film sur les exploités aurait été trop prévisible.

Nous avons choisi de situer notre histoire à Londres parce que c'est là que bat le coeur du capital britannique. Cette question est au coeur du système économique et ce qui est intéressant, c'est l'hypocrisie avec laquelle elle est ordinairement traitée. D'une part, les gens disent que l'économie ne pourrait pas survivre sans la main-d'oeuvre de base, sans les clandestins. Et de l'autre, la droite prétend les expulser pour le bien du pays. C'est d'une hypocrisie absolue.

Le scandale de l'exploitation des ouvriers est bien connu. Ce film n'est pas une révélation, il ne prétend pas dénoncer de nouveaux faits mais plutôt défier cette « sagesse » prédominante qui voudrait qu'un esprit d'entreprise sans pitié soit la seule manière pour la société de se développer ; que tout soit une question de contrats, de compétition, qu'on ne raisonne qu'en termes d'économie orientée vers l'acquisition de marchés. Je refuse l'idée que c'est ainsi que nous devons vivre. Cela aboutit à l'exploitation. Cela engendre des monstres. »

It's a free world, partenariat LCI

 

Le contexte

Des centaines de milliers d'immigrants sont venus en Grande-Bretagne depuis l'élargissement de l'Union européenne en 2004. Beaucoup ont prospéré. Ils apportent leur pierre à l'édifice, leur écot au Trésor public britannique.

Mais ceux qui n'ont aucune qualification et ne parlent pas anglais, sont devenus une nouvelle sorte de masse laborieuse. Ils sont arrivés en espérant un salaire raisonnable, et en croyant travailler à plein temps. Au lieu de ça, ils se sont retrouvés ouvriers temporaires, ignorant chaque matin s'ils vont travailler ou non ce jour-là, et souvent liés à leur employeur par les dettes et les circonstances.

La Grande-Bretagne est ravie de les avoir : ils font le travail que les Britanniques refusent (1).

Les employeurs savent que l'économie pâtirait sans ces immigrés, et souvent, ceux-ci sont préférés aux Britanniques, particulièrement dans l'agriculture, l'hôtellerie et la restauration (2). On les préfère parce que les immigrés sont généralement plus qualifiés (3) et qu'ils offrent souvent une plus grande flexibilité (4).

La flexibilité est un bel euphémisme. Si certains travailleurs immigrés ne souhaitent effectivement pas être liés par des contrats de longue durée, le plus souvent la flexibilité est synonyme d'une force de travail qui peut être engagée, congédiée, maltraitée et sous-payée en toute impunité.

Certains travaillent illégalement. Mais c'est l'une des grandes ironies du système : les caractéristiques d'une économie libérée - les agences de recrutement, l'externalisation et l'intérim, de longues chaînes de sous-traitants - encouragent toutes le travail forcé, le trafic du travail et l'immigration clandestine.

Des papiers sont perdus, et finalement cela convient très bien à tout le monde. Ce n'est pas une coïncidence si, dans le système actuel, les employés sont punis uniquement pour des manquements administratifs. Si le gouvernement britannique voulait vraiment combattre l'exploitation, les employeurs seraient d'abord condamnés pour la façon dont ils exploitent les immigrés.

Quelles mesures le gouvernement prend-il ? Dans le cadre de l'Accord de Warwick 2004, le Parti travailliste s'engageait à proposer une loi pour protéger les travailleurs intérimaires, au cas où l'Union Européenne échouerait à atteindre un consensus sur une directive européenne. Il est à présent évident qu'un tel consensus est très improbable - en partie à cause du désir de certains gouvernements européens de conserver la flexibilité de leur marché du travail.

Le 30 janvier 2007, un projet de loi, le Temporary Agency Workers (Prevention of Less Favourable Treatment Bill), a été proposé par Paul Farrelly, le député travailliste de Newcastle-under-Lyme.

Il cherchait à donner aux travailleurs temporaires les mêmes droits que les employés à plein temps sur des questions clés comme les salaires de base, la maladie et les congés payés. Les syndicats du Royaume-Uni croyaient que ce projet de loi s'accorderait à l'Accord de Warwick du Parti travailliste. Mais il n'a pas pu connaître de deuxième lecture le 2 mars, par « manque de temps parlementaire ». De toute évidence, certaines institutions sont plus flexibles que d'autres »

 
It's a free world, partenariat LCI

 

(1) Une étude à Londres du Queen Mary College indique que les immigrés constituent 90 % des travailleurs les moins payés dans les entreprises de nettoyage, l'industrie hôtelière, l'entretien du domicile, et la transformation des aliments.

(2) Home Office, 2006

(3) Dans son étude à Londres, l'institut Evans et al (2005) a trouvé que 49 % des travailleurs immigrés sous-payés ont obtenu une qualification supérieure avant de venir au Royaume-Uni.

(4) Home Office, 2006
 

le 04 janvier 2008 à 12:31
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