Salle Pleyel - Saison 2011-2012

le 27 septembre 2011 à 12h23 , mis à jour le 11 octobre 2011 à 12h18

AFFICHE ZOOM SALLE PLEYEL

 

Saison 2011-2012 de la Salle Pleyel

 

 

AU PIED DE LA LETTRE

 


Le chef italien Riccardo Chailly relève un défi majeur: l'exécution du cycle complet des symphonies de Beethoven, mis en miroir avec cinq créations de compositeurs d'aujourd'hui.

 

Milanais né en 1953, fils du compositeur Luciano Chailly, Riccardo Chailly est l'un des chefs d'orchestre les plus talentueux de la scène musicale internationale.
Il s'est imposé au plus haut niveau en occupant les fonctions de directeur musical de l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam de 1988 à 2004 -premier chef non hollandais nommé à ce poste prestigieux. L'histoire s'est répétée en 2005 avec
l'inauguration de son mandat actuel de chef de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, autre ensemble légendaire.
Les gravures des symphonies de Brahms, Bruckner et Mahler, mais aussi  Schönberg, Varèse ou Berio, ont accompagné cette brillante trajectoire.
Voilà qui ne colle guère avec le cliché du « chef italien ». Pourtant, bon sang ne saurait mentir : ses nombreux Rossini, Verdi ou Puccini gravés avec diverses grandes formations péninsulaires sont des modèles de style.
Une clé fondamentale pour comprendre Chailly est l'aller-retour permanent qu'il effectue entre tradition et modernité ; très attentif aux créateurs vivants, il a toujours mis en perspective les achèvements de ses illustres prédécesseurs. À peine nommé, le nouveau Gewandhauskapellmeister affirmait que « la grande époque de l'orchestre du Gewandhaus a été celle où il a pris fait et cause pour la nouvelle musique ».
Preuve par l'exemple : son concert inaugural unissait Felix Mendelssohn à  Wolfgang Rihm.
Depuis, il est revenu à Schumann via les lunettes de Mahler, a enregistré les Concertos brandebourgeois ou la Passion selon saint Matthieu de Bach, avant de s'intéresser à Gershwin. Cette polarité subtilement alternative a renouvelé le profil foncier du vénérable Gewandhaus, éclairant ses couleurs sombres et profondes d'un feu méditerranéen et d'une transparence latine (forcément attendue d'un artiste capable d'évoquer Bellini à propos de la Huitième Symphonie de Mahler...). Paris a pu apprécier depuis la flexibilité et l'agilité nouvelles de la formation saxonne dans Mendelssohn, Bruckner ou Dvorák, dirigés
avec cet élan lyrique mais aussi cette précision (rythme, attaques, phrasés, équilibres) à laquelle il ne renonce jamais.
Mais son retour en octobre 2011 avec son orchestre représente un autre enjeu encore : l'exécution du cycle complet des symphonies de Beethoven, mis en miroir avec cinq créations de compositeurs d'aujourd'hui. Un projet caressé en vérité dès ses années hollandaises, bien que les classiques viennois n'aient pas été, alors, au coeur de ses préoccupations programmatiques.
Et sans exclusive stylistique ni générationnelle, à considérer les noms retenus : Carlo Boccadoro, Steffen Schleiermacher, Colin Matthews, Bruno Mantovani et Friedrich Cerha.
Un défi majeur, après les cycles Beethoven donnés par Bernard Haitink ou John Eliot Gardiner (pour ne rien dire de ceux entendus à la Cité de la musique ou au Théâtre des Champs-Élysées).
Chailly revendique jouer ce qui est écrit, tel que c'est écrit. Sans répondre encore à nos questions, cela dit déjà l'intérêt de ce rendez-vous qui sera sans aucun doute un sommet de la saison prochaine.
Rémy Louis

 

Beethoven: intégrale des symphonies, par le Gewandhausorchester Leipzig, Riccardo Chailly, direction. Du samedi 22 au lundi 31 octobre.

 

 

 

LE TRANSATLANTIQUE

 

 


Le son et la réputation du Cleveland Orchestra se sont bâtis grâce à des personnalités à poigne, pour la plupart issus du sérail européen.
Son chef actuel, l'Autrichien Franz Welser-Möst, respecte son équilibre savant entre tradition vernaculaire et influence européenne.

 

L'Orchestre de Cleveland compte au nombre des «Big Five», le club sélect des plus grandes formations orchestrales états-uniennes, encore qu'on puisse aujourd'hui parler de «Big Ten». Five ou Ten, il offre deux particularités : d'abord, son implantation dans une ville industrielle de l'Ohio située à l'écart des grands foyers culturels usuels ; ensuite, une naissance assez tardive, en 1918, ce qui fait de Cleveland la seule grande phalange des États-Unis à n'avoir pas encore fêté son centenaire. Qu'elle doive son existence à l'obstination d'unemécène éclairée, Adella Prentiss Hughes, ajoute à son originalité.
Le son et la réputation de l'orchestre se sont bâtis sur la durée grâce à des personnalités à poigne : Nikolai Sokoloff, Artur Rodzinski, George Szell, Erich Leinsdorf, Lorin Maazel, Christoph von Dohnanyi et, depuis 2002, l'Autrichien Franz Welser-Möst, actuel et septième Music Director, dont le mandat a été prolongé jusqu'à la saison du centenaire. Cette énumération souligne l'attirance
certaine de l'orchestre pour les chefs issus du sérail européen.
Si le Polonais Rodzinski (1933-1943) ou l'Allemand Dohnanyi (1984-2002) l'ont fortement marqué, Cleveland doit sa réputation internationale à George Szell (1946-1970), « l'ingénieur le plus inflexible du répertoire symphonique », selon le mot du critique italien Piero Rattalino.
Mandat glorieux -à ce jour encore le plus long de son histoire- dont disques et tournées ont contribué à diffuser l'excellence. Car le méticuleux musicien d'origine hongroise a ciselé dans le détail le profil fondamental de la formation, toujours valable aujourd'hui. Il a façonné un corps orchestral précis et agile, clair de texture comme de contour, capable de faire de la musique de chambre à l'échelle symphonique. Ce caractère distinctif a séduit des artistes tendant eux-mêmes à un idéal similaire, tel Pierre Boulez -initialement appelé par Szell, il est resté un invité régulier.
Dohnanyi a enrichi cet éventail d'une douceur particulière des timbres.
À son tour, Franz Welser-Möst a apporté sa pierre à l'édifice. Il a développé les résidences régulières du Cleveland Orchestra, tant aux États-Unis (Miami, New York) qu'en Europe (au Musikverein de Vienne et au Festival de Lucerne).
Directeur musical de l'Opéra de Vienne depuis 2010, il en a également accentué la fibre lyrique, donnant Roussalka de Dvorák au Festival de Salzbourg (2008), mais aussi au Severance Hall -le légendaire home, sweet home de la phalange de l'Ohio - des exécutions d'opéras en concert ou en version scénique, comme Rodzinski jadis. A l'instar d'autres musiciens de sa génération, il est à l'écoute de la musique d'aujourd'hui.
Le second des deux concerts que Cleveland donnera sous sa direction Salle Pleyel comporte ainsi la Doctor Atomic Symphony du très demandé John Adams. En y ajoutant Mendelssohn et Tchaïkovski, Richard Strauss, Stravinski et Ravel, il illustre l'équilibre savant entre tradition vernaculaire et influence européenne, consubstantiel de la personnalité de l'Orchestre de Cleveland.
Rémy Louis

The Cleveland Orchestra. Franz Welser-Möst, direction. Le mardi 25 octobre, 20h (Stravinski, Strauss, Tchaïkovski), et le mercredi 26 octobre, 20h (Mendelssohn, Adams, Ravel). 

 

 

 

INOUBLIABLE VOYAGE

 

 


L'image qu'on se forge d'un artiste repose parfois sur un souvenir particulier : pour l'auteur de ces lignes, celle de Matthias Goerne est à jamais liée au Hollywood Liederbuch de Hanns Eisler et Bertolt Brecht, entendu d'abord à l'Auditorium du Louvre, puis à la Cité de la musique. Révélation d'un ton, d'une sensibilité, d'un phrasé, dans ce cycle terriblement exigeant par son ampleur comme par la variété et la subtilité de ses climats, où savoir durer est une vertu capitale. Un voyage entrepris et accompli avec une concentration suprême par un artiste à la stature puissante, visage rond et yeux clairs. Mais qui l'a approché sait aussi que l'homme est volontiers rieur et jovial.


Matthias Goerne est, viscéralement, un authentique Liedersänger. Elisabeth Schwarzkopf ou Dietrich Fischer-Dieskau se sont penchés sur ce berceau convoité - ce qui lui vaut la comparaison régulière avec son prestigieux mentor.
Chacun débusquera si nécessaire d'éventuelles similitudes (dans le phrasé, l'inflexion, les couleurs ?). Elles seraient d'ailleurs glorieuses. Mais il est Matthias Goerne, et cela compte seul. Soit un chanteur au grain de voix singulier, i mmédiatement reconnaissable, qui trouve toujours l'équilibre nécessaire entre la précision des mots et la tension de la ligne.
Avant même de commencer, il semble se tasser intérieurement, se courbe en avant. Venue des profondeurs, la voix se déploie au fur et à mesure que le corps puis la tête se relèvent, avec une lenteur particulière, et une force d'autant plus irrésistible.
Cette préparation et cette discipline du souffle fondent ces phrases longues, cette courbure merveilleusement subtile et organique de la ligne.
Goerne a su exploiter ces qualités sur scène: le Papageno des débuts a ouvert la voie à un noble Wolfram (Tannhäuser), un Wozzeck de Berg ou un Lear de Reimann étreignants, et un trèsmémorable Mathis le Peintre de Hindemith, rôle où il est sans doute aujourd'hui sans concurrence. Car la noblesse intériorisée du caractère réclame absolument un Liedersänger, non un simple «chanteur d'opéra».
Mais Goerne s'est fixé pour la saison 2011-2012 un autre défi. Se confronter une nouvelle fois, sur un temps long, à ce triptyque schubertien qui est l'alpha et l'omega du chanteur de lieder : La Belle Meunière, Le Voyage d'hiver et Le Chant du cygne. Au piano, Christoph Eschenbach y sera un de ces partenaires élus que Goerne affectionne, à l'instar d'Elisabeth Leonskaja, Leif Ove Andsnes ou Pierre-Laurent Aimard -ou bien sûr Alfred Brendel, dans ce qui était déjà en 2004 sa deuxième gravure du Winterreise. Leur complicité nous a valu, Salle Pleyel, une soirée Schumann et un Knaben Wunderhorn de Mahler (avec l'Orchestre de Paris)
inoubliables.
Ensemble, pouls et coeurs mêlés, Goerne et Eschenbach vont ouvrir pas à pas les portes successives de ce qui sera une fois encore, d'un lied à l'autre, d'un cycle à l'autre, d'un mois à l'autre, un inoubliable voyage. Une expérience spirituelle et sensible, Ein Erlebnis, comme disent les Allemands.
Rémy Louis


Cycle Schubert. La Belle Meunière (8 novembre), Le Voyage d'hiver (28 février) et Le Chant du cygne (11 mai). Matthias Goerne, baryton. Christoph Eschenbach, piano.

 

 

 

ENTRE RACINES ET DEVENIR

 

 
 


La Salle Pleyel invite le public à une pérégrination méditerranéenne, de l'Espagne à la Corse, du Maghreb au Proche-Orient.

La scène méditerranéenne actuelle, entre Barcelone, Beyrouth, Casablanca, Istanbul, Calvi ou Athènes, bruisse de mille sons et de diverses tendances. Il y eut d'abord, dans les années soixante-dix, ces vagues de musiques revivifiées ou rénovées montant de diverses berges du Mare Nostrum, grossissant puis réduites
en bout de parcours en faibles écumes d'une splendeur passée.
Ces mouvements à portée limitée ont d'abord pris racine, avant de conquérir d'autres sphères, dans des ensembles régionaux au Maghreb, en Corse, personnifiés ici par l'inlassable A Filetta, en Grèce, berceau du rébétiko à accent très oriental, et au Proche-Orient, où le Liban, à travers Soeur Marie Keyrouz, a conservé précieusement ses chants d'essence chrétienne, quand la Turquie s'accroche à ses splendeurs ottomanes et que la Palestine renaît par le luth des frères Joubran.
Mais c'est encore et toujours l'Andalousie qui frappe l'imaginaire avec son arme fatale : le flamenco, un style indémodable qui plus est en renouvellement permanent. Aujourd'hui, le genre, fort de sa dimension internationale, ne se limite
plus à cette image réductrice de «deux chaises de paille, un chanteur, un guitariste, et une danseuse sans castagnettes ni ornement».
Il a retrouvé à la fois son sens originel et un esprit d'ouverture en direction d'autres styles comme le jazz ou l'andalou maghrébin (Françoise Atlan ou Mohamed Bajeddoub en donnent de significatifs aperçus), grâce à des chanteurs, des musiciens ou des danseuses emblématiques.
À commencer par Camaron de la Isla, né à San Fernando, près de Cadix, et disparu trop tôt, un 2 juillet 1992, à l'âge de 41 ans. Objet d'un culte extraordinaire, Camaron, à la tessiture incomparable, avait enregistré son premier album en 1969, avec la complicité du plus grand guitariste flamenca de tous les temps, Paco de Lucia.
Ce dernier, portant beau sa carrure de star internationale, est celui qui a  perpétué, avec une immense réussite, l'héritage de Camaron. Il parle toujours de son idole avec une émotion intense dans la voix : «Pendant que d'autres chantaient des chansons sur des thèmes sociaux, la voix déchirée de Camaron évoquait à elle seule le désespoir de tout un peuple ». Paco de Lucia, à qui l'on doit l'introduction du cajon et des audaces incroyables, poursuit encore et toujours ses introspections en allant plus loin dans les frottements avec d'autres instruments, comme ici avec un harmonica et des claviers.
Mais le flamenco, tenu pour machiste, peut être une affaire de femmes, pendant longtemps préposées à la danse et exclues du jeu vocal. Avec son coffre impressionnant, la non-gitane Carmen Pacheco Rodriguez, dite Linarès en référence à son patelin natal où elle a vu le jour en 1951, s'est imposée comme la plus grande voix du flamenco et l'égale d'un Enrique Morente, son pendant masculin. Majestueuse sur scène, elle agit sur le public comme une jeteuse de sort capable de vous happer dans une transe sans nom. Olé !
Rabah Mezouane


Série Méditerranée : 5 concerts du lundi 21 novembre au dimanche 3 juin 2012.

 

EGALEMENT PROCHAINEMENT :

Beethoven : Intégrale des symphonies Gewandhausorchester Leipzig Riccardo Chailly, direction

Du samedi 22 au lundi 31 octobre, 20h
Projet phare de la saison 2011-2012, cette intégrale des symphonies de Beethoven que nous propose Riccardo Chailly sera pour le moins originale.

A la tête du Gewandhausorchester Leipzig, admirable orchestre dont la sonorité reste inégalée dans ce répertoire, le chef italien relèvera un défi majeur :  l'exécution du cycle complet des symphonies de Beethoven, mis en miroir avec cinq créations de compositeurs de notre temps. En cinq concerts, nous découvrirons donc cinq compositeurs de cinq nationalités différentes : Carlo Boccadoro, Steffen Schleiermacher, Colin Matthews, Friedrich Cerha et Bruno Mantovani. 


 
Concerts exceptionnels : Cecilia Bartoli / Semele


 
Dimanche 4 décembre, 16h
Mercredi 7 décembre, 20h
La Salle Pleyel est heureuse d'annoncer 2 représentations exceptionnelles de Semele de Haendel en version de concert les 4 et 7 décembre. Diego Fasolis dirigera l'orchestre La Scintilla. La distribution comprendra Cecilia Bartoli dans le rôle-titre, Charles Workman (Jupiter), Hilary Summers (Juno), Christophe Dumaux (Athamas) et Liliana Nikiteanu (Ino). (Photo : © Uli Weber/Decca)
 
 
 

 

Retrouvez toute la programmation sur http://www.sallepleyel.fr/francais/focus.aspx

 

 

 

 

 

le 27 septembre 2011 à 12:23
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