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Matisse "Paires et Séries" au Centre Pompidou - 7 mars-18 juin


le 01 mars 2012 à 16h24 , mis à jour le 23 mars 2012 à 15h26.
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Matisse. Paires et séries éclaire l'un des aspects les plus singuliers de l'oeuvre d'Henri Matisse : la répétition d'un même sujet, d'un même motif, qui permet à Matisse d'explorer la peinture elle-même. Ces ricochets formels s'expriment, à travers des variations de cadre, de dessin, de touche et de couleurs.
L'exposition rassemble une sélection exceptionnelle de chefs-d'oeuvre provenant des plus prestigieuses collections publiques et privées dans le monde : soixante peintures, dont quatre grands papiers gouachés découpés, ainsi qu'une trentaine de dessins, parfois réunis et confrontés pour la première fois depuis l'époque de leur création.


C'est tout l'oeuvre de l'artiste qu'il est ainsi permis de découvrir, avec ses interrogations, ses ruptures, ses revirements, ses conquêtes. L'exposition invite le visiteur à comprendre combien son travail a contribué à engendrer et à nourrir la peinture moderne, interrogeant sans cesse la représentation, la notion de réalisme, le rapport entre le dessin et la couleur, entre la surface et le volume, entre l'intériorité et l'extériorité. Étudiant de nouveaux processus créatifs, remettant en cause chacune de ses avancées plastiques, Matisse fut un penseur profond de la forme.


De la méthode pointilliste à laquelle Matisse s'essaye à l'été 1904 - Luxe, Calme et Volupté et Le Goûter se trouvent exceptionnellement réunis pour l'occasion - aux ambitieux papiers découpés des années 1950 - la célèbre série Nu bleu de 1952 - en passant par l'ensemble de dessins de Thèmes et variations, les grandes périodes du peintre sont représentées dans un parcours chronologique. L'exposition permet également un nouvel éclairage de la genèse de chaque oeuvre présentée.

 

 

Présentation d'une sélection d'oeuvres

 Extrait de l'Album d'exposition «Matisse, Paires et séries». Éditions du Centre Pompidou
Textes d'Elsa Urtizverea

 

Ces deux toiles de mêmes dimensions et à première vue quasiment identiques présentent une opposition importante entre une version en volumes du motif et un traitement plus en aplats de la même scène.


Matisse peint Le Luxe I à Collioure, durant l'été 1907, avant de partir un mois pour l'Italie où il découvre les fresques de Giotto. À son retour, il expose l'oeuvre au Salon d'automne de Paris sous le titre « Le Luxe (esquisse) ». Séparé de son tableau, il réalise alors, à l'aide d'une mise au carreau sur un dessin de même taille (carton conservé au Mnam), Le Luxe II, qui présente d'ailleurs de nombreuses caractéristiques de la peinture à fresque. Ces deux chefs-d'oeuvre figurent parmi les exemples les plus aboutis de la double interprétation d'un même motif.

 

  

 

Le Luxe I

1907

Huile sur toile

210 × 138 cm

Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris
Achat à l'artiste en 1945

 

Le Luxe II

1907

Détrempe sur toile

209,5 × 139 cm

Statens Museum for Kunst, Copenhague
Don de Johannes Rump, 1928
 

 

 

Autour de l'été 1912, Matisse réalise ces deux natures mortes de très grandes dimensions autour du motif d'une des ses oeuvres, La Danse. Le premier tableau, aux couleurs pâles et aux plans superposés est probablement une esquisse pour le deuxième tableau. Capucines à La Danse I qui indique l'idée de départ de la peinture a longtemps été considérée comme la seconde version des deux par la modernité qui en émane. Dans Capucines à La Danse II, réalisé dans un deuxième temps, Matisse reprend son sujet et modifie de manière considérable l'espace, notamment en accentuant fortement les diagonales.


L'oeuvre est achetée par le marchand russe Chtchoukine pour la décoration de son palais moscovite où elle est alors intégrée dans un triptyque composé des oeuvres Conversation (au centre) et Coin de l'atelier.

 

  

 

Capucines à La Danse I

1912

Huile sur toile

191,8 × 115,3 cm

The Metropolitan Museum of Art, New York
Legs de Scofield Thayer, 1982

 

Capucines à La Danse II

1912

Huile sur toile

192 × 114 cm

Musée d'État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
Ancienne collection Sergueï Chtchoukine

 

Au printemps 1914, Matisse revient sur un motif déjà abordé, celui des poissons rouges. À l'automne de la même année, il reprend les grandes lignes de son premier tableau Intérieur, bocal de poissons rouges en y introduisant la présence du peintre : « C'est mon tableau des Poissons rouges que je refais avec un personnage qui a la palette à la main et qui observe (harmonie brun-rouge) », explique-t-il dans une lettre adressée à Charles Camoin.

La silhouette du peintre est extrêmement stylisée, la fenêtre n'offre plus aucune vue sur la ville, et une bande verticale noire domine la composition. La présence physique de l'artiste matérialise la dualité des versions intériorisée et extériorisée du même tableau.
 
 

  

 

Interieur, bocal de poissons rouges

1914

Huile sur toile

147 × 97 cm

Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris
Legs de la baronne Eva Gourgaud aux Musées nationaux, 1965

Poissons rouges et palette

1914

Huile sur toile

146,5 × 112,4 cm

The Museum of Modern Art, New York
Don de Florene M. Schoenborn et Samuel A. Marx, 1964
 

 

La Blouse roumaine et Le Rêve forment l'une des paires les plus ambitieuses de l'oeuvre de Matisse.


Ces deux toiles jumelles, liées par un même motif, celui d'une blouse roumaine, ont été achevées respectivement en avril et en octobre 1940. Nous disposons pour cet ensemble de nombreuses photographies des états successifs des deux peintures en cours d'élaboration (pratique à laquelle Matisse a recours en 1935 pour la première fois).


Ces états photographiques permettent de voir comment le peintre élimine, au fil des séances de travail, des éléments décoratifs de La Blouse roumaine pour arriver à son aspect définitif. Dans un travail très proche, Le Rêve est également dépouillé progressivement de ses détails. En décembre 1945, Matisse propose à la Galerie Maeght, une très étonnante exposition, quasi conceptuelle, où sont présentées six oeuvres récentes entourées de leurs états photographiques agrandis et encadrés, comme autant de séries spectrales.

 

 

  

 

La Blouse roumaine

1939-1940

Huile sur toile

92 × 73 cm

Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, Paris
Don de l'artiste par déclaration du 21 octobre 1949

Le Rêve

1940

Huile sur toile

81 × 65 cm
Collection particulière

 

 

1869-1895
Matisse naît le 31 décembre 1969 au Cateau-Cambrésis. Il commence à peindre au cours d'une longue convalescence.


 

En 1891, Matisse s'installe à Paris, où il fréquente l'académie Julian puis l'atelier de Gustave Moreau.


 

1898-1901
Il voyage dans le sud de la France avec sa femme Amélie Parayre. Durant l'hiver 1898-1899, à Toulouse, il réalise les deux Natures mortes aux oranges une des premières occurrences de tableaux en paire dans son oeuvre, interrogeant le statut d'esquisse et celui d'oeuvre achevée.
Matisse expose au Salon des indépendants et à la première édition du Salon d'automne.


 

1904-1909
Matisse séjourne à Saint-Tropez, chez Signac, où il rencontre Henri-Edmond Cross. Sous l'influence de ces deux peintres, Matisse peint Le Goûter et sa version pointilliste Luxe, calme et volupté.

Matisse peint durant l'été 1905 à Collioure en compagnie de Derain. Leurs toiles présentées au Salon d'automne, avec celles de leurs amis - Vlaminck, Marquet...- suscitent le scandale des « fauves ».

En 1907, Matisse peint Le Luxe I et entreprend, quelques semaines plus tard, une autre version plus stylisée, Le Luxe II, au retour d'un voyage en Italie où il découvre les fresques de Giotto à Padoue.


 

En 1908, son texte Notes d'un peintre est publié dans La Grande Revue.
Sergueï Chtchoukine commande à Matisse, en 1909, deux grands panneaux décoratifs qui se répondent, La Danse et La Musique.


 

En 1909, la famille Matisse s'installe dans une maison à Issy-les-Moulineaux, où l'artiste fait construire un grand atelier.
« Je me suis inventé en considérant d'abord mes premières oeuvres. Elles trompent rarement. J'y ai trouvé une chose toujours semblable que je crus à première vue une répétition mettant de la monotonie dans mes tableaux. C'était la manifestation de ma personnalité apparue la même quels que fussent les
divers états d'esprit par lesquels j'ai passé. »
Matisse interrogé par Apollinaire (La Phalange, n°2, décembre 1907)


 

1910-1913
Lors de son séjour en Espagne durant l'hiver 1910-11, Matisse peint à Séville deux toiles sur le même motif, l'intérieur de son atelier, selon deux cadrages différents (Nature morte (Séville) et Nature morte (Espagne)) qui inaugurent sa réflexion sur le décoratif.

Après sa visite de Moscou, où il découvre les icônes byzantines et leur organisation en polyptiques, il réalise, à quelques mois d'écart, deux vues contrastées et colorées de son nouvel atelier d'Issy, L'Atelier rose, au printemps 1911 et L'Atelier rouge, quelques mois plus tard, à l'automne.
Matisse séjourne au Maroc de janvier à avril 1911 et décline trois vues du jardin de la villa Brooks à Tanger : Les Pervenches, La Palme et Les Acanthes. Revenant à Tanger entre octobre 1912 et février 1913, l'artiste peint le fameux triptyque marocain : Zorah sur la Terrasse, Fenêtre à Tanger et La Porte de la Casbah
destiné au collectionneur russe Morosov.

L'ensemble de la production marocaine et exposée galerie Bernheim-Jeune selon des regroupements en trios ou paires.
Entre ses deux séjours au Maroc, Matisse peint les Capucines à La Danse I et II, l'une achetée par l'historien de l'art Curt Glaser, l'autre, acquise par Sergueï Chtchoukine qui l'intègre à un ensemble constitué en triptyque, avec La Conversation et Coin de l'atelier.

 

1914-1916
Matisse peint deux vues de Notre-Dame, qu'il observe depuis sa fenêtre de l'atelier quai Saint-Michel, selon deux approches stylistiques et esthétiques antinomiques.
Pendant la guerre, Matisse est maintenu dans le service auxiliaire du fait de son âge et de sa situation familiale. Il se réfugie à Collioure, où il retrouve le peintre Juan Gris.
De retour à Paris, il peint Poissons rouges et palette offrant une deuxième interprétation plus radicale et introspective à son Intérieur, bocal de poissons rouges réalisé quelques mois plus tôt.
Durant l'été 1916, Matisse travaille à La Leçon de piano - représentation stylisée et radicale d'une scène domestique - et, au printemps de l'année suivante, il reprend le même thème selon un naturalisme ambigu, La Leçon de musique, qui annonce le tournant de sa peinture autour des années 1920.

 

1917-1920
À l'automne 1917, Matisse part pour le Midi. Il s'installe à Nice, où il peint plusieurs vues de sa chambre d'hôtel dont l'Intérieur au violon et Le Violoniste à la fenêtre.
Préoccupé par l'état de santé de sa fille Marguerite qui a subi plusieurs trachéites, Matisse passe l'été en Normandie, à Étretat, en sa compagnie.
Il y peint une série de vues des falaises selon le point de vue emprunté autrefois par Courbet et Monet, réinterrogeant la question de la série.


1921-1936
L'oeuvre de Matisse se caractérise par des scènes d'intérieurs, des odalisques et des natures mortes richement composées selon un style naturaliste nouveau.

 

En 1931-1932, au début de son travail sur La Danse, oeuvre monumentale, commandée par Alfred Barnes pour sa fondation à Philadelphie, Matisse engage un photographe. Il va dès lors utiliser régulièrement la photographie dans le processus de sa création, enregistrant les états successifs de ses tableaux.
« La réaction d'une étape est aussi importante que le sujet. Car cette réaction part de moi et non du sujet.


C'est à partir de mon interprétation que je réagis continuellement jusqu'à ce que mon travail se trouve en accord avec moi. Comme quelqu'un fait sa phrase, il retravaille, il redécouvre... À chaque étape, j'ai un équilibre, une conclusion. À la séance suivante, si je trouve qu'il y a une faiblesse dans mon ensemble,
je me réintroduis dans mon tableau par cette faiblesse - je rentre par la brèche - et je reconçois le tout »
Matisse (Tériade, écrits sur l'art, Paris, Adam Biro, 1996, p. 478).


 

1937-1939
À partir de 1935, Matisse renoue avec la peinture de chevalet, menant de front plusieurs toiles sur de mêmes thèmes.
Il entreprend entre février à avril 1937, La Grande robe bleue et Robe bleue devant la cheminée, aux soucis.

L'élaboration des deux oeuvres aux compositions de départ très proches est renseignée par une série de photographies.

Pendant l'été 1939, Matisse occupe un atelier villa des Plantes, où il réalise Les Marguerites et Liseuse sur fond noir, selon un jeu complexe de répétition du motif et de réflexivité de la peinture.

 

1940-1945
Matisse quitte Paris pour Bordeaux pendant l'exode. Il séjourne à Ciboure, puis rentre à Nice au mois d'octobre. Il peint des tableaux essentiels - La Blouse roumaine, Le Rêve, Nature morte au coquillage et Nature morte au magnolia - issus d'un long travail de décantation formelle et de réflexion plastique dont
témoignent les nombreux dessins préparatoires et les états photographiques.

 

En 1941 Matisse subit une grave opération chirurgicale. Il s'attèle au projet de recueil Thèmes et variations, publié en 1943 avec une préface de Louis Aragon : l'ensemble de 152 dessins est organisé en 17 « thèmes » posés au fusain à partir desquels se déploie une succession de dessins au trait, les « variations ».

À la Libération, Matisse est célébré comme un des artistes français majeurs aux côtés de Picasso.

Le Salon d'automne de 1945 lui rend hommage. Parmi les 37 tableaux présentés, plusieurs paires y sont exposées comme La Blouse Roumaine et Le Rêve ou encore Les Marguerites et La Liseuse sur fond noir.

En décembre 1946, Matisse expose à la Galerie Maeght, six peintures récentes, entourées de leurs états photographiques agrandis et encadrés, donnant à voir le secret de leur genèse.


1946-1949
Installé dans la villa Le Rêve à Vence depuis 1943, il réalise entre 1946 et 1948 un dernier ensemble très homogène de peintures qui constitue un aboutissement de sa réflexion sur le dessin et la couleur, Intérieurs de Vence qui comptent parmi ses chefs-d'oeuvre tels La Fougère noire ou l'Intérieur au rideau égyptien.
Matisse se consacre au dernier grand chantier de sa vie, la conception de la chapelle de Vence.


 

1950-1954
Le peintre développe une oeuvre nouvelle de papiers gouachés découpés.
Il conçoit en 1952 les grands Nus bleus, dernier exemple d'une articulation duale, entre l'un mené de manière complexe sur plusieurs mois et les trois autres créés entre-temps rapidement, en un jaillissement immédiat.

Matisse s'éteint le 3 novembre 1954 à Nice.

 

Centre Pompidou
Place Georges Pompidou
75004 Paris

Nocturnes du jeudi au lundi jusqu'à 23h

 

 

 

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