Saison 2010-2011 de la Salle Pleyel - Façade © Pierre-Emmanuel Rastoin
LES 10 TEMPS FORTS DE LA SALLE PLEYEL
UNE SAISON RUSSE À PLEYEL
Russian national Orchestra / mikhaïl Pletnev (31 octobre)
Orchestre du théâtre mariinsky / Valery Gergiev (25-26-29 janvier)
Symphony Orchestra of new Russia / yuri Bashmet (10 avril)
Leurs histoires sont différentes. L'Orchestre du Théâtre Mariinsky a plus de deux cents ans alors que le Russian National Orchestra et le Symphony Orchestra of New Russia furent fondés en 1990. Mais chacun s'efforce de franchir les frontières natales pour promouvoir la musique de la patrie, entre autres. Premier orchestre russe à se produire au Vatican (Russian National), créateur de Boris Godounov (Théâtre Mariinsky) ou engagé pour le dynamisme culturel de son pays (Symphony of New Russia), chacun de ces trois orchestres chante une Russie idéalisée, vécue ou rêvée.
LES ORCHESTRES AMERICAINS À PARIS
Chicago Symphony Orchestra / Bernard Haitink (20-21 septembre)
new york Philharmonic / alan Gilbert (1er-2 février)*
Boston Symphony Orchestra / James Levine (21-22 février)*
Pittsburgh Symphony Orchestra / manfred Honeck (17 mai)
Cette saison, quatre des plus grandes phalanges américaines traversent l'Atlantique pour se produire Salle Pleyel. Chacune a sa propre identité : le Chicago Symphony Orchestra se distingue par sa souplesse légendaire, le New York Philharmonic affirme une sonorité profonde et généreuse, le Boston Symphony Orchestra possède un grain coloré proche des orchestres européens et le Pittsburgh Symphony Orchestra se montre d'une virtuosité sans faille.
Coproductions Productions Internationales Albert Sarfati, Salle Pleyel.
LES BERLINER PHILHARMONIKER / SIMON RATTLE
À la Salle Pleyel (26-27 février)
À la Cité de la musique (27-28 février et 2 mars) :
Forum, concert des Berliner Barock Solisten et concert du Philharmonia Quartett Berlin
L'Orchestre Philharmonique de Berlin est l'une des meilleures formations au monde, et sans conteste la plus emblématique de l'univers symphonique. Son homogénéité, l'élan collectif qui s'en dégage reflètent dans ce qu'elle a de plus fort la tradition des orchestres allemands : discipline, insertion progressive des instrumentistes, qui gravissent généralement es échelons au sein de l'ensemble avant de parvenir aux postes de solistes, continuité assurée par la durée particulièrement longue des mandats des chefs permanents. Ainsi, de Hans von Bülow hier à Simon Rattle aujourd'hui, en passant par Nikisch, Furtwängler ou Karajan, les figures mythiques qui se sont succédées à sa tête ont contribué à cultiver, entretenir ou infléchir sa sonorité puissante et profonde, et à enraciner l'orchestre toujours plus dans la cité, dont il est une composante depuis longtemps indissociable. Entre conférences et documentaires, entre forums et musique vivante, ce cycle consacré à la phalange berlinoise et aux différents ensembles qui y sont attachés (Berliner Barock Solisten, Philharmonia Quartett Berlin) témoigne, plus que jamais, qu'à ce riche passé s'ajoute un glorieux présent.
LES NOUVEAUX ORCHESTRES INVITES
Simón Bolívar youth Orchestra of Venezuela / Gustavo Dudamel
(23-24 octobre)
Orchestra del teatro alla Scala - milan / Daniel Barenboim (15 novembre)
Orchestra filarmonica della Scala - milan / Pierre Boulez (16 novembre)
Orchestra mozart / Claudio abbado (11 juin)
Le Simón Bolívar Youth Orchestra of Venezuela, formation d'élite du fameux programme vénézuélien d'apprentissage de la musique « El Sistema », est galvanisé par la direction acérée et dynamique de son chef Gustavo Dudamel. Bien connu dans le répertoire lyrique, l'Orchestre de la Scala est aussi une phalange symphonique de premier ordre, à la pâte sonore unique. Toujours en Italie, l'Orchestre Mozart, constitué de jeunes musiciens, a été fondé en 2004 sous les auspices du plus beau des mentors : Claudio Abbado.
LES PROJETS AUTOUR D'UN ARTISTE
Daniel Barenboim
Orchestre de Paris (29 septembre), Orchestra e Coro del Teatro
alla Scala - Milan (15 novembre)
Staatskapelle Berlin (5-6-7 février)*
Récitals Frédéric Chopin (15-16 février)*
Chef d'orchestre, pianiste, Daniel Barenboim occupe une place incontournable sur la scène internationale. Il sera soliste en septembre dans les deux concertos de Chopin sous la direction de Christoph Eschenbach avec l'Orchestre de Paris qu'il a si bien connu comme directeur musical, mais donnera aussi en récital des oeuvres pour piano seul du compositeur polonais. À la tête de sa Staatskapelle de Berlin, il interprétera en trois concerts en février l'intégrale des concertos de Beethoven et également des pages majeures de Schönberg. Avec l'Orchestre de la Scala de Milan dont il assure désormais les destinées, il sera en novembre le maître d'oeuvre du célèbre Requiem de Verdi avec un parterre de chanteurs de renom.
* Productions ou coproductions Piano****.
Martha Argerich et le festival de Lugano
Musique romantique (6 mars), Autour du tango (7 mars)
Les 6 et 7 mars, la grande pianiste Martha Argerich transportera à la Salle Pleyel, le Festival de Lugano dont elle est l'égérie depuis de nombreuses années. Avec des amis musiciens et de jeunes interprètes déjà confirmés qu'elle a adoubés, elle entretiendra comme à l'accoutumée cette connivence et cette osmose dans un concert de musique de chambre romantique. Autour du tango, elle explorera avec eux tout un répertoire qu'elle ne cesse de jouer depuis son enfance en Argentine.
Pollini Perspectives
Gewandhausorchester Leipzig (8 septembre)
Chopin / Nono (13 octobre)
Orchestra Filarmonica della Scala - Milan (16 novembre)
Berio / Schönberg / Beethoven (7 décembre)
London Symphony Orchestra (22 juin)
Pianiste incontournable, Maurizio Pollini a marqué de son empreinte le monde du clavier. En septembre, avec l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig dirigé par Riccardo Chailly, il illuminera le Quatrième Concerto de Beethoven, tandis qu'en octobre il ouvrira avec les musiciens du Studio expérimental de Fribourg des perspectives sans fin dans la musique de son compatriote Luigi Nono, qu'il mettra en miroir avec des oeuvres majeures de son cher Chopin. Il retrouvera Pierre Boulez en novembre avec l'Orchestre Philharmonique de la Scala dans le ciel pur du Concerto n° 2 de Bartók, puis magnifiera en décembre aussi bien les Trois Pièces opus 11 de Schönberg que l'himalayenne Sonate « Hammerklavier » de Beethoven, tandis que ses amis musiciens rendront hommage à Luciano Berio. Enfin, en juin, il apportera au Concerto pour piano n° 1 de Brahms toute sa saveur romantique en compagnie de Peter Eötvös et du LSO dans un programme où voisineront Bach, Webern, Lachenmann et Brahms.
Renaud et Gautier Capuçon
Brahms, musique de chambre (17-18 octobre)
Renaud et Gautier Capuçon retrouveront les 17 et 18 octobre des partenaires musiciens (le pianiste Nicholas Angelich, le clarinettiste Paul Meyer, les altistes Antoine Tamestit et Béatrice Muthelet, la violoniste Aki Saulière) avec la fidélité et la générosité qui les animent, dans trois programmes de musique de chambre de Johannes Brahms où ils uniront leur talent dans des oeuvres majeures (les trois trios pour piano et cordes, les deux quintettes à cordes, le quintette avec clarinette et celui pour piano et cordes) qui appartiennent au domaine intime de ce coloriste devant l'Éternel.
Coproduction Céleste Productions - Les Grands Solistes, Salle Pleyel.
Anniversaire Christoph Eschenbach
Orchestre de Paris (17, 18 et 20 février)
Gidon Kremer, Yo-Yo Ma, Tzimon Barto (20 février)
Christoph Eschenbach célèbrera en février 2010 son soixante-dixième anniversaire avec l'Orchestre de Paris dont il est le directeur musical depuis dix ans. Outre un concert Berlioz avec la Symphonie fantastique et La Mort de Cléopâtre chantée par Waltraud Meier, il sera à la fois pianiste et chef dans deux concertos pour piano de Mozart, compositeur dont il a si bien su rendre l'esprit des sonates pour piano enregistrées chez Deutsche Grammophon dans les années soixante. Enfin, il invitera des musiciens de prestige dans le cadre d'un programme de gala (le violoniste Gidon Kremer, le violoncelliste Yo-Yo Ma, le pianiste Tzimon Barto) dont il sera lui-même, au clavier, partie prenante.
LES ARTS FLORISSANTS FÊTENT LEURS TRENTE ANS
À la Salle Pleyel (20 octobre, 17 novembre, 9-12 février et 30 mai)
À la Cité de la musique (7-8-10 novembre)
Les Arts Florissants : ce n'est qu'un an après sa naissance (en 1979) que le groupe emprunte son nom à une pastorale de Charpentier. Un nom devenu, en trente ans, un label de qualité estampillant les nombreux artistes formés en son sein, les 80 disques, 2000 concerts, la trentaine de productions (parmi lesquelles Atys de Lully en 1987, Les Indes galantes de Rameau en 1990, Alcina de Haendel en 1999) dont William Christie, claveciniste born in the USA, a choisi de nous offrir la primeur. Ces sept nouveaux projets couvrent l'essentiel de leur répertoire (de 1600 à 1780 environ).
LE PIANO
200e anniversaire de la naissance de Chopin
Le 1er mars 1810 près de Varsovie, Frédéric Chopin voyait le jour. Durant sa courte vie, grâce à lui, le regard porté sur la musique pour clavier sera transformé. Pour célébrer le bicentenaire de sa naissance, de nombreux pianistes se produiront Salle Pleyel dans des récitals qui seront comme un hommage rendu à son génie. Pollini, Barenboim, Zimerman, Freire ou Rafał Blechacz (dernier vainqueur du Concours Chopin) auront à coeur de retrouver la note bleue, la résonance et le rubato qui sont la signature du compositeur.
La Cité de la musique, au printemps, organisera une exposition consacrée au compositeur polonais. Du 9 au 14 mars, Chopin l'Européen sera servi par de brillants musiciens qui ont, par leur réflexion, contribué à apporter leur pierre à l'édifice de l'interprétation sur piano de l'époque romantique.
À la Salle Pleyel :
maurizio Pollini (13 octobre)
Daniel Barenboim (15 et 16 février)*
Krystian zimerman (1er mars)
nelson freire (7 avril)*
Rafał Blechacz (14 juin)*
À la Cité de la musique :
Exposition Chopin l'Européen (du 9 au 14 mars)
Concerts : Intégrale de l'oeuvre pour piano de Chopin sur instruments d'époque
Et aussi, à la Salle Pleyel, les récitals de :
yuja Wang (16 décembre)*
martha argerich (6-7 mars)
Gianluca Cascioli (23 mars)*
Brigitte Engerer, Boris Berezovsky (27 mars)**
Stephen Kovacevich (31 mars)*
murray Perahia (4 mai)
L'ART DE LA VOIX
Anna Netrebko (1er octobre)*
Waltraud meier (23 novembre)*
anne Sofie von Otter (11 janvier)*
Cecilia Bartoli (9-12 février)
Juan Diego flórez (29 mars)*
nathalie manfrino / francesco meli (8 avril)*
accentus (3 mai)
Patricia Petibon (18 mai)*
En neuf concerts dédiés à l'art vocal, la Salle Pleyel présente un parcours varié de l'âge baroque au XXe siècle. De l'opéra (Giulio Cesare de Haendel) à la musique sacrée (Vêpres et Liturgie de Saint Jean Chrysostome de Rachmaninov), de lieder en airs d'opéra, quelques-uns des grands interprètes actuels se succèdent dans l'intimité du récital ou entourés des forces de l'orchestre.
LE JAZZ ET LES MUSIQUES DU MONDE
Arena / Israel Galván (3 juillet)
John Scofield (4 juillet)
Gilberto Gil (7 juillet)
Lincoln Center Jazz Orchestra avec Wynton marsalis (10 juillet)
Gagaku (19 septembre)
Wayne Shorter / Tribute to Miles Davis (29 octobre)
the Blind Boys of alabama / Down by the Riverside ! (11 novembre)
anouar Brahem (9 décembre)
Pandit Shivkumar Sharma / ustad zakir Hussain (12 décembre)
marcus miller / Tutu (21 décembre)
tomatito (22 décembre)
noël manouche (23 décembre)
Joshua Redman (16 janvier)
Pat metheny Orchestrion (14 mars)
marc Ribot trio / Jim Hall trio (18 avril)
uri Caine / Carla Bley (25 avril)
avishaï Cohen (28 juin)
La Salle Pleyel continue d'accueillir cette saison certains des plus grands talents de tous les courants du jazz et des musiques du monde. Qu'ils s'appuient sur la tradition : le jazz classique de Wynton Marsalis et du Lincoln Center Jazz Orchestra ; la guitarra gitana de Tomatito ; le Gagaku japonais ; la tradition hindoustanie de Shivkumar Sharma et Zakir Hussain. Qu'ils exaltent la chatoyance et la diversité des cultures qu'ils unissent comme le chanteur Gilberto Gil, le contrebassiste-chanteur Avishaï Cohen, le joueur de oud Anouar Brahem ou le pianiste Uri Caine. Qu'ils soient les maîtres incontestés de leurs instruments comme les guitaristes Jim Hall, Pat Metheny et Marc Ribot, le saxophoniste Wayne Shorter ou le bassiste Marcus Miller. Tous perpétuent la propension à l'ouverture dont a toujours fait montre la Salle Pleyel, qui a accueilli en leur temps rien moins que John Coltrane, Charles Mingus ou Count Basie !
L'ELECTRO S'IMMISCE À LA SALLE PLEYEL
Laurent Garnier (13 mars)
Air (6 juin)
Assumer jusqu'au bout son oecuménisme musical, voilà ce que signifie pour la Salle Pleyel d'ouvrir ses portes aux musiques électroniques, et ce en toute excellence. Quel meilleur témoignage de cet apprivoisement réciproque que de réussir à faire résonner dans le temple du symphonique les fréquences subsoniques des figures tutélaires de la French Touch, cette lecture hexagonale toute particulière de la musique électronique, raffinée et ludique, révérée de par le monde. Pour preuve, Air, duo hiératique qui a enrichi l'instrumentarium de cette même scène, revient à la Salle Pleyel après l'avoir illuminée en octobre 2008. Et le patriarche de la French Touch, Laurent Garnier lui même, viendra y prouver sa faculté à entrer en osmose totale avec son public.
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PROGRAMMATION
Samedi 10 Octobre, 20H
Concerto Italiano
Rinaldo alessandrini, direction
Sara mingardo, Armida
furio zanasi, Califfo
monica Bacelli, Osmira
Raffaella milanesi, Erminia
marina Comparato, Emireno
Romina Basso, Adrasto
martin Oro, Tisaferno
Armida
(version de concert, création de la reconstitution réalisée par Rinaldo Alessandrini et Frédéric Delamea)
Opéra de antonio Vivaldi
Livret de Giovanni Palazzi
L'intrigue se déroule à Gaza - mais là s'arrête sa ressemblance avec notre brûlante actualité. Elle s'inspire de La Jérusalem délivrée (1580) du Tasse - mais, bien qu'elle mette en scène la douce Herminie et la magicienne Armide, qui fascina tant d'auteurs lyriques (de Lully à Dvořák, en passant par Haendel, Jommelli, Haydn, Gluck, Traetta, Rossini, etc.), elle ne s'intéresse ni à
Tancrède, ni à Renaud, célèbres amants de ces dames. Vous n'êtes pas assez intrigués encore ? Sachez donc que cet opéra de Vivaldi, créé à Venise en 1718 (donc plus proche de la théâtralité d'Orlando furioso que de l'exubérance vocale de Griselda) nous est parvenu incomplet, privé de son second acte, qui a dû être reconstitué pour cette production, et qu'il s'agit de l'une des partitions du Prêtre roux où s'affiche le plus clairement sa prédilection pour la voix decontralto, à qui sont réservés cinq rôles sur sept ! Parmi lesquels celui de la fameuse sorcière, écrit pour l'impressionnante Antonia Merighi, abonnée aux rôles de manipulatrices (elle sera l'horrible Damira de La Verità in cimento et Rosmira dans la Partenope de Haendel), un rôle que le sombre velours de Sara Mingardo ne pourra que racheter. Rinaldo Alessandrini, montéverdien émérite, s'est fait une spécialité des Vivaldi les plus dramatiques (par exemple, de L'Olimpiade, enregistrée chez Naïve avec la même Mingardo) : pour cet inédit, il s'est entouré d'une équipe entièrement méditerranéenne.
Lundi 12 Octobre, 20H
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
the monteverdi Choir
Sir John Eliot Gardiner, direction
Lucy Crowe, soprano
James Gilchrist, ténor
matthew Rose, basse
Joseph Haydn
Les Saisons
Quels ensembles pourraient mieux convenir aux Saisons ? Après avoir mis sa perfection analytique, si propre à magnifier rythmes, contrepoint et textures, au service du répertoire baroque avec ses transparents Monteverdi Choir et English baroque Soloists (protagonistes de son enregistrement des Saisons chez Archiv), le chef anglais a fait évoluer les sonorités et effectifs de son orchestre afin de l'adapter au répertoire du premier romantisme, dont la partition de Haydn (1801) pourrait marquer le coup d'envoi. Car, s'il s'inscrit dans la lignée des ouvrages panthéistes de Haendel (L'Allegro ed il Penseroso), cet oratorio, de par la prédominance qu'il confère à l'orchestre, annonce surtout la symphonie Pastorale de Beethoven, créée sept ans plus tard, les formes hybrides de Berlioz, voire celles de Schumann. C'est l'orchestre, toujours, qui laisse d'abord deviner ces menus événements naturels décrits par les personnages (les paysans Hanne, Lukas, Simon), ces orages estivaux, chants de coq, coassements de grenouilles, tintements de cloches, sifflotement de laboureur, cette aube naissante, cette chasse endiablée, cette « fugue ivre » couronnant les vendanges, où le choeur, comme tout au long de l'oeuvre, tire prétexte de l'anecdote pour louer le Créateur. À la croisée des univers (profane, sacré) et des genres (symphonique, vocal), l'ultime oratorio de Haydn semble avoir été conçu pour un orchestre à la croisée des styles.
mardi 13 octobre, 20H
Pollini Perspectives
maurizio Pollini, piano
marino formenti, direction
alain Damiens, clarinette
Schlagquartett Köln, percussions
Barbara Hannigan, soprano
Sara Ercoli, margot nies,
terence Roe, récitants
andré Richard, régie son
Experimental Studio freiburg
frédéric Chopin
Prélude op. 45 / Ballade n° 2 op. 38
Scherzo n° 1 op. 20 / Sonate n° 2 op. 35
Luigi nono
...sofferte onde serene...
Djamila Boupacha
A floresta é jovem e cheja de vida
Alors que l'Europe ploie sous les guerres de décolonisation, le socialisme gagne nombre de pays déstabilisés. C'est à cette période - les années 1960 - que Luigi Nono fait « entrer la musique dans les usines » en utilisant des textes d'ouvriers et révolutionnaires.
Le compositeur, cherchant une liberté nouvelle, se place alors à l'avant-garde et, à ce titre, recourt fréquemment à l'électronique. De cette époque datent A floresta é jovem e cheja de vida et les Canti di Vita e d'Amore, dont est tiré Djamila Boupacha. La première oeuvre, une fresque de quarante minutes, a pour support textuel des déclarations d'ouvriers américains, de Fidel Castro ou Patrice Lumumba ; la deuxième, longue mélopée pour soprano solo, rend hommage à une algérienne torturée durant la guerre. Quelques années plus tard, ...sofferte onde serene..., dédié à Maurizio Pollini, accorde au piano un rôle central, accompagné par la bande
magnétique, chantant la tristesse des « sereines ondes souffertes ».
Quant à Chopin, c'est par la complexité de son écriture harmonique et par une équivoque tonale toujours présente que s'épanouit sa musique. Son jeu coulé, sa virtuosité qui tendait à l'immatériel feront partie de sa création au même titre que les irisations, le chromatisme ou les dissonances : « Je ne fais qu'indiquer, suggérer, expliquait-il, et je laisse à mes auditeurs le soin de parachever le tableau ». La modernité du finale de la Deuxième Sonate laissera ses contemporains pantois, Schumann le premier : « Ce n'est plus de la musique, mais un certain génie impitoyable nous souffle au visage ».
Samedi 17 Octobre, 16H
Brahms, musique de chambre
Renaud Capuçon, violon
Gautier Capuçon, violoncelle
nicholas angelich, piano
Johannes Brahms
Trio op. 87
Trio op. 101
Trio op. 8
Dimanche 18 Octobre, 11H
Renaud Capuçon, violon
aki Saulière, violon
Béatrice muthelet, alto
antoine tamestit, alto
Gautier Capuçon, violoncelle
Paul meyer, clarinette
Johannes Brahms
Quintette à cordes op. 88
Quintette avec clarinette op. 115
Dimanche 18 Octobre, 16H
Renaud Capuçon, violon
aki Saulière, violon
Béatrice muthelet, alto
antoine tamestit, alto
Gautier Capuçon, violoncelle
nicholas angelich, piano
Johannes Brahms
Quintette à cordes op. 111
Quintette pour piano et cordes op. 34
Héritier de Beethoven, profondément marqué par Schumann qui voyait en lui l'élu, Johannes Brahms (1833-1897) porta la musique de chambre dans des contrées où la profondeur et l'intimité le disputaient au pur abandon et aux secrètes teintes automnales volontiers crépusculaires. À peine sorti de l'adolescence, il composa un Trio pour piano et cordes en si majeur opus 8, et à l'article de la mort se prit de passion pour la clarinette à laquelle il confia l'une de ses partitions les plus abouties, le Quintette avec clarinette op. 115. Son activité créatrice fut sans cesse consacrée à un genre dans lequel il excella et, selon Claude Rostand : « Dans ce domaine, Brahms, le premier après Beethoven a trouvé un équilibre parfait entre l'inspiration et la science... ». Sans doute inégalées, les 122 opus de son catalogue occupent une place exceptionnelle dans l'histoire de la musique. Les violonistes Renaud Capuçon et Aki
Saulière, le violoncelliste Gautier Capuçon, les altistes Béatrice Muthelet et Antoine Tamestit, le clarinettiste Paul Meyer et le pianiste Nicholas Angelich, interprètes talentueux rompus à l'exercice subtilet périlleux de converser ensemble, donneront en trois concerts un vaste panorama d e cette production sans scories à la couleur mordorée et automnale en demi-teinte immédiatement reconnaissable qui est la signature de Brahms.
Coproduction Céleste Productions - Les Grands Solistes, Salle Pleyel.
Samedi 17 Octobre, 20H
Ensemble intercontemporain
Pierre Boulez, direction
Claron mcfadden, soprano
Salomé Haller, soprano
Georg nigl, baryton
Karlheinz Stockhausen
Kreuzspiel
Kontra-Punkte
Fünf weitere Sternzeichen
(création française)
György Ligeti
Concerto de chambre
Aventures et Nouvelles Aventures
Pierre Boulez a aimé l'un et l'autre, il a défendu leurs musiques avec conviction et engagement. Il a eu des discussions enflammées avec Stockhausen à propos de l'idée de forme ouverte, il a enregistré la musique de Ligeti dès 1960. Le Domaine musical, puis l'Ensemble intercontemporain étaient justement les outils parfaits pour défendre ces compagnons de route. Il n'y avait aucune réticence, de la part du chef, face à l'écriture phonétique des Aventures de Ligeti, aucune gène par rapport à ce livret scénique détaillé et même un intérêt pour ces chuchotements, ces susurrements ou croassements. C'était, en 1962, une pierre de plus pour le théâtre musical, et c'est dans les années 80 que Pierre Boulez enregistre ces partitions. Le Concerto de chambre a juste 10 ans lorsque Boulez l'enregistre : le chef a de quoi être séduit par l'écriture musicale, par les flous, les décalages, ou imprécisions volontaires. L'énergie rythmique comme son lyrisme parfois romantique montrent une partition qui cherche une nouvelle écriture musicale. C'est d'ailleurs la même révolution que veulent opérer les partitions de Stockhausen. Kreuzpiel ou Kontra-Punkte questionnent la mise en page comme le déroulement linéaire de la musique. Tout peut être interrogé, et Pierre Boulez voulait, dans ces années 1950, être l'un de acteurs de la remise en question. C'est pour cela qu'il joue Kontra-Punkte, dans le feu de l'action, et sans recul nécessaire, dès 1956 au Domaine Musical. Plus de soixante ans après, Pierre Boulez rejoue les oeuvres du jeune Stockhausen avec la même conviction et avec la souplesse d'interprétation supplémentaire que l'Histoire a donné au chef.
Coproduction Festival d'Automne à Paris, Salle Pleyel.
Mardi 20 Octobre, 20H
Les Arts Florissants fêtent leurs 30 ans
Les arts florissants
William Christie, direction
Kate Royal, Susanna
max Emanuel Cencic, Joacim
William Burden, premier aîné
alan Ewing, second aîné
David Dq Lee, Daniel
Emmanuelle de negri, Attendant
Georg friedrich Haendel
Susanna
Dans la production de Haendel, Susanna (1749) précède immédiatement Theodora : l'on ne peut pourtant imaginer deux oratorios (en apparence) plus différents. Si Theodora est une tragédie chrétienne se déroulant dans l'ombre des palais, Susanna est une presque comédie biblique s'épanouissant dans la plus bucolique nature. Dans les deux cas, cependant, l'héroïne est une femme qui dit « non » : non aux idoles païennes, pour Théodore, non à l'hypocrisie libidineuse des anciens, pour Suzanne.
L'anecdote, rapportée dans un apocryphe chapitre du livre de Daniel (et qui avait déjà inspiré un oratorio à Stradella vers 1680), est fort mince : en l'absence de son époux Joachim, la belle Suzanne est courtisée de très près par deux vieillards qui, repoussés, l'accusent d'adultère ; ils seront confondus par le prophète Daniel - bien peu impressionnant, avec sa jolie voix de soprano (ce soir, un sopraniste) !
Parmi les oratorios haendéliens qu'il n'a pas encore abordés, Susanna, avec ses teintes champêtres, son second degré, ses mélodies piquantes (y compris pour les choeurs, qui se font commères et censeurs) ou émues (« Bending to the throne » de Susanna) semble faite pour Les Arts Florissants. Dans le rôle souvent sacrifié de Joachim, Max Emanuel Cencic fera entendre un vrai tempérament d'opéra, tandis que Kate Royal n'aura pas trop de son timbre majestueux pour résister aux assauts des dangereux anciens, lancés par les voix mâles de William Burden (ténor) et d'Alan Ewing (basse).
Ce concert s'inscrit dans le cadre d'un festival entre Paris et Londres coproduit par la Salle Pleyel, la Cité de la musique et le Barbican Centre à l'occasion du 30e anniversaire des Arts Florissants.
Vendredi 23 Octobre 20H
Simón Bolívar youth Orchestra of Venezuela
Orchestre Philharmonique de Radio france
Gustavo Dudamel, direction
Evencio Castellanos
Santa Cruz de Pacairigua
maurice Ravel
Daphnis et Chloé (Suite n° 2)
Hector Berlioz
Symphonie fantastique
Samedi 24 Octobre, 20H
Simón Bolívar youth Orchestra of Venezuela
Gustavo Dudamel, direction
Renaud Capuçon, violon
Piotr Ilitch tchaïkovski
Concerto pour violon
Dmitri Chostakovitch
Symphonie n° 5
Parmi la jeune génération de chefs d'orchestre, le nom de Gustavo Dudamel se détache avec constance depuis déjà quelques années. À seulement vingt-huit ans, il impressionne par son charisme. Nombre d'orchestres - et non des moindres - se sont déjà laissé convaincre. En 2005, après le remplacement au pied levé de Neeme Järvi dans la Cinquième Symphonie de Sibelius, l'Orchestre symphonique de Göteborg le désigna comme son nouveau chef principal, et, en septembre 2009, il succèdera à Esa-Pekka Salonen à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles. L'une des clés de l'engouement pour le jeune chef vénézuélien est sans conteste sa personnalité très affirmée, marquée par son attirance pour des interprétations rythmées et colorées. Ce n'est pas par hasard qu'il ouvre le premier des deux concerts parisiens de l'Orchestre symphonique Simón Bolívar avec le poème symphonique Santa Cruz de Pacairigua, oeuvre la plus célèbre de son compatriote Evencio Castellanos (1915-1984), qu'il a enregistrée pour Deutsche Grammophon aux côtés d'autres pages luxuriantes latinoaméricaines.
Invité par les plus prestigieux orchestres à travers le monde (Chicago, New York, Berlin, Vienne, Amsterdam...), il travaille régulièrement avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France, qui se joint aux jeunes musiciens vénézuéliens pour la partie française du concert du 23 octobre (la deuxième suite de Daphnis et Chloé de Ravel et la Symphonie fantastique de Berlioz).
Le lendemain, un programme russe attend le chef et son orchestre - il le dirige depuis dix ans - et devrait être l'occasion d'une démonstration de panache et de virtuosité.
Coproduction Radio France, Salle Pleyel.
Mardi 27 Octobre, 20H
La Ballade of Lady & Bird
un projet de Keren ann zeidel & Bardi Johannsson
La Ballade of Lady & Bird, c'est l'histoire d'un duo insolite. Celui qui unit le chanteur islandais, Bardi Johannsson, leader du groupe electro Bang Gang, et la chanteuse française, Keren Ann, qui est devenue l'une des nouvelles icônes de la scène folk-pop hexagonale depuis qu'elle a écrit pour Henri Salvador. Malgré (ou grâce à) leurs succès respectifs, ils ont trouvé le temps de se réunir pour concocter ce duo dont les ballades mélancoliques sonnent comme l'enfance de l'art, des mélodies pop telles de doux songes aux accents d'éternel. Ils y figurent deux enfants, emprisonnés dans les corps d'adultes, une symbolique qui n'est pas sans rappeler l'univers métaphorique de Peter Pan. Pour l'occasion, les deux complices évoluent au gré de combinaisons acoustiques (harpe, mélodica, guitares, carillon...), soyeuses et rêveuses à souhait, sans néanmoins refuser le recours aux outils technologiques pour traficoter leurs voix, quand l'humeur se fait plus grinçante. Dans une ambiance aux confins du minimal, ils magnifient avant tout un chapelet de chansons, des compositions originales écrites pour ce projet, mais aussi des reprises en tout genre. « Stephanie Says » du Velvet Underground prend ainsi des faux-airs de comptine désenchantée, tandis que « Suicide Is Painless », extraite du cultissime film « M.A.S.H. », se drape en une étonnante berceuse.
Et pour cette soirée tout à fait spéciale, les voilà associés à un orchestre symphonique, le complément idéal pour cet étrange voyage aux pays de l'insouciance trouble et tremblante.
Jeudi 29 Octobre, 20H
Tribute to Miles Davis
Wayne Shorter quartet
Wayne Shorter, saxophone
Danilo Perez, piano
John Patitucci, contrebasse
Brian Blade, batterie
Pour beaucoup, le second quintette de Miles Davis, entre 1964 et 1968, fut l'une des formations les plus révolutionnaires de l'histoire du jazz. Ou tout simplement l'une des plus belles... À son bord, Wayne Shorter fait tout sauf de la figuration. Le saxophoniste du New Jersey est même la pierre angulaire de cette formation mythique. Et sur certains albums du groupe, il signe plus de la moitié des compositions ! Miles dira d'ailleurs de lui : « Wayne est un vrai compositeur. Il écrit des partitions, mais aussi les parties de chaque soliste comme il veut les entendre sonner. Il est toujours curieux de jouer avec les règles musicales. Et si elles ne fonctionnent pas, il les brise ! Mais toujours avec une musicalité unique. Il a compris que la liberté en musique était l'habilité à connaître les règles plutôt que de les plier juste pour sa propre satisfaction ». Les années qui ont suivi n'ont fait qu'amplifier le rôle de Shorter dans la jazzosphère. Et à 75 ans passés, sa soif d'aventure, d'expérimentation et de recherche permanente est toujours intacte. C'est dans cettequête d'une certaine modernité qu'il rendra hommage à Miles Davis, plus moderne que jamais, pour ce concert. Avec Danilo Perez au piano, John Patitucci à la contrebasse et Brian Blade à la batterie, le saxophoniste s'est constitué non pas une garde prétorienne mais une galaxie à la communication intense. Surtout, une galaxie de rêve pour transmettre l'incandescence de la musique de Miles.
Samedi 31 Octobre, 20H
Russian national Orchestra
mikhail Pletnev, direction
nikolaï Lugansky, piano
alexandre Glazounov
Prélude
Sergueï Rachmaninov
Concerto pour piano n° 1
Dmitri Chostakovitch
Symphonie n° 15
Composée entre juillet et août 1971 et créée l'année suivante, dans la grande salle du Conservatoire de Moscou, par l'Orchestre de la radio soviétique, la Symphonie n° 15 constitue le dernier volet du corpus symphonique de Dmitri Chostakovitch. D'une durée de quelque quarante-cinq minutes, elle est formée de quatre mouvements qui comportent de nombreuses citations à des oeuvres autres que celles de Chostakovitch : le premier mouvement, alternance d'épisodes graves et d'instants optimistes, sous la forme d'une évocation à l'enfance et aux jeux, est gorgé de références directes au Guillaume Tell de Rossini ; le deuxième mouvement, qui commence par un choral lent et imposant, quoique empli de thèmes à l'écriture dodécaphonique, est parsemé de clins d'oeil à Wagner, auquel est empruntée la notion du leitmotiv. Symphonie protéiforme, elle exige une grande virtuosité orchestrale. Le Russian National Orchestra, phalange moscovite fondée en 1990 au moment de la Perestroïka par Mikhail Pletnev - qui a troqué le piano pour la baguette - n'en manque pas. Il lui apportera en même temps profondeur, puissance sonore et richesse de timbre. Nikolai Lugansky prend soin d'éviter toute démonstration intempestive dans des oeuvres qui, comme le Concerto pour piano n° 1 de Serguei Rachmaninov, a tendance à pousser les interprète dans ce sens. En allant au-delà, Lugansky en souligne la pensée musicale du compositeur, le souffle, plutôt que la virtuosité pure.
Mardi 3 Novembre, 20H
Orchestre des Champs-élysées
Philippe Herreweghe, direction
Jean-Guihen queyras, violoncelle
felix mendelssohn
Ouverture « Les Hébrides »
Robert Schumann
Concerto pour violoncelle
Symphonie n° 3
Dans la foulée des grands pionniers tel Nikolaus Harnoncourt, Philippe Herreweghe s'est lancé tôt dans la fondation d'ensembles vocaux et instrumentaux destinés à l'interprétation du répertoire baroque. Mais, rapidement, le chef flamand a élargi ce répertoire vers la Renaissance et le classicisme puis jusqu'au romantisme et au XXe siècle. Avec La Chapelle Royale, qu'il fonde en 1977, puis avec l'Orchestre des Champs-Élysées à partir de 1991, le chef
flamand étend l'application du travail initié par les théoriciens du mouvement baroque à des répertoires qui bénéficient ainsi d'une démarche respectueuse du texte musical autant que du contexte historique de production des oeuvres. De Bach à Mendelssohn et de Brahms à Mahler, Philippe Herreweghe s'applique à retrouver pour chaque époque l'équilibre des lignes et du contrepoint. Depuis quelques années, Schumann le requiert particulièrement, comme en témoignent son récent enregistrement des première et troisième symphonies, venues rejoindre chez Harmonia Mundi les gravures plus anciennes des Scènes de Faust, des deux autres symphonies ou du Concerto pour violoncelle. À l'époque (1996), il confiait la partie soliste de ce dernier à une autre figure du mouvement baroque, Christophe Coin. Cette fois, comme l'an dernier pour le concerto de Haydn, l'Orchestre des Champs-Élysées accueille le violoncelliste Jean-Guihen Queyras, fin musicien également ouvert à un vaste répertoire.
Mercredi 11 Novembre, 20H
Down by the Riverside!
the Blind Boys of alabama
the Preservation Hall Jazz Band et invité spécial
La joie communicative du gospel rencontre l'âme musicale de la Nouvelle Orléans lorsque deux des plus grands ambassadeurs de la culture américaine fusionnent leur fougue dans le projet Down By The Riverside!. Les Blind Boys of Alabama, ce sont ces forces vives, essentielles, ayant poussé Elvis Presley, Little Richard ou Al Green à transformer le monde. À 70 ans passés, la puissance de cette mythique formation gospel demeure intacte. À leurs côtés, actifs depuis près d'un demi-siècle, le Preservation Hall Jazz Band a établi des ponts solides entre notre ère et le jazz intemporel de la Nouvelle Orléans. De quoi transformer la Salle Pleyel en bayou spirituel et habité par la ferveur de chanteurs et de musiciens d'exception. Une expérience qui prendra évidemment toute son ampleur sur scène.
Dimanche 15 Novembre, 20H
Orchestra e Coro del teatro alla Scala - milan
Daniel Barenboim, direction
Barbara frittoli, soprano
Sonia Ganassi, mezzo-soprano
Jonas Kaufmann, ténor
Kwangchul youn, basse
Bruno Casoni, chef de choeur
Giuseppe Verdi
Messa da Requiem
De Bayreuth au théâtre de la Scala, Daniel Barenboim a dirigé dans toutes les grandes maisons d'opéra du monde. Porteur de messages forts, attentif à la jeunesse, depuis quelques années le chef semble donner de fortes valeurs symboliques à ses concerts ; que ce soit avec son orchestre de jeunes (West-Eastern Divan Orchestra) ou dans les formations qui l'invitent. Il faudra donc compter sur les talents du chef pour atténuer tout côté artificiel de la Messe de Requiem de Verdi et lui redonner une force spirituelle. Cet « opéra en habit liturgique », ainsi Hans von Bülow nommait le Requiem, n'a pourtant rien de théâtral. Il s'agit d'une succession de prières réparties en sept moments et deux parties. S'opposant certes au mouvement conservateur, le Cécilianisme, Verdi reste un librepenseur, un agnostique qui se révoltait devant les dogmes de l'église. Rien que le fait d'utiliser des voix de femmes pour une oeuvre religieuse, ce qui est encore interdit en Italie ; Verdi passera outre. Tant pis si l'orchestration est luxueuse, si le lyrisme est abondant, ostentatoire, et si les coups de grosse-caisse choquent dans le Dies Irae ; le religieux de Verdi veut voir grand et large. Il est vrai que la stupeur qui s'exprime dans le dernier Libera me, à peine murmuré, nous interdit de douter de la foi du compositeur qui donne une oeuvre beaucoup plus sombre que l'on pourrait l'imaginer.
Lundi 16 Novembre, 20H
Pollini Perspectives
Orchestra filarmonica della Scala - milan
Pierre Boulez, direction
maurizio Pollini, piano
Béla Bartók
Quatre Pièces op. 12
Le Mandarin merveilleux
Concerto pour piano n° 2
Avec ses Quatre pièces op. 12, Bartók amorçait un véritable virage esthétique, simultanément influencé par les volutes debussystes et l'expressionnisme viennois. Totalement indépendantes les unes des autres, ces pages témoignent de cet état d'esprit : on y croise aussi bien l'amour de l'orchestration « à la Française » qu'un hommage démoniaque au scherzo de la 9e Symphonie de Beethoven ou une Marcia funebre dont la profondeur et la violence expressive interpelleront plus d'un auditeur. De fait, le compositeur hongrois n'était pas homme de compromis : son Mandarin merveilleux sera taxé d' « immoralité », créant le scandale. Il faut dire que cette pantomime dansée avoue sa filiation avec Le Sacre du printemps, l'orchestration et les rythmes obsessionnels participant d'une irruption du « barbare » dans la musique occidentale. Dès le prélude surgit une suffocante évocation de la grande ville vue comme lieu de vacarme et de terreur : entre frénésie et effets de klaxons, cette cacophonie savamment maîtrisée campe l'ambiance des bas-fonds de la Mitteleuropa au sortir de la Première Guerre mondiale. Quelques années plus tard, déçu par l'accueil réservé à son premier concerto pour piano, Bartók avait souhaité écrire « une oeuvre qui soit moins hérissée de difficultés pour l'orchestre et dont les matériaux thématiques soient plus avenants ». Il y est parvenu sans peine : le Concerto n° 2 frappe d'emblée par une allégresse caractéristique, par sa richesse d'invention comme par l'aisance et la versatilité de l'accompagnement orchestral.
Mardi 17 Novembre 20H
Les Arts Florissants fêtent leurs 30 ans
Les arts florissants
William Christie, direction
Patricia Petibon, dessus
Emmanuelle de negri, dessus
toby Spence, taille et haute-contre
Cyril auvity, taille et haute-contre
marc mauillon, basse-taille
alain Buet, basse
Jean-Baptiste Lully
Te Deum
Henry Desmarets
Usquequo Domine
Jean-Philippe Rameau
Deus noster
andré Campra
Exaudiat te Dominus
Trente ans, le bel âge ! Les Arts Florissants, dont le nom est emprunté à une idylle de Charpentier, ne pouvaient mieux le fêter qu'en revenant à leurs premières amours, le style versaillais qui les a fait connaître. « Versaillais » est pourtant une appellation impropre, ici, puisque quasiment aucune des oeuvres choisies ne fut créée à Versailles (mais à Fontainebleau en ce qui concerne Lully, à la cour de Lorraine pour Desmarets, à Lyon pour Rameau) - une appellation qui, pourtant, semble attachée à ce genre bien français que fut le grand motet. Réservé aux célébrations importantes, faisant appel à des textes liturgiques (des psaumes, souvent), il fut d'abord joué dans les chapelles puis, à partir de 1725, au Concert spirituel, l'ancêtre de nos salles de concert. Mêlant grand et petit choeurs (de solistes), airs brillants (comme les inoubliables mélodies d'ascendance provençale de Campra), ensembles (le planant trio avec flûte de Usquequo Domine) et pages d'orchestre, il relève aussi bien de l'opéra que de la symphonie descriptive : le fracassant Te Deum (1677) de Lully recèle ainsi une « scène de sommeil » digne d'Armide, tandis que le Deus noster (1720) de Rameau débute par une gavotte, que suivent tempête et tremblement de terre ! De quoi faire briller de mille feux les instruments et voix des Arts Florissants, que rejoignent quelques stars internationales, élevées en leur sein (la scintillante Patricia Petibon, le suave Cyril Auvity).
Ce concert s'inscrit dans le cadre d'un festival entre Paris et Londres coproduit par la Salle Pleyel, la Cité de la musique et le Barbican Centre à l'occasion du 30e anniversaire des Arts Florissants.
Dimanche 22 Novembre, 19H
akademie für alte musik Berlin
RIaS Kammerchor
René Jacobs, direction
Daniel Behle, Tamino
Lydia teuscher, Pamina
marcos fink, Sarastro
anna-Kristiina Kaapola, La Reine de la nuit
Daniel Schmutzhard, Papageno
Sunhae Im, Papagena
Inga Kalna, la Première Dame
anna Grevelius, la Deuxième Dame
Isabelle Druet, la Troisième Dame
La Flûte enchantée (version de concert)
Opéra de Wolfgang amadeus mozart
Livret de Emanuel Schikaneder
L'an dernier, à même époque, René Jacobs dirigeait Idomeneo à la tête de l'Orchestre baroque de Fribourg. Avec cette fois l'Akademie für alte Musik Berlin sous sa direction, le chef belge revient Salle Pleyel pour l'ultime chef-d'oeuvre lyrique de Mozart, La Flûte enchantée, toujours en version de concert. Cette formule a l'avantage de focaliser l'attention sur la musique et sur le chant plutôt que sur la scène et sur le texte, ce qui n'est guère gênant dans le cas d'Idoménée et de son livret médiocre. Ce ne l'est guère plus pour La Flûte enchantée dont le livret est certes meilleur mais ne propose pas pour autant de cheminement dramatique tel qu'il nécessite une
mise en scène. L'imagerie qu'il véhicule, articulation de thèmes universels (la Vérité triomphante, l'Amitié, le Pardon...), est suffisamment traduite par la musique.
Le RIAS Kammerchor avait l'an dernier illuminé Idomeneo. Il est de nouveau de la partie pour cette Flûte enchantée où les choeurs ont un grand rôle, en particulier au second acte, celui des épreuves initiatiques subies par Tamino. René Jacobs s'est entouré d'une distribution jeune, composée de chanteurs avec qui il a déjà travaillé (tous participent à la production scénique de La Flûte enchantée au Festival d'Aix-en-Provence en juillet 2009). On attend ainsi beaucoup du Tamino de Daniel Behle ainsi que de la Reine de la Nuit d' Anna-Kristiina Kaapola, qui a déjà eu l'occasion de chanter le rôle sous la direction de Jean-Christophe Spinosi et de Riccardo Muti notamment.
Lundi 23 Novembre, 20H
Waltraud meier, mezzo-soprano
Joseph Breini, piano
Robert Schumann
Frauenliebe und Leben
Hans Pfitzner
Lieder
Richard Strauss
Lieder
« (...) mouvantes comme la vie même, les admirables compositions de Schumann pour la voix, qui font de lui l'un des deux pôles du lied germanique avec Schubert, dénotent une compréhension poétique exceptionnelle, fruit de sa culture, certes, mais aussi de sa propre émotivité que vient sublimer une texture musicale devenue spontanément sous sa plume description pittoresque, état d'âme, kaléidoscope de sensations et d'émotions (...) »....Difficile de trouver plus juste analyse de l'importance de la voix dans l'art de Robert Schumann que celle qu'en donne Jean Gallois, dans Le Larousse de la musique. Sans l'ombre d'un doute, la voix sied à son imaginaire romantique. Mieux qu'aucun autre, il en tirer la quintessence, dans de grands cycles de lieder, comme Frauenliebe und Leben (La vie et l'amour d'une femme), où il dévoile les fêlures de l'âme, le fol espoir de la rencontre amoureuse comme les déchirures qu'elle peut également engendrer. Sur la base d'un recueil de poèmes d'Aldebert von Chamisso (1781-1838), un Allemand d'origine française, Schumann a composé huit lieder, qui révèlent huit épisodes de la vie d'une femme, de son admiration pour l'être aimé jusqu'à l'expression de la douleur de sa mort. En complément de ce chef-d'oeuvre musical du XIXe siècle, Waltraud Meier - célébrée dans le monde entier pour ses interprétations des grands rôles wagnérien que sont Kundry ou Isolde - forme un heureux panorama de l'art vocal allemand du siècle passé, propose sa voix à un bouquet de lieder de Hans Pfitzner et de Richard Strauss.
Céleste Productions - Les Grandes Voix.
Mardi 24 Novembre, 20H
Christian tetzlaff, violon
Lars Vogt, piano
Robert Schumann
Sonate n° 2
Wolfgang amadeus mozart
Sonate K 526
Béla Bartók
Sonate n° 1
Appartenant à la même génération, le violoniste allemand Christian Tetzlaff, né en 1966, et son compatriote le pianiste Lars Vogt, né en 1970, apprécient de se retrouver régulièrement pour pratiquer la musique de chambre entre deux concertos puisés dans leurs vastes répertoires respectifs.
Le programme exigeant qu'ils interprètent ce soir rappelle quelque peu ceux que pouvaient proposer en leur temps Yehudi et HephzibahMenuhin. Il s'ouvre avec la Deuxième Sonate en ré mineur de Schumann, l'un des compositeurs fétiches de Lars Vogt, oeuvre pleine d'allant et de contrastes, sombre et animée à la fois. La Sonate en la majeur K 526 de Mozart présente la même opposition entre l'élan et la tension, entre douceur et amertume - ce que l'andante médian traduit par son imperturbable ligne de basse, semblant une préfiguration du chant schubertien.
Avec Bartók, nous nous retrouvons plutôt dans le répertoire de Christian Tetzlaff, qui s'est fait une spécialité des concertos du XXe siècle, entre autres ceux de Berg, Chostakovitch, Sibelius ou Ligeti. La Première Sonate pour violon et piano du compositeur hongrois est un défi à la virtuosité tant du violoniste que du pianiste. Comme chez Schumann et Mozart, on y décèle de fréquents changements de climat, que Christian Tetzlaff a bien su rendre dans son enregistrement de l'oeuvre (chez Virgin Classics) avec son autre partenaire privilégié au piano, Leif Ove Andsnes.
Samedi 28 Novembre, 20H
academy of St martin in the fields
murray Perahia, piano, direction
Johann Sebastian Bach
Concerto brandebourgeois n° 3
Joseph Haydn
Symphonie n° 44 « Funèbre »
Wolfgang amadeus mozart
Concerto pour piano n° 17
Dimanche 29 novembre, 16H
academy of St martin in the fields
murray Perahia, piano, direction
Johann Christian Bach
Symphonie
Johann Sebastian Bach
Concerto pour clavier n° 3
Wolfgang amadeus mozart
Concerto pour piano n° 20
Symphonie n° 38 « Prague »
Dans les années 1970, Murray Perahia enregistre l'intégrale des Concertos pour piano de Mozart avec l'English Chamber Orchestra, se présentant à la fois comme soliste et chef. Depuis, bien qu'il mène une carrière où le clavier prédomine, il n'a cessé de conduire en Angleterre des ensembles de musique de chambre. Sa collaboration avec l'Academy of St Martin in the Fields est le témoignage d'une rencontre particulièrement heureuse. En deux concerts Salle Pleyel, il propose un florilège orchestral où Jean-Sébastien Bach voisine avec son fils Jean-Chrétien « le Bach de Londres », Joseph Haydn avec son ami fraternel Wolfgang Amadeus Mozart. À l'esprit de joie, de lumière et de danse qui anime le Concerto brandebourgeois n° 3 ou le Concerto pour clavier n° 3 de Jean-Sébastien, correspondra la liberté toute galante de l'une des Symphonies de Jean-Chrétien. Au caractère Sturm und Drang de la Symphonie n° 44 en mi mineur « Funèbre » de papa Haydn, répondra le Concerto pour piano n° 17 de Mozart, d'une fantaisie et d'une verve proches de l'opéra. Enfin, le tragique Concerto pour piano n° 20 du divin Amadeus trouvera son prolongement dans sa Symphonie n° 38 en ré majeur dite « Prague » où s'affirme résolument un sentiment romantique avant la lettre. Interprète inspiré, Murray Perahia aura à coeur de transmettre, avec ses musiciens de L'Academy of St Martin in the Fields, toute la substantifique moelle de ces pages marquées au sceau du génie.
Coproduction Piano****, Salle Pleyel.
Lundi 30 Novembre, 20H
Orchestre national de Hongrie
zoltan Kocsis, direction
Boris Berezovsky, piano
Johannes Brahms
Concerto pour piano n° 1
Béla Bartók
Concerto pour orchestre
Non seulement le Concerto pour orchestre appartient aux partitions les plus emblématiques de Béla Bartók, mais il se situe en bonne place au classement des pièces orchestrales les plus importantes du XXe siècle. Par la force qui la traverse, son inventivité instrumentale et la structure qui la sous-tend, cette oeuvre aux nombreux atypismes continue de fasciner. Créé en 1943 par Serge Koussevitsky au pupitre de l'Orchestre Symphonique de Boston, le Concerto pour orchestre est bâti en cinq mouvements, contrastés. Chaque groupe instrumental y est, tour à tour, traité de façon concertante. « L'atmosphère générale de l'ouvrage, mis à part le badinage du deuxième mouvement, présente une graduelle progression de l'austérité de l'allegro initial vers le lugubre chant de mort de l'élégie et vers l'affirmation de la vitalité du dernier mouvement », expliquait Bartók. La liberté dont fit preuve le compositeur hongrois dans le traitement de la forme concertante en n'opposant plus un soliste à un groupe instrumental fut aussi grande que celle dont témoigna Brahms, lorsqu'il écrivit son Concerto pour piano n° 1, donné en première audition à Hanovre, en 1859. À ce dernier, on fit grief d'avoir sacrifié la sacro-sainte virtuosité du piano sur l'autel d'une expression poétique renouvelée. Un échec cuisant lors de sa création. Depuis, le Concerto pour piano n° 1 de Brahms est entré de plein droit dans le grand répertoire.
Productions Internationales Albert Sarfati.
Mardi 1 Décembre, 20H
Gidon Kremer, violon
yuri Bashmet, alto
marie-Elisabeth Hecker, violoncelle
Oleg maisenberg, piano
Gustav mahler
Quatuor avec piano
alfred Schnittke
Trio pour cordes
Johannes Brahms
Quatuor avec piano n° 3
L'esprit de Lockenhaus comme si vous y étiez. Le célèbre festival fondé en 1981 par le violoniste Gidon Kremer propose chaque été dans les montagnes autrichiennes une remarquable programmation de musique de chambre. On y retrouve les compagnons de route
habituels du violoniste letton - tous chambristes confirmés - dans un répertoire éclectique, allant de la musique baroque à la création contemporaine. Pour son concert à la Salle Pleyel, Gidon Kremer a réuni trois « fidèles » : l'altiste Yuri Bashmet, avec qui Kremer a notamment enregistré une version de référence du Double Concerto de Britten (label Elatus), la jeune violoncelliste allemande Marie-Elisabeth Hecker, Premier Grand Prix du Concours Rostropovitch en 2005, et le pianiste Oleg Maisenberg, concertiste international et pédagogue réputé (il enseigne depuis 1998 à l'Université de Vienne). Le programme s'ouvre avec le Quatuor avec piano en la mineur de Mahler, une partition restée malheureusement inachevée
mais qui témoigne d'un véritable sens de l'instrumentation chez ce compositeur alors âgé de 16 ans. Place ensuite au Trio pour cordes (1985) d'Alfred Schnittke, un compositeur russe qui fût très proche de Kremer et de Bashmet. Ces deux derniers ont d'ailleurs créé en 1994 avec Mstislav Rostropovich son Triple Concerto. Le concert s'achève avec l'un des sommets de la littérature romantique chambriste : le Quatuor n°3 pour piano et cordes en ut mineur de Brahms, de caractère fougueux et toujours inspiré. À l'image des interprètes réunis autour de Gidon Kremer.
Dimanche 6 Décembre, 16H
Concert éducatif
Joseph Haydn
Les Siècles
françois-xavier Roth, direction
Pierre Charvet, présentation
2009, c'est l'année Haydn ! Célébrons ensemble ce grand compositeur classique que l'on appelle « le père de la symphonie ».
Découvrons un homme à la personnalité aussi drôle, riche et généreuse que sa musique.
Coproduction Cité de la musique, Salle Pleyel.
Lundi 7 Décembre, 20H
Pollini Perspectives
maurizio Pollini, piano
michele marasco, flûte
Didier Pateau, hautbois
Pascal Gallois, basson
monica Bacelli, mezzo-soprano
tempo Reale, live électronique
Luciano Berio
Sequenza I pour flûte
Sequenza VII pour hautbois
Sequenza XII pour basson
Altra Voce, pour flûte alto,
mezzo-soprano et live électronique
arnold Schönberg
Trois Pièces pour piano op. 11
Ludwig van Beethoven
Sonate pour piano op. 106
Les Sequenze sont de véritables rencontres jalonnant l'oeuvre de Luciano Berio, autant de « duos » instrument-instrumentiste dont le compositeur bouleverse les interactions afin d'en voir naître de nouveaux événements, une nouvelle théâtralité. L'une des sources d'inspiration des Sequenze est l'écriture de James Joyce, une langue fondée sur les répétitions et variations, comme celle du célèbre monologue de Molly Bloom à la fin d'Ulysse. Ainsi, la virtuosité ne se rattache pas seulement à l'habileté du musicien, mais aussi à sa capacité à innover et faire apparaître l'unité sousjacente de la composition, à l'intérieur d'un discours composé d'éléments hétérogènes. Dans la Sequenza I, l'image de la flûte, instrument monodique, se voit métamorphosée : plusieurs voix semblent être émises simultanément grâce à la rapidité et la mobilité du jeu instrumental, aux sauts d'un registre à l'autre et aux changements de timbre ou d'articulation. Beethoven n'agit pas autrement lorsqu'il façonne sa Sonate « Hammerklavier », par sa volonté de dépasser les possibilités du piano. Les difficultés techniques, le déploiement de l'étendue sonore, l'explosion de la volonté sont prémonitoires de l'emprise qu'affirmeront ses dernières sonates, préparant le terrain pour les révolutions opérées au XXe siècle. Ainsi, c'est également dans l'univers pianistique que se fomentent les expérimentations de Schönberg, un siècle plus tard.
Ses Trois pièces op. 11 constituent un tournant, se situant au seuil de l'exploration du total chromatique, qui le mènera vers l'atonalité.
Mercredi 9 Décembre, 20H
anouar Brahem
Loin des clichés de la fusion world artificielle et hâtive, la musique d'Anouar Brahem est un oasis de spiritualité. Une sublime tenture poétique dont les reflets oscillent entre musique orientale traditionnelle, savante ou populaire, jazz atmosphérique et harmonies impressionnistes.
« Maître enchanteur » venu de Tunisie, Anouar Brahem donne depuis plus de deux décennies une dimension aussi inattendue qu'exceptionnelle au oud, ce luth traditionnel oriental aux sonorités ciselées. Au sein du label munichois ECM, le quinquagénaire Tunisien a conversé avec quelques empêcheurs de tourner en rond nommés Jan Garbarek, Dave Holland, John Surman, François Couturier ou Richard Galliano. Dans ces rencontres d'écoute totale, l'introspection valse avec la révolte, la poésie se love dans une rare méditation, et la paix intérieure apparait, envoûtante, comme le fruit mûr d'un partage de toute beauté entre Orient et Occident. La subtilité de la musique d'Anouar Brahem, qui ne semble jamais hausser le ton, est un archipel délectable que le jazz n'avait jamais vraiment traversé. Aucun vainqueur aucun vaincu, juste un corps à corps intense et sensible entre ce oud magicien et les instruments rencontrés, qu'il s'agisse d'un accordéon, d'un saxophone, d'un piano ou d'une contrebasse. Musique des plus lumineuses, la partition d'Anouar Brahem prend racine dans la tradition orientale mais tend ses branches vers un ailleurs indescriptible. Ni vraiment world, ni vraiment jazz, elle est juste libre.
Samedi 12 Décembre, 20H
Maîtres de l'Inde du Nord
Pandit Shivkumar Sharma, santur
ustad zakir Hussain, tabla
Formés dans la grande tradition classique de la musique hindoustanie, celle qui irrigue l'essentielle de la création de l'Inde du Nord, Shivkumar Sharma et Zakir Hussain auront chacun su imposer leur différence de style, à commencer par leurs instruments respectifs. Le premier demeure le maître absolu du santour, instrument à cordes de la famille du dulcimer qui fut longtemps confiné aux folklores de la vallée du Cachemire, où Sharma est né en 1938. Ainsi, il entrera à la fin des années 60 dans le grand concert mondial - et par ricochet dans le cercle restreint des Pandit - grâce à l'album « Call Of The Valley », avec le flûtiste Hariprasad Chaurasia, autre iconoclaste avec lequel il ne cessera dès lors de créer. Depuis, cet homme au sourire bienveillant et aux doigtés véloces a triomphé sur toute la planète, sans jamais oublier les principes essentiels de l'Inde millénaire. Pour preuve, à sa suite, il a formé son fils Rahul avec lequel il se produit régulièrement en des duos tout de cordes sensibles ou plus agiles. Quant à Zakir Hussain, dans le droit héritage de son père, l'illustre percussionniste Alla Rakha, il aura donné aux tablas, pulsation fondamentale de la musique indienne, un rôle de soliste à part entière. Depuis plus de trente ans, il a signé des disques sous son nom qui font référence, dont l'emblématique « Making Music » sur ECM ou le triptyque du collectif Shakti. Autant de signes d'ouverture aux autres, de fusions des styles qui auront pour conséquence une totale rénovation des tablas, mais qui ne doivent pas faire oublier que le virtuose a tout autant enregistré avec les meilleurs maîtres indiens, cette fois en position d'accompagnateur zélé et dévoué.
Mercredi 16 Décembre, 20H
yuja Wang, piano
Domenico Scarlatti
Quatre Sonates
Ludwig van Beethoven
Sonate n° 23 « Appassionata »
Claude Debussy
Quatre Études
Sergueï Prokofiev
Sonate n° 6
Apparue récemment dans le ciel musical, la jeune pianiste chinoise Yuja Wang a d'emblée fait sensation. Enfant prodige, formée au Conservatoire de Pékin, sa ville natale, elle poursuit sa formation aux États-Unis au Curtis Institut of Music de Philadelphie auprès de Gary Graffman, disciple de Rudolf Serkin et de Vladimir Horowitz, ce qui déjà en soi est une carte de visite. Outre sa victoire dans plusieurs compétitions internationales, elle se fait connaître en remplaçant Radu Lupu en 2005 dans un Concerto de Beethoven et mène, à 21 ans, une brillante carrière. Invitée par Lorin Maazel, Michael Tilson-Thomas, Charles Dutoit, Claudio Abbado à jouer avec les plus grands orchestres, elle est présente à Verbier, Lucerne, Calgary... En 2008, dans le cadre des récitals produits par Piano****, le public parisien, subjugué, a pu l'entendre à la place de Murray Perahia, souffrant, dans une Sonate de Liszt d'anthologie. Après un premier récital à la Salle Pleyel la saison dernière cette musicienne aux doigts de fée et à la personnalité affirmée elle revient avec un programme passionnant.
Les allègres Sonates de Scarlatti voisineront avec la célèbre Sonate « Appassionata » de Beethoven, Quatre Études arachnéennes de Claude Debussy, et la barbare Sonate n° 6 de Prokofiev (1940) qui demande non seulement des moyens spectaculaires, mais aussi un sens de la construction, qualités dont cette pianiste haut de gamme est pourvue à plus d'un titre.
Production Piano ****
Jeudi 17 Décembre, 20H
Orchestre du Concertgebouw d'amsterdam
Choeur de Radio france
mariss Jansons, direction
Ricarda merbeth, soprano
Bernarda fink, mezzo-soprano
matthias Brauer, chef de choeur
Gustav mahler
Symphonie n° 2 « Résurrection »
On a peine à imaginer qu'un ouvrage aussi unitaire et structuré que la Deuxième Symphonie de Mahler, première de la série à faire intervenir les voix, ait été le fruit d'un long et douloureux effort. Pourtant, plus de six ans se sont écoulés entre les premières esquisses et l'achèvement
du grandiose finale. En 1892, une force « venue d'ailleurs » le soulève, accélérant l'écriture des second et troisième mouvements : Mahler se compare à un instrument de musique dont jouerait « l'Esprit du monde, la source de toute existence ». De fait, la partition semble d'une seule coulée, emportant l'auditeur vers l'élan final, vers l'au-delà : « Ma Deuxième pourrait-elle cesser d'exister sans perte irréparable pour l'humanité ? » Plus qu'une musique c'est une vision, spirituelle et métaphysique, une description des combats tumultueux pour arriver à la lumière. Et avec son ampleur, ce fleuve qui avance sans cesse devient également le prototype des symphonies mahlériennes à venir.
Mariss Jansons a signé de nombreux enregistrements de la musique de Mahler, dont certains sont entrés dans l'Histoire. Aujourd'hui chef attitré du Concertgebouw, il dispose d'une formation dont la plastique sonore, immuable au fil des décennies, représente une forme d'idéal. Au concert ou au disque, il a d'ores et déjà su faire fructifier le riche passé mahlérien de cette phalange exceptionnelle, d'une manière que l'on a salué ainsi : « Dans ce répertoire, Jansons et le Concertgebouw, c'est l'instinct sans l'improvisation ».
Lundi 21 Décembre, 20H
Tutu
marcus miller
La légende veut que durant les années 80, son nom figure sur plus de 500 enregistrements ! De Luther Vandross à Bryan Ferry en passant par Roberta Flack ou Carly Simon, Marcus Miller est partout. C'est pourtant une rencontre bien à part qui, logiquement, restera dans les mémoires : Miles Davis ! À l'aube de sa vingtaine, le bassiste épaule le mythique trompettiste sur The Man With The Horn et We Want Miles en 1981, Star People en 1982, Music From Siesta en 1987, Amandla en 1989 et, au milieu, ce qui restera comme l'album majeur de cette décennie funky pour Miles, Tutu qui sort en décembre 1986. Un opus entièrement composé et co-produit par Marcus Miller, bien plus qu'un simple tuteur rythmique. Sur les bandes qu'apporte le bassiste de Brooklyn, le trompettiste de l'Illinois sculpte d'enivrants petits édifices
harmoniques qui font de ce jazz funk un ovni dans un genre regorgeant d'entreprises trop souvent surproduites... La ligne chaude de la basse électrique fretless de Marcus Miller épouse toutes les formes des phrases de Miles comme toujours chez ce musicien visionnaire qui révolutionnera son instrument aux côtés des Larry Graham, Stanley Clarke, Jaco Pastorius et autres Bootsy Collins. Pour capter l'intemporalité du génial Tutu, Marcus Miller recrée pour la salle Pleyel cette oeuvre essentielle qui toucha tant le grand public que les amateurs de jazz ouverts à la sensualité du velours funk.
Mardi 22 Décembre, 20H
Flamenco
tomatito Sextet
Pour l'état-civil, il est José Fernandez Torres, né en 1958 dans le sud de l'Espagne, à Alméria. Mais c'est sous le nom de Tomatito que ce virtuose hors pair est reconnu sur tous les continents. Un surnom qu'il tient de son père, connu sous le sobriquet de Tomate, et de son grand-père, Miguel Tomate. Nul doute que chez lui, la guitare et le flamenco sont une histoire de famille. D'ailleurs, son oncle n'est autre que le Coproduction Production Internationales Albert Sarfati, Salle Pleyel.
tutélaire guitariste Niño Miguel. Autant dire que sous de telles augures, le jeune homme avait tout pour devenir le digne successeur du plus célèbre guitariste de flamenco : Paco de Lucía. Ce qu'il fut dans les faits dès 1975, lorsqu'il remplaça son aîné pour devenir le fidèle accompagnateur de Camarón de la Isla, auprès duquel il demeurera pendant dix-huit ans. À la mort du chanteur en 1992, Tomatito va se consacrer pleinement à sa carrière sous son seul nom, ayant déjà publié des disques depuis les années 80. Plébiscité de longue date par les solides amateurs de flamenco, le guitariste touche dès lors un autre public, n'hésitant pas à flirter avec la pop et plus encore le jazz, un domaine où ses véloces improvisations font sensation aux côtés de Michel Camillo ou John McLaughlin, entre autres. Néanmoins, loin de céder aux sirènes d'une world music dénuée de racines, Tomatito ne cesse de creuser le sillon de sa propre tradition, qu'il fertilise plus qu'il n'assèche au travers de telles collaborations : à chaque fois, son toucher fait danser et chanter la guitarra gitana. Pour preuves, les bandes originales qu'il signe, dont celle de Vengo de Tony Gatlif couronnée d'un César. Un prix de plus pour celui qui peut se targuer d'être aussi respecté dans les ruelles des villes andalouses que dans les avenues de Los Angeles, là même où il obtint le Grammy Latino 2005 dans la catégorie flamenco pour son album Aguadulce.
Mercredi 23 Décembre, 20H
Noël manouche
Première partie
Swann Lamberger, guitare
Seconde partie
Biréli Lagrène trio
Sanseverino quartet
Swann Lamberger, Biréli Lagrène, Sanseverino, trois manières de conjuguer au temps prséent le swing subtil de la guitare manouche. Le premier, inconnu ou presque, haut comme trois pommes, affiche à onze ans une incroyable dextérité, capable d'enfiler les notes à une vitesse virtuose. Nul doute que Swann Lamberger, formé par son père, s'inscrit dans la grande tradition d'une musique rythmée par l'émergence de talents aussi précoces qu'autodidactes. À l'instar de Biréli Lagrène qui s'est lui aussi fait remarquer tout petit, reprenant en culotte courtes le répertoire de Django Reinhardt, son maître à jouer. En témoigne son premier album en 1980, à tout juste quatorze ans. Depuis, il a fait du chemin, devenant la référence du swing manouche, mais aussi l'un des guitaristes les plus courus sur les scènes du jazz actuel, avant de recentrer le propos. Au tournant du millénaire, il initie ainsi le Gipsy Project, puis d'autres projets où il convie de nombreux héritiers de Django à venir converser. Quant à Stéphane Sanseverino, plus connu sous son seul patronyme, s'il est né à Paris dans une famille d'origine napolitaine, lui aussi a très tôt attrapé le virus du jazz manouche, alors qu'il accompagnait son père en Europe de l'Est. Du coup, il ne tarde pas à apprendre la guitare, seul, avant de se faire connaître au sein des Voleurs de Poule, et de littéralement exploser en 2003, où il obtient une Victoire de la Musique.
Et malgré cette soudaine reconnaissance tant publique que critique, ce drôle de personnage, attachant et atypique, n'en oublie jamais de passer dans les bars où la faconde manouche prend son essence.
Céleste productions - Les Grands Solistes.
Samedi 9 Janvier, 20H
Budapest festival Orchestra
Iván fischer, direction
Petra Lang, soprano
Richard Wagner
Siegfried Idyll
Wesendonck Lieder
Igor Stravinski
Petrouchka
Richard Wagner - qui laissa à la postérité certains des opéras les plus marquants de l'histoire de la musique occidentale, parmi lesquels la Tétralogie, Tristan et Isolde et Parsifal - fut aussi l'auteur de partitions instrumentales, la plupart étant des oeuvres de jeunesse ou de circonstance. Siegfried Idyll composé pour une petite formation et conçue comme une aubade à Cosima, que Wagner avait épousée en 1870, prend appui sur plusieurs leitmotive empruntés à Siegfried. La pièce, aux enchevêtrements hamonieux de thèmes musicaux, respire l'allégresse d'un bonheur simple. Les Wesendonck Lieder sont, avec Siegfried Idyll avec l'une des rares compositions de Wagner hors opéra à être fréquemment jouées. Ce cycle de cinq chants pour voix féminine est un hommage à Mathilde Wesendonck, l'épouse de l'un de ses mécènes, est l'expression d'une sensibilité à fleur de peau.
Petrouchka d'Igor Stravinski, ballet créé en 1911 au théâtre du Châtelet par les Ballets Russes et de Pierre Monteux, raconte la dispute de Petrouchka (le Polichinelle du théâtre de marionnettes russe) et d'un Maure pour l'amour d'une ballerine. La débauche de rythmes novateurs et le flamboiement des couleurs orchestrales ont posé les fondements d'une esthétique musicale révolutionnaire, qui après Le Sacre de Printemps (1913) connaitra de multiples prolongements au cours du XXe siècle.
Lundi 11 Janvier, 20H
Kammerorchesterbasel
Hervé niquet, direction
anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
La Grande-Duchesse de Gérolstein
(version de concert)
Opéra bouffe de Jacques Offenbach
Livret de Henri meilhac et Ludovic Halévy
On ne s'étonne plus guère désormais de retrouver un chef estampillé « baroque » tenir l'affiche avec un opéra d'Offenbach. Plutôt identifié à de très sérieux programmes centrés sur le grand motet français du XVIIIe siècle, Hervé Niquet se lance joyeusement dans l'opéra-bouffe avec cette version de concert de La Grande Duchesse de Gérolstein.
Ce n'est au fond que le prolongement tout à fait logique d'une activité de chef plus variée qu'il n'y paraît : depuis des années, l'ancien chanteur des Arts Florissants a en effet porté son attention sur toute une filiation de la musique française, reliant Charpentier à Berlioz, Gounod, Dukas et Chabrier. De là à rejoindre la Grande Duchesse et le Général Boum, il n'y avait, il faut l'avouer, guère plus d'un pas. Il le franchit aujourd'hui en compagnie de l'une des plus admirables interprètes du rôle-titre, elle aussi venue d'horizons musicaux bien éloignés : Anne Sofie von Otter, après avoir consacré une large partie de sa carrière à Haendel, Mozart, Strauss et Mahler, était apparue comme une superbe Duchesse en 2004 sur la scène du Théâtre du Châtelet et sous la direction de Marc Minkowski. Ce n'est bien sûr pas le Concert spirituel, l'ensemble qu'il a fondé en 1987, qui accompagne le chef dans l'évocation de la volage Duchesse qui « aime les militaires ». Hervé Niquet s'appuiera sur l'Orchestre de chambre de Bâle, jeune formation polyvalente qui a déjà rendu visite à la Salle Pleyel en début de saison. Sonnez donc la trompette et battez les tambours...
Coproduction Céleste Productions - Les Grandes Voix, Salle Pleyel.
Samedi 16 Janvier, 20H
Joshua Redman
Véritable boule de feu au début des années 90, Joshua Redman décrocha les lauriers très jeunes. Ce fut un bien ; mais aussi un mal, sans doute... Comme ses jeunes confrères enchainés durant leurs études dans des « écoles de jazz », le saxophoniste ténor pouvait à peu près tout jouer. Tout. Était-ce pour autant de la musique ? Mais très vite, les recherches harmoniques de Redman ont atteint de vrais sommets. Les critiques nourrirent finalement ce sage du sax. Et que son jazz ait eu la rigueur hard bop ou la nonchalance funky, sa musique devenait un vrai laboratoire en fusion. Les fantômes de John Coltrane ou surtout de Sonny Rollins pouvaient bien continuer à le hanter, rien ne déséquilibrerait le fils du grand souffleur Dewey Redman, acteur majeur du jazz de la marge des années 70. Aujourd'hui, à 40 ans passés, le Californien n'avance que pour laisser entendre une voix : la sienne. Aussi, il peut rendre hommage à Bud Powell, développer de longs chorus aux harmonies réellement complexes, flirter avec les frontières d'un funk à peine electro ou même disserter simultanément avec une double rythmique (deux batteurs, deux bassistes), on ne se pose plus toutes ces questions existentielles sur son compte. Car Joshua Redman est désormais aux commandes de sa propre sémantique. Profonde, ample, ensorceleuse, plurielle. Bref, il joue du Joshua Redman. Comme un grand. Comme LES grands.
Samedi 23 Janvier, 20H
Les talens Lyriques
Christophe Rousset, direction
Celine Scheen, soprano
Judith Van Wanroij, soprano
Pascal Bertin, ténor haute-contre
Emiliano Gonzalez-toro, ténor haute-contre
David Lefort, taille
Christophe Gay, basse
Douglas Williams, basse
King Arthur (version de concert d'après la production du Théâtre
du Capitole de Toulouse)
Semi-opéra de Henry Purcell
Livret de John Dryden
King Arthur n'est pas un opéra. C'est plutôt... une sorte de star war baroquissime, une pièce proche de l'heroic fantasy peuplée de sorciers, divinités, sirènes, gnomes, génies, satyres, avec de vrais morceaux d'opéra dedans. Durant la seconde moitié du XVIIe, l'Angleterre vit encore dans la nostalgie de Shakespeare : elle en reprend les ouvrages en les truffant d'intermèdes musicaux (comme ceux, greffés sur Le Songe d'une nuit d'été, qui deviendront The Fair Queen de Purcell), ou encourage des dramaturges dotés de la même imagination onirique, tel John Dryden, auteur de King Arthur (1691). Les cinq actes contant la geste mythique du « valeureux Breton » sont chacun ornés de saynètes musicales, réservées aux personnages secondaires ou « non humains », dont le duel des esprits ennemis, Philidel et Grimbald (Acte II), la « scène du Froid », popularisée par Klaus Nomi (Acte III), et l'ineffable apparition de Vénus (« Fairest Isle », Acte V) sont les plus célèbres. Fortement inspirée de la musique écrite pour la cour de Louis XIV (où Charles II et Jacques II s'exilèrent), cette partition ne pouvait trouver meilleur défenseur que l'excellent ramiste Christophe Rousset, qui y confronte hautes-contres à la française et contre-ténors, réservant une place de choix à Judith Van Wanroij, soprano hollandaise issue du « Jardin des voix », déjà applaudie à Paris en 2008 dans le Didon et Énée du même Purcell, dirigé par Christie à l'Opéra-comique.
Lundi 25 Janvier, 20H
Tchaïkovski, intégrale des symphonies
Orchestre du théâtre mariinsky
Valery Gergiev, direction
Piotr Ilitch tchaïkovski
Symphonie n° 1
Symphonie n° 4
Mardi 26 Janvier, 20H
Orchestre du théâtre mariinsky
Valery Gergiev, direction
Piotr Ilitch tchaïkovski
Symphonie n° 2
Symphonie n° 5
Vendredi 29 Janvier, 20H
Orchestre du théâtre mariinsky
Valery Gergiev, direction
Piotr Ilitch tchaïkovski
Symphonie n° 3
Symphonie n° 6 « Pathétique »
Après l'exploration des oeuvres de Prokofiev avec le London Symphony Orchestra, Valery Gergiev se plonge dans une intégrale des symphonies de Tchaïkovski avec l'Orchestre du Théâtre Mariinsky. Une petite décennie à peine sépare la Symphonie n° 5 de la précédente, et cinq ans s'écouleront avant que Tchaïkovski ne mette un point final à son épopée symphonique, avec la Symphonie n° 6 dite « Pathétique ». Ses trois dernières symphonies sont considérées comme un triptyque uni par une idée commune, celle de l'homme face à son destin. Du cycle complet des six symphonies, les trois dernières conservent auprès du grand public une renommée incontestable. Ce n'est pas un hasard si elles sont si abondamment enregistrées et si fréquemment inscrites au programme des concerts. Reste que ses trois premières symphonies - qui méritent davantage qu'un rapide coup d'oreille - portent en germe les éléments constitutifs de la pleine maturité du compositeur. Sous des dehors tourmentés, elles traduisent une pensée organisée en différentes strates clairement balisées, doublée d'une science de l'orchestration qui fait de Tchaïkovski l'un des grands maîtres russes.
Manifestation organisée dans le cadre de l'Année France-Russie 2010.
Samedi 30 Janvier, 20H30
London Symphony Orchestra
Sir John Eliot Gardiner, direction
maria-João Pires, piano
Ludwig van Beethoven
Ouverture d'Egmont
Concerto pour piano n° 2
Symphonie n° 6 « Pastorale »
Dimanche 31 Janvier, 16H
London Symphony Orchestra
the monteverdi Choir
Sir John Eliot Gardiner, direction
Rebecca Evans, soprano
Vuyani mlinde, baryton
Ludwig van Beethoven
Symphonie n° 1
Symphonie n° 9 « Hymne à la joie »
John Eliot Gardiner poursuit à la Salle Pleyel son cycle Beethoven avec le London Symphony Orchestra. Une rencontre toujours passionnante, qui mêle le travail historiciste du chef britannique, pionnier du renouveau baroque outre-Manche, à l'esprit de tradition d'une des plus grandes phalanges européennes. Le LSO conserve ses qualités légendaires de cohésion et de dynamisme mais modifie, sous la direction de Gardiner, son rapport au vibrato et son travail
d'articulation. Son effectif instrumental est également réduit, afin de retrouver les conditions originales d'exécution. Le programme du premier concert donne à entendre, outre l'Ouverture d'Egmont et la Symphonie n°6 « Pastorale », le Concerto pour piano n°2 de Beethoven. Avec, en soliste, la pianiste portugaise Maria-João Pires, dont le toucher clair et expressif s'allie parfaitement à la direction imaginative mais précise de Gardiner. Le lendemain, l'affiche confronte la première et la dernière symphonie du Maître de Bonn.
Une belle occasion de mesurer l'évolution du discours symphonique beethovenien, depuis la Symphonie n°1, composée en 1799, aux influences encore classiques (Beethoven fût l'élève de Haydn), jusqu'à la Symphonie n°9, créée en 1824 et qui, notamment par sa durée et sa forme, ouvre de nouvelles perspectives esthétiques.
Dans cette ultime symphonie interviennent quatre solistes vocaux et un choeur, en l'occurrence le Monteverdi Choir, fondé par Gardiner en 1964 et dont l'homogénéité et l'intelligence du texte forcent l'admiration.
Dans le cadre de Takeda Global Concert.
Lundi 1 Février, 20H
new york Philharmonic
alan Gilbert, direction
yefim Bronfman, piano
magnus Lindberg
OEuvre nouvelle
(commande du New York Philharmonic)
Sergueï Prokofiev
Concerto pour piano n° 2
Sergueï Rachmaninov
Symphonie n° 2
Mardi 2 Février, 20H
new york Philharmonic
alan Gilbert, direction
thomas Hampson, baryton
Joseph Haydn
Symphonie n° 49 « La Passione »
John adams
The Wound-Dresser
franz Schubert
Symphonie n° 8 « Inachevée »
alban Berg
Trois Pièces pour orchestre
Pas de temps à perdre pour Alan Gilbert. Entouré des musiciens de l'Orchestre Philharmonique de New York, dont il est le patron depuis septembre 2009, le chef fait une halte parisienne. Inutile de dire que ce concert s'annonce d'emblée comme l'un des événements de la saison symphonique dans la capitale. Si les mélomanes français connaissent bien les qualités de la phalange new-yorkaise - l'une des toutes meilleures outre-Atlantique, aux côtés de Philadelphie, Chicago, Boston et Cleveland -, ils ne savent presque rien, ou presque, d'Alan Gilbert, qui vient de succéder à Lorin Maazel. Cet Américain de quarante-deux ans, né à New York, d'un père américain et d'une mère japonaise, tous deux musiciens a commencé la musique par des études de violon et d'alto au Curtis Institut de Philadelphie et à la Juilliard School de New York. Il a fait ses débuts de chef d'orchestre en étant assistant à l'Opéra de Sante Fe, poste qui fut rapidement suivis par une nomination de chef principal de l'Orchestre Philharmonique Royal de Stockholm, de 2000 à 2008. Un parcours sans faute qui laisse augurer du meilleur pour les cinq années de son mandat de directeur musical de l'Orchestre philharmonique de New York. Son goût pour la musique de son temps le conduit à glisser subtilement des partitions nouvelles parmi les oeuvres du grand répertoire, dont l'Orchestre Philharmonique de New York s'est fait le champion.
Coproduction Productions Internationales Albert Sarfati, Salle Pleyel.
Vendredi 5 Février, 20H
Beethoven, intégrale des concertos
Staatskapelle Berlin
Daniel Barenboim, piano, direction
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 1
arnold Schönberg
Cinq Pièces op. 16
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 4
Samedi 6 Février, 20H
Staatskapelle Berlin
Daniel Barenboim, piano, direction
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 2
arnold Schönberg
Variations pour orchestre op. 31
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 3
Dimanche 7 Février, 16H
Staatskapelle Berlin
Daniel Barenboim, piano, direction
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 5 « Empereur »
arnold Schönberg
Pelléas et Mélisande
Les cinq concertos pour piano laissés par Beethoven, si on les compare aux neuf symphonies, et même s'ils donnent le sentiment d'un ensemble parfaitement achevé, peuvent passer pour des oeuvres de relative jeunesse. Ou plutôt, il semble qu'il ait rapidement eu conscience d'avoir épuisé les possibilités du genre. À l'audition, pourtant, les cinq partitions suivent un cours majestueux et presque naturel : d'abord, deux concertos lui permettant de s'y exprimer en tant que pianiste, oeuvres jumelles qui cherchent leur voie entre l'affirmation du créateur virtuose et la recherche de structures et d'expressions plus originales et profondes. Deux concertos, ensuite, faisant preuve d'une plus grande audace dans la forme et provoquant l'équilibre entre le soliste et l'orchestre. L'esprit de la Symphonie « Héroïque » (dans le Troisième) et de Fidelio (dans le Quatrième) y souffle à des degrés divers. Un couronnement indépassable, enfin, avec le triomphal Concerto « Empereur ». Ainsi, dans le principe concertant qui oppose soliste et orchestre, Beethoven découvre les sources vives d'un dialogue poétique libre qui, tout en préservant la forme traditionnelle du genre, la fait oublier ; le concerto beethovénien résonne pur de toute convention formelle. Ses dimensions temporelles et sonores sont, au reste, sensiblement élargies : conception symphonique des développements et des thèmes, de l'orchestre, de l'écriture pianistique elle-même, qui rivalise avec toute la masse sonore en un discours d'égal à égal.
Coproduction Piano****, Salle Pleyel.
Mardi 9 Et Vendredi 12 Février, 20H
Les arts florissants
William Christie, direction
Cecilia Bartoli, Cleopatra
andreas Scholl, Giulio Cesare
nathalie Stutzmann, Cornelia
Giulio Cesare (version de concert)
Opéra de Georg friedrich Haendel
Livret de nicola Haym
C'est à la belle histoire d'amour entre Cecilia Bartoli et Vivaldi que nous devons cette production. Lancée par le succès de The Vivaldi album (Decca, 1999), cette histoire n'a cessé de se confirmer. La célèbre mezzo qui n'était pas prédestinée à la voluptueuse Cléopâtre, a triomphé dans ce rôle à Zürich en 2005. L'autre surprise de la distribution est le retour à l'opéra de Nathalie Stutzmann, le plus transcendant de nos altos. L'affrontement des contre-ténors (l'un, le Français, en clef de soprano, l'autre, l'Allemand, en clef d'alto) était, lui, attendu depuis longtemps. César accoste en Égypte sur les traces de son rival Pompée, que le pharaon Ptolémée a fait assassiner. Ensorcelé par Cléopâtre, demi-soeur de Ptolémée et prétendante au trône égyptien, encouragé par la veuve et le fils de Pompée, César échappera-t-il aux sombres trames du pharaon ? La réponse en une trentaine d'arias transcendantes, trois duos et quelques batailles, convoquant toute la palette de l'orchestre baroque (harpe, cor, basson, flûtes concertants inclus) au fil de ce qui reste l'une des plus foisonnantes et des plus célèbres oeuvres du « cher Saxon », décédé il y a deux cent-cinquante ans.
Samedi 13 Février, 11H
Concert éducatif
La France romantique
Les Siècles
françois-xavier Roth, direction
Pierre Charvet, présentation
Beethoven, qui admire Bonaparte et Victor Hugo pour sa préface d'Hernani, pose les bases d'un manifeste romantique. Révélons tout un pan musical largement méconnu de la France romantique.
Coproduction Cité de la musique, Salle Pleyel.
Samedi 13 Février, 20H
Orchestre national du Capitole de toulouse
tugan Sokhiev, direction
Denis matsuev, piano
Sergueï Rachmaninov
Variations sur un thème de Paganini
Danses symphoniques
Il n'est plus guère nécessaire de présenter Tugan Sokhiev. Depuis quatre années qu'il est à la tête de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse, le chef natif d'Ossétie du Nord est venu à de multiples reprises rendre visite au public de la Salle Pleyel, sans compter quelques apparitions à la tête des orchestres de Radio France. Sans surprise, ce jeune chef formé auprès de Youri Temirkanov à Saint-Pétersbourg voue une prédilection certaine pour le répertoire russe, sensible par exemple la saison dernière dans son interprétation de la Cinquième Symphonie de Chostakovitch, ici-même avec le même orchestre. Son choix s'est porté cette année sur Rachmaninov. Les Danses symphoniques constituent la dernière partition du compositeur. OEuvre d'exil, écrite en 1940 aux États-Unis et créée l'année suivante par Eugene Ormandy, ce triptyque symphonique est tout empreint de la nostalgie et de « l'âme russe » qui caractérisent l'oeuvre du compositeur, aussi anachronique qu'indispensable. La virtuosité orchestrale s'y fait moins tonitruante qu'élégante avec de nombreuses parties solistes. Auparavant, rejoints par Denis Matsuev, autre artiste très présent Salle Pleyel, l'orchestre toulousain et son chef interprètent les diaboliques variations (vingt-quatre au total) de la Rhapsodie sur un thème de Paganini qui précéda de six ans les Danses symphoniques. On remarquera au passage la persistance chez Rachmaninov du recours au thème du Dies Irae, cité dans les deux oeuvres jouées ce soir, comme dans d'autres, du reste, telles L'Île des morts ou les première et troisième symphonies.
Coproduction Orchestre National du Capitole de Toulouse, Salle Pleyel.
Lundi 15 Février, 20H
Daniel Barenboim, piano
OEuvres de frédéric Chopin
Programme communiqué ultérieurement
Mardi 16 Février, 20H
Daniel Barenboim, piano
OEuvres de frédéric Chopin
Programme communiqué ultérieurement (différent de celui du 15 février).
Parmi les instrumentistes qui se lancent dans la direction d'orchestre, nombreux sont ceux qui abandonnent assez rapidement leur « premier amour ». Ce n'est pas le cas de Daniel Barenboim, qui, en dépit de ses multiples fonctions (directeur musical de l'Opéra d'État de Berlin, dont les musiciens l'ont élu chef à vie, fondateur et chef du West-Eastern Divan Orchestra, auteur de nombreux livres faisant notamment le lien entre musique et politique), poursuit sans relâche sa carrière de pianiste. Le musicien aux quatre passeports (argentin, espagnol, israélien, palestinien) propose à la Salle Pleyel deux récitals consacrés à Frédéric Chopin. Entre Barenboim et le compositeur romantique, c'est une longue histoire. Lors de ses études avec sa mère, puis avec son père, qui restera son professeur principal, le grand répertoire du XIXe siècle occupe une place considérable. Il a enregistré l'intégrale des Nocturnes, de nombreux préludes et sonates. Avec sa femme, Jacqueline Du Pré (disparue en 1987), il jouait régulièrement la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur. Dans ses interprétations des oeuvres de Chopin, Daniel Barenboim évite toujours l'écueil de l'emphase et du sentimentalisme. Son toucher profond, précis et architecturé révèle l'intensité parfois dramatique des partitions du compositeur polonais. Son dosage du rubato lui permet de développer une certaine liberté dans le discours musical sans jamais perdre de vue la puissance formelle. Une véritable gageure dans un répertoire composé majoritairement de pièces construites sous la forme de miniatures.
Production Piano****.
Mercredi 17 Février, 20H
Jeudi 18 Février, 20H
Anniversaire Christoph Eschenbach
Orchestre de Paris
Christoph Eschenbach, direction
Waltraud meier, mezzo-soprano
Hector Berlioz
La Mort de Cléopâtre
Symphonie fantastique
Samedi 20 Février, 17H
Orchestre de Paris
Christoph Eschenbach, piano, direction
Wolfgang amadeus mozart
Concertos pour piano nos 12 et 23
Samedi 20 Février, 20H
Christoph Eschenbach, piano
Gidon Kremer, violon
Yo-Yo Ma, Violoncelle
Tzimon Barto, Piano
Le programme de ce concert de gala réunit des musiciens de prestige invités par Christoph Eschenbach.
Distribution complète et programme communiqués ultérieurement.
Bon anniversaire maestro ! Le chef d'orchestre Christoph Eschenbach est né il y a exactement 60 ans, le 20 février 1940, à Breslau en Allemagne. La Salle Pleyel et l'Orchestre de Paris (dont il est le directeur musical depuis septembre 2000), organisent différents concerts pour fêter l'événement. Christoph Eschenbach dirige ainsi deux programmes avec son orchestre. Le premier est dédié à Hector Berlioz, dont on entendra la cantate La Mort de Cléopâtre (avec en soliste la soprano Waltraud Meier, wagnérienne d'exception) et la célèbre Symphonie fantastique, qu'Eschenbach a d'ailleurs enregistrée avec succès à la tête de l'Orchestre de Paris (Naïve). La musique française est assurément un répertoire de prédilection pour le chef allemand, dont la gestique allie étroitement sensibilité expressive et clarté analytique. Le deuxième programme « anniversaire » donne à entendre deux concertos pour piano et orchestre (n°12 et n°23) de Mozart. L'occasion d'apprécier le talent de pianiste de Christoph Eschenbach, qui a remporté en 1965 le Premier Prix du Concours Clara Haskil. Le dernier concert joue la carte de la musique de chambre, en réunissant, autour du piano d'Eschenbach, des solistes prestigieux. On retrouve ainsi le violon de Gidon Kremer, le violoncelle de Yo-Yo Ma ou encore le piano de Tzimon Barto - tous des fidèles de longue date du musicien allemand. Ces concerts anniversaire sont d'autant plus émouvants que Christophe Eschenbach s'apprête à quitter, à la fin de la saison, l'Orchestre de Paris pour aller prendre les
rênes de l'Orchestre Symphonique National de Washington. Une nouvelle étape dans la carrière de cet artiste fascinant.
Dimanche 21 Février, 16H
Boston Symphony Orchestra
James Levine, direction
Pierre-Laurent aimard, piano
Steven ansell, alto
Elliott Carter
Dialogues, pour piano et orchestre
Hector Berlioz
Harold en Italie, pour alto et orchestre
maurice Ravel
Concerto pour la main gauche
Daphnis et Chloé (Suite n° 2)
Lundi 22 Février, 20H
Boston Symphony Orchestra
James Levine, direction
Renée fleming, soprano
franz Schubert
Ouverture de Rosamonde
Richard Strauss
Quatre Derniers Lieder
Gustav mahler
Symphonie n° 4
Un pied à New York, un autre à Boston. Assurément, James Levine appartient à la race des chefs d'orchestre que rien n'altère ; son appétit musical est proprement gargantuesque. À New York, depuis 1975, il dirige d'une main de maître le Metropolitan Opera, l'une de ces institutions lyriques d'outre-Atlantique qui font la fierté des Américains.
Sous sa férule, la scène new-yorkaise s'est de nouveau hissée au rang des toutes meilleures maisons d'opéras de par le monde : en trois décennies d'un magistère mené tambour battant, il a insufflé un souffle nouveau à l'orchestre, découvert pléthore de chanteurs à l'immense talent, bâti des productions solides. Sans abandonner son poste newyorkais, James Levine a accepté en 2004 de succéder à Seiji Ozawa à la direction musicale de l'Orchestre Symphonique de Boston. Conscient de l'immense travail accompli par son prédécesseur au cours d'un mandat qui aura duré plus de trente ans, il a néanmoins déjà réussi à y instiller son propre style. Habitué à fréquenter les meilleurs interprètes internationaux, le chef américain a eu la main heureuse, en choisissant d'inviter, pour ces deux concerts parisiens, le pianiste Pierre-Laurent Aimard et la soprano Renée Fleming : dans le Concerto pour la main gauche de Ravel, celui qui fut l'élève d'Olivier Messiaen n'a pas son pareil pour souligner les brusques changements de climat ; pour les Quatre Dernier Lieder de Richard Strauss, l'Américaine a, depuis longtemps, trouvé le ton juste.
Coproduction Productions Internationales Albert Sarfati, Salle Pleyel.
Jeudi 25 Février, 20H
Yael Naim
Née à Paris en 1978, grandie en banlieue de Tel Aviv, Yael Naim aura été la sensation forte de 2007, avec un album éponyme, patiemment conçu avec son fidèle complice, le batteur David Donatien. Porté par l'irrésistible mélodie de « New Soul », qui deviendra la bande-son pour une campagne mondiale d'Apple, le disque atteint le sommet des charts. La nouvelle voix française devient vite une révélation mondiale, dans une veine jazz folk soul acoustique. Néanmoins, ce coup de pouce du destin ne saurait masquer la réalité : avant d'en arriver là, cette jeune trentenaire aura énormément oeuvré dans les couloirs de la gloire. C'est ainsi qu'avant d'égrener ses chansons nomades et polyglottes, elle aura passé dix ans au conservatoire pour se perfectionner en piano classique, tout en se passionnant à l'adolescence pour les Beatles ou encore Aretha Franklin. Deux références qui feront sens à l'heure de la reconnaissance. En attendant, elle se met à écrire ses propres textes à 18 ans, pratique le jazz dans les clubs de Tel Aviv, et fonde un premier groupe, Anti Colision. L'année suivante, elle s'envole pour Paris et signe chez EMI, puis endosse le rôle de Miriam, la soeur de Moïse, dans le comédie musicale d'Elie Chouraquie « Les 10 commandements », avant de signer un premier album, In a Man's Womb, sans succès. S'en suivra le début d'un conte de fée...
Vendredi 26 Février, 20H
Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction
mitsuko uchida, piano
György Ligeti
San Francisco Polyphony
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 4
Jean Sibelius
Symphonie n° 2
Samedi 27 Février, 20H
Berliner Philharmoniker
Sir Simon Rattle, direction
Richard Wagner
Ouverture des Maîtres chanteurs
arnold Schönberg
Symphonie de chambre n° 1
(version pour grand orchestre)
Johannes Brahms
Symphonie n° 2
L'Orchestre Philharmonique de Berlin est l'une des meilleures formations au monde, et sans conteste la plus emblématique de l'univers symphonique. Son homogénéité, l'élan collectif qui s'en dégage reflètent dans ce qu'elle a de plus fort la tradition des orchestres allemands : discipline, insertion progressive des instrumentistes, qui gravissent généralement les échelons au sein de l'ensemble avant de parvenir aux postes de solistes, continuité assurée par la durée particulièrement longue des mandats des chefs permanents. Ainsi, de Hans von Bülow hier à Simon Rattle aujourd'hui, en passant par Nikisch, Furtwängler ou Karajan, les figures mythiques qui se sont succédés à sa tête ont contribué à cultiver, entretenir ou infléchir sa sonorité puissante et profonde, et à enraciner l'orchestre toujours plus dans la cité, dont il est une composante depuis longtemps indissociable. Entre conférences et documentaires, entre forums et musique vivante, ce cycle consacré à la phalange berlinoise et aux différents ensembles qui y sont attachés (Berliner Barock Solisten, Philharmonia Quartett Berlin) témoigne, plus que jamais, qu'à ce riche passé s'ajoute un glorieux présent.
Lundi 1 Mars, 20H
Anniversaire Chopin
Krystian zimerman, piano
frédéric Chopin
Sonates n° 2 et 3
Vainqueur en 1975 du Concours Chopin de Varsovie à l'âge de 19 ans, le pianiste polonais Krystian Zimerman se devait de rendre hommage à son compatriote pour le 200ème anniversaire de la naissance de Chopin le 1er mars 1810 dans le petit village de Zelazowa-Wola. Les deux oeuvres qu'il a inscrites à son programme (la Sonate en si bémol mineur opus 35 « Funèbre » et la Sonate en si mineur opus 58) sont des monuments de la littérature pianistique et du répertoire romantique. Les mélodies les plus volubiles du belcanto, les gouffres amers qui s'ouvrent devant nous, les déferlements de fougue frémissante, les élans passionnés, sous ses doigts, fourniront la matière à une interprétation qui évite toujours le piège de la sensiblerie, privilégiant le galbe parfait, la beauté de ligne, le sens de la respiration. La vision de Zimerman est discursive et nous prend par la main à la manière d'Arthur Rubinstein qui a été l'un de ses maîtres à penser. Elle possède une simplicité non exempte de dramaturgie, même si le lyrisme et la sensualité ne se laissent pas conquérir immédiatement. Par son art décanté et dense, sa maturité empreinte de profondeur et de sensibilité épurée et ce sens inné du chant, Zimerman s'inscrit dans une tradition désormais légendaire.
Samedi 6 Mars, 20H
Festival de Lugano / Musique romantique
martha argerich, piano
et invités
Dimanche 7 mars, 16H
Festival de Lugano / Autour du tango
martha argerich, piano et invités
Martha Argerich prend ses quartiers d'hiver à la Salle Pleyel qui d'ailleurs est devenue sa maison parisienne depuis sa réouverture.
La pianiste est à l'affiche de deux concerts révélant des facettes contrastées de sa riche personnalité artistique. La première soirée recrée l'atmosphère d'une manifestation atypique du paysage musical : le Festival de Lugano. Depuis 2001, la ville suisse italienne accueille, autour de Martha Argerich, des chambristes venus du monde entier dans un esprit particulièrement chaleureux. Dans ce « clan » Argerich figurent des interprètes célèbres, comme le violoncelliste Mischa Maisky ou le pianiste Stephen Kovacevich, mais aussi de jeunes talents repérés par Argerich elle-même. Point commun entre tous ces interprètes : le même jeu passionné et intense, à l'opposé de toute routine. Cela offre l'occasion de redécouvrir des oeuvres que l'on croyait connaître par coeur et dont ces musiciens nous livrent, avec enthousiasme, une nouvelle vision.
Le concert du lendemain change complètement de répertoire, en étant dédié au tango. Rien de plus normal pour Martha Argerich qui est née en 1941 à Buenos Aires, où elle a fait ses premiers pas musicaux. À l'instar de Daniel Barenboim, autre natif de la capitale d'Argentine, elle a choisi de s'approprier cette danse traditionnelle devenue aujourd'hui souvent galvaudée. Avec son toucher nerveux et sensuel, elle saura imposer, en compagnie de ses amis musiciens, l'énergie rythmique propre à cette musique. Reste à savoir si, pour l'occasion, la Salle Pleyel se transformera en salle de bal...
Samedi 13 Mars, 20H
Laurent Garnier
Pionnier de la musique électronique en France, il a fondé et dirigé le célèbre label français F Communications. Avec ses invités, il présente une création spéciale pour la Salle Pleyel.
C'est dans la chambre de son adolescence, que Laurent Garnier va exercer ce toucher qui fera bientôt de lui l'un des emblèmes de la musique électronique. Là, il entasse une sérieuse collection de vinyles, dans tous les styles, et commence à tâter de la platine.
Mais c'est en traversant la Manche, en 1987, que le natif de Boulogne-sur-Mer va se faire un nom en devenant l'un des DJ résidents de l'Hacienda, le fameux club de Manchester. Il est DJ Pedro, il a le pitch tendance house. À son retour à Paris, en 1990, il s'illustre aux platines du Palace et du Boy, agitant sévèrement le dance-floor. Mais c'est avec le son de la techno, qu'il rapporte de ses voyages transatlantiques que Laurent Garnier impose son son. Il enchaîne les singles tandis que ses DJ sets affolent le tout Paris. Pionnier et référence jusqu'en Angleterre, il publie Shot In The Dark en 1994 sur son propre label, F Communications. C'est un premier succès, et surtout la première pierre d'un label qui va construire la légende de la French Touch électronique des années 1990. Celle des soirées Wake up qu'il organise au Rex, le temple parisien. Mieux, à l'approche du millénaire, il est l'un de ceux qui font entrer la musique électronique chez le grand public... Sans jamais se couper du cercle d'initiés, officiant aux platines de Radio Nova ; sans jamais oublier d'innover et de convier des musiciens sur scène, comme lors d'un mythique Olympia ou lors de ses collaborations avec le pianiste Bugge Wesseltoft. Comme encore ce soir, où ce passeur esthète et essentiel de la scène électroacoustique convie des complices à l'occasion d'une création spécialement pensée pour la Salle Pleyel.
Dimanche 14 Mars, 20H
Pat Metheny Orchestrion
Musicien bien plus complexe qu'il n'y parait, Pat Metheny surprend à chaque nouvelle étape de son impressionnante carrière riche d'une quarantaine d'albums. On voulut circonscrire le guitariste du Missouri à la fusion plurielle de ses débuts (le très populaire Pat Metheny Group) qu'il plastiquait ses propres conventions avec le Pape du free jazz (Song X en compagnie d'Ornette Coleman). Et s'il osait alors s'aventurer en terres hard-bop, c'était évidement pour soudainement mettre à nu les lois de l'apesanteur musicale le temps d'un album de pur bruit blanc inaudible (Zero Tolerance For Silence). Le casting des complices de Pat Metheny, fréquents ou occasionnels, a lui aussi une géniale allure bigarrée : Jim Hall, Paul Bley, Jaco Pastorius, Lyle Mays, Dewey Redman, Michael Brecker, Billy Higgins, Ornette Coleman, Sonny Rollins, Herbie Hancock, Dave Holland, Roy Haynes, Joshua Redman, Brad Mehldau, Gary Burton, Chick Corea, Christian McBride ou même Joni Mitchell et David Bowie ! Peu manquent à l'appel... Ces changements de cap intempestifs et cette bougeotte relationnelle n'empêchent pourtant pas Metheny d'offrir une personnalité musicale bien réelle. Un phrasé unique. Sobre ou volubile. Identifiable en moins de deux accords. Car quelle que soit la formation choisie, cette griffe Metheny fait désormais partie de l'histoire du jazz aux côtés de celle de Wes Montgomery (son idole !) ou de John McLaughlin.
Lundi 15 Mars, 20H
Deutsches Symphonie-Orchester
Ingo metzmacher, direction
Leonidas Kavakos, violon
Ludwig van Beethoven
Concerto pour violon
Igor Stravinski
L'Oiseau de feu
Si le public parisien a de la mémoire, il devrait se retrouver nombreux pour ce concert. En mars 2004, à la tête de l'Orchestre national de France, Ingo Metzmacher livrait en effet une interprétation miraculeuse, comme en apesanteur, de L'Oiseau de feu de Stravinsky. Le chef allemand n'était déjà plus un inconnu à Paris puisqu'il y avait dirigé à de nombreuses reprises les orchestres de Radio France, manifestant chaque fois sa volonté de faire découvrir des pages méconnues du XXe siècle comme celle de surprendre encore avec les chefs-d'oeuvre que l'on croyait connaître.
Ingo Metzmacher se présente pour la première fois à Paris avec le Deutsches Symphonie-Orchester, phalange berlinoise dont il est devenu le chef principal et directeur artistique en 2007. On peut espérer qu'il renouvelle son interprétation magistrale du ballet de Stravinsky, d'autant que l'orchestre connaît lui aussi très bien l'oeuvre du compositeur russe pour l'avoir souvent abordée avec ses précédents directeurs musicaux, Vladimir Ashkenazy et Kent Nagano. Moins souvent entendu dans le grand répertoire du XIXe siècle, Ingo Metzmacher partage la première partie du concert avec Leonidas Kavakos dans le Concerto pour violon de Beethoven.
Remarquable virtuose, d'une intelligence et d'une intégrité peu communes, le violoniste grec donne des oeuvres classiques - Mozart et Beethoven en particulier - des interprétations toujours justes, lumineuses et sans excès.
Mardi 16 Mars, 20H
London Symphony Orchestra
John adams, direction
Jeremy Denk, piano
maurice Ravel
Valses nobles et sentimentales
Igor Stravinski
Concerto pour piano et vents
Claude Debussy / Colin matthews
Ce qu'a vu le vent d'ouest
Le Vent dans la plaine
La Fille aux cheveux de lin
John adams
Symphony: City Noir
(création, commande du London Symphony Orchestra et de la Salle Pleyel)
Il est sans doute le compositeur le plus joué, ses opéras sont donnés dans le monde entier : John Adams jouit d'une popularité sans pareil. Se produisant avec les plus grands orchestres du monde, le pionnier du minimalisme et de la musique répétitive continu aussi son activité de chef d'orchestre. Avec le London Symphony Orchestra, il donnera quelques uns de ses compositeurs de prédilection. De son amour de la musique Française, John Adams retient les couleurs sensuelles de Debussy et le raffinement orchestral de Ravel. De Stravinsky, il garde l'énergie rythmique et la force de conviction. Pour le compositeur, l'orchestre se décline sous ses multiples possibilités, de la transcription à l'arrangement en passant par l'orchestration. On avait retenu les mélodies faciles et les rythmes prenants de Doctor Atomic, on avait approuvé l'efficacité de l'opéra, la pertinence du sujet ainsi que l'habileté de l'orchestration. Fasciné par les capacités qu'a l'homme à s'autodétruire, envoûté par les civilisations perdues ou par la violence d'une ville, Adams travaille sur le réalisme et fait de son oeuvre, depuis quelques années, un chant de l'apocalypse. Jamais consensuel, il a imposé avec force un style, une esthétique. On découvrira donc Symphony : City Noir, commande du London Symphony Orchestra, orchestre fascinant de souplesse et aussi à l'aise dans le répertoire traditionnel que dans les créations.
Mardi 23 Mars, 20H
Gianluca Cascioli, piano
Robert Schumann
Allegro op. 8
Carnaval de Vienne op. 26
Claude Debussy
Préludes
Découvert par Maurizio Pollini, le pianiste italien Gianluca Cascioli vole désormais de ses propres ailes. Il aime, dans ses programmes, confronter les styles, les époques et les genres. Quelle similitude voit-il entre le Romantisme de Robert Schumann présent dans l'Allegro opus 8 (1831) ou le Carnaval de Vienne opus 26 (1839) et cette alchimie harmonique des sons propre à Claude Debussy où toute trace de moules disparaît dans les deux Livres de Préludes (1910 et 1913) au profit de la seule liberté créatrice ? Sans doute les deux compositeurs ont-ils en horreur les pièces de grande dimension, les formes longues qui réclament une construction et une architecture cherchant, en dépit des apparences, la discipline dans la liberté. Le caractère à la fois enflammé et poétique de Schumann, alternance d'états d'âme où Eusebius le rêveur côtoie l'ardeur de Florestan, semble pourtant à des années lumière de l'oeuvre de Debussy marquée par l'inexprimable. De façon anecdotique, tous deux citeront explicitement la Marseillaise, l'un dans l'Allegro initial conquérant du Carnaval de Vienne, l'autre dans Feux d'artifice (la dernière pièce du Livre II des Préludes). Sans nul doute ces parfums, ces couleurs et ces sons qui se répondent tant dans l'imaginaire schumannien que dans l'inspiration debussyste trouveront, en Gianluca Cascioli, un interprète attentif aux effusions personnelles du grand romantique allemand et aux pièces suggestives de Claude de France, mystérieux accords entre la nature et notre imagination.
Production Piano****.
Vendredi 26 Mars, 20H
Le Concert Spirituel, choeur et orchestre
Hervé niquet, direction
Rosemary Joshua, soprano
Sara mingardo, alto
andrew tortise, ténor
Roderick Williams, baryton
Georg friedrich Haendel
Le Messie
Foin des Messie monochromes et pachydermiques tels que les multipliait la Londres victorienne ! Avec Hervé Niquet et son gouleyant Concert spirituel l'on espère retrouver l'un des aspects trop négligés de cette puissante partition : la couleur. Car les trois parties du Messie (Dublin, 1742), si elles évoquent les stations d'un chemin de croix (Nativité, Crucifixion, Résurrection), ne font-elles pas aussi penser à trois saisons contrastées ? L'été agreste évoqué par la scène d'ouverture du ténor, la brillante exultation du soprano (« Rejoice greatly ») et l'annonce des anges, au parfum napolitain, précède l'ombre automnale dessinée par les grands choeurs tragiques (« Behold the Lamb ») et l'immense aria d'alto (« He was despised » ), si poignante que la créatrice, femme légère, fut absoute par sa congrégation après l'avoir chantée, tandis que la basse se fait l'oracle des bouleversements hivernaux, annonçant les printanières renaissances (avec« Why do the nations » ou le terrifiant « The trumpet shall sound »). Bien sûr, Le Messie, pour beaucoup, c'est l'Hallelujah, où se mêlent la complexité anglicane et l'irrésistible montée vers l'aigu héritée des motets catholiques de Haendel - comme dans chacun des vingt choeurs, dont certains ne sont que de très profanes duos italiens déguisés et qui, tous, par leur fermentation rythmique et leur orgiaque fusion de timbres, guident l'auditeur vers des transes bien peu sacrées. Gageons que les voix sensuelles de Rosemary Joshua (la Sémélé de Christie) et de Sara Mingardo ne feront rien pour y remédier...
Samedi 27 Mars, 20H
Musique de chambre russe
Brigitte Engerer, piano
Boris Berezovsky, piano
Sergueï Rachmaninov
Suite pour deux pianos n° 1 op. 5
Suite pour deux pianos n° 2 op. 17
Piotr Ilitch tchaïkovski
Francesca da Rimini
(transcription pour piano à quatre mains)
franz Schubert
Fantaisie pour piano à quatre mains
Dimanche 28 Mars, 11H
Concert en famille
Souvenirs d'enfance
Brigitte Engerer, piano
Dmitri makhtin, violon
OEuvres de Piotr Ilitch tchaïkovski,
anton Rubinstein, Dmitri Chostakovitch, anatoli Liadov
et alexander alabiev
Dimanche 28 Mars, 16H
Dmitri makhtin, violon
alexander Kniazev, violoncelle
Boris Berezovsky, piano
Sergueï Rachmaninov
Trio élégiaque n° 1
Dmitri Chostakovitch
Trio n° 2
Piotr Ilitch tchaïkovski
Trio « à la mémoire d'un grand artiste »
Les pianistes Brigitte Engerer et Boris Berezovsky consacrent un week-end entier à la musique de chambre russe. Depuis de nombreuses années, ces deux musiciens forment un binôme particulièrement complice, que ce soit sur CD ou en concert. Ils ont en commun d'avoir été formés à la même école d'interprétation russe : Brigitte Engerer a étudié à Moscou avec Stanislav Neuhaus tandis que Boris Berezovsky a suivi dans la même ville l'enseignement d'Eliso Virsaladze. Les deux ont remporté à quelques années d'intervalle le célèbre Concours Tchaïkovski. Le premier concert donné à la Salle Pleyel permettra de les entendre en duo dans des suites pour deux pianos de Rachmaninov, dans une transcription de la fantaisie symphonique Francesca da Rimini de Tchaïkovski et, seule entorse à la thématique russe, dans la fameuse Fantaisie à quatre mains de Schubert.
Un programme sur-mesure pour apprécier l'alliance toujours expressive de ces deux touchers. Le lendemain, Brigitte Engerer nous ramène dans nos jeunes années à la faveur d'un concert sur le thème des « Souvenirs d'enfance ». L'affiche réunit des pièces de Tchaïkovski, Rubinstein, Chostakovitch, Liadov et Alabiev, offrant ainsi un beau voyage à travers la tradition pianistique russe depuis ses envolées romantiques jusqu'à ses rythmes modernistes. Le troisième et dernier concert met à l'honneur la formation chambriste du trio avec piano, dans des pièces de Rachmaninov, Chostakovitch et Tchaïkovski (avec son bouleversant Trio « à la mémoire d'un grand artiste »). Boris Berezovsky s'est entouré de ses fidèles compagnons de route, tous rompus au grand style russe : le violoniste Dmitri Makhtin et le violoncelliste Alexander Kniaziev.
Coproduction Productions Internationales Albert Sarfati, Salle Pleyel.
Lundi 29 Mars, 20H
Juan Diego flórez, ténor
Vincenzo Scalera, piano
Airs de Christoph Willibald Gluck, Gioacchino Rossini...
Le ténor péruvien Juan Diego Flórez a trouvé à Paris un public tout acquis à sa cause et il ne manque pas chaque année de venir le saluer par un récital, tantôt avec orchestre, tantôt, comme c'est le cas cette année, en compagnie du fidèle Vicenzo Scalera. Pour l'heure, le programme annonce des airs de Christoph Willibald Gluck et Gioacchino Rossini, soit la promesse de deux répertoires dans lesquels le ténor excelle. C'est dans Armide de Gluck, dans le rôle du Chevalier danois, que Juan Diego Florez a fait ses débuts en 1996 à La Scala de Milan, peu après ses premiers sur les scènes européennes au Festival Rossini de Pesaro. Il a depuis ajouté à son répertoire le rôle d'Orphée (Orphée et Eurydice), qu'il a interprété pour la première fois en 2008 au Teatro Real de Madrid et dont il inscrit régulièrement les deux airs « J'ai perdu mon Eurydice » et « L'espoir renaît dans mon âme » au programme de ses récitals. Pour Rossini, c'est une autre histoire. Depuis sa prise de rôle en Corradino dans Matilde di Shabran à Pesaro en 1996, Rossini a offert au jeune ténor des rôles qui furent autant de sésames pour les grands théâtres lyriques. C'est ainsi qu'il fut le Comte Almaviva du Barbier de Séville pour ses débuts au Staatsoper de Vienne en 1999 puis au Metropolitan Opera de New York en 2002.
Céleste Productions - Les Grandes Voix.
Mercredi 31 Mars, 20H
Stephen Kovacevich, piano
Ludwig van Beethoven
Variations sur une valse de Diabelli
Programme complété ultérieurement.
Par sa liberté de ton héritée de la légendaire Dame Myra Hess dont il est le disciple, Stephen Kovacevitch, pianiste de caractère, s'est mué avec le temps en un interprète au naturel et à la simplicité toute classique dont l'intériorité ne se départit jamais d'une exigence supérieure et d'un respect stylistique souverain. L'oeuvre pour clavier de Beethoven a toujours constitué pour lui un terrain privilégié de réflexion et de réalisation. Outre une intégrale des 32 Sonates, les Bagatelles op. 119 et 126, il a enregistré à deux reprises les monumentales 33 Variations sur une valse de Diabelli opus 120 qui constituent, avec les trois dernières Sonates, le testament pianistique du compositeur. Le Titan de Bonn ouvre en effet de nouveaux chemins : le clavier est pour lui un orchestre avec ses sonorités d'orgue, tout un monde de formes sévères, maçonnées de façon héroïque, laissant jaillir l'ineffable, l'éternel. Visionnaire, il outrepasse l'instrument lui-même par la tension dramatique qu'il suscite et les effets instrumentaux qu'il crée ainsi que par le conflit entre le passé et l'avenir, entre forme et idée. Stephen Kovacevich se fera l'interprète de cette oeuvre gigantesque célébrant, selon le grand écrivain italien D'Annunzio : « l'azur opaque, sourd, égal, sans rayons, sans nuages, au-delà duquel s'étend peut-être cette région de la vie où une seule chose importe. »
Production Piano****.
Samedi 3 Avril, 20H
Les musiciens du Louvre - Grenoble
marc minkowski, direction
Joanna Lunn, soprano
terry Wey, contre-ténor
markus Brutscher, ténor
Christian Immler, basse
Solistes du tölzer Knabenchor
Johann Sebastian Bach
Passion selon saint Jean
Plus connu pour ses interprétations d'opéras baroques français ou d'oeuvres de Haendel que pour ses incursions en terre luthérienne, Marc Minkowski a récemment entamé un marathon Bach de longue haleine, lancé par une vibrante Messe en si réservée aux solistes (dont ceux que nous entendrons ce soir). Ses affinités avec la première Passion de Bach (1724) semblent plus évidentes encore : n'a-t-on pas souvent dit que la Passion selon Saint-Jean était l'opéra que Bach n'avait pu écrire ? Pier Luigi Pizzi et Bob Wilson ne s'y sont pas trompés, qui tentèrent de mettre en scène une partition moins riche en airs et choeurs que la Saint Matthieu, mais aux récitatifs très dramatiques (arrestation, jugement, flagellation de Jésus) et à l'écriture éminemment picturale (pleurs de Pierre, tremblement de terre). Conservée en quatre versions, prouvant le soin expressif du Cantor, l'oeuvre s'articule autour du récit de l'évangéliste, qui paraît revivre sous nos yeux la passion christique, régulièrement interrompue par de pures visions musicales (dont le « Es is vollbracht » pour alto et viole de gambe, où résignation et rébellion s'unissent de façon très moderne) et par les chorals (auxquels participaient les fidèles). Tel un majestueux retable, l'ouvrage est encadré par deux grands choeurs qui en universalisent le message, et dans lesquels s'épanouiront les voix consolatrices des célèbres enfants-chanteurs de Tölz (déjà protagonistes de la monumentale intégrale Bach chez Teldec).
Mercredi 7 Avril, 20H
nelson freire, piano
frédéric Chopin
Impromptu op. 36
Nocturne op. 27 n° 1
Scherzo op. 20
Polonaise op. 44
Valse en la mineur
Trois Études
Berceuse
Polonaise op. 53
Robert Schumann
Humoresque op. 20
Dans l'univers du clavier si ondoyant et divers, la place de Nelson Freire est singulière mais unanimement reconnue. Ses pairs, parmi lesquels Martha Argerich « en qui il a trouvé l'âme soeur », lui vouent une admiration qui ne s'est jamais démentie depuis leur rencontre à Vienne à la fin des années 50. La liberté personnelle et l'intégrité ont toujours guidé sa démarche : pianiste pudique, il est devenu une légende presque malgré lui. Son jeu félin, souple comme les lianes amazoniennes, coloré à l'image de son Brésil natal, naturel et pur telle l'eau des torrents, « sa puissance et sa sûreté d'instinct » (Pierre Vidal), le placent au rang des visionnaires du piano. Le récital qu'il propose est à l'image de son approche personnelle où la décantation le dispute à une aisance pianistique et une palette sonore unique. Au florilège des pages de Chopin (des Impromptus aux Polonaises, en passant par les Nocturnes, les Scherzos, les Valses, les Études et la Berceuse), il associe la grande Humoresque opus 20 de Schumann (1839), incursion au plus profond de l'âme romantique. Schumann adorait la musique de Chopin auquel il dédiera ses Kreisleriana opus 16, mais cette admiration n'était pas partagée par le génial compositeur polonais peu enclin à aimer son prochain. Nelson Freire aura à coeur de prouver l'affinité intime qu'il entretient avec Chopin, comme de nous transporter dans les méandres de l'Humoresque, partition cyclothymique composée, selon Schumann : « en riant et pleurant tout à la fois. »
Production Piano****.
Jeudi 8 Avril, 20H30
Orchestre national de Lille
nathalie manfrino, soprano
francesco meli, ténor
Airs et duos d'opéra de Charles Gounod, Jules massenet...
Lauréate des « Victoires de la musique classique » 2006 en tant que « Révélation lyrique de l'année », Nathalie Manfrino a pris le temps de se construire une voix et un répertoire depuis la fin de ses études à l'École normale de musique de Paris. Ses prestations sur les scènes lyriques de province et à l'étranger montrent une soprano de tempérament qui fait sien le répertoire de l'opéra français, avec des rôles tels Mélisande (Pelléas et Mélisande de Debussy), Sophie (Werther de Massenet), Michaela (Carmen de Bizet) ou encore le rôle-titre de Manon de Massenet. Quelques intéressantes prises de rôle dans des ouvrages moins connus ressortent également de sa jeune carrière, telle la Rozenn du Roi d'Ys de Lalo qu'elle a chanté à Saint-Étienne ou le rôle de Roxane à Montpellier, où elle côtoyait Roberto Alagna dans Cyrano de Bergerac de Franco Alfano. Cette production de 2003, reprise en 2006, a fait l'objet d'un enregistrement en DVD (Deutsche Grammophon). Roxane est décidément un rôle fétiche pour Nathalie Manfrino, puisqu'il lui a ouvert les portes du Théâtre du Châtelet où elle côtoie cette fois Placido Domingo dans le rôle-titre (mai 2009). Pour ce récital accompagné par l'Orchestre National de Lille, Francesco Meli lui donne la réplique.
Céleste Productions - Les Grandes Voix.
Samedi 10 Avril, 20H
Symphony Orchestra of new Russia
yuri Bashmet, direction
Gidon Kremer, violon
alfred Schnittke
Concerto pour violon n° 4
Piotr Ilitch tchaïkovski
Symphonie n° 5
Côte à côté, deux partitions magistrales, qui traduisent, chacune à sa manière, les tourments de l'esprit russe, au-delà des époques. Archi-connue, la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski porte en elle toute l'agitation de l'âme du compositeur. Dans ses archives, l'on a trouvé un exemple criant de son état désespéré, confus même, diront certains : « Introduction : soumission totale devant le destin ou, ce qui revient au même, devant la prédestination inéluctable de la providence. Allegro : murmures, doutes, plaintes. Ne vaut-il pas mieux se jeter à corps perdu dans la foi ? Le programme est excellent, pourvu que j'arrive à le réaliser. » Pour autant, cette symphonie, qui remporta un vrai succès lors de sa création en 1888 malgré les doutes qui ont assailli Tchaïkovski pendant son écriture, est archétypale de son don pour la mélodie, pour les effets dramatiques et de ses talents uniques d'orchestrateur. En écho à la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski, le Concerto pour violon n° 4 d'Alfred Schnittke. Créé en 1984 par Gidon Kremer son dédicataire, il témoigne de la prodigieuse capacité inventive du compositeur, qui, après avoir fleurté avec le sérialisme, a su trouver son propre langage, subtile, foisonnant, matinée de mysticisme.
Manifestation organisée dans le cadre de l'Année France-Russie 2010.
Dimanche 18 Avril, 20H
Première partie
marc Ribot trio
marc Ribot, guitare
Henry Grimes, contrebasse
Chad taylor, batterie
Seconde partie
Jim Hall trio
Jim Hall, guitare
Scott Colley, contrebasse
Joey Baron, batterie
Marc Ribot et Jim Hall : les deux bouts de la lorgnette guitaristique ?
Deux véritables monuments de la six cordes, apparemment diamétralement opposés, se produiront le même soir sur la scène de la Salle Pleyel. Deux générations de guitaristes à la tête de deux trios d'exceptions. L'ainé, Jim Hall, dans son habit de « légende du jazz », a épaulé des géants nommés Bill Evans, Sonny Rollins, Ben Webster, Art Farmer ou bien encore Ella Fitzgerald. Pape de l'épure, il demeure l'un des plus grands impressionnistes de son instrument. Jamais une note de trop, tout dans la finesse et le silence, Jim Hall est l'incarnation vivante de cette formule chère aux Anglo-saxons, less is more (le moins vaut le plus). Marc Ribot, lui, vient d'ailleurs. De la marge jazz. Mais l'ADN de son avant-garde est aussi faite de rock (son travail avec Tom Waits est magistral), de soul (il commença aux côtés de Solomon Burke), de classique (le maître haïtien Frantz Casseus fut son professeur) voire de musique cubaine (avec son groupe Los Cubanos Postizos).
De ce grenier d'Alice de Lewis Carroll, Ribot extrait un chant tendu, épuré lui aussi, mais capable des caresses les plus délicates comme des attentats sonores les plus meurtriers. Il démonte et remonte tout ce qu'il touche. Et pas toujours dans le même sens...
Qu'il s'agisse de l'héritage coltranien, des rengaines d'Arsenio Rodriguez, l'inventeur du son montuno, ou des relectures de Jimi Hendrix, son engagement est toujours total. C'est dans ces grands écarts que le génie de Marc Ribot s'épanouit. Car au fond, avec lui aussi, less is vraiment more...
Dimanche 25 Avril, 20H
Première partie
Uri Caine Ensemble Plays Mozart
Uri Caine est un pianiste virtuose à l'aise avec toutes les esthétiques.
Comme en témoigne ce projet brillamment éclectique revisitant
Mozart.
Seconde partie
Carla Bley « The Lost Chords find Paolo Fresu »
Du Liberation Music Orchestra à son opéra Escalator Over The Hill, Carla Bley a développé une oeuvre singulière. Ce projet intimiste associe des solistes de premier plan.
Depuis plus de quinze ans, Uri Caine ne cesse de raconter la même drôle d'histoire, un délire qui se moque des principes et des frontières spacio-temporelles. En grande formation ou en trio, en sideman dévoué ou en leader assumé, le pianiste new-yorkais persiste et signe de main de maître des projets qui saluent aussi bien les compositions du passé que sa faculté à les transcender. Le résultat est souvent heureux, toujours curieux. Monk, Herbie Hancock, Fats Waller ont ainsi eu droit à des relectures synonymes de nouvelles aventures, tout comme les traditionnels juifs, le funk expérimental de Philadelphie ou encore les musiques de Rio. Mais c'est en s'attaquant à quelques monuments du classique (Mahler, Wagner, Bach, Schumann ou encore récemment Verdi), que l'iconoclaste a imposé sa marque de fabrique. Et dans le genre, sa vision originale de Mozart est devenue... un classique. C'est également sous l'angle de l'originalité que Carla Bley s'est imposée au tournant des années 70 comme l'une des arrangeuses essentielles du jazz, après avoir activement participé à la révolution esthétique de la New Thing.
Escalator over the Hill, l'opéra composé en 1972 sur un livret du poète Paul Haines, demeure encore aujourd'hui un chef-d'oeuvre rarement égalé, une synthèse de toutes les musiques, facétieuse et engagée. Depuis, elle enregistre régulièrement dans des contextes des plus divers, du duo avec le bassiste Steve Swallow au big band qui s'appuie sur une fidèle équipe de solides pupitres. Parmi toutes ses formations, son quartet The Lost Chords (les accords perdus, tout un programme !) est l'une des plus en vue, proposant une musique pleine de délice et de malice, comme quand ils décident de chercher... et trouver le trompettiste sarde Paolo Fresu.
Mardi 27 Avril, 20H
Orchestre Symphonique
de la Radio Suédoise
Daniel Harding, direction
Hélène Grimaud, piano
Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 3
Gustav mahler
Symphonie n° 6
Au concert comme au disque, Hélène Grimaud nous a donné de nombreuses versions des concertos n° 4 et n° 5 de Beethoven. Après les dernières sonates qu'elle ne cesse de jouer, la pianiste se tourne aujourd'hui vers le troisième concerto. Écrit au passage du siècle, l'oeuvre appartient véritablement au XIX. Si l'on garde un équilibre formel parfait, la virtuosité painistique ouvre, elle, les voix vers les concertos romantiques. Même s'il n'y a qu'une version, l'intervalle de temps entre le projet du troisième concerto et sa réalisation est assez long (quatre ans) et dense en événements (surdité, échec de projet de mariage). Beethoven prend également le pas sur le soliste, ne lui laisse aucune improvisation et note toute la partie de piano : implacable et virtuose. Résolument romantique, la sixième symphonie de Mahler appartient au XXe siècle. Si le sous-titre porte la notion de « tragique », le compositeur n'utilise ni la voix, ni un pré-texte ; il donne juste une oeuvre au Finale gigantesque et un Andante méditatif. Alma y verra là l'oeuvre la plus personnelle de Mahler, celle qui « jailli le plus directement de son coeur ». Après avoir enregistré les dixième et quatrième symphonies, l'endurance et la jeunesse de Daniel Harding avec la beauté plastique de l'Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise nous promettent déjà une version inspirée.
Lundi 3 Mai, 20H
Accentus
Choeur de chambre Eric Ericson
Laurence Equilbey, direction
Sergueï Rachmaninov
Vêpres op. 37 (extraits)
Liturgie de saint Jean Chrysostome (extraits)
Laurence Equilbey est une femme au tempérament intense. De ses études avec Eric Ericson, elle rapportera du nord une technique de choeur sans faille. Après des transcriptions de Scriabine, le choeur Accentus continue son exploration de l'art russe. Lorsque Rrachmaninov se mit au travail en janvier 1915, il avait déjà terminé une oeuvre chorale sur des textes religieux russes : la Liturgie de saint Jean Chrysostome. Il se penche à nouveau en profondeur dans la tradition liturgique de son pays pour donner une série de Vêpres imbibée par les chants sacrés anciens. Quinze jours de travail suffiront pour donner un chef-d'oeuvre. Des sons des voix de basses caverneuses, aux solos de la voix d'alto ; Rachmaninov fait appel au voix graves et offre une série de miniatures ayant pour centre le récit de la résurrection, ce qui permet de suivre l'enchaînement spirituel du cycle. Par sa réalisation technique, ses prouesses vocales, sa ferveur spirituelle, les Vêpres de Rachmaninov demeurent une oeuvre parfaite. Stravinsky se souviendra de la beauté plastique de ces choeurs lorsqu'il composera sa Symphonie de psaume. Et Rachmaninov, lui-même, avouait qu'après sa cantate Les cloches, les Vêpres était son oeuvre préférée. L'OEuvre eu un tel succès lors de sa création que, malgré l'interdiction d'applaudir, le public ne se priva pas d'une ovation pour le compositeur. Et Rachmaninov de noter à la fin de la partition : « merci Seigneur ».
Mardi 4 Mai, 20H
Murray Perahia, piano
Programme communiqué ultérieurement.
Chaque époque aura été marquée par des interprètes dont le magnétisme, le charisme et tout simplement l'art musical les situent à des niveaux insurpassables. Murray Perahia, à sa manière, semble très tôt avoir résolu le problème de son rapport à la musique. Rien de démonstratif dans son attitude et presque une volonté de disparaître derrière ce don inné qui lui a été accordé. Cet enfant du Bronx, devenu l'une des figures les plus marquantes du clavier, témoigne d'une quête d'absolu d'où le vedettariat est exclu. Il inscrit son parcours dans la descendance de son maître Rudolf Serkin côtoyé très tôt à Marlboro, mais aussi de Georg Solti dont il fut le partenaire au clavier, et de Vladimir Horowitz qu'il fréquenta assidûment à la fin de sa vie. Cette honnêteté foncière face à la partition, la nécessité de rechercher dans chaque oeuvre le sens profond et non les effets de manche, placent très haut sont jeu pianistique fait de souplesse, de clarté, de luminosité et de logique interne. Qu'il s'agisse de l'alpha et l'oméga des Variations Goldberg ou des Suites anglaises et françaises de Bach, des concertos, des sonates de Mozart et Beethoven, des pages pour clavier de Mendelssohn, des pièces de Schumann, de Brahms, de la Berceuse hypnotique de Chopin, rien de ce qu'aborde au concert Murray Perahia ne laisse indifférent tant il réussit, comme l'écrivait le poète Guillaume Apollinaire à « rallumer les étoiles ».
Production Piano****.
Lundi 10 Mai, 20H
Joshua Bell, violon
nn, piano
Johann Sebastian Bach
Sonate pour violon et piano
Ludwig van Beethoven
Sonate pour violon et piano
maurice Ravel
Sonate pour violon et piano
Oeuvres de Pablo de Sarasate et fritz Kreisler
C'est assurément l'un des violonistes américains les plus actifs à l'heure actuelle. Après avoir gravé des versions remarquées des grands concertos romantiques, Joshua Bell vient d'enregistrer les célébrissimes Quatre saisons de Vivaldi. En parallèle, il poursuit une belle carrière dans le milieu du cinéma, interprétant de nombreuses bandes originales, notamment celle du film Defiance (avec Daniel Craig) sorti en 2008. Pour autant, ce natif de l'Indiana ne néglige pas les concerts plus traditionnels, avec orchestre (il a joué sous la direction des plus grands, de Riccardo Muti à Esa-Pekka Salonen) ou en récital, comme c'est le cas à la Salle Pleyel. Sa sonorité, moelleuse et élégante (il joue sur un Stradivarius de 1713), sert un sens du phrasé toujours sensible et inspiré. Celui qui côtoie aussi bien le chef issu du mouvement baroque Roger Norrington que la rock star Sting possède une souplesse de jeu remarquable. Le public qui se pressera à son récital parisien regrettera seulement de n'avoir pas fréquenté le métro de Washington un jour de janvier 2007. Suivant l'idée d'un chroniqueur du Washington Post, Joshua Bell avait alors joué dans un couloir pendant un peu moins d'une heure. Sur le millier de voyageurs à être passé devant le violoniste, seulement sept s'étaient arrêtés et un seul l'avait reconnu...
Production Céleste Production - Les Grands Solistes.
Lundi 17 Mai, 20H
Pittsburgh Symphony Orchestra
manfred Honeck, direction
anne-Sophie mutter, violon
Johannes Brahms
Concerto pour violon
Dmitri Chostakovitch
Symphonie n° 5
« La révélation du siècle ! », confessait Herbert von Karajan, à propos d'Anne-Sophie Mutter, au début des années 80. Plus de deux décennies plus tard, ces propos sonnent comme d'authentiques paroles prophétiques. La violoniste allemande, aujourd'hui la quarantaine épanouie poursuit une carrière exceptionnelle. Son jeu n'a eu de cesse de s'affermir, en gagnant l'assise naturelle que confère la maturité. La clarté des intonations qu'elle obtient grâce à une main gauche infaillible et à un contrôle parfait de l'archet a quelque chose de fascinant. Dans les grands concertos pour violon, et notamment celui de Brahms, l'infaillibilité de son style, rigoureux jusqu'à la fermeté, n'enlève rien à son sens inné de la pulsation rythmique et de la respiration. Sa venue à Paris sera l'occasion d'une rencontre avec l'Orchestre symphonique de Pittsburgh et son tout nouveau directeur musical, Manfred Honeck, par ailleurs également à la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Stuttgart. Le chef autrichien complète son programme avec la Symphonie n° 5 de Chostakovitch à l'architecture puissante et aux magnifiques tensions.
Mardi 18 Mai, 20H
Venice Baroque Orchestra
andrea marcon, direction
Patricia Petibon, soprano
Airs de Georg friedrich Haendel, antonio Sartorio et Geminiano Giacomelli.
Sa voix agile et sa musicalité pleine d'esprit en font l'une des chanteuses les plus délicieuses du moment. Patricia Petibon nous a particulièrement séduit dans son dernier enregistrement intitulé « Amoureuses », consacré à Mozart, Haydn et Glück. Elle est de retour pour un programme dédié en grande partie à Haendel. Rien de plus normal pour cette soprano qui maîtrise la stylistique historique sur le bout des cordes vocales. Repérée par William Christie, elle a participé à de nombreuses productions d'opéras baroques (notamment Hippolyte et Aricie et Les Indes galantes de Rameau).
Elle a par ailleurs déjà abordé avec succès l'écriture haendelienne, comme en témoigne sa participation en 2007 à l'Ariodante monté au Grand Théâtre de Genève. De surcroît, la prestigieuse Scala de Milan l'invite à chanter en 2009 dans Alcina. Patricia Petibon a tous les atouts pour convaincre dans ce répertoire : son legato est très souple, elle ornemente avec facilité, et dose parfaitement son vibrato. Elle possède en outre une longue expérience au contact des instruments anciens, ayant chanté aussi bien avec le Concentus musicus de Vienne d'Harnoncourt qu'avec le Concerto Köln ou les Arts florissants.
À la Salle Pleyel, elle sera accompagnée par l'Orchestre baroque de Venise dirigé par le claveciniste Andrea Marcon. Cette formation s'est particulièrement distinguée par ses interprétations soignées et dynamiques de la musique de Vivaldi. Outre Haendel, deux autres compositeurs italiens sont justement à l'affiche du concert : Geminiano Giacomelli, maître de chapelle du duc de Parme, et Antonio Sartorio, qui occupa les mêmes fonctions mais bien loin de la péninsule, à Hanovre... non loin de la région natale de Haendel.
Coproduction Céleste Productions - Les Grandes Voix, Salle Pleyel.
Jeudi 27 Mai, 20H
Orchestre de Paris
Ensemble intercontemporain
Pierre Boulez, direction
I. Brève anthologie
Extraits d'oeuvres de Olivier messiaen, Béla Bartók, anton Webern, alban Berg, Edgard Varèse, Claude Debussy, arnold Schönberg, maurice Ravel et Igor Stravinski
Vendredi 28 Mai, 20H
Orchestre de Paris
Ensemble intercontemporain
Pierre Boulez, direction
II. Une autre génération
Extraits d'oeuvres de Olivier messiaen, Luciano Berio, Karlheinz
Stockhausen, Elliott Carter, franco Donatoni, György Kurtág,
György Ligeti, Pierre Boulez
III. Et maintenant ?
Jean-Baptiste Robin
OEuvre nouvelle (commande de l'Ensemble intercontemporain, création)
Helen Grime
Virga (création française)
marc-andré Dalbavie
Concertate il suono
Brahms utilisait le mot « Rüblick » pour évoquer son regard sur le passé ; Liszt, lui, employait l'expression « lancer son javelot dans l'espace indéfini de l'avenir », pour parler de la modernité.
Aujourd'hui, Pierre Boulez fait les deux. Un regard historique sur les maîtres d'élections qu'il n'a cessé d'enregistrer ou de jouer (Debussy, Bartók), ceux qu'il a défendu et imposé au public français (la seconde école de Vienne) ; mais aussi un regard sur ses contemporains, ses compagnons de route qui justifiaient l'existence du Domaine Musical en 1954. Depuis quelques années maintenant, Boulez déploie également une attention bienveillante sur la plus
jeune génération (Jean-Baptiste Robin ou Marc-André Dalbavie). En tant que Chef d'orchestre ou homme d'institution, Pierre Boulez s'est voulu le passeur d'un siècle vers l'autre. Avec ses textes ou à la direction de son Ensemble Intercontemporain, le maître en modernité a imposé un engagement nécessaire pour les oeuvres essentielles du XXe siècle. Il nous a montré comment l'harmonie française de Debussy, comment la liberté esthétique de Stravinsky ou l'engagement de Schönberg pouvaient trouver leur justification dans une synthèse musicale. Mais il a surtout montré que cette quête, aussi complexe soit-elle, se faisait sur la connaissance de jalons historiques et qu'elle devait se poursuivre, au-delà des années 2000, d'où un intérêt vivant pour les jeunes créateurs. À lui seul, Pierre Boulez a ainsi construit une mythologie avec ses Dieux, ses disciples et même ses anges.
Dimanche 30 Mai, 16H
Les arts florissants, choeur et orchestre
William Christie, direction
Danielle de niese, Poppea
anna Bonitatibus, Ottavia
Philippe Jaroussky, Nerone
max Emanuel Cencic, Ottone
Robert Burt, Arnalta
Le Couronnement de Poppée
(version de concert
d'après la production du Teatro Real de Madrid)
Opéra de Claudio monteverdi
Livret de Giovanni francesco Busenello
Dans ce thriller à l'antique (1643), aucun personnage n'est tout blanc ni tout noir : le jeune Néron et l'intrigante Poppée sont prêts à tout pour s'aimer, l'impératrice Octavie médite le meurtre de sa rivale, qu'elle confie au falot Othon, le sage Sénèque sermonne tout le monde (avant d'être acculé au suicide) et la « douce » Drusilla prête avec joie son concours (et ses vêtements) à l'assassinat projeté. Si le livret shakespearien de Busenello est passionnant, la musique dont le drape un Monteverdi de soixante-quinze ans (secondé, sans doute, d'autres musiciens, tels Ferrari et Cavalli) ne l'est pas moins, malgré l'économie de ses moyens (la basse continue et quelques instruments pour les ritournelles), qu'elle joue le jeu de la noble déclamation (pour les vaincus) ou de l'exubérante ivresse vocale (pour les vainqueurs). De Néron, qu'il incarne aussi dans l'Agrippina de Haendel, Philippe Jaroussky a quasiment fait son emblème (il est l'un des rares contre-ténors à pouvoir assumer cette longue partie aiguë) et il en va de même pour la belle et brillante Danielle de Niese avec Poppée, tandis que William Christie, grand spécialiste du « parler en chantant » (comme on appelait autre fois le récitatif), nous a déjà offert un Retour d'Ulysse (le précédent opéra de Monteverdi) de référence, au Festival d'Aix de 2002. C'est donc peut-être l'Octavie d'Anna Bonitatibus que l'on viendra découvrir en priorité, dans cette production qui devrait séduire amateurs de théâtre comme férus de bel canto.
Les Arts Florissants sont subventionnés par le ministère de la culture et de la communication, la ville de Caen et la région Basse-Normandie. Leur mécène est Imerys.
Les Arts Florissants sont en résidence au Théâtre de Caen.
Mardi 1er Juin, 20H
Orchestre national du Capitole de toulouse
tugan Sokhiev, direction
Garry magee, Onéguine
Daniil Shtoda, Lensky
anna Kiknadze, Olga
mikhaïl Kolelishvili, Grémine
Eduard tsanga, Zaretski, Le Capitaine
Eugène Onéguine (version de concert)
Opéra de Piotr Ilitch tchaïkovski
Livret de Piotr Ilitch tchaïkovski et Constantin Chilovski d'après Pouchkine
La beauté d'une telle musique ne réclame pas forcément une mise en scène car le lyrisme, les couleurs orchestrales ainsi que la connaissance de l'argument peuvent suffire pour une version de concert. Avec sa maîtrise du répertoire russe, grâce à une langue maternelle qu'il affectionne mais aussi grâce à l'énergie déployée avec l'Orchestre Nationale du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev a les ressources nécessaires pour donner le souffle que réclame l'opéra en trois actes de Tchaïkovski. On attends une oeuvre tourmentée sous la baguette charismatique du jeune chef dont on connaît les Prokovief endiablés. Une version de concert pour cet opéra est d'autant plus justifiée que Tchaïkovski se servit des vers originaux du roman de Pouchkine, souhaitant garder la poésie et qualifiant ainsi l'opéra de de « scènes lyriques ». l'oeuvre a donc été pensé sans « effet théâtral », mais plutôt comme la description du monde intérieur, une chronique intime de la vie de chacun des personnages. Pas d'histoire continue mais seulement des moments choisis de la vie d'Onéguine. Ainsi Tchaîkovski garde l'univers poétique de Pouchkine et s'est servi de cette histoire pour composer une de ses plus belles oeuvres à l'un des moments les plus douloureux de sa vie. Le travail de composition fut mouvementé car la création de l'ouvrage fut interrompue par le mariage catastrophique du compositeur avec Antonina Milukova et par la tentative de suicide qui en résulta. L'oeuvre, témoin de ses affres, déborde d'un lyrisme contagieux et envoûtant.
Coproduction Orchestre National du Capitole de Toulouse, Salle Pleyel.
Dimanche 6 Juin, 20H
Air
Air s'installe à nouveau à la Salle Pleyel après sa sublime prestation de la saison passée. Avec une classe inouïe, le tandem versaillais avait alors tapissé les murs de la salle de sa savante vraie-fausse B.O. aux effluves pop, new age et à peine electro. Car déguster Air sur scène, c'est constater que les expériences sonores pratiquées en studio par Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin s'appuient sur de vraies compositions ayant toujours une seconde voire une troisième vie face à leur public. Live, chacun peut constater les facultés organiques de ces chansons oniriques ou de ces interludes psychédéliques. À leurs débuts, il y a dix ans, cette fameuse étiquette de French Touch qui voulait fusionner tous les bidouilleurs electro de l'hexagone n'avait que peu à voir avec les paysages sonores sculptés par le binôme plutôt héritier de Serge Gainsbourg, des Beach Boys, des Beatles ou de François de Roubaix. Comme une mélodie XXL en cinémascope, la partition de Air est à la fois charnelle et kaléidoscopique. Essentiellement instrumentales, les pièces montées par Dunckel et Godin, sculptures électroniques ou acoustiques à tiroirs, percent notre imaginaire et titillent nos sens. Et le résultat est toujours aussi hypnotique, qu'il s'applique à eux même ou à l'univers de leurs amis et commanditaires Charlotte Gainsbourg, Sofia Coppola ou même Alessandro Baricco. Une musique, visuelle et colorée, qui s'avère surtout intemporelle. Ce concert à Pleyel s'inscrit dans le cadre d'un Domaine privé que la Cité de la musique consacre à ce groupe essentiel de la scène française actuelle.
Lundi 7 Juin, 20H
Orchestre national de Lyon
Choeur de l'Orchestre de Paris
Jun märkl, direction
anne Schwanewilms, Genoveva
matthias Goerne, Siegfried
Simon O'neill, Golo
Birgit Remmert, Margarethe
Didier Bouture, Geoffroy Jourdain, chefs de choeur
Genoveva (version de concert)
Opéra de Robert Schumann
Livret de Robert Reinick,
d'après Ludwig tieck et friedrich Hebbel
On l'ignore bien souvent : Schumann, compositeur réputé pour ses lieder, ses oeuvres pour piano ou encore ses symphonies, a également écrit un opéra. Créé en 1850, Genoveva n'est que très rarement donné dans les théâtres lyriques. Et pour cause : son livret (écrit d'après Ludwig Tieck et Friedrich Hebbel) est d'une qualité plus que moyenne. La Salle Pleyel a choisi de le proposer en version de concert, permettant d'en apprécier la dimension purement musicale. Au-delà de l'Ouverture, qui est parfois à l'affiche des concerts symphoniques, les quatre actes de l'opéra se révèlent d'une intensité bouleversante. Schumann traite les voix avec une grande expressivité, dans la lignée de sa production de lieder. Quant à l'instrumentation, généreuse et souvent sombre, elle est ancrée dans la tradition symphonique germanique du XIXe siècle. La distribution fait appel à l'un des meilleurs schumaniens qui soient : le baryton Matthias Goerne (dans le rôle de Siegfried). Son intelligence du texte et sa profondeur de timbre siéent parfaitement à ce répertoire. Au côté de ce digne héritier de Dietrich Fischer-Dieskau figurent Birgit Remmert (Margaretha) et Anne Schwanewilms dans le rôle-titre. L'Orchestre National de Lyon est placé sous la baguette de son actuel directeur musical, le chef allemand Jun Märkl, qui connaît très bien la musique lyrique germanique pour avoir été l'un des chefs privilégiés de l'Opéra de Bavière à Munich.
À noter également que les parties de choeur, très importantes dans Genoveva, seront tenues par le Choeur de l'Orchestre de Paris.
Coproduction Orchestre National de Lyon, Salle Pleyel.
Vendredi 11 Juin, 20H
Orchestra mozart
Claudio abbado, direction
Programme et soliste communiqués ultérieurement.
Par sa stature de chef d'orchestre, Claudio Abbado aurait pu se contenter de diriger les meilleures formations internationales comme le font la plupart de ses collègues. Pourtant, sans négliger ce rôle à Londres, Chicago, Vienne et bien sûr Berlin (où il succédera à Herbert von Karajan en 1990), il s'est affirmé comme un bâtisseur d'orchestre, créant en 1986 l'Orchestre des Jeunes Gustav Mahler, redonnant vie à l'Orchestre du Festival de Lucerne en 2003 et l'année suivante fondant avec de jeunes musiciens de Bologne l'Orchestra Mozart. La générosité de sa démarche, la volonté de transmettre une expérience exceptionnelle portent leurs fruits de manière perceptible dans les enregistrements des symphonies de Mozart qu'il a réalisés avec cette formation, ou encore dans ceux des concertos pour violon et de la Symphonie Concertante illuminés par l'archet radieux de Giuliano Carmignola (chez Archiv Production).
Salle Pleyel, Claudio Abbado prendra à nouveau son bâton de pèlerin pour réaliser un miracle avec ses talentueux instrumentistes frais émoulus du Conservatoire de Bologne. Le regard émerveillé qu'il porte sur la musique, son désir de revenir aux sources de l'interprétation sont un bain de jouvence au seul bénéfice de la musique qui, grâce à lui, creuse le ciel.
Coproduction Piano****, Salle Pleyel.
Lundi 14 Juin, 20H
Rafał Blechacz, piano
Johann Sebastian Bach
Partita n° 1
Wolfgang amadeus mozart
Sonate K 570
Claude Debussy
Pour le piano
frédéric Chopin
Ballade op. 47 n° 3
Deux Nocturnes op. 63
Quatre Mazurkas op. 17
Polonaise op. 53
Au 15e Concours international de piano Frédéric Chopin de Varsovie en 2005, le jeune Polonais Rafal Blechacz, à peine âgé de vingt ans, remporte tous les suffrages. Non seulement il est le premier Polonais depuis Krystian Zimerman à gagner, trente ans plus tard, la suprême distinction, mais aussi à obtenir quatre Prix spéciaux dont celui des Mazurkas, récompense qui installe un candidat au firmament de l'âme polonaise. Avec humilité mais détermination, il s'est imposé dans le paysage musical, se donnant les moyens d'aborder la carrière avec une réflexion sur son art qui ne brûle pas les étapes.
Un enregistrement des 24 Préludes de Chopin (chez DGG) a, d'entrée de jeu, séduit la critique pourtant habituée aux versions de référence. Salle Pleyel, son récital est à l'image de sa personnalité de musicien poète. Avec la Partita n° 1 en si bémol majeur BWV 825 de Jean-Sébastien Bach, concise et virtuose, la Sonate KV 570 de Mozart dans la même tonalité et d'un équilibre parfait, les trois mouvements Pour le piano de Claude Debussy à la palette sonore illimitée, ainsi qu'un bouquet de pages majeures de son cher Frédéric Chopin (Ballade n° 3, Nocturnes opus 63, Mazurkas opus 17, Polonaise opus 53), il ouvre des perspectives infinies où la technique se met au service de la seule expression.
Production Piano****.
Mardi 22 Juin, 20H
Pollini Perspectives
London Symphony Orchestra
Peter Eötvös, direction
maurizio Pollini, piano
Johann Sebastian Bach / anton Webern
Ricercare
Helmut Lachenmann
Double
Johannes Brahms
Concerto pour piano n° 1
La musique d'Helmut Lachenmann met en crise les conventions et les habitudes d'écoute avec une radicalité sans précédent. Il édifie un univers unissant son et bruit dans une conception nouvelle d'une surprenante beauté, exploitant des aspects cachés du matériau sonore. Avec Double, issu du quatuor Grido, il extrapole à l'orchestre sa volonté d'envisager le quatuor comme un seul corps sonore réagissant aux mauvais traitements avec toute sa corporéité : résonance, frémissement, respiration, pression. C'est la même démarche de démultiplication d'un matériau initial qui guide l'extraordinaire arrangement par Webern du Ricercare à six voix extrait de L'Offrande musicale. En raison de la complexité de cette polyphonie, Webern voyait dans une orchestration personnalisée le moyen de mettre en évidence les multiples dimensions du texte musical. Ici, l'usage de la Klangfarbenmelodie permet de souligner la structure par les timbres et parvient même à modifier les proportions, glissant ainsi de Bach-Webern à Webern-Bach. Brahms n'agit pas autrement en concevant son Concerto pour piano n° 1, notant d'abord la partition pour deux pianos. Encore peu familier avec le genre symphonique, il orchestre pas à pas, s'abstenant de pousser la partie soliste vers une virtuosité gratuite, préservant de fait l'équilibre initial. Ainsi, aboutissant à une sorte de « symphonie accompagnée », il ne sort à aucun moment les dents du pathos, privilégiant la puissance expressive d'un discours fondé sur la finesse et la richesse formelle.
Mercredi 23 Juin, 18H
Take a Bow!
London Symphony Orchestra
Elèves d'établissements scolaires et de conservatoires d'Ile-de-France. Ce concert présente le travail mené en ateliers par les membres du LSO avec de jeunes amateurs de tous niveaux. Le programme se compose de grandes oeuvres du répertoire classique, arrangées pour chaque niveau.
Coproduction Cité de la musique, Salle Pleyel.
Jeudi 24 Juin, 20H
anne-Sophie mutter, violon
Lambert Orkis, piano
Claude Debussy
Sonate
felix mendelssohn
Sonate en fa majeur
Johannes Brahms
Sonate n° 3
maurice Ravel
Tzigane
Son archet, à la fois brillant et sensible, est reconnaissable entre mille. Depuis ses premiers pas au côté du chef Herbert von Karajan, la violoniste Anne-Sophie Mutter n'en finit pas de fasciner le monde musical. On la connaît surtout pour ses interprétations flamboyantes des chevaux de bataille concertants du XIXe siècle, celui de Mendelssohn en tête. Elle mène pourtant en parallèle une intense activité de chambriste, entourée de ses partenaires fidèles, notamment le pianiste Lambert Orkis avec qui elle propose un récital à la Salle Pleyel. Ce duo n'en est pas à son coup d'essai : Mutter et Orkis ont déjà gravé l'intégrale des sonates de Mozart et de Beethoven. Pour leur venue parisienne, ils ont choisi un programme mêlant des pièces du répertoire germanique à des oeuvres de compositeurs français du début du XXe siècle. On entendra ainsi la Sonate que Debussy écrivit quelques mois avant sa mort et dont l'esprit fantasque est empreint d'une tonalité mélancolique. Place ensuite à la Sonate en fa majeur de Mendelssohn, d'un romantisme sous influence encore classique. En deuxième partie, la Sonate n°3 en ré mineur de Brahms révèlera sans nul doute toute l'expressivité du jeu d'Anne-Sophie Mutter, tandis que le célèbre Tzigane de Ravel mettra en valeur, avec ses multiples glissandos, doubles cordes et autres harmoniques, la virtuosité incandescente de la
musicienne.
Samedi 26 Juin DE 16H À 23H
Kûtiyâttam
théâtre rituel d'Inde du Sud
Shakuntalâ et l'anneau du souvenir
troupe du natana Kairali
Gopal Venu, direction artistique
Shakuntalâ, romance héroïque écrite au IVe siècle, est considérée comme le chef-d'oeuvre du théâtre sanscrit indien. Cette fresque, d'une durée exceptionnelle de sept heures, est interprétée par la troupe la plus représentative de cet art millénaire établie au Kerala.
C'est du Kerala, l'état verdoyant du Sud de l'Inde, que vient ce théâtre rituel et musical. C'est-à-dire d'une terre riche de traditions, telles que le mohini attam, une danse sensuelle interprétée par les femmes, le théâtre kathakali, l'art ancestral et martial kalaripahyat, ou encore les processions melam battues au son du tambour chenda, l'emblème du Kerala. Ressorti il y a peu de l'oubli, cet art deux fois millénaire fut longtemps réservé aux seuls initiés. Opéra épique et gestuelle onirique, le kûtiyattam que l'on peut traduire par « drame concertant » met en jeu tout autant la musique que la comédie, au même titre que le kathakali qui est son héritier, plus connu. Chaque détail, du maquillage sophistiqué au moindre geste du doigt, renvoie à des codes élaborés, à un sens précis qui rappelle l'importance des textes sacrés en Inde du Sud. De même, le choix de l'instrumentation, un ensemble de percussions et un duo vocal, est hérité d'antiques offices cultuels, tout comme son répertoire est fondé sur « Ramayana », la Bible du sous-continent, et sur les oeuvres des plus illustres poètes. C'est le cas de « Shakuntalâ et l'anneau du souvenir », romance héroïque rédigée au IVe siècle et considérée comme le chef-d'oeuvre du théâtre sanscrit indien. Cette fresque, d'une durée exceptionnelle de sept heures, est interprétée par la troupe la plus représentative de ce « théâtre des dieux » qu'est le kûtiyattam, un art de l'ascèse et de la métaphore, qui en 2001 a d'ailleurs été élevé au rang de « chef d'oeuvre oral et immatériel de l'humanité » par l'Unesco.
Lundi 28 Juin, 20H
avishai Cohen et invités
La contrebasse est un instrument respectable, respecté même, mais rarement accueilli dans le Livre d'Or du jazz. Le panthéon des contrebassistes existe pourtant bien, et de Charles Mingus à Dave Holland, la route fut riche en rencontres. Nombreux sont les bassistes qui prirent de l'ascendant et qui chamboulèrent l'art : ajoutons donc au panorama Paul Chambers, Stanley Clarke, Ray Brown, Jimmy Garrisson ou Charlie Haden... Mais l'instrument fait rarement la une des magazines. L'exception Avishaï Cohen vient remédier à ce manque. Au point que le mensuel américain Bass Player l'a installé dans sa liste des cent bassistes les plus influents du XXe siècle. Le siècle a changé, et le nom de cet Israélien à la fois instrumentiste, compositeur, leader et même chanteur, est pourtant sur toutes les lèvres... Avishaï Cohen, découvert aux côtés du pianiste Chick Corea, né à Jérusalem en 1970, se permet les mélanges les plus osés. Jazz évidemment, mais aussi classique, flamenco, voire pop ! De Stevie Wonder à Gabriel Fauré, il tient à s'affirmer sans ornière, sans frontière. Un éclectisme qui l'a amené à jouer avec Brad Mehldau, Danilo Perez, Roy Hargrove, Herbie Hancock, Bobby McFerrin, Claudia Acuna, Paquito D'Rivera et même Alicia Keys. Un jazz visionnaire qui aime brouiller les pistes.
Sans compter qu'Avishaï Cohen est gourmand, même dans le partage. Ainsi, il crée son propre label (Razdaz Recordz) pour colporter les bonnes nouvelles de ses amis. Consciente de tant de créativité, la prestigieuse maison Blue Note a signé ce virtuose hors du commun. Plus qu'un signe.
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Salle Pleyel
252, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
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