Cézanne et Paris du 12 octobre 2011 au 26 février 2012

le 10 octobre 2011 à 11h10 , mis à jour le 28 octobre 2011 à 10h42

au Musée du Luxembourg

Affiche zoom

 

 

Si Cézanne (1839-1906) est généralement associé à la Provence, on ne saurait l'y restreindre.

Plus de la moitié de son temps, à partir du moment où il se consacre à la peinture, se passe à Paris et en région parisienne. Il fait le voyage Aix - Paris plus de vingt fois! Bien entendu, les raisons de sa venue ne sont pas les mêmes à vingt et soixante ans.

Après 1890, l'artiste déjà âgé, encore incertain de son oeuvre («je fais de lents progrès» écrit-il à la fin de sa vie) se retire sur les bords de la Marne ou du côté de Fontainebleau pour peindre quelques paysages apaisés, quand ce ne sont pas des portraits d'un marchand ou d'un critique. Il n'est plus le jeune homme, ambitieux de «conquérir» Paris avec la volonté  d'entrer à l'école des Beaux-Arts et de présenter des oeuvres au Salon.

À Paris, Cézanne se confronte tout autant à la tradition qu'à la modernité. Pour employer le vocabulaire de Zola, il trouve les «formules» de la nouvelle peinture avant de les exploiter en Provence. Le va-et-vient entre Provence et Ile de France devient constant même si les rythmes évoluent.

En tout cas après 1890, les critiques, les marchands, les collectionneurs commencent à s'intéresser à son oeuvre. Cézanne se montre attentif à cette reconnaissance qui ne peut venir que de Paris. Ainsi imprime-t-il plus que tout autre sa marque dans l'art moderne : des  postimpressionnistes à Kandinsky, l'avant-garde le considèrera comme un précurseur, «notre père à tous», selon la formule de Picasso.

 

 
Paul Cézanne La Halle aux vins 1872 Huile sur toile 73 x 92 cm Portland Oregon, Portland Art Museum, Museum Purchase © Portland Art Museum, Oregon. Museum Purchase : Private Donors' Fund

 Paul Cézanne La Halle aux vins 1872 Huile sur toile 73 x 92 cm Portland Oregon, Portland Art Museum, Museum Purchase © Portland Art Museum, Oregon. Museum Purchase : Private Donors' Fund

 

 


Le parcours de l'exposition qui présente environ 80 oeuvres se découpe comme suit :


1- Monter à Paris sur les pas de Zola
Poussé et soutenu par Zola, ami rencontré à Aix au collège Bourbon, déjà installé à Paris, Cézanne rejoint la capitale en 1861, contre la volonté de son père pour devenir «artiste». Il fréquente l'académie Suisse où il rencontre d'autres peintres tels Pissarro et Guillaumin, avec lesquels il se lie d'amitié. Paris, où l'académisme s'impose par le Salon, est alors le lieu de la révolte et de l'avant-garde. Durant ces années d'études, il s'approprie les traditions anciennes et modernes : ses carnets de dessin attestent d'un regard attentif sur les grands maîtres de la peinture (Rembrandt, Poussin, Delacroix...) et de la sculpture antique, classique et baroque (avec des copies de Michel Ange et Puget principalement). Dans le même temps, il participe au mouvement impressionniste sans vraiment y adhérer. Bien qu'il se soit construit picturalement à Paris, où il revient jusqu'en 1905, Cézanne a finalement peu représenté la ville dans son oeuvre. Il n'évoque jamais les sites célèbres, mais dessine ce qu'il voit de sa fenêtre ou d'une terrasse sur les toits... Il faut une exception, ce sera le tableau La Rue des Saules. Cézanne a posé son chevalet dans une rue de Montmartre mais la rue est déserte...


2 - Paris, la ville hors les murs, du côté d'Auvers
Installé dans la capitale, Cézanne ne cesse de s'y déplacer (on lui connaît près de vingt adresses différentes) et d'en sortir. Il travaille la peinture de paysage, en plein air, « sur le motif », se mettant à l'école de peintres comme Pissarro et Guillaumin, lesquels participent au mouvement impressionniste. Ils entendent reprendre la tradition du paysage après Courbet, Corot et les peintres de Barbizon qui voulaient représenter, à travers la campagne parisienne, une certaine identité française. Mais très vite Cézanne s'impose comme un maître faisant «de l‘impressionnisme une chose solide et durable comme l'art des musées». Le tableau Le pont de Maincy en est l'expression autour des années 1880.


3 - La Tentation de Paris
A l'instar de Courbet ou de Renoir, le nu est une préoccupation majeure de Cézanne. Il peint plusieurs versions de La Tentation de saint Antoine entre 1870 et 1877, vraisemblablement après une lecture de Flaubert. Dans les mêmes années, les tableaux à caractère érotique se multiplient : Une Moderne Olympia, L'Orgie, La Lutte d'amour... Plus tard, d'après le témoignage du marchand d'art Vollard, Cézanne travaille sur une grande toile de Baigneuses au moment où il exécute son portrait en 1899 : il ne recherche plus la dimension érotique du corps, mais construit une nouvelle expression du nu et invente son propre langage pictural.


4 - Poser comme une pomme. Natures mortes et portraits
Pour Cézanne, la « nature morte » est un motif comme un autre. Equivalent d'un corps humain ou d'une montagne, elle se prête particulièrement bien à des recherches sur l'espace, la géométrie des volumes, le rapport entre couleurs et formes : «Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude» disait l'artiste. Sur quelque 1000 tableaux répertoriés, on compte près de 200 natures mortes. Parfois associées à des thèmes érotiques ou à des portraits, elles «disent» Paris autant que le ferait un paysage. Parmi ces portraits, dont les toiles de fond représentent souvent des papiers peints, figurent les amis emblématiques des séjours parisiens : Victor Chocquet, son premier collectionneur, ou Ambroise Vollard, «le» marchand qui organise ses premières expositions.


5 - Les voies du silence
A partir de 1888, Cézanne fait plusieurs séjours en région parisienne après être resté plusieurs années en Provence (de 1882 à 1888). S'il vient un été peindre au-delà d'Auvers, à Montgeroult, s'il rend visite à Monet à Giverny en 1894, ses lieux de prédilection en ces années 1890 sont les bords de la Marne vers Maison-Alfort ou Créteil, et la région de Fontainebleau jusqu'à Barbizon ou Marlotte. La rivière l'enchante, il y trouve fraîcheur, calme et sérénité et ses toiles expriment le «silence» de la nature. À Paris, les tons s'apaisent autour des bleus et des verts tandis qu'en Provence, il travaille la symphonie des ors des Sainte-Victoire. Ayant conquis sa place dans la capitale et acquis la maîtrise de son art, il se retire définitivement sur ses terres provençales pour lesquelles son attachement n'a cessé de grandir.

 

 

Paul Cézanne La Pendule noire 1869-1870 Huile sur toile 55,7 x 74,3 cm Collection particulière © Private Collection / Giraudon / The Bridgeman Art Library Nationality

 Paul Cézanne, La Pendule noire
1869-1870
Huile sur toile
55,7 x 74,3 cm
Collection particulière
© Private Collection / Giraudon / The Bridgeman Art Library Nationality

 

 

 

 

 

 

Repères biographiques
 


19 janvier 1839 : naissance de Paul Cézanne à Aix-en-Provence.
Avril-septembre 1861 : premier séjour à Paris où il rejoint Zola. À l'atelier Suisse, il fait la connaissance de Pissarro et Guillaumin. Il tente d'entrer aux Beaux-Arts, en vain. Mal à l'aise à Paris, il regagne très vite Aix-en-Provence. C'est le premier de quelque vingt allers retours entre Paris et Aix-en-Provence.
Novembre 1862 : revenu à Paris, Cézanne fait la connaissance de Bazille et de Renoir, avant celle de Manet en 1866. Tous les tableaux que Cézanne enverra au Salon à partir de 1863 seront refusés.
Mai-août 1866 : séjour à Bennecourt, en face de Bonnières, avec Zola.
Mi-décembre 1868 : Cézanne rencontre Hortense Fiquet, alors âgée de 18 ans. Elle deviendra sa compagne (et la mère de son fils unique, Paul, né en janvier 1872. Il ne l'épousera qu'en 1886.
1869 : en compagnie de Zola, Cézanne retrouve au café Guerbois les artistes du groupe des Batignolles.
Septembre 1870 - juillet 1871 : Cézanne vit entre Aix-en-Provence et l'Estaque avec Hortense Fiquet, loin de la guerre franco-prussienne et de la Commune. De retour à Paris, il trouve un appartement rue de Jussieu, près de la halle aux vins.
Août 1872 : Cézanne rejoint Pissarro près de Pontoise, avant de s'installer pendant plus d'une année à Auvers-sur-Oise, non loin du docteur Gachet.
Entre 1872 et 1882 : Cézanne séjourne à plusieurs reprises à Auvers/Pontoise. Il passe une année en Provence en 1876-1877, une année à Melun en 1879-1880 (cf. le Pont de Maincy), sans compter ses périodes « parisiennes » dans deux appartements successifs, rue de l'Ouest.
15 avril-15 mai 1874 : Cézanne participe à la première exposition impressionniste chez Nadar avec La Maison du pendu et La Moderne Olympia.
1875 : Renoir lui présente Victor Chocquet qui devient son principal collectionneur et son ami.
2-30 avril 1877 : Cézanne, qui n'a pas figuré à la seconde exposition impressionniste, expose seize oeuvres à la troisième. Il ne participera pas aux expositions suivantes.
Juin 1879 : premier séjour à Médan, où Zola s'est acheté un pavillon.
Mars 1886 : parution de L'OEuvre de Zola.
23 octobre 1886 : mort de Louis-Auguste Cézanne, son père. L'artiste dispose librement du Jas de Bouffan à Aix pour peindre.
Eté 1888 : retour à Paris et séjour à Chantilly. Installation quai d'Anjou à Paris en décembre.
Juin à novembre 1890 : Cézanne accompagne sa famille dans le Doubs et en Suisse. Il commence à souffrir du diabète. Retour à Aix-en-Provence (sa femme s'installe à Paris).
1892 : séjour à Avon, Fontainebleau et Bourron-Marlotte.
1894 : Cézanne peint sur les bords de la Marne (Maisons-Alfort, Saint-Maur-des-Fossés, Créteil).
Novembre 1894 : à Giverny, Monet organise une réception en l'honneur de Cézanne en présence de Clémenceau, Rodin, Geffroy et Mary Cassatt.
Novembre 1895 : Ambroise Vollard organise la première exposition personnelle de Cézanne dans sa galerie de la rue Lafitte. Cézanne est resté à Aix-en-Provence où Vollard se rendra pour faire la connaissance de « son » peintre.
Juin-Juillet 1896 : voyage à Vichy et Annecy pour raison de santé.
Février 1897 : deux paysages de Cézanne entrent dans les collections du Musée du Luxembourg avec le legs Caillebotte.
Mai 1897 : séjour à Mennecy, près de Corbeil.
13 janvier 1898 : publication de « J'accuse » de Zola dans l'Aurore. Cézanne, devenu catholique pratiquant, appartient à un milieu antidreyfusard, mais cette «affaire» ne le concerne pas : seule compte pour lui la peinture.
9 mai-10 juin 1898 : nouvelle exposition à la Galerie Vollard.
Premier semestre 1899 : il réalise le Portrait de Vollard dans son atelier de la Villa des Arts.
Août 1899 : séjour à Marlotte, où il réalise le portrait d'Alfred Hauge.
Septembre 1899 : retour à Aix-en-Provence pour la vente du Jas de Bouffan. Cézanne ne séjournera plus dans la capitale mais fera deux brefs séjours à Fontainebleau (été 1904 et été 1905).
Avril 1901: L'Hommage à Cézanne de Maurice Denis est exposé au salon de la Société nationale des Beaux-Arts.
29 septembre 1902 : mort de Zola.
Octobre 1904 : seconde édition du Salon d'automne au Grand Palais, où une salle entière est consacrée à Cézanne.
Entre 1904 et 1906 : nombreux sont ceux qui se déplacent à Aix-en-Provence pour rendre visite à Cézanne. Parmi ces visiteurs, on relève des peintres, comme Emile Bernard, Charles Camoin ou Maurice Denis.
Nuit du 22 au 23 octobre 1906 : mort de Cézanne à Aix-en-Provence.

 

 

 
 Paul Cézanne La Rue des Saules à Montmartre Vers 1873-1874 Huile sur toile 31,5 x 39,5 cm Collection particulière © Collection particulière

 Paul Cézanne, La Rue des Saules à Montmartre
Vers 1873-1874
Huile sur toile
31,5 x 39,5 cm
Collection particulière
© Collection particulière

 

 

 

Cézanne a 21 ans lorsqu'il arrive dans la capitale en 1861 pour devenir peintre. Désormais il va vivre plus longtemps à Paris et dans sa région qu'en Provence. Il s'y confronte à la femme dont le corps le fascine et le tourmente ; il s'y efforce à la construction presque théorique de natures mortes ; il y trouve quelques modèles parmi ses familiers... «Paris», c'est encore la région où il découvre vraiment la nature et le travail sur le motif. C'est là, plus qu'en Provence, qu'il élabore les formules d'un nouvel ordre pictural.


Peindre Paris
Pour Cézanne, Paris est une ville "intérieure", loin des descriptions narratives et littéraires de son ami Zola, loin de l'iconographie urbaine développée par Degas, Monet, Pissarro, Caillebotte, Renoir, voire Van Gogh.
De Paris intra muros, Cézanne a laissé quelques très rares vues, choisissant des motifs inattendus dont aucun n'est un «portrait de ville». A l'occasion, il pose son chevalet dans une rue déserte à Montmartre. De l'autre côté de la Seine, rue de Jussieu, il peint la halle aux vins, face au modeste appartement qu'il partage avec sa compagne et son fils nouveau-né. Quand il habite rue de l'Ouest, il s'échappe sur les toits pour peindre ce qui sera sa seule vue panoramique de la ville. Il transpose La Seine à Bercy de Guillaumin, auprès duquel il travaille, et dépasse l'impressionnisme de ce dernier d'une touche colorée déjà constructiviste.


Cézanne-Zola
En 1852, Cézanne et Zola se lient d'amitié au collège Bourbon d'Aix-en-Provence. Zola suit sa mère à Paris en 1858 et presse son ami de le rejoindre pour «mener la vie d'artiste». Cézanne une fois à Paris, l'écrivain soutient de sa plume, de son argent parfois, le peintre souvent en révolte contre l'institution, incarnée par le Salon. Zola prend fait et cause pour les artistes « réalistes » comme Courbet, «naturalistes» comme Daubigny, Corot, Manet, enfin «impressionnistes» comme Monet, Pissarro. En 1866, Zola dédicace son ouvrage Mon Salon : «à mon ami Paul Cézanne». Cézanne fait parfois référence à des livres de Zola, par exemple lorsqu'il peint Femme nue (Leda II), qui rend hommage au roman Nana. L'écrivain, de son côté, se souviendra de tous les peintres de la génération de Cézanne en imaginant Claude Lantier, le peintre raté de L'OEuvre. Avant même la sortie de ce roman en 1886, une incompréhension s'était peu à peu développée entre le peintre et le l'écrivain. Dorénavant, il n'y aura plus que silence et distance.


Les maîtres anciens
Du Louvre, dont Pissarro dit vouloir la destruction, Cézanne fait son « Ecole ». Il s'y précipite, carnet de croquis en mains, dès son arrivée à Paris. Il y retourne tout au long de sa vie artistique pour nourrir son regard des chefs d'oeuvres et pour garder la main en copiant un motif, une figure dont l'attitude inspirera un Baigneur ou une Baigneuse. «Le Louvre est le livre où nous apprenons à lire», écrit-il à Emile Bernard un an avant sa mort ! Parfois, il fait quelques copies à l'huile à partir de maîtres tel Rembrandt (Bethsabée) ou Delacroix (Dante et Virgile) pour lequel il envisage de peindre une Apothéose. Lui qui dit vouloir «faire du Poussin sur nature» regarde peu du côté du maître du classicisme français, mais s'attache à ceux du mouvement et de la couleur tels Rubens, Véronèse, Signorelli et, toujours, Delacroix. La sculpture le retient souvent, toutes périodes confondues : les antiques, Michel-Ange, Puget, Coysevox, Pajou voire Préault et Mercié.
«Nous allons vers les admirables oeuvres que nous ont transmises les âges, où nous trouvons un réconfort, un soutien, comme le fait la planche pour le baigneur» (lettre à Emile Bernard, 23 décembre 1904)


Auvers/Pontoise/Melun.
«Rome», c'était aussi Tivoli et Frascati. «Paris», c'est aussi la forêt de Fontainebleau, les bords de la Seine, de l'Oise ou de la Marne, d'autant plus que le chemin de fer, dès 1860, facilite les sorties et séjours en région parisienne. Après la Commune, dont Paris sort traumatisée, Cézanne, devenu père en janvier 1872, cherche une distance avec la grande ville. Il rejoint Pissarro du côté de Pontoise et s'installe plus d'une année à Auvers-sur-Oise. Il accompagne Guillaumin à Issy-les-Moulineaux. Le peintre quitte l'atelier, travaille sur le motif, éclaircit sa palette et s'astreint à la technique divisionniste adoptée par ses camarades qu'on va bientôt appeler «impressionnistes». C'est pour aussitôt s'en écarter et construire ses toiles par la couleur. Lorsqu'il passe une année seul à Melun en 1879-1880, et peint Le Pont de Maincy, Cézanne a trouvé sa voie. Il fera «de l'impressionnisme un art solide et durable comme l'art des musées»...


Le Docteur Gachet
Par l'intermédiaire de Pissarro, Cézanne fait la connaissance du docteur Gachet, amateur d'art, collectionneur et graveur. Guillaumin, installé à Issy-les-Moulineaux, les rejoint parfois à Auvers-sur-Oise. Entre les quatre hommes s'instaure une atmosphère de camaraderie et d'émulation. Dès que le temps le permet, ils partent travailler ensemble «sur le motif» et, les mauvais jours, ils se retrouvent chez Gachet pour exécuter leurs portraits croisés, ou s'initier à la gravure. Durant son séjour à Auvers-sur-Oise, Cézanne exécute cinq eaux-fortes empreintes d'une belle énergie malgré leur maladresse technique.


La tentation de Paris
Manet inaugure une forme de modernité en peignant l'Olympia. La femme de Paris se voit exposée à ses risques et périls sans les alibis de la mythologie ou de l'histoire. La tentation de saint Antoine devient la tentation d'une femme académique dont il faut récuser la beauté trop vénusienne. Cézanne, d'un tempérament violent et tourmenté, dépasse les orgies orientales de Delacroix, les provocations érotiques de Courbet, aussi bien que les audaces de Manet en faisant de l'Éternel féminin une idole presque vulgaire ! Lui-même comprend qu'il risque alors de s'enfermer dans une provocation stérile. Comment y échapper ? La femme va devenir « baigneuse » au soleil de Provence.


Les voies du silence
Durant les quinze dernières années de sa vie, Cézanne pourrait rester en Provence où il dispose d'ateliers et des motifs de son enfance. Il est à présent connu des amateurs. A partir de 1895, les expositions se succèdent jusqu'à sa consécration du Salon d'automne de 1904. Les critiques Natanson et Geoffroy attirent l'attention sur lui. Son marchand, Ambroise Vollard et son fils Paul veillent sur ses intérêts. Les jeunes peintres (Emile Bernard et Maurice Denis) viennent à Aix lui rendre hommage. Pourtant, entre 1888 et sa mort en 1906, Cézanne remonte huit fois en région parisienne. Fuyant les mondanités, il part méditer, le pinceau à la main, dans le silence et la solitude, à Chantilly d'abord puis sur les bords de la Marne ou du côté de Fontainebleau et de Marlotte. Plus que jamais l'eau de la rivière, les lisières des forêts, les clochers de village lui permettent «de bonnes études en présence de la Nature» au même titre qu'en Provence les rochers de Bibémus et la montagne Sainte-Victoire. Seule compte la peinture car «la peinture est ce qui me vaut le mieux».

 

 

 

Paul Cézanne, Une moderne Olympia Entre 1873 et 1874 Huile sur toile Paris, Musée d'Orsay, don de Paul Gachet, fils du Dr Gachet 1951 © service presse Rmn-Grand Palais / Hervé Lewandowski

 Paul Cézanne, Une moderne Olympia
Entre 1873 et 1874
Huile sur toile, 46 x 55 cm
Paris, Musée d'Orsay, don de Paul Gachet, fils du Dr Gachet 1951
© service presse Rmn-Grand Palais / Hervé Lewandowski

 

 

 


Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard, 75006 Paris

 

 

 

le 10 octobre 2011 à 11:10
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