Après Edith Piaf ou Serge Gainsbourg, et dans l'attente d'Yves Montand avec Thierry Neuvic, voici donc Claude François. Aux commandes de cet énième « biopic », la présence de Florent-Emilio Siri ne nous surprend guère, tant l'homme n'a cessé de se renouveler (Un minute de silence, Nid de guêpes, Otage et L'ennemi intime). Très vite d'ailleurs, la corrélation entre son univers et celui du chanteur paraît évidente. Car la vie de Claude François ne se résume pas à une chanson populaire. Bien au contraire. Derrière l'artiste, on trouve notamment un homme perturbé, en proie à d'innombrables tourments. Rejeté par son père, victime de son amour pour les femmes et craignant plus que tout l'échec, sa vie n'a jamais été simple. A l'image de son caractère. En ce sens, rendons hommage au travail de Florent-Emilio Siri et de son co-auteur Julien Rappeneau (Bon voyage, 36 Quai des Orfèvres, Largo Winch...) qui ne se privent ici d'aucune modération. Claude François nous est présenté tel qu'il a été, jaloux, possessif, colérique... ce qui, précisons-le, ne gâche en rien la sympathie que l'on peut éprouver à son égard. Par cette souffrance perpétuelle et la complexité qui en découle, le mythe redevient humain et donc touchant. On comprend dès lors ce qui a plu au metteur en scène : cette existence aux richesses infinies, faite d'action, d'humour et de drames. Là encore, les deux auteurs ont su choisir les moments-clefs liés au parcours de ce personnage définitivement atypique. On (re)découvre ainsi son enfance, ses rencontres... et même l'Histoire dont il fut le témoin privilégié (la nationalisation du Canal de Suez, la montée du disco...).
Enfin, la réussite de Cloclo tient en grande partie de son casting, aussi judicieux qu'intelligent. Jérémie Renier, pour ne citer que lui, compose un personnage haut en couleur, documents à l'appui certes, mais aussi en puisant au coeur de sa propre sensibilité. Au delà des apparences physiques, il ne joue donc pas Claude François, il lui offre une seconde vie. On en dira autant de Benoit Magimel, remarquable Paul Lederman, ou du couple Monica Scattini/Marc Barbé incarnant avec une certaine émotion les parents de la vedette. En somme, pour l'ensemble de ces raisons, il serait finalement injuste de résumer Cloclo à un simple biopic. C'est d'abord et avant tout un film. Un vrai. Un grand.
Gilles BOTINEAU