Si ses deux premiers films prolongeaient logiquement, et parfois même admirablement, son travail effectué sur des clips musicaux, la carrière de Tarsem Singh prend une direction étrange depuis Les Immortels. Toujours abreuvé des œuvres les plus nobles pour composer ses univers visuels, le réalisateur continue avec Blanche Neige à se lover dans le kitsch assumé mais semble avoir oublié la beauté des choses. Cette fois il cherche à construire un conte pour enfants dans ce que le concept a de plus classique et c'est précisément ce qu'il fait. Sauf que le résultat, en plus de sembler immédiatement daté, ne dépasse jamais le cadre balisé du film pour enfants.

Ce qui fait la force du cinéma de Tarsem Singh, y compris quand il va à la faute, c'est sa propension à livrer de très belles composition avec toujours une petite folie sous-jacente. Soit l'idéal pour un conte. Malheureusement Blanche-Neige est son film le moins fou. Mis à part son introduction animée, son générique façon Bollywood et quelques séquences incroyables telles que les traversées du miroir, Blanche Neige s'avère fade. Le film se situe très loin de la farce tant redoutée mais évolue à l'autre extrémité plus inattendue, celle du produit tellement formaté qu'il en a perdu ses saveurs. Et ni la rigueur géométrique et toujours aussi impressionnante des plans de Tarsem Singh, ni la prestation remarquable de Julia Roberts, ni même les compositions héritées des surréalistes et de Tarkovski, son maître, ne peuvent masquer l'évidence. Blanche Neige est un film extrêmement bien exécuté, parfois drôle, qui pourra ravir le jeune public et qui propose un parcours initiatique intéressant à son héroïne, mais qui ressemble à s'y méprendre à du sous-Terry Gilliam, sans le côté foutraque qui fait tout son charme.
Nicolas GILLI