
Belle idée que de prendre le vampire de Twilight pour dépoussiérer cette parabole maupassantienne sur l'arrivisme, a priori calibrée pour un cinéaste comme Paul Verhoeven époque Kattie Tippel. A travers ce personnage négatif qui manipule pour parvenir à ses fins, Pattinson annonce les prémisses de ses futurs contre-emplois, cherchant à démontrer qu'il est capable de jouer autre chose que les bellâtres et de fréquenter un registre plus obscur, en l'occurence le cinéma d'auteur riche en chromos. Hélas, très vite, ça ne fonctionne pas. Contrairement à ce qui se produisait avec David Cronenberg dans Cosmopolis, Pattinson semble aussi à l'aise qu'un poisson hors de l'eau, éclipsé par la distribution féminine (Christina Ricci et surtout Uma Thurman), figé dans une seule expression et jamais réellement considéré par les deux apprentis cinéastes britanniques venus du théâtre (Declan Donnellan et Nick Ormerod). Peut-être parce que l'adaptation tombe dans le contre-sens, réduisant cet antihéros de Georges Duroy à un ambitieux vaniteux et primaire alors qu'à la base, il possède une érudition qui explique au-delà de son charisme sa capacité à séduire la gent féminine. L'enjeu devient limité, le traitement répétitif. Par ailleurs, aucune audace dans la mise en scène par trop illustrative et aucun regard même satirique sur l'Intelligentsia parisienne de l'époque. De bout en bout, c'est décoratif, dépourvu d'âme comme de surprises, enthousiasmant comme un voyage sur l'autoroute.
Romain LE VERN