© © Mondino-NaiveUn soir, en se rendant à une réception au Massachusetts Institute of Technology, Marianne Faithfull a lu son nom sur la liste des invités suivi de cette qualité : « Légende ».
La dame se réveillait de trente années à brûler la chandelle par les deux bouts et découvrait que désormais, elle n'était plus seulement la chanteuse, l'actrice, ou l'icône indécente des sixties, mais quelque chose de plus rare et d'aussi fabuleux qu'une licorne : une légende.
Sa légende, Marianne l'a méritée. Mais en vérité, elle en a aussi hérité puisqu'elle descend - par sa mère Eva - du baron Leopold Von Sacher-Masoch. Cet arrière grand oncle autrichien a publié en 1870 le célèbre roman érotique Venus In Furs d'où fut tiré le mot masochisme. Et soixante ans plus tard, Eva va consolider la sulfureuse réputation familiale en entrant comme danseuse dans la troupe de Max Reinhart, prenant une part active à la vie stimulante et dissolue des cabarets berlinois des années 30, que fréquentaient alors Kurt Weill et Bertold Brecht. Marianne pense que c'est dans le lait maternel qu'elle a absorbé cette sensibilité décadente typiquement Weimar qui en fait aujourd'hui l'une des meilleures interprètes du répertoire des auteurs de l'Opéra de Quatre Sous. De son père, elle tiendrait plutôt le côté casse cou. Glynn Faithfull fut agent de renseignement dans les services secrets britanniques. Infiltré en Autriche pendant l'occupation nazie, il sera chargé d'interroger Heinrich Himmler, le concepteur de la solution finale, après la victoire des Alliés.
Or si la fusion de ces deux destins la préparait sans doute à mener une vie peu commune, comment supposer qu'elle allait s'y employer avec un tel zèle ? En 1963, à 17 ans, elle se trouve prise dans un tourbillon faisant voler en éclats les mœurs d'une Angleterre encore très conservatrice. Du jour au lendemain, elle devient la princesse polissonne d'un Swingin'London en pleine explosion, avec un premier succès, « As Tears Go By », et un fiancé très courtisé, Mick Jagger, qui lui a composé la chanson. Cinq ans plus tard, la chute est encore plus spectaculaire. Après une tentative de suicide aux barbituriques en Australie, elle rompt avec le chanteur des Rolling Stones, tourne le dos à sa carrière ainsi qu'à sa famille et choisit d'aller vivre dans la rue. Pendant deux ans, elle va disparaître totalement, s'adonnant à l'héroïne, vivant au jour le jour. Seuls quelques amis lui viennent en aide dont le peintre Francis Bacon. Elle devient alors, selon ses mots, « une experte en bas fonds ». « Quitte à sombrer, je voulais le faire à ma façon » écrit-elle dans ses mémoires.
Cette auto destruction raisonnée, quasi méthodique, fera pourtant naître une autre Marianne à la fin des années 70, plus authentique et décisive artistiquement. Si l'album Broken English, qui signe en 1979 son grand retour, porte clairement les stigmates de sa saison en enfer, il témoigne aussi de l'étonnante capacité à survivre et à transcender qui la caractérise. Son chant a perdu toute l'innocence des débuts pour revêtir cette âpreté d'après nuit blanche qui ne va plus la quitter. Au cinéma, avec André Téchiné ou Sofia Coppola, elle retrouve aussi une place, promise depuis les années 60 et ses essais avec Godard (Made In USA) ou Jack Cardiff (La Motocyclette). Cette étonnante résurrection sera bien sûr confirmée sur d'autres disques, comme Kissin Time, qui la trouve aux côtés de Beck et Jarvis Cocker. Before The Poison, et plus récemment Easy Come Easy Go, l'y voit encore entourée de Polly J. Harvey, Nick Cave, Rufus Wrainwright ou Anthony Johnson. Car si Marianne Faithfull renaît à chaque nouvel épisode, elle se garde de le faire pour elle seule. Toute une nouvelle génération d'interprètes se presse ainsi pour lui prêter mains fortes. Et sans doute pour toucher à travers elle, la réalité d'une vie devenue, par-delà la déchéance, les chagrins et les reconquêtes, une véritable œuvre d'art. Une légende.
Francis Dordor
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Samedi 6 Juin, 20h - Salle Pleyel
Bruckner Orchester Linz
Dennis Russell Davies direction
Marianne Faithfull chant
Groupe vocal Hudson Shad
Aaron Copland
Music for the Theatre
Igor Stravinski
L'Oiseau de feu (Suite)
Kurt Weill
Les Sept Péchés capitaux (version anglaise)
Chez Marianne Faithfull les œuvres de Kurt Weill et de Bertold Brecht relèvent moins de l'influence que de la relation intime. Dans les années 1930, sa mère, Eva, a fréquenté les cabarets berlinois et côtoyé les deux auteurs. A partir des années 80, Marianne fera littéralement sien cet univers, donnant une série de spectacles qui lui sera entièrement consacré (Une soirée dans la République de Weimar), en enregistrant de nombreux extraits pour l'album 20th Century Blues, ainsi que l'opéra ballet Les 7 Pêchés Capitaux. C'est à cette œuvre fétiche qu'elle revient une fois encore en compagnie du chef Dennis Russel Davies qui l'avait dirigée la première fois en 1997 au Konzerhaus, accompagné par l'Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne.
Tarif : 45 € • 35 € • 25 € • 17 €
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RUFUS WAINWRIGHT
Mardi 16 juin, 20h
Cité de la musique, Salle des concerts
Rufus Wainwright, chant
Special solo performance
Invité personnellement par Marianne Faithfull dans le cadre de son domaine privé, le fils prodige de Loudon Wainwright III et de la chanteuse Kate Mc Garrigle, tous deux figures incontournables de la musique folk des années 60, a réussi à imposer depuis son 1er album Rufus Wainwright en 1998, un univers musical singulier qui perdure jusqu'à son dernier opus en 2007 Release The Stars, son cinquième album en dix ans. Mariant aussi bien le classique, la folk que la tradition de Broadway, il nous livre à chaque fois une pop lyrique et résolument romantique. A chaque instant le son ravit l'oreille, et cependant il ne sert qu'à souligner la performance de Rufus Wainwright comme commentateur, confesseur et chanteur-vedette. A cette échelle, ses talents de compositeur et interprète, tout aussi brillants que caractéristiques, apparaissent de façon encore plus évidente. Les émotions sont sublimées, ses histoires plus vivantes, dramatiques, drôles, réelles et parfois très émouvantes.
Tarif : 45 € • 30 €
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SHAKESPEARE SONGS
Mercredi 17 juin, 20h
Cité de la musique, Amphithéâtre
Musicians of the Globe
Philip Pickett, direction
Joanne Lunn, soprano
Avec une introduction de Marianne Faithfull
Oeuvres de Thomas Morley, John Wilson, Robert Johnson, Robert Jones...
Marianne Faithfull a été initiée à l'univers poétique de William Shakespeare dès sa plus tendre enfance. A l'école, elle a joué certaines de ses pièces, puis a découvert l'existence de ses chansons à l'adolescence, un âge d'éveil où ces oeuvres méconnues traitant de l'amour, de la jalousie, de la beauté avec une rare profondeur lui furent d'un grand secours. C'est la raison pour laquelle elle a souhaité consacrer une soirée à ce répertoire sur des musiques de Thomas Morley, John Wilson, Robert Johnson et Robert Jones et qu'interprètent The Musicians of The Globe sous la direction de Philipp Pickett.
Tarif B (30 €, 1re catégorie uniquement)
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MARIANNE FAITHFULL
Mercredi 17 juin, 21h30
Jeudi 18 juin, 20h
Cité de la musique, Salle des concerts
Marianne Faithfull, chant
Marc Ribot, guitare
Vincent Segal, violoncelle
Kate St John, accordéon - cor anglais - clarinette - piano
Joey Baron, percussions
Greg Cohen, basse
Leo Abrahams, guitare
Rob Burger, clavier
David Coulter, violon - guitare acoustique
Jack Pinter, saxophone - Hautbois
En 2008, la sortie de l'album Easy Come Easy Go donnait à Marianne Faithfull l'occasion de se retrouver au centre de toutes les attentions. Produit par Hal Willner, avec lequel elle collabore depuis Lost In The Stars en 1985, ce double recueil, sous-titré « 18 chansons pour les amoureux de musique », la voyait reprendre certains morceaux fétiches, cueillis dans son jardin secret et issus d'horizons variés, Jazz, country, folk, soul ou pop. L'exercice lui offrait en outre le plaisir de nombreux duos, dont un avec Rufus Wrainwright qui sera l'invité de son Domaine Privé. C'est dans le répertoire de cet album reflétant toutes les facettes de sa personnalité d'interprète qu'elle puisera lors de deux concerts exceptionnels, où elle sera accompagnée par le guitariste Marc Ribot et le violoncelliste Vincent Ségal notamment.
Tarif A+ (39 €, 1re catégorie uniquement)
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POETES DE LA BEAT GENERATION
Vendredi 19 juin, 20h
Cité de la musique, Amphithéâtre
Michael Lonsdale, récitant
Avec une introduction de Marianne Faithfull
Textes de Allen Ginsberg, William S. Burrough, Gregory Corso
Les écrivains Beat ont été les principaux éclaireurs de la génération rock des années 60, lancée éperdument à la poursuite de sensations fortes et de plaisirs interdits. Le Festin Nu, œuvre clef du plus célèbre d'entre eux, William Burroughs, en a notoirement initié plus d'un à l'héroïne, dont Marianne Faithfull. Elle aura par la suite l'occasion de le lui reprocher, avant de se lier d'amitié avec lui ainsi qu'avec William Ginsberg et Gregory Corso, les deux autres fer de lance du mouvement. Dans les années 80, elle intègrera la Jack Kerouac School of Disembodied Poetics à Naropa, dans le Colorado, sous l'égide de Ginsberg, Corso et Burroughs. C'est en témoignage d'amitié et en hommage à ces maîtres de la littérature contemporaine, qu'elle tenait à inclure des lectures de leurs œuvres dans son Domaine Privé.
Tarif : 18 €
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PROJECTIONS
Samedi 20 juin
Cité de la musique, Amphithéâtre
15H : The Girl on a Motorcycle
Film de Jack Cardiff, France/Royaume-Uni, 1968, 91 minutes.
Un film devenu culte dans lequel Rebecca (Marianne Faithfull) et Daniel (Alain Delon) sont unis par les liens d'une Harley-Davidson.
Tarif : 8 €
17H : Hamlet
Film de Tony Richardson, Royaume-Uni, 1969, 117 minutes.
Adaptation de la pièce de Shakespeare. Marianne Faithfull y tient le rôle d'Ophelia et a pour partenaire Anthony Hopkins.
Tarif : 8 €
19H30 : Intimité
Film de Patrice Chéreau, France/Royaume-Uni/Allemagne/Espagne, 2001, 119 minutes.
D'après le roman homonyme de Hamif Kureishi. Un homme d'interroge sur sa vie de couple et sur les raisons qui pourraient le pousser à couper les ponts.
Tarif : 8 €
22H : Irina Palm
Film de Sam Garbarski, Belgique/Luxembourg/Royaume-Uni/Allemagne/France, 2007, 103 minutes.
Maggie (Marianne Faithfull) mène une vie paisible jusqu'à ce que la maladie de son petit-fils la plonge dans une recherche désespérée d'argent.
Tarif : 8 €
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| Crédit Photo : © Mondino-Naive |
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