Australia


le 14 septembre 2009 à 17h56 , mis à jour le 14 septembre 2009 à 17h56.
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0min

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Australia

Note de la rédaction

Genre : 
Drame

Nationalité : 
USA

Année de production : 
2008

Sortie : 
24/12/2008

Durée : 
2h35min

Réalisateur : 
Baz Luhrmann

Acteurs : 
Hugh Jackman, Brandon Walters, David Wenham, David Ngoombujurra, Jack Thompson, Bryan Brown, Tony Barry, Ray Barrett, David Gulpilil, Lillian Crombie, Essie Davis, Arthur Dignam

Distributeur : 
Twentieth Century Fox

Australie du Nord, fin des années 30. Lady Sarah Ashley, aristocrate anglaise hautaine et renfermée, arrive au coeur des paysages sauvages de ce pays et se retrouve à devoir gérer seule un gigantesque domaine. Contrainte pour sauver l'exploitation de partir vendre 2 000 têtes de bétail à des milliers de kilomètres, elle n'a d'autre choix que de faire équipe avec un cow boy local un peu rustre. Cette aventure à travers les terres aussi magnifiques qu'inhospitalières du pays transformera à jamais ces deux êtres que tout oppose. Au bout de leur périple, la ville de Darwin doit faire face aux bombardements japonais.

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La critique : Un résultat proprement émouvant

Baz Luhrmann, cinéaste culte par excellence, frivole et désinvolte, ne nous avait rien offert depuis 2001 et son extraordinaire Moulin Rouge... Ayant clôt sa trilogie dite « du rideau rouge » avec ferveur, le réalisateur australien s’est alors attelé à un nouveau triptyque, encore plus ambitieux, puisqu’il s’agit de trois films épiques dont les deux prochains opus se tourneront sur les dix prochaines années. Australia est le premier né de cet évènement cinématographique et semble, derrière son apparat spectaculaire, rendre hommage à un cinéma d’antan, où les grandes émotions se mêlent aux grandes ambitions. Epique dans sa longueur, dans sa forme, mais également dans le ton de la mise en scène, le cinéaste sort l’artillerie lourde et nous offre une bourrasque cinématographique d’une maîtrise incroyable. Entre Victor Fleming et James Cameron, Baz Luhrmann se place comme un peintre des temps modernes, cinéaste de la renaissance où chaque plan recèle une multitude de complexités... Malgré un dernier quart d’heure se tirant du plomb dans l’aile, les 2h35 passent à une vitesse déconcertante grâce à une frénésie contagieuse et un scénario excellemment ficelé. Du cinéma décadent, démesuré, titanesque... Pour un résultat proprement émouvant


Australia va partager. Il y aura ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, se laisseront complètement embarquer par une tempête visuelle bouleversante dont les ambitions de départ, colossales, vont de pair avec un récit homérique divisé en trois temps. Puis il y aura les autres, hermétiques, insensibles et trop bousculés pour apprécier toute la démesure d’un réalisateur qui redéfinit entièrement le titre de metteur en scène. Baz Luhrmann nous avait déjà prévenu avec ses précédents films où rien n’était laissé au hasard mais ici l’ampleur du travail est inimaginable, prodigieuse et le mieux c’est qu’Australia ne se repose pas sur ses lauriers et ne prend pas le fond comme prétexte à une jolie forme. C’est tout le contraire car l’histoire, simple mais puissante, nous tient en haleine dès les premières secondes, sans jamais réellement nous lâcher. Alors on reprend son souffle à quelques menues reprises, histoire de bien digérér l’odyssée qui se joue devant nous et on se laisse s’adonner à un plaisir substantiel, celui de bouffer un énorme morceau de cinéma. Croquer une part de merveilleux... Sous ses airs bouffis, son ton presque arrogant, tant la maîtrise formelle fout des frissons, difficile de ne pas se dire, au visionnage, que nous sommes devant un très grand film. Dans le sens le plus littéral... Comme un roman-fleuve de 1500 pages, Australia a ses défauts, ses petites manières et ne pourra satisfaire tous les curieux, mais diantre... Quel artiste ! Baz Luhrmann signe une épopée remarquable à tous les égards et nous emmène durant près de trois heures au sein d’un territoire rarement filmé et fait aux paysages australiens ce qu’ont pu faire Sergio Leone et John Ford aux déserts américains ! C’est dire la forte puissance visuelle des plans du cinéaste. Ne minimisons pas le travail d’un réalisateur qui, sous le joug d’une production très exigeante et des ambitions esthétiques dépassant l’entendement, est parvenu à un résultat si incarné, charnel et animal.

 

Il en faut du talent, et une sacrée dose, pour ne pas noyer son récit et ses personnages dans cette avalanche indécente de cadres inouïs, de mouvements de caméra sensationnels et d’effets de ralenti saisissants. On n’a peut-être jamais vu ça sur grand écran ! Une ruée de 2000 buffles au bord d’une falaise en feu, l’attaque-surprise et volcanique de l’armée japonaise sur la ville de Darwin, une course-poursuite effrénée à cheval en pleine ville et plus simplement, une lumière, un paysage, un cadre, un regard... Australia se compose de tout ce qui se fait de plus énorme et se lie grâce à un travail minutieux sur le détail. A l’instar de Moulin Rouge, qui jouait constamment sur une corrélation entre le grotesque et le sublime (le propre des écrivains et artistes du mouvement Romantique), le dernier film de Baz Luhrmann joue sur différents tableaux et n’hésite pas une seconde à briser les conventions. Rire ou pleurer, ces deux émotions sont nobles et Luhrmann nous les fait vivre avec détermination, quitte à user des artifices les plus surannés. Mais ça marche car tout est assumé... Ou presque. Il faut en effet mettre un petit bémol sur les derniers moments du film qui ne ressemblent en rien aux inclinations tragiques du cinéaste. Fasciné par le drame de Roméo et Juliette, tuant sa sublime muse dans Moulin Rouge, le happy-end dont il pare Australia ne lui sied pas. De là à dire que de malencontreux producteurs sont venus mettre leur grain de sel, il n’y a qu’un pas.


Car le film, élégamment construit en trois temps, recèle en son coeur une masse incroyable de sujets historiques, de grands thèmes littéraires ou de petites malices cinégéniques... Suivant un long chemin de briques jaunes, Australia rend hommage au Magicien d’Oz, d’abord en utilisant la chanson Somewhere Over the Rainbow en thème musical récurrent et également lors d’une sublime séquence de découverte du film où le petit aborigène croque le fruit de la connaissance en écoutant chanter Judy Garland mais surtout en faisant de ses héros des anti-héros, des éclopés ou des figures fragilisées par un handicap ou un passé trouble. Construisant son récit autour d’un groupe de personnages touchants et pour le moins éclectique (Faraway Downs ressemble à une grande auberge espagnole), Luhrmann nous convie à suivre une fable dont les ressorts, amenés par un crédit historique et une vraie propension à montrer tous les aspects de l’Australie des années 1940, sont guidés par un désir profond de raconter une histoire. Au sens le plus noble...

 

D’une densité rare dans le cinéma contemporain, le film se permet de longs développements, une introduction qui s’étire et une conclusion de la même envergure. On se revoit assister à ces projections de grands et beaux films populaires comme le cinéma hollywoodien pouvait en produire. On pense à Autant en emporte le vent, Out of Africa ou même Titanic mais le film puise sa singularité dans son ton marginal, sa mise en scène baroque et son aspect clinquant si chaleureux. Et dans cette folie visuelle, au coeur des paysages merveilleux d’Australie, les comédiens s’en donnent à coeur joie pour jouer de leurs charmes. A la fois impétueux et fragile, Hugh Jackman incarne le charme à l’état brut, une force de la nature puisant ses ressources dans le bush et le billabong. Sculptural, barbu, il est l’homme dans toute sa splendeur et maîtrise avec habileté une auto-dérision idéale. De la même manière, Nicole Kidman nous ressort une palette de jeu aperçue dans Moulin Rouge, pouvant nous mener des rires aux larmes en un quart de tour de manivelle. D’une beauté glaciale puis rapidement plus terrestre et physique, son jeu passe du simple déguisement à l’émotion la plus bouleversante. Bref, un duo d’amoureux comme on en fait plus qui prendra le temps d’émerveiller les plus sensibles... Mais la brève évocation du casting ne serait pas totale sans que l’on mentionne le jeune Brandon Walters, épatant dans le rôle du jeune aborigène en proie à une crise identitaire dont ont souffert tous les métis de cette terre.

 

Au final, Australia convainc sur tous les plans et remplit pleinement son contrat de grand film à grand spectacle. D’une ampleur titanesque, semblant défier toutes les lois de la nature ou les conventions cinématographiques, le métrage se déroule comme une oeuvre homérique, bourrée de détails, de séquences monstrueuses et ponctué de rencontres vivifiants le récit. Si l’on regrette néanmoins que le film n’aille pas jusqu’au bout de son parallèle avec Le Magicien d’Oz où la triste vérité prend le dessus sur les illusions, il peut néanmoins se vanter d’offrir au spectateur un moment de cinéma comme on en voit tous les dix ans. Une oeuvre totale qui redonne au cinéma la qualité si puissante qu’on lui conférait et qu’on oublie de plus en plus : celle de faire rêver... les yeux grands ouverts.



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