Depuis le quatrième long-métrage Alien réalisé par Jean-Pierre Jeunet en 1997, les fans de la créature de H.R. Giger se sont contentés de deux cross-overs impliquant d'autres extraterrestres belliqueux. Avec Prometheus, la franchise puise à la source de ses nombreux mystères et permet à Ridley Scott de renouer avec la science-fiction et des thèmes métaphysiques qui sont au coeur de Alien, le huitième passager et Blade Runner. Une préquelle ancrée dans la mythologie, comme une nouvelle pierre à l'édifice monstrueux déjà en place. Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Jusqu'où ira la saga ?
Entre les élans kubrickiens du design sonore et les clairs-obscurs de l'environnement technologique, Prometheus ne met pas longtemps à capter l'indicible, les mystères de la mission et les premières fêlures de chaque personnage. Le long métrage, basé sur des allers-retours entre deux lieux clos, ne subit aucune faute de goût en termes de direction artistique. Les premières minutes restent d'ailleurs un modèle de fulgurance graphique et de cadence dramaturgique. Dans cet univers techno-crépusculaire, les personnages ne convainquent pas tous. La figure centrale de Prometheus, c'est avant tout Elizabeth Shaw, digne successeur d'Ellen Ripley. Trente ans après Sigourney Weaver, Noomi Rapace vampirise l'écran, imposant fragilité et combativité dans un même élan de survie. L'actrice s'offre une scène culte, un rôle d'amazone et confirme qu'elle peut porter une fiction de cette envergure à elle seule. Si Charlize Theron et les autres tentent de s'extirper de leurs protagonistes archétypaux sans véritable succès, Ridley Scott réussit tout de même son coup avec un automate au service des hommes venant enrichir un des thèmes fétiches du cinéaste.

En retrouvant la figure du Replicant et en continuant d'interroger les limites de l'intelligence artificielle et l'unicité de l'âme humaine, le réalisateur en impose dans la caractérisation de son personnage autant qu'il déçoit dans son traitement des interrogations universelles. En guide omniscient, l'androïde David est comme le premier écho de son espèce, bien avant Ash (Le Huitième passager) et Call (Alien, la résurrection). Digne représentant de la lignée des enfants du Dr Frankenstein et du Dr Eldon Tyrell (Blade Runner), lointain cousin de Roy Batty (Rutger Hauer dans Blade Runner) ce nouveau robot à l'apparence humaine est brillamment interprété par Michael Fassbender, parfait dans son détachement humanoïde et ses nuances de jeu infinitésimales. Ridley Scott peut donc s'appuyer sur deux talents extraordinaires pour débattre de Dieu, l'Homme et la création originelle mais si Prometheus reste une pièce essentielle du mythe monstrueux, il lui manque une véritable incarnation poétique des questions philosophiques et théologiques soulevées. Le film ne parvient jamais véritablement à transcender ses multiples sujets, même s'il propose ce qu'il y a de mieux en termes de divertissement spectaculaire et viscéral. Ridley Scott reste un grand réalisateur de la claustrophobie et de la tension dramatique, mêlant intelligence du propos et démesure esthétique avec brio. On s'attendait donc à un film Titan, il faut se satisfaire d'une très grande oeuvre de science-fiction qui grandira peut-être comme un "facehugger" attendant la suite de sa mutation.
Par Nicolas SCHIAVI