Les Cerfs-volants de Kaboul

le 01 février 2008 à 14h44 , mis à jour le 07 février 2008 à 10h14

Un film de Marc Forestier, sortie le 13 février.

Les Cerfs-volants de Kaboul, sortie le 13 févrierLes Cerfs-volants de Kaboul, sortie le 13 février

 

Les Cervolants de Kaboul

 

Synopsis

Dans un pays déchiré qui s'apprête à entrer en guerre, Amir et Hassan, deux enfants amis depuis toujours, vont bientôt être séparés ... 1979. Cet après-midi-là, à Kaboul, la ville toute entière est à la fête car ses habitants vivent au rythme du traditionnel concours de cerfs-volants. Malgré la victoire d'Amir et Hassan, l'amitié des deux garçons ne résiste pas à la trahison de l'un envers l'autre.

Lorsque les Soviétiques envahissent l'Afghanistan, Amir et son père quittent le pays pour les Etats-Unis.

Vingt ans plus tard, Amir revient à Kaboul, désormais sous la chape de plomb du régime des Talibans. Sans se soucier du danger, il affronte enfin le secret qui le hante depuis
son enfance dans l'espoir de se racheter...

 

Notes de Production
 

L'ORIGINE DU PROJET

En 2003, Khaled Hosseini publie son premier roman, "Les Cerfs-volants de Kaboul" qui ne tarde pas à devenir un best-seller mondial. Marqué par l'histoire singulière de l'Afghanistan, pays ravagé par la guerre, le livre n'était pourtant pas promis à une telle carrière. Mais les thèmes universels qu'il aborde - des liens familiaux à la force d'une amitié remontant à l'enfance, jusqu'au pardon et à la rédemption - ont su toucher les lecteurs, quelles que soient leurs origines culturelles ou sociales.

Ecrit par un médecin né en Afghanistan - qui, à l'image de son protagoniste, a quitté son pays pour les Etats-Unis quand il était enfant et n'y est pas retourné avant plusieurs décennies -, "Les Cerfs-volants de Kaboul" dépeint la quête d'un homme qui cherche à s'amender d'une faute terrible qui le taraude depuis toujours.

Bien qu'il s'agisse d'une oeuvre de fiction, le fait que Hosseini ait grandi à Kaboul à une époque où la capitale était réputée pour être la "perle de l'Asie centrale", avant l'invasion soviétique et la prise de pouvoir par les talibans, donne au livre une authenticité qui a profondément ému les lecteurs. Plus de 8 millions d'exemplaires du roman ont ainsi été vendus dans une trentaine de pays.

Pour l'écrivain, l'immense succès du livre et son adaptation au cinéma sont une source fierté : "Je suis encore surpris aujourd'hui par l'accueil qu'a reçu mon livre, mais je pense que les lecteurs se sont surtout identifiés à ses enjeux émotionnels," confie-t-il. "Les thèmes de la culpabilité, de l'amitié, du pardon, de la perte d'un être cher et du désir de se racheter ne sont pas spécifiquement afghans, mais universels." Ce sont d'ailleurs ces thèmes qui ont attiré l'attention des producteurs William Horberg et Rebecca Yeldham, alors que l'ouvrage n'était pas encore publié. Autrefois associés chez DreamWorks, ils ne tardent pas à comprendre qu'ils tiennent un véritable bijou entre les mains : "C'était l'un des romans les plus forts que j'aie jamais lus et qui, j'en étais sûre, se prêterait formidablement à une adaptation pour le cinéma," explique Yeldham. "On était tellement sous le charme qu'on n'envisageait pas une seconde qu'il ne soit pas adapté. Car il s'agit d'une magnifique histoire romanesque dont la force visuelle est particulièrement évocatrice."

"J'ai adoré le livre," ajoute Horberg. "Quoi qu'on ait fait dans notre vie, suggère l'auteur, quelles que soient nos fautes, il existe toujours une manière de se racheter. Du coup, c'est un roman que le lecteur ne peut pas lâcher car il renvoie à des secrets et des blessures que nous avons tous au fond de notre être. J'ai trouvé que la trajectoire dans laquelle nous entraîne Hosseini était d'une grande puissance émotionnelle et qu'elle donnerait lieu à un très beau film." Horberg et Yeldham signalent l'existence du manuscrit à Walter Parkes et Laurie MacDonald qui s'apprêtent à quitter la direction du département production de DreamWorks pour devenir producteurs indépendants.

Ils décident alors tous les quatre de prendre une option sur les droits d'adaptation du futur roman et se mettent à développer un scénario. Pour Parkes, la force du livre réside dans les liens mystérieux et fragiles qui unissent les amis d'enfance et qui sont universels : "J'ai tout de suite pensé à mon meilleur ami quand j'avais 10 ou 11 ans, et au monde imaginaire dans lequel on se projette à cet âge-là," indique-t-il. "C'est un livre qui parle de la capacité des enfants à s'adapter aux pires conditions de vie et à rebondir," ajoute MacDonald. "Hosseini en parle avec des accents de vérité qui rendent son roman bouleversant, mais qui nous donnent de l'espoir au bout du compte. C'est ce qui m'a le plus touchée."

Entre-temps, les producteurs choisissent d'associer l'écrivain à l'adaptation du livre : "Khaled était notre ambassadeur dans un monde qui nous était étranger à tous," explique Horberg. Horberg et Yeldham quittent DreamWorks en 2005 : Horberg est engagé chez Sidney Kimmel Entertainment, réputé pour ses productions de grande qualité, tandis que Kimmel lui-même
s'enthousiasme pour le projet. Jeff Skoll, chez

Participant Productions, se passionne également  pour le livre et accepte de coproduire le film.

Peu après, le roman est publié et devient en l'espace  de quelques semaines un véritable phénomène  culturel. Comme le dit Isabel Allende, "Il se dégageait  une telle force du livre que, pendant longtemps,  tout ce que je lisais après coup me semblait fade."  Les producteurs se montrent à la fois stupéfaits et  ravis par le succès.

"Honnêtement, je crois qu'aucun d'entre nous ne se  doutait que "Les Cerfs-volants de Kaboul" serait un  tel best-seller," avoue Parkes. "Certes, il s'agissait  d'une magnifique histoire qui parlait d'héroïsme, de  rédemption et de quête d'identité - autant de  thèmes universels. Mais de là à envisager que le  livre fasse un tel tabac et qu'on puisse produire un  film aux résonances multiculturelles dans le  contexte américain actuel, il y avait un pas que  personne ne se hasardait à franchir."

L'ADAPTATION DES CERFS-VOLANTS DE KABOUL

Les producteurs se mettent  alors à la recherche d'un  scénariste capable de transposer  l'univers de Khaled  Hosseini, en en respectant la  dimension intimiste.  Holberg et Yeldham font appel au scénariste et écrivain  David Benioff (auteur de  "La 25ème Heure", il a  également écrit le scénario du film de Spike Lee), qui  propose aussitôt plusieurs idées pour resserrer  l'intrigue du livre - qui fait plus de 400 pages - et  écrire un scénario captivant.

"Tout le monde avait des tas d'idées et d'approches  différentes, mais nous étions tous d'accord pour rester fidèle au livre et en restituer l'humanité et  l'esprit," déclare le scénariste. "Pour moi, le livre  parle de la tension entre deux pôles opposés :  la lâcheté et le courage. Je souhaitais également  m'assurer que le film soit ancré dans le contexte de  l'Afghanistan et qu'il évoque un peuple sans cesse  en butte aux guerres et à la pauvreté, tout en faisant  la part belle à la beauté et à l'amour au milieu de  toutes ces horreurs."

Benioff n'a cessé de solliciter Hosseini tout au long  de son travail d'écriture. "Khaled n'a jamais été  avare de son temps ou de ses conseils, et il a  répondu à toutes mes questions sur la vie en  Afghanistan," dit-il. "J'ai grandi à New York et je ne  savais donc pas à quoi pouvait ressembler une  enfance à Kaboul, mais Khaled a clarifié ce qui me  semblait obscur. Au-delà de ça, personne ne  connaît mieux les personnages du livre que Khaled,  et il a constamment su m'expliquer les motivations de tel ou tel personnage."

Les Cervolants de Kaboul

Pour Benioff, la plus grande difficulté a consisté à faire d'un roman ample se déroulant sur trois décennies un film de deux heures. "Les sauts dans le temps sont difficiles à gérer dans un film," reprend-il, "et comme le livre s'étale sur près de trente ans, cela n'a pas été évident de trouver une construction scénaristique efficace. Dans le roman, on voit Amir à différents âges de la vie, mais j'ai souhaité dès le début qu'il ne soit interprété que par deux comédiens. Car je craignais qu'au-delà le public ne parvienne plus à s'identifier à ce formidable personnage. Du coup, on a un peu resserré l'intrigue

du livre dans le scénario : on a conservé la plupart des enjeux dramatiques, mais la chronologie est simplifiée. Par chance, le livre de Khaled est tellement fort que je ne pense pas qu'on ait perdu de son intensité, malgré les contraintes temporelles et géographiques du format du scénario."

Au final, l'écrivain s'est déclaré très favorablement impressionné par le traitement réservé à son livre par le scénariste : "Je tire mon chapeau à David," dit-il. "Il a été l'homme de la situation.  La construction du roman ne lui a pas simplifié la tâche car il couvre trois décennies.

Il y a des flash-backs, on voit les personnages à différents âges de la vie, et on passe d'un Kaboul florissant et cosmopolite à un Kaboul dévasté lorsque Amir y retourne. Mais David s'en est remarquablement sorti et, du coup, lorsque j'ai lu la version finale du scénario, je me suis dit que cela allait être un très beau film."

Restait à trouver un metteur en scène. Les producteurs cherchent alors un réalisateur doté d'une grande sensibilité culturelle et d'une ouverture d'esprit suffisante pour raconter une histoire se déroulant entre Kaboul et la Californie, et mêlant les ravages de la guerre à l'espoir d'une vie nouvelle en Amérique. Leur choix se porte sur Marc Forster car il a su apporter lyrisme et générosité à chaque film qu'il a réalisé, quel que soit le genre, de A L'OMBRE DE LA HAINE à NEVERLAND et à L'INCROYABLE DESTIN DE HAROLD CRICK. Par ailleurs, il avait déjà collaboré avec David Benioff, sur le thriller psychologique STAY. "On était très admiratifs du travail de Marc," signale William Horberg. "Quel que soit le genre qu'il aborde, il parvient toujours à brosser des personnages que le public comprend et auxquels  il s'identifie totalement. Son sens de l'esthétisme  est hallucinant et il témoigne d'une grande curiosité  dans sa mise en scène. Et comme il s'agissait d'un  registre qui n'avait rien à voir avec ce qu'il avait fait  jusque-là, on s'est dit qu'il y verrait un défi captivant  à relever."

Les producteurs comprennent rapidement que  Forster est parfaitement à même de réaliser le film  dont ils rêvent. "Cinéaste audacieux, Marc n'a pas  hésité une seconde à se lancer dans un film parlant  d'une culture qui n'est pas la sienne," remarque  Rebecca Yeldham. "Il a surmonté des obstacles qui  en auraient arrêté plus d'un. Et il a réussi à aller à  l'essentiel en sachant toucher les millions de lecteurs  qui avaient adoré le livre."

Forster était fasciné par l'amitié inébranlable d'Amir et Hassan et par les rebondissements  dramatiques qui n'allaient pas tarder à assombrir la  nouvelle vie d'Amir aux Etats-Unis. "Je me suis tout  simplement pris d'affection pour cette histoire,"  explique le réalisateur. "Quand j'ai lu le livre, j'ai été  tellement ému que j'ai tout  de suite eu envie de faire  partie de l'aventure. Comme

A L'OMBRE DE LA HAINE, mais dans un registre très  différent, il s'agit d'une  histoire qui parle de la possibilité  de rompre avec le cycle  de la violence et de rédemption.  Pour moi, la difficulté  consistait à embarquer le  spectateur dans un périple  hors du commun tout en  construisant un récit intimiste  autour d'une poignée de  personnages. C'est ce mélange  qui fait tout le prix du livre."

Cependant, même Forster ne savait pas à quoi  s'attendre en s'engageant dans une aventure qui  allait le mener d'Europe à Kaboul, au Pakistan et en  Chine et lui faire vivre une expérience parfois  éprouvante et souvent enrichissante.

D'emblée, le réalisateur est conscient qu'il doit  s'imprégner de la culture afghane et en saisir la  complexité s'il veut réussir le film. Dès les préparatifs,  il fait part de sa conception de l'adaptation à  Khaled Hosseini, ce qui soude leur relation. "J'ai été très heureux quand Marc m'a dit qu'il  souhaitait tout faire pour que le film respecte la  culture afghane et qu'il dévoile une réalité inédite  au cinéma," précise Hosseini. "Il m'a parlé du livre  avec fougue et intégrité et il m'a confié ses craintes  de trahir le roman. Mais je n'étais pas inquiet parce  que je me suis rendu compte que l'histoire l'avait  vraiment séduit, qu'il s'y était totalement investi et,  quand je l'ai vu sur le plateau, j'ai pris toute la  mesure de son talent."

"David a su restituer toute la beauté des "Cerfs-  Volants de Kaboul" dans son scénario,"  s'enthousiasme Forster. "Il s'agissait avant tout de  rester fidèle à l'esprit de Khaled car, en fin de compte, cette histoire lui appartient et, en tant que  metteur en scène, j'ai cherché à me mettre au service  de cet auteur qui a su toucher des millions de gens."

LE TOURNAGE DES CERFS-VOLANTS DE KABOUL EN DARI

Alors que David Benioff travaille encore à l'écriture du scénario, la production décide de tourner le film en dari - l'une des deux langues afghanes. "Je me suis dit que si on tournait le film dans une autre langue que le dari, on ferait fausse route," note Marc Forster. "Voir des enfants parler anglais dans l'Afghanistan des années 70 serait absurde. L'authenticité est un élément essentiel pour s'identifier aux personnages." Quoique difficile à mettre en oeuvre, cette décision ravit Khaled Hosseini.

"Lorsque Marc m'a dit qu'il allait tourner le film en dari, j'ai été conquis et j'ai compris qu'il voulait vraiment restituer l'esprit du livre car, pour moi, il était essentiel que les personnages soient vraisemblables."

Benioff et Forster s'entretiennent longuement afin de déterminer quels dialogues seraient prononcés en dari et en anglais. Une fois le scénario de Benioff traduit en dari, celui-ci est envoyé à Khaled Hosseini qui y apporte sa sensibilité poétique et la touche d'authenticité propre à un homme originaire de Kaboul. Au final, le scénario est, selon l'écrivain, "crédible et beau grâce à l'utilisation du dari" (certains dialogues sont également en pashto, langue des talibans, et en urdu, que parlent les Pakistanais).

Pour veiller au respect de l'usage de la langue afghane, la production recrute une équipe de répétiteurs parlant le dari afin d'entraîner les comédiens non afghans à la prononciation de la langue. En outre, Ilham Hosseini, cousine de l'écrivain et étudiante en droit à la UC Berkeley Law School ayant fui l'Afghanistan avec sa famille, a assuré un rôle d'interprète sur le plateau.

Par ailleurs, toujours dans un souci d'authenticité, les producteurs engagent plusieurs conseillers culturels qui vérifient le moindre détail du tournage. De nombreux chercheurs sont également consultés pour s'assurer de la vraisemblance des représentations que donne le film de l'Afghanistan.

DE LONDRES À KABOUL : LE CASTING DES ENFANTS DES CERFS-VOLANTS DE KABOUL

Pour trouver ses comédiens, Marc Forster est résolu à respecter le même principe de réalisme, malgré un contexte particulièrement difficile. C'est notamment le cas des interprètes d'Amir et Hassan, les deux amis d'enfance dont les rapports se détériorent soudain. Le réalisateur est conscient qu'il lui faut deux jeunes acteurs de grand talent, capables de s'imprégner du passé des deux personnages tout en sachant prêter vie à leurs rêves d'enfant et entraîner le spectateur dans leur monde féerique.

Les Cervolants de Kaboul

Pour dénicher ses candidats idéaux, Forster fait appel à Kate Dowd, agent de casting installée à Londres qui avait déjà collaboré avec le cinéaste sur NEVERLAND. Malgré son excellente réputation, Dowd s'apprête à s'engager dans un casting hors normes, l'emmenant sur plusieurs continents jusqu'aux rues de Kaboul dévastées par la guerre.

"C'est Kate qui a déniché les formidables enfants de NEVERLAND," signale Forster, "et je savais qu'elle témoignerait de la même sensibilité pour trouver les deux garçons des CERFSVOLANTS, mais je ne me rendais pas encore compte que cela impliquerait d'aller à Kaboul."

Les producteurs font confiance à Dowd pour détecter les talents cachés chez les jeunes enfants inexpérimentés. D'après William Horberg, "on savait que la réussite du film dépendrait de la qualité des jeunes interprètes des deux protagonistes : il fallait qu'on perçoive leurs différences de classe et d'origines, mais aussi l'alchimie qu'il y a entre eux. On savait que cela serait quasiment mission impossible."

Dowd commence ses recherches au sein des communautés afghanes d'Europe, des Etats-Unis et du Canada et organise des journées de candidatures spontanées à Londres, Birmingham, Hambourg, Amsterdam, Toronto, New York, San Francisco et en Virginie. Pourtant, après avoir auditionné des centaines d'enfants d'origine afghane, les producteurs ne sont toujours pas satisfaits. Si bon nombre de garçons parlant le dari, ils ont souvent l'accent des pays où ils vivent. "On percevait leur accent anglais ou américain," ajoute Dowd, "et ça n'allait pas.

C'est alors qu'on s'est rendu compte qu'on devait aller à Kaboul pour trouver les garçons et la plupart des autres comédiens. On ne les trouverait nulle part ailleurs !" Dowd est alors envoyée à l'autre bout du monde pour dénicher ses comédiens. Le producteur E. Bennett Walsh, également directeur de production sur le film, a joué un rôle essentiel pour organiser le déplacement en Afghanistan et les rencontres sur place.

Pendant tout un mois, Dowd se rend dans des écoles, des orphelinats et même les cours de récréation des quartiers bombardés de Kaboul pour trouver les interprètes d'Amir, Hassan et du fils de ce dernier, Sohrab. Elle rencontre des enfants plus extraordinaires les uns que les autres et envoie les bouts d'essai aux Etats-Unis. Lentement, mais sûrement, elle réduit sa liste à une poignée de candidats épatants de naturel et demande alors à Forster de la rejoindre à Kaboul pour trancher entre eux.

Le réalisateur a été profondément marqué par Kaboul qu'il découvrait pour la première fois. Autrefois réputée pour sa beauté et son sens de l'accueil, la ville incarne la dictature et la guerre depuis plus de vingt ans, même si l'hospitalité du peuple afghan demeure intacte. "Il était essentiel que j'aille sur place pour comprendre la culture et la langue afghanes, et pour voir à quoi ressemble Kaboul aujourd'hui," précise Forster.

Au lieu d'organiser des auditions traditionnelles, Forster décide d'observer les enfants qu'a présélectionnés Kate Dowd en train de jouer au cerf-volant, afin qu'ils soient davantage eux-mêmes. C'est alors qu'il fait son choix définitif : Zekiria Ebrahami, élève de CM2 repéré au lycée français, allait interpréter Amir, Ahmad Khan Mahmoodzada et Ali Danesh Bakhtyari, découverts grâce à l'Afghan Relief Organization (ARO), se destinaient aux rôles de Hassan et de Sohrab. Comme Amir, Zekiria s'apprêtait à traverser de rudes épreuves. Pourtant, malgré son absence d'expérience, il s'avére extrêmement doué. "Quand j'ai fait sa connaissance, il était très timide et n'a presque rien dit," se souvient Forster. "Mais il y avait quelque chose dans son attitude qui a retenu mon attention, comme une certaine mélancolie.

Son père est mort avant sa naissance et sa mère l'a abandonné. Et c'est cette tristesse qui émanait de lui qui m'a convaincu de lui confier le rôle d'Amir qui a lui-même perdu sa mère et qui a le sentiment que son père ne l'aime pas."

Le réalisateur a été tout aussi fasciné par la personnalité d'Ahmad Khan Mahmoodzada qui incarne à merveille l'esprit combatif de Hassan face à l'injustice, et par celle d'Ali Danesh qui, dans le rôle deSohrab, fils de Hassan, semble voué au même sort que son père jusqu'au moment où il est sauvé par détermination. Il est plein d'énergie et il donne l'impression qu'il n'a peur de rien et qu'il croque la vie à pleines dents, ce qui correspondait parfaitement au personnage de Hassan. Quant à Ali Danesh, il m'a ému rien qu'en le regardant. Il est à la fois beau et généreux tout en gardant ses distances avec autrui - tout comme Sohrab."

La nouvelle ne tarde pas à se répandre que le réalisateur a trouvé ses jeunes interprètes. "Quand Marc m'a téléphoné, il avait une voix à me donner la chair de poule et il m'a simplement dit, 'Je crois que je les ai trouvés'," raconte William Horberg.

"Dès qu'on a vu les garçons, on a compris qu'il avait raison. Le film pouvait enfin se faire." Khaled Hosseini, qui a mis tant de lui-même dans les personnages d'Amir et Hassan, se montre tout aussi enthousiaste. "Ahmad Khan (Hassan) m'a fait penser à un petit homme dans un corps d'enfant," explique l'écrivain. "Son visage est radieux et quand il sourit, il est bouleversant. Rien qu'à le regarder, on a le sentiment qu'il est à la fois pur, généreux et fort." "Zekiria (Amir) est un écorché vif : sa blessure est à fleur de peau et refait parfois surface," poursuit l'écrivain. "Il a également quelquefois le regard fuyant, comme Amir dans le livre. Et comme il est originaire de Kaboul, il a déjà un sacré vécu du haut de ses 11 ans. Il a traversé des drames personnels que la plupart d'entre nous ne vivrons jamais et cette dimension est palpable dans son jeu."

"L'intelligence et le professionnalisme de Danesh (Sohrab) m'ont vraiment impressionné," conclut-il. "Entre les prises, c'était un petit garçon malicieux qui aimait bien faire des blagues. Mais dès que le réalisateur criait 'Action', il redevenait son personnage. C'était déconcertant de voir avec quelle rapidité il entrait de nouveau dans la peau de cet enfant triste et désespéré qu'était Sohrab." Il faut de longues heures de tractations pour obtenir de l'administration l'autorisation de laisser sortir les enfants de l'école et pour leur délivrer des passeports.

"Entre le moment où Marc a choisi les enfants et le moment où nous avons obtenu les autorisations, cela nous a pris trois bons mois !," souligne E. Bennett Walsh. "Aucun d'entre eux n'avait de certificat de naissance ou de papiers d'identité, et nous avons donc bataillé ferme avec l'administration pour leur faire faire un passeport." C'est grâce à l'intervention d'organisations humanitaires et à des appuis diplomatiques et politiques que la situation finit par s'arranger.

Entre-temps, Forster poursuit son casting. "Nous avons trouvé les interprètes de l'ensemble des rôles afghans pendant la semaine où nous étions à Kaboul," ajoute Walsh, "et cela a vraiment tenu du miracle. Je n'avais jamais vu un réalisateur se dépenser autant que Marc. C'était la première fois qu'il allait en Afghanistan et c'était donc vraiment courageux de sa part."

C'est ainsi que Nabi Tanha, à la fois metteur en scène et comédien de théâtre et de cinéma, s'est vu confier le rôle d'Ali, employé de Baba et père de Hassan. Comédiens afghans chevronnés, Abdul Qadir Farookh et Maimoona Ghizal interprètent respectivement le général Taheri et Jamilla, parents de Soraya installés à San Francisco. Comédien amateur, Abdul Salam Yusoufzai, qui est en réalité ingénieur électrique et fabricant de meubles, campe Assef adulte. De nombreux non-professionnels, qui ne s'étaient jamais retrouvés devant une caméra, ont également été choisis pour les seconds rôles. Kate Dowd a tenté de préparer les comédiens à l'expérience souvent déconcertante de l'audition :

"La plupart des acteurs afghans sont très influencés par le style Bollywood et sont marqués par un jeu très théâtral. Il a donc fallu que je prépare ceux que j'avais repérés avant de les présenter à Marc," expliquet-elle. "En fin de compte, environ trois quarts des comédiens du films sont originaires de Kaboul, ce qui nous a tous ravis."

 

Derrière la Caméra

MARC FORSTER (RÉALISATEUR)

Marc Forster a récemment réalisé la comédie fantastique L'INCROYABLE DESTIN DE HAROLD CRICK, avec Will Ferrell, Maggie Gyllenhaal, Dustin Hoffman, Emma Thompson et Queen Latifah. Présenté au festival du film de Toronto en 2006, le film a reçu un accueil critique et public triomphal et a valu une citation au Golden Globe à Ferrell.

En 2001, Forster signe A L'OMBRE DE LA HAINE pour lequel Halle Berry a décroché l'Oscar de la meilleure actrice. Chronique de la haine, du racisme et de la rédemption, le film est interprété par Billy Bob Thornton, Heath Ledger, Peter Boyle et Sean Combs. Dans NEVERLAND, Forster recrée le Londres du début du XXème siècle pour évoquer l'histoire de l'amitié entre J.M. Barrie, auteur de Peter Pan, et ses voisins. Interprété par Johnny Depp, Kate Winslet, Radha Mitchell, Dustin Hoffman et Julie Christie, NEVERLAND a su toucher le public et la critique et a été salué comme le meilleur film de l'année par la National Board of Review. Le film a obtenu sept citations à l'Oscar, cinq citations au Golden Globe et 11 citations au BAFTA. Forster s'est même vu décerner une citation du meilleur réalisateur par la DGA.

Il tourne ensuite le thriller STAY, avec Ewan McGregor, Naomi Watts et Ryan Gosling. Sa toute première réalisation, EVERYTHING PUT TOGETHER, est un film d'horreur psychologique qui a été présenté au festival de Sundance en 2000, avant de valoir à Forster l'Independent Spirit Award.

Né en Allemagne, il grandit en Suisse et s'installe aux Etats-Unis en 1990 pour faire ses études à la NYU, dont il sort diplômé en 1993.
Il tourne actuellement le 22ème épisode de la saga James Bond, avec Daniel Craig. 

 

KHALED HOSSEINI (ECRIVAIN)

Khaled Hosseini est né à Kaboul en 1965. Fils d'une enseignante de farsi et d'histoire dans un grand lycée pour filles de Kaboul, Hosseini est l'aîné de cinq enfants. En 1976, sa famille s'installe à Paris, où son père occupe une fonction diplomatique à l'ambassade d'Afghanistan. En 1980, plutôt que de retourner dans leur pays d'origine occupé par les soviétiques depuis un an, les Hosseini obtiennent l'asile politique aux Etats-Unis et s'installent à San Jose en Californie. Khaled fait ses études à la Santa Clara University et décroche son diplôme de médecine de la University of California de San Diego. De 1996 à décembre 2004, il exerce comme interne.

Outre son activité d'écrivain, il est actuellement ambassadeur de bonne volonté pour le Haut- Commissariat aux Réfugiés de l'ONU. Marié et père de deux enfants, il publie son premier roman "Les Cerfs-volants de Kaboul". Son deuxième livre, "Mille soleils merveilleux", est rapidement
devenu un best-seller.
 

DAVID BENIOFF (SCÉNARISTE)

David Benioff a été videur de night-club à San Francisco, DJ pour une radio dans le Wyoming et prof d'anglais/entraîneur de catch à Brooklyn avant de publier son premier roman, "La 25ème heure". Il en tirera ensuite un scénario pour le film de Spike Lee, avec Edward Norton et Philip Seymour Hoffman. En 2005, il écrit un recueil de nouvelles, "When the Nines Roll Over", édité chez Viking.

Il a également collaboré à TROIE de Wolfgang Petersen et à STAY de Marc Forster. Il est l'auteur de BROTHERS que tournera Jim Sheridan, et de X-MEN ORIGINS : WOLVERINE avec Hugh Jackman. Son prochain roman "City of Thieves" paraîtra bientôt chez Viking.

 

le 01 février 2008 à 14:44
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