Comme tant d'autres films, Elle s'appelait Sarah s'attaque à une période historique riche et inépuisable - la déportation des juifs lors de la Seconde Guerre mondiale - paradoxalement fascinante et banale, trop souvent traitée avec une sensiblerie presque dérangeante. Une véritable gageure pour la majorité des critiques, partagés entre le véritable intérêt cinématographique de ces films et leur sujet. Aussi, la véritable question est simple : le film de Gilles Paquet-Brenner mérite t-il d'être vu autrement qu'une page d'un livre d'Histoire?
Quelque part entre le cœur et la raison, la culpabilité historique et la réalité humaine, cette histoire conjuguée au passé et au présent surprend et frappe exactement là où il fallait. Sobrement placée à un niveau humain - notamment celui du regard de la jeune Sarah sur les évènements - elle évite tout sensationnalisme, préférant l'échelle humaine à celle plus ambitieuse de l'Histoire. Car aux yeux de l'enfant - et par ricochet, ceux du metteur en scène - rien n'est plus important que ceux qu'elle aime. Ce parti pris clairement énoncé par le réalisateur est l'atout principal d'un film dont l'intelligence est de s'accrocher à ses personnages. A la manière de The Hours, les époques et les situations se font doucement écho, sans artifices autres que les émotions, laissant toute la place nécessaire aux histoires pour avancer parallèlement. D'autant que les quelques différences avec le roman de Tatiana De Rosnay apportent une dimension fascinante aux personnages.

Détruit par les critiques au moment de Gomez et Tavares, puni pour son envie de légèreté après la réussite des Jolies choses - la vraie découverte du talent de Marion Cotillard il y a dix ans - Gilles Paquet-Brenner ressort du violent échec critique et public de U.V. et d'une première expérience américaine soldée par une sortie directe en dvd. Sa tendance à se laisser porter par l'image et le montage s'efface discrètement derrière le sujet, délaissant les effets clippesques et les envolées musicales pour capter les visages. A l'image de la scène où Julia visite le Mémorial de la Shoah, le réalisateur et sa caméra font preuve d'une discrétion émouvante.
Au centre des histoires, les deux figures féminines sont hypnotiques. D'un côté, la mère, fabuleuse Kristin Scott Thomas, dont le visage éclaire la plus banale des scènes et fait oublier les dialogues les plus maladroits. De l'autre, l'enfant, extraordinaire Mélusine Mayance, dont la maturité était déjà étonnante dans le Rickyde François Ozon. Jamais elles ne se croiseront, et pourtant, chacune à leur manière, elles illuminent un film d'une rare sobriété.
Geoffrey CRETE